‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 261 sur 297 · Op. 54, composé en · texte numérisé non relu

Op. 54, composé en

16. Dans l'esprit de Schumann, ce mot écrit en français signifiait un « essor » d'idées se dégngeant du chaos. C'est le symbole grec pour l'envol psychi(iue. S'il eût été Français, Schumann n'aurait pas employé cette image à laquelle notre race légère a donné un sens d'inconstance. Fourier créa le mol papillonne (passion du changement) vers 18::0.

ques font alterner leurs ébals, leurs railleries et leurs causeries sentimentales. N'en va-t-il pas tout ainsi sur la scène du monde?

Ce sont de telles personnifications que Schumann donne à ses modalités d'àme dont la qualité et la diversité — il l'écrit expressément ;i Moscheles', l'intéressent cent fois plus que le mérite artistique de ses composilions. Il entend par là la science du développement d'un plan purement musical. A cette abstraction Schumann substitue des séries de mouvements et d'attitudes qui sont l'image même de la vie.

Voyez son célèbre t'arnaial'^. Voici l'entrée solennelle des masques. Ils rompent les rangs et tourbillonnent. Pierrot se détache de la mêlée et nous adresse de grands saints, en battant l'air de ses manches trop longues. Arlequin sautille sur de souples jarrets. Passe un couple de valseurs langoureux; puis c'est le blond Eusebius^ qui vient nous entretenir de ses mystiques divagations. Il est interrompu par l'impétueux Florestan*, suivi d'une coquette à qui ses œillades et ses grâces attirent une tendre supplique... La scène se perd dans un nuage de danseuses dont les entrechats palpitent comme des ailes de papillons. La noble et loyale Cliiarina" s'avance, et, près d'elle Chopin, son illustre rival, fait rêver le piano dans un coin de pénombre... Estrella'' traverse sans se presser, en déployant avec atfectation la certitude de ses charmes. IJeux autres personnages surgissent de la foule; ils ne s'étaient pas vus depuis longtemps et ils laissent bavarder leurs souvenirs... Qui donc maintenant pn'ouette et virevolte? C'est Pantalon et Colombine. Une valse allemande les entraîne dans un mouvement fou et les heurte à la démoniaque ligure de Paganini, qui sabre l'air de son vertigineux archet. A l'écart de ces folies, un amoureux agenouille aux pieds de sa belle une invocation naïve... De bons bourgeois allemands se promènent bras dessus, bras dessous. A peine ont-ils disparu que tous les masques débouchent sur la scène, en lile indienne, et se livrent à une poursuite elTrénée, tels des singes dans une cage. Tout à coup, comme par magie, ils s'accordent au rythme collectif d'une ardeur' parallèle, ils organisent une imposante manifestation d'ensemble contre les Philistins". Bientôt ils se débandent, courent, montent à l'assaut des préjugés, aux accents rococos d'un Ibème du grand siècle' qui reprend ici, comme dans les l'apillmis, sa signillcalion de Kehraus, la sortie, le co.uvre-feu... Aussitôt la foule masquée s'éparpUle et se bouscule dans la strette finale.

J'ai tenu à décrire tout au long cet échantillon d'étincelante fantaisie; parce que le Carnaval est une composition montiant Schumann dans son originalité la plus typique. La sève de son génie y coule à pleins bords '.

Voilà qui ressemble singulièrement — pensera-t-on

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