L.C Crépuscule des dieux
Bayroulh, 17 août ISTG.
Le Crépuscule des dieux est le couronnement du considérable effort de la triple évocation orchestrale, vocale et scénique de l'épopée wagnérienne. Le maître de Bayreuth y a réalisé sa pensée dominante, la perfection dans le drame par la réunion de tous les arts, poésie, musique, décoration, i< concourant à une impression unique, multipliant l'effet d'une unique sensation ». Le Crépuscule des dieux répond à la formule que Wagner donnait, dans la célèbre lettre à 'Villot, comme l'idéal du but poursuivi : « ... Une égale et réciproque pénélration de la musique et de la poésie comme condition d'une œuvre d'art capable d'opérer, par la représentation scénique, une impression irrésistible. »
En effet, l'humanité l'emporte dans ce Gœlturdxmerung, qui portait un titre plus simple, la Mort de Siegfried, quand Wagner publia le poème, en i848; les créatures de c'nair et d'os prennent le pas sur les personnages divins. Ceux-ci n'apparaissent qu'au prologue, sur le rocher des WalUyries, où les Parques des légendes du Nord, les trois Nornes, tressent le fil d'or des destins. Elles pronostiquent l'avenir des dieux et des héros. Tout doit finir : en vain Wotan tient-il comme un sceptre la lance où sont inscrits les Hunes; les dieux éternels disparaîtront un jour dans l'éternel crépuscule. Ainsi le lien s'établit entre le Crépuscule des dieux et les œuvres précédentes par l'oraculaire dialogue des trois Nornes filant le câble des Destinées et s'interrogeant sur ce qui doit désormais sortir des choses accomplies.
Le fil d'or se rompt; les Nornes disparaissent dans les profondeurs de la terre, où elles vont retrouver la maternelle Erda. L'aube naît et l'ait ]iàlir le cercle de llammes derrière lequel la Walkyrie s'est éveillée du sommeil magique dans les bras de Siegfried. Le héros paraît; la vierge guerrière dont il a fait une femme lui a donné son cheval noir, le fidèle coursier Grane, et ses armes immaculées, en signe d'indissoluble union : « Souviens-toi de la Walkyrie qui dormait sous la garde du feu et que tu as éveillée à l'amour... Souviens-toi des serments qui nous lient! » En échange, il met à son doigt l'anneau auquel est attachée une malédiction vengeresse, mais qui, jusqu'à présent, l'a fait maître du monde, et il part tandis que Loge rallume les llammes autour du rocher.
Dans le manoir des Gibichungen, sur la rive du Rhin, sont assis le roi Gunther, sa sonir Gutrune el leur demi-frère Hagen, lils adultérin do la reine Grimhild et du roi des nains, Alboiich. Ilagen veut ressaisir l'ur et [lerdre Siegfried : il y parviendra en lui versant un philtre qui effacera dans son esprit tout souvenir de la conquête de la Walkyrie et le rendra amoureux de Gutrune. Ce plan s'accomplit de point en point. Afin d'obtenir la main de la prin-
HISTOIRE DE Là MISIorE
ALLEMAGNE ll.Vi
cesse, Siegfried ira s'emparer lie la captive Ue Loge, réendormie derrière le rideau de flammes. Ccpuiidaut, le sommeil de la WalUyrii: a élé interrompu par une des lilles de Wotan, Wallraute. Au nom du Jupiter Scandinave, elle adjure Hruneliildo de rendre l'anneau qui causera la ruine du Walliall. I,a Walkyrie ne veut pas se séparer du gage de la foi de Siegfried, mais le héros va l'arracher lui-même à celle qu'il ne se souvient plus d'avoir déjà délivrée et que, revêtant l'apparence de Gunther, il conduira captive à son futur Ijeau-frère.
