‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 39 sur 297 · HIS.T01RE DE L.\ MVSIOVE · texte numérisé non relu

HIS.T01RE DE L.\ MVSIOVE

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créer le drame récitatif : ce tut surtout l'œuvre de Péri comme musicien, et de Uinuccini comme poète, — celui-ci plus important dans l'association que celui-là.

Giulio Caccini, dit Jules Uomain, était une personnalité assez peu sympatliique, d'un caractère sans franchise et sans dignité', mais un artiste intelligent et un gracieux musicien. Son éducation littéraire avait été assez, négligée, et ce fut Rardi qui le forma. Se rendant compte alors, dit-il, « qu'on ne pouvait émouvoir l'espiit par le chant, sans que l'on comprit Jes paroles, il lui vint à l'idée d'inventer une sorte de chant où l'on pût parler en musique [quaù in annonia fawllave) ». Il commença par composer des chants pour une voix, avec accompagnement d'un instrument, ayant l'un et l'autre un caractère expressif. Il ne condamnait pas d'ailleurs les passages d'agrément, pour lesquels il gardait un faible, en sa qualité de chanteur; mais il en limitait l'emploi à certains endroits du discours, et il les soumettait aux mêmes lois d'expression que le reste. « Pour bien composer ou chanter dans ce style, il est beaucoup plus important, disait-il, de comprendre l'idée et les paroles, de les sentir et de les exprimer avec goiU et émotion, ■que de savoir le contr'epoint-. » En somme, les vocalises qu'il admettait étaient des vocalises expressives, à la façon de Hœndel on de .Mozart. Dans ses Nuove Musiclie de 1001, une séiie d'exemples, des cahiers d'expressions musicales, nous font connaître ses essais pour noter les nuances des sentiments. On y trouve <les exemples (.Vesclainazioue languida, spirilosa, riva, pitt rira, larga. rinfurzata, de favella in annonia (de « parler en musique "), etc.

Cependant, Ottavio Uinuccini avait entrepris d'adapter la pastorale de Tasse à la musique. D'une grande famille tlorentine, et poète oflîciel de la cour de Florence, Hinucciiii parvint à une sorte de dictature artistique sur les poètes et sur les musiciens. Il dont il était, d'après Doni, obéi ponctuellement ». L'union parfaite de la poésie et de la musique dans le drame suppose une forte unité de direction et, par suite, presque nécessairement, la suprématie d'un des deux artistes associés. Presque toujours •c'est le musicien qui domine. Ici, ce fut le poète. Uinuccini, qui se croyait un génie, et dont l'idéalisme pompeux devait finir par soulever contre lui une réaction réaliste, conduite par le jeune Ituonarroli, avait un talent plus élégiaque que dramatique; mais il sentait très bien ce qui Convenait à la musique; il ramena avec beaucoup d'art la favola pastorale au ^jrand mythe païen, et il la tourna de préférence vers Jes elfets lyriques'. Ce fut lui qui écrivit la Dafne, l'Euridice et VArianna, qui furent les premiers poè-

1. Il fut m.Mé à une aventure tragique, où il joua un rôle abominable. Eléonore de Tolèiie, femme (le Pierre de Médicis, aimait Beraiarjo ,\ntinori. Antinori conlia à Caccini une lettre pour Eléonore. Caccini ouvrit la lettre et la remit au grand-duc, qui, d'accord avec son frère Pierre, décida la mort d'Eiéonore. Elle l'ut conduite par son mari dans une vill:i. près de Florence ; et là. il la poignarda. La délation <le Caccini dut Icc.ti-ter, dans la suite, de la société d<; Kitiuccini et de Péri; ainsi seiplique p,'Ut-étre l'acrimonie qu'il laisse constamment percer contre Péri. (Voir les notes d'Antonio Caivi, d'après le Cartef/fiio Jet/li ambasriatori di Firenze, conservé à la Cancelleria ducale de Modène.)

2. Le iXtiove Musiclie di Giulio Caccini detio liomano, Florence, llarescolti, 1601.

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