Lettre de la nioi'e de Laura Guidiccioni sur le Fiteiiu
lIISTOinE PE LA MISIQVE
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partition de la Rappresenlazwnc di Anima e di Corpo : il montre que Cavalieri avait à un haut Jegié le sentiment de la beauté de la forme et de l'expression. Hien
no donne mieux une idée de l'art dranialico-musical, sorti de l'inspiration et peut-être des conseils de Tasse.
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L'essai eut tant de succès, que le Satiro fut redonné entre 1590 et 159o, et qu'en lo9o Laura et Cavalieri firent jouer une nouvelle Paslorelhi, liilla in muttica : Il Giitocodelln Cà'cn, d'après le Paflor Fido de Guarini.
1. Gravé, il la lin flo ta partition de La rfippresentazïone di anima e di coj-po, et datant de 1390 à 1600.
2. Le signe -g-, ou Incoronata, indique qu'il faut reprendre haleine, per piyliar fùito.
Mais des événements intimes semblent avoir découragé ensuite Laura et Cavalieri. Laura mourut en 1.599, el Cavalieri disparut, presque aussitôt après, de la cour de Florence^. Leurs rivaux en profitèrent.
'A. Il écrivit encore quelque musique pour un dialogue chanté à Florence, à l'occasion des noces de Marie do Médicis, en octobre l(iOO ; mais il n'était déjà plus à Florence, à cette date. Il était parti pour Rome, où l'on joua en février 1600 sa Rappresentazione di Anima e
EXCYCLOPÉniE DE LA MVSIQt'E ET nir.TIONXMRE DU COySEnVATOmE
et le souvenir de leurs trois œuvres se perdit si vite que la priorité du style récitalif fut complètement enlevée à Cavalieri ; et c'est à peine si, dix ans plus tard, on faisait encore mention de son nom et de ses compositions. M Caccini, ni Ciagliano, ni Bardi,ne le nomment. Doni le juge sévèrement, sans avoir pris la peine de le bien connaître'. Seul, Péri, plus juste que les autres, se souvint de iui^
Un cénacle florentin s'empara de l'idée nouvelle et en fit sa propriété personnelle, avec un parfait oubli de l'indépendant Cavalieri. Cette petite coterie, fort intelligente d'ailleurs, fut la Camcrala (le salon) du comte Bardi, chez qui furent centralisés les efforts de tout un groupe de poètes, de savants, de gens du monde, de musiciens, pour créer le drame musical. Giovanni Bardi, comte de Vernio, était un grand seigneur poète, poète très aristocratique, qui ne daignait pas toujours écrire lui-même ses œuvres, qui les donnait à écrire à d'autres. Il avait été , comme on a vu, le principal organisateur de la fête de 1589. Dans la suite, il fut appelé au service de Clément VIII, dont il devint maestro di caméra et lieutenant général de la garde pontificale. Jacopo Corsi, homme du monde, riche, instruit, un de ses amis intimes, lui succéda dans la protection des artistes, et son salon recueillit les habitués de liardi.
Tous ces Florentins dislingués étaient alors hantés par les idées de l'antiquité grecque sur la musique. On venait de traduire, en lo62, Arisloxène, Ptolémée et les fragments d'Aristote. Un ami de Bardi se passionna particulièrement pour leurs théories. Cet homme, qui semble avoir été la forte tète du salon Bardi, était Vincenzo Galilei, le père du grand Galilée, musicien et lettré. Il avait publié en 1581 un Dialogue de la musique ancienne et de la musique moderne, où il écrasait la musique de son temps sous l'exemple de l'art antique. Il méprisait tous les restes de l'art du moyen âge, contrepoint et madrigal, qu'il traitait de « gothiques^". 11 leur opposait le grand art sobre et émouvant des Grecs, dont les effets étaient si puissants, au témoignage d'Homère, d'Eschyle, de Platon, de Plutarque, et dont les moyens étaient si simples. Au son d'un seul instrument, le poète-musicien déclamait en chantant ses œuvres. Tel était le modèle auquel il fallait revenir.
Au fond, l'antiquité n'était là qu'un prétexte, et son exemple n'eût jamais eu chance d'être suivi, s'il ne s'était trouvé d'accord avec le sentiment italien et avec un art essentiellement national, celui des
tli rorpo, liont nous reiKiflerons plus loin. Un ambassadeur vénitien <iit de Cavalieri que c'était un honitne « qui aimait la liberté ". Il eut sans doute le d^-goût de la cour et du monde ; et la composition mt-ine de son mélancolique oratorio est un indice de ses pensées. Toujours est-il qu'il dis()arut tout à fait; et ce n'est que dernièrement qu'on a retrouvé la date de sa mort : 11 mars 160-2.