Brunehildo, abusée par le sortilège, croit que le roi des hommes de Gibich est maître de l'anneau; mais, arrivée dans le manoir, elle reconnaît l'Oi' fatal au doigt de Siegfried. Elle dénonce l'infâme trahison, en invoquant les dieux gardiens do la foi jurée. L'instrument de sa vengeance, imposée par le Destin lui-même, sera le haineux Ilagen, à qui elle indique le seul moyen de frapper Siegfried. Le vainqueur de Fafner, que l'ennemi n'a jamais vu fuir, est vulnérable entre les deu.K épaules. Le crime, ou plutôt l'œuvre du justicier, — car tout parjure, même inconscient, doit être expié, — s'accomplit dans la forêt où sont assemblés les chasseurs, au bord du fleuve, après une scène exquise où les Filles du Rhin ont vainement essayé, par les prières, puis par les menaces, de se faire rendre l'anneau qui luille au doigt du jeune guerrier.
A l'ombre d'un hêtre, Siegfried s'est assis entre Hagen et Gunther. L'amour de Gutrune lui a mis le cœur en fêle; il est dans tout l'épanouissement de vivre et raille le morose époux de la Walkyrie : « Holà, Gunther, homme atlristé, veux-tu, pour te distraire, que je te dise les contes de mon enfance"? » Et c'est l'épopée héroïque, comment il a remis au l'eu de la forge l'épée de son père, comment il s'est emparé de l'anneau de la toute-puissance. Il dit même, avec une débordante allégresse de mémoire, — • car Hagen vient de lui faire boire le suc d'une herbe qui réveille les souvenirs endormis, — la conquête de la Walkyrie, l'idylle derrière le rempart de flammes. « Trahison et vengeance! » crie le fils d'Alberich. D'un coup de lance il abat Siegfried, qui expire en murmurant le nom de Brunehilde, et les chasseurs emporlent sur une civière le cadavre du \\ alsung.
■Nous retrouvons Hagen aux bords du Rhin, dont les flots viennent battre la terrasse du manoir. Il devance le cortège funèbre; ironiquement, il appelle la veuve et les pleureuses : « Debout, Gutrune, pour saluer la dépouille de ton héros! » Il se fait gloire de son crime et en veut la récompense; mais le ring est aussi convoité par Gunther. Les deux frères tirent l'épée; le roi tombe frappé à mort. Hagen va saisir l'anneau, quand le bras de Siegfried se dresse, tendant une main fermée et menaçante. L'assassin s'enfuit; Brunehilde apparaît alors, tragiquement transfigurée. Elle jette l'anathème aux dieu.t complices de la destruction; les flammes du bûcher, qui vont consumer la Walkyrie avec la dépouille de Siegfried, monteront jusqu'au Walhall et anéantiront la race de Wotan. Une ère nouvelle commencera, celle de la rédemption par l'amour.
La prédiction s'accomplit; le bûcher s'effondre dans les eaux du fleuve; le manoir s'écroule; le Hhin déborde, entraînant Hagen, et sur les vagues, empourprées par le reflet de l'incendie, glisse le chant des Mxes, joyeuses d'avoir reconquis le trésor.
L'Univers est sans maître; mais il lui reste un bien
plus précieux que l'or, l'amour, qui seul peut donner la félicité parfaite.
On le voit, deux situations dramatiques dominent le dramo : la colère de lirunehilde et la mort de Siegfried; elles sont simples, elles sont tragiquement précisées; et cet épisode des chants Eddiques, dès qu'on accepte le postulat essentiel d'une vie commune des hommes et des dieux aux temps mythologiques, fournit un poème aussi clair, sinon plus, que les anecdotes musiquées par Meyerbeer. Quant à la partition de Wagner, c'est, à proprement parler, un océan musical. Jamais musique n'est montée plus haut, et dans la sublime marche funèbre où tous les leitmotives viennent faire un splondide cortège au héros mort, et dans les strophes admirables que Brunehilde chante sur le corps du bien-aimé, dans la salle du nianoii' où flotte l'épouvante, il y a des envolées géniales. Mais, avant ces pages incomparables, depuis longtemps acclamées dans nos concerts symphoniques, le détail de chaque tableau comporterait une analyse enthousiaste! Au premier acte, le lugubre chant des Nornes, tissant le lîl d'or de la destinée des humains, les adieux de Siegfried, l'arrivée du héros chez les Gibichungen, le tragique dialogue de la Walkyrie déchue et de Waltraute (trop développé cependant au point de vue des projiortions de l'œuvre et qu'il conviendiait de raccourcir), l'emprise brutale de Siegfried sur la captive do Loge, que le Walsung vient conquéiir pour le compte de Gunther. Au deuxième acte, la puissante antithèse de l'émouvante idylle de Siegfried et de Gutrune et des fureurs de Brunehilde, ainsi que la scène du serment faitsur la pique d'Hagen. Aux derniers tableaux, la scène où le héros refuse l'Or aux Nixes rieuses et rusées, le délicieux récit des exploits de Siegfried. — Et c'est une seconde analyse que réclamerait la suite des symphonies où triomphe le génie wagnérien, symphonie de la traversée du Rhin, de la méditation de Hagen, de la vie héroïque, du cortège funèbre et de ce glorieux finale où le chant des filles du Rhin nous ramène au point de départ du cycle dont il est l'épilogue. L'ensemble résume admirablement le rôle de la musique dans le drame de Wagner tel que luimême l'a défini en des paroles qui méritent d'être rappelées : » La musique ne doit pas entrer dans le drame comme un simple élément, à côté d'autres... C'est en avant, et non pas en arrière du drame, qu'est sa place. Elle chante, et ce qu'elle chante, elle nous le montre là-bas sur la scène. Elle est comme une aïeule qui révélerait à ses enfants, sous la forme de légendes, les mystères de la religion... Ce que la musique exprime est éternel, infini, idéal : elle ne dit pas la passion, l'amour ou le regret de tel ou de tel individu dans telle ou telle situation, mais la passion, l'amour, le regret même. »
Mentionnons particulièrement la marche funèbre qui est l'incomparable couronnement du GœUerdxmrnermiQ. En entendant cette page splendide les auditeurs les plus hostiles au système wagnérien se sentent remués jusqu'au fond de l'âme. Les motifs de la Tétratoijie s'y donnent une dernière fois rendezvous, mais l'enchaînement de ces motifs est si naturel, leur progression en quelque sorte si nécessaire, qu'il est impossible d'en distinguer les soudures. Il paraît invraisemblable pour qui entend cette marche isolément, qu'elle n'ait pas été conçue et écrite d'un seul jet, indépendamment de toute pensée de raccord.
Dans le reste de la partition il faut signaler quel-
ques longueurs, notamment cet entretien démesuré entre la Walkyrie et sa sœur Waltraute, vingt-six pages de la partition in-folio dont la suppression pourrait s'effectuer sans grand inconvénient. D'ailleurs le Cri^puscute est, avec la Walkyrie, celle des quatre parties de VAiDieau du Xibelung qu'on représente isolément le plus volontiers en Allemagne. Exécutée à part, cette colossale partition produit une tout autre impression que lorsqu'on l'entend à la suite des trois autres. Les récits offrent plus d'intérêt parce qu'ils ne se rapportent pas à des événements qu'on a vus se dérouler dans les soirées précédentes ; de même le plaisir d'entendre les motifs non spéciaux au Crépuscule des Dieux n'étant pas émoussé par les auditions successives, il se trouve que la partition où l'on rencontre le moins de phrases mères originales parait au contraire la plus riche, puisqu'elle embrasse la presque totalité des thèmes conducteurs de la Tétralogie.
La partition est du reste d'une complication extrême, et le transcripteur a dû, pour rendre intelligible sa réduction au piano, écrire plus d'une fois sur une el même deux portées supplémentaires. Ce ne sont que dessins qui se croisent, accords qui se mêlent, notes qui se heurtent ! Mais l'audition dissipe ce désordre comme par enchantement. Chaque détail apparaît alors à son plan, et l'ensemble imposant où viennent se fondre tous ces tumultes de l'orchestre forme à l'action un cadre digne de sa farouche et sauvage beauté.
Parsifal.
Bayreulh, 26 juillet 1882.
Les œuvres de Wagner n'ont pas le caractère cosmopolite de quelques-unes des plus remarquables productions de l'art contemporain; elles conviennent par-dessus tout au pays qui les a produites et dont elles reflètent exactement les qualités et les défauts. Habile artisan de sa gloire, Wagner a su, dès les premiers pas, faire de l'enrôlement sous sa bannière une question de patriotisme. 11 a voulu rester et il est resté Allemand {ccht Dcutsch). Pour régénérer l'art, l'auteur de Lohengrin l'a simplement retrempé dans ses origines, et une habile politique l'a conduit à emprunter les sujets de ses poèmes aux conteurs du moyen âge. On a vu avec quelle adresse il avait su, dans VAnncau du Nibelung, rattacher aux mythes des dieux Scandinaves les légendes héroïques des Germains. Sa tâche était cette fois plus aisée, et la conception générale de Parsifcd n'a pas dû lui demander un très grand effort d'imagination.