1. Doni reproche, entre autres choses, à Cavalieri son ignorance de l'antiquité. 11 est manifeste que Doni n'a pas eu dans les mains la partition île \'Aiiima e Cnrpo; sans quoi il aurait lu, dans la préface de Alessandro Guidotti : " li. de Cavalieri fit quelques compositions de musique à l'imitation du style dramatique des Grecs et des Romains. Il semble que dans quelques-uns de ses airs il soit arrivé à une ressemblance parfaite. 11 conseille de jouer et de chanter quelquefois à l'antique, avec accompagnement de deui Ili'iles, des dialogues pastolMUl. »
2. ,< Cavalieri, le premier avant tous, que je sache, fit entendre avec une invention merveilleuse notre musique sur la scène... n t «... Benckè del signor Emilio del. Cavalière, prima cite da ogui allro chi iii sappiii, cou inaravigliusa invcnzione, ci fusse fatia udire la fiostra musica salle scène ).
chanteurs a liulo (s'accompagnant du luth), que la polyphonie franco- flamande avait momentanément jeté dans l'ombre, mais qui n'avait jamais disparu, et qui aspirait à secouer la suprématie étrangère. Vincenzo Galilei était lui-même — il ne faut pas l'oublier — un de ces luthistes qui ont tant contribué, comme le montre M. Oscar Chilesotti, à révolution de la musique du xvi» siècle italien vers la tonalité et l'harmonie modernes, vers l'emploi de la basse continue et vers la création de la monodie expressive'. L'antiquité venait donc fort à propos servir les préférences et les rancunes du chanteur a liuto contre l'art des grandes constructions sonores, pratiqué par les musiciens-architectes du Nord.
Logique et passionné, Galilei poussa ses principes jusqu'à l'absurde; il conclut à la suppression de la polyphonie vocale et de l'orchestre. Cela parut à ses amis mômes un paradoxe un peu ridicule \Stimala quasi cosa ridicolosa). Mais Galilei voulut prouver par l'exemple la vérité de son affirmation. Avec le comte Bardi, il passa des nuits à chercher un style de chant, qu'on nomma représentatif, c'est-à-dire dramatique. 11 mit en musique le lamcnto d'Ugolin de la Divine Comédie, et le chanta lui-même en s'accompagnant sur la viole. Le succès fut très grand. Galilei traduisit encore en musique des fragments de Jérémie et les Répons de la .Semaine Sainte; puis il en resta là. Mais l'élan était donné.
Ses essais avaient soulevé de violentes discussions, au dehors; tout le monde s'en mêlait. L'art nouveau avait contre lui presque tous les musiciens, indignés de sa prétention de faire table rase de toutes les richesses de la musique et de lui substituer le balbutiement informe d'un amateur. Pour lui, il avait les gens du monde, les archéologues, enchantés de celte prétendue évocation de l'antiquité, et surtout les poètes et les chanteurs : les uns (au premier rang desquels étaient Ottavio Hinuccini et Galiriello Chiabrera), parce qu'à l'exemple de Tasse, leur maître, ils ne pouvaient souffrir la musique du temps, qui désarticulait leurs vers, — les autres, parce qu'ils devaient être naturellement ravis d'une révolution musicale qui les mettrait au premier plan. Ce fut de cette classe d'artistes que sortirent les deux premiers créateurs de l'Opéra : Jacopo Péri et Giuiio Caccini, tous deux chanteurs.
L'œuvre à accomplir était double. Il s'agissait, d'abord, de continuer la tentative de Galilée, et de créer définitivement un style de chant récitatif : ce fut surtout la tâche de Caccini. Il fallait, en second lieu,
3. « Sous le flot des Barbares, toute science s'éteigtiit, comme si tous les hommes étaient tombés dans une lourde létli;irgie d'ignorance: ils vivaient sans ilesir de savoir, ils avuient de la musique la niériie idée que des Indes occidentales, et ils persévérèrent dans cette cecil^ jusqu'à ce que quelques hommes de notre temps commencèrent à tâcher de la tirer des ténèbres, i- (rréambule du Dialogue.)
Galilée publiait, en même temps, trois hymnes grecs, auï Muses, à Apollon, à Némésis, d'a[)rès un manuscrit de Home.
4. Voir, dans ce Dictionnaire, l'intéressante étiide de M. Chilesotti sur la musique de luth.
M. Chilesotti a publié quelques morceaux pour luth de Vincenzo Galilei dans ses Lautenspielcr des XVI Jalirlinntlerts ilSOl. Leipzig. Breitkopf), et dans ses 7'rascrizioni da un codice musicale di V, fi. {Atti dcl Congrcsso iuteniazionale di seienze sforiclie, iyu3, Rome). — Ces petites leuvres sont souvent pleines de grâce et de délicatesse. Elles montrent que Galilée n'était pas un simple littérateur, ignorant de la musique, mais un bon musicien, — encore qu'uti peu hâbleur. (Il se vante, dans une préface, ,< d'avoir souvent joué sur le luth ilcs musifiues à quarante, cinquante et soixante voix! "J