Un cycle de traditions fabuleuses s'est formé, au moyen âge, autour de ce personnage héroïque, père, comme on le sait, de Lohengrin, de sorte que l'opéra de ce nom se trouve, bien qu'antérieur par la date, la continuation naturelle de Parsifat.
Nous ne nous attarderons pas à chercher, parmi les emprunts queWagnera faitsaux trouvères, quelle part revient à Christian de Troyes, à Guiot de Provins ou à Wolfram d'Eschenbach , un des personnages principaux de Tannhœuscr. Mais il n'est peut-être pas sans intérêt de constater une fois de plus que la plupart des contes qui bercent les premiers rêves des Allemands, et dont ils ont fait en quelque sorte leur chose, sont en réalité notre patrimoine. Ils ont eu leur première expression dans les lais gallo-bretons qu'on chantait avec accompagnement de musique et qui, suivant l'expression de Paulin Paris, ont été nos premières cantates. La légende du Saint Graal,
notamment, si populaire au delà du Rhin, n'a pas une origine allemande, et comme elle reste peu connue en France, bien qu'elle ait servi de point de départ à tous les romans de la Table-Ronde, nous croyons utile de la résumer en quelques lignes, d'après la version naïve qu'en a donnée Robert de Buron dans son poème de Joseph d'Arimathie, qui remonte au sn= siècle.
A l'époque où, suivant l'expression du vieux conteur, Pilate était bailli de la Judée, figurait parmi les gens de sa suite un prud'homme, nommé Joseph d'Arimathie, qui remplissait en même temps auprès de Pilale les fonctions de sénéchal. Après le crucifiement, Joseph vint trouver Pilale et lui dit : « Sire, .je vous ai longtemps apporté le service de cinq chevaliers sans en recevoir de loyer; je vous demande pour ma peine le corps de Jésus. — Je te l'accorde de grand cœur, répondit Pilale, et je le remets en outre le vase dans lequel ce Juste que je n'ai pu sauver a lavé ses mains en dernier. » Joseph s'empressa de détacher le corps de Jésus, le posa doucement à terre, et, voyant le sang divin couler des plaies, le recueillit dans une coupe.
Passons sur les aventures de Joseph « méchamment emprisonné durant quarante-deux ans » et sur le récit de ses voyages merveilleux. « Garde avec soin cette coupe, avait dit Jésus au saint homme, un jour qu'il lui était miraculeusement apparu pendant sa captivité ; tous ceux auxquels il sera donné de la voir d'un cœur pur seront les miens; ils auront satisfaction et joie perdurables. » Joseph ne s'en sépara jamais et lui donna le nom de Graal, par altération de Gréai, car personne ne devait la voir sans y prendre gi'à. La coupe précieuse fut plus tard ravie à ses descendants par les anges et rapportée à un saint nommé Titurel, déjà possesseur de la lance qui perça le côté du Christ. Titurel bâtit au nord de l'Espagne, sur la montagne de Montsalvat, un palais de marbre et fonda l'ordre du Graal, dont son fils Amforlas devint le chef après lui.
Dans le livret de Wagner l'action se passe également au moyen âge dans les montagnes de l'Espagne gothique, et voici le plan du poème d'après l'excellente analyse de M. Marcel Girette. Titurel, ayant reçu des anges un double dépôt : la lance qui perça le flanc du Christ elle calice qui recueillit son sang, Titurel a fondé, pour en perpétuer la garde, un ordre de chevalerie dont il est le roi, qui guerroie au nom du Christ, et qui emprunte au calice sacré son nom : l'ordre du Graal. Devenu vieux, Titurel a légué à son fils Amfortas son trône et les fonctions qu'il ne peut plus remplir. Ces fonctions consistent à présider dans le sanctuaire une cérémonie terminée par un repas mystique, et plus spécialement à découvrir le Graal, le saint calice, dont la vue est bienfaisante aux purs et funeste aux pécheurs, et à provoquer le miracle de la transsubstantiation.
Les chevaliers du Graal ont un ennemi, Klingsor, un magicien, le Satan de la pièce, qui se venge sur les saints de n'avoir pu lui-même ni rester ni redevenir saint. 11 a fait du désert qu'il habite « un jardin de délices, où croissent comme des Heurs des femmes diaboliquement belles «, et s'efforce d'attirerles chevaliers du Graal. Plusieurs ont succombé, et le roi Amfortas lui-même s'est endormi dans les bras de Kundry.
Kundry symbolise dans l'œuvre la femme pécheresse et repentante.
Elle a vécu à travers les âges; elle fut jadis Héro-
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diade;et comme elle n ri des souffrances du Sauveur, elle est depuis ce temps frappée île malédiction : elle rit, malgré elle, d'un riie sinistre qui lui rappelle sa faute.
Elle aspire pourtant à la rédemption, au repos; elle expie et se met, pour les plus liumMes besognes, au service des chevaliers du (Jraal. Mais sa malédiction la condamne à subir le pouvoir de Klingsor; elle a beau se raidir, elle tombe, à l'appel du magicien, dans un sommeil terrible, dont elle se réveille courtisane, et Klingsor a fait d'elle son plus sur instrument de damnation.
Elle vit ainsi d'une double vie : auGraal, c'est une femme humble et déchue, farouche et repentante; chez Klingsor, elle redevient la courtisane ensorcelante à qui nul ne résiste.
Amfortas, enfermé dans ses bras, s'est laissé ravir la lance sacrée, et Klingsor l'en a frappé au tlanc. Des années se sont écoulées, et la blessure reste incurable. L'infortuné Amfortas continue à remplir ses fonctions, à présider le repas mystique, à découvrir le Graal; et chaque fois que le saint calice est retiré du tabernacle, il souffre horriblement, et plus encore de son péché que de sa plaie.
Pourtant, dans la nuit de son désespoir, un rayon céleste est venu du (jraal ; une voix d'en haut lui a dit d'attendre « l'être simple et pur, élu du Seigneur, à qui la pitié révélerait sa mission ».
Cet être pur et simple, ce rédempteur attendu, ce sera Parsifal. Parsifal va traverser tout le drame sans autre égide que sa pureté. La vue des soulfrances d'Amfortas lui révélera sa mission; le baiser de la femme sera pour lui l'arbre de la science du bien et du mal. Ayant effleuré le mal, il saura le reconnaître et le vaincre en lui et autour de lui : il pourra guérir Amfortas et relever Kundry.
Lorsque commence le drame, Amfortas souffre cruellement de sa blessure. Ainsi déchu, souillé, pour avoir cédé aux séductions de la créature diabolique servante de Klingsor, il ose à peine célébrer encore les saints mystères. Un des vieux chevaliers de l'ordre, Gurnemans, raconte longuement à de jeunes écuyers ce douloureux épisode de la vie du roi, que nous venons de voir passer porté dans sa litière, et leur ordonne de laisser en paix Kundry, l'étrange créature aux yeux farouches, au rire fatidique, trouvée un jour inanimée sur les marches du palais et dont l'existence semble remplie uniquement par la recherche du baume magique qui doit guérir Amfortas.
Sustentée au hasard ',
Elle reste à l'écart;
Rien n'est commun entre elle et vous.
Mais, si le péril s'acharne sur nous.
L'ardeur l'emporte et lui donne des ailes ! —
A peine lui dit-on : Merci!
Si ce sont là des maléfices.
Vous en retirez bénétices.
Oui; quelque anathème pèse sur elle.
Dans sa forme nouvelle.
Elle revit ici.
Sous le poids des péchés d'une autre vie.
Que celle-ci, sans doute, expie. —
Si des remords de son âme cuntrile
Notre ordre glorieux protite,
Tout est vraiment au mieux ainsi ;
Elle nous sert et s'aide aussi!
Gurnemans raconte aussi l'existence des femmesfleurs suscitées par Klingsor et la surprise qui livre au magicien l'épieu sacré.