‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 41 sur 297 · DONI · texte numérisé non relu

DONI

2. Voir sur Péri et sa faniilliî un intéi'essfint artirle de fi. Oiioanio Corazzini, ISÎio, Florence. — Péri mourut en lO.'td : un ile ses lils fut ami intime ilu grand Galilée, et mathématicien remarquable. In autre, musicien comme lui, tua sa femme, et fut condamné à la potence, vers

1012. Tous les biens des Péri, qui étaient assez considérables, furent alors vendus.

3. Le Mnsirlie iH Jacopo Pi-vi. tiobilf finre/itini), soprn l'Eundicc fie! sii/ . Ottiirio liinticrhii Topprese/itiite nello s]>onsnfi:io dclla Crislianissima Maria Mciliri reijiua di Francia e di Naoarra. — /^/oreiice. G. Murcsvuili, 1000.

HISTOIRE DE LA MUSIorE

XVII^ SIECLE. — ITALIE cm

Caccini, toul en se préoccupant du texte, restait plutôt, par opposition avec Péri, un chanteur dramatique de concert, qui ne se résignait pas à sacrifier le bel canto et ses artifices. Il ne cherchait pas tant les accents trafiques qu'un certain stylo négligé et coulant [una certa sprezzatiirii), avec une nouvelle sorte de passages d'agréments, dont il était l'inventeur (/(( nuùva moiiicia de pasxiKjui e raddoppiiite inventati da me), de longues vocalises fleuries {quel gnippi e qiiei lutif/hi ijiri di voce sciiiplici e doppi), pour lesquelles il avait trouvé en la célèbre chanteuse Vittoria Arrhilei une interprète admirahle. Son Ewidice, qui a été rééditée par Robert Eitner', est bien moins une tragédie qu'un ballet pastoral, avec des airs chantés et dansés, et des récitatifs un peu plats aux cadences monotones, brodés de vocalises purement ornementales. Le drame ne lient qu'une place secondaire dans ce divertissement aristocratique, dont le style rappelle parfois d'assez près celui des Ballets français du même temps-. L'œuvre ne manque d'ailleurs ni de goût ni de grâce, et certaines pages ont une mélancolie élégiaque : tels, la Uéploration funèbre de la fin, qui fait penser à une scène analogue de Carissimi, ou le récit de la Messa-

gère, qui annonce celui de la Messagère d'Orf'co par Monteverdi. Mais l'émotion chez Caccini reste pâle et exsangue; elle ne se défait jamais d'un maniérisme un peu froid.

Ouaiit à Einilio de Cavalieri, moins musicien de profession que ses deux rivau.x, son style est souvent pauvre et fautif Sa lUippi-enenUizione di Anima c di Corpo'', dont le sujet pieux est peu ou point dramatique, et assez ennuyeux, malgré les entrechats qui égayent çà et là ses sermons édiliants'', est, au point de vue musical, faite d'une suite de petites phrases mélodiques, faciles, claires, très courtes, un peu banales, des Canzoïietlc, comme les appelle Doni, qui en condamne l'emploi dans une œuvre de théâtre". Cavalieri ne songeait pas à une imitation aussi stricte de la nature que l'eri et Caccini; mais par la seule sincérité de son émotion, et parce que son œuvre était moins raisonnée et plus sentie, il lui arriva d'avoir par moments l'intuition de la grande déclamation mélodique, que Monteverdi créera plus tard dans son Ariannn, que Cavalli reprendra, et qui sera le fondement de notre opéra classique. L'exemple qui suit donne une idée de ses récitatifs , souvent bien gauches, mais d'une expression intense.

Emii.io de' Cavalieri. — Uttpprt'senta:i(itie di Anima c iti Corpo^ (IGOO). LE CORPS.

Bt

XZZK

Ahi!

chi mi dà con

.si glio?

A. quai

didtift m'appLglia?

L'a uiina

mi conJbr

ta.

sen so rai tras.

por ta

la ear^ne

-a — -ven ta .

mia mi ten

ta, l'e

ter no mi spa

Mi

se.ro !

1. L'Euridice, composta in jjiitsica, in stile rappresentativo da G. C. detto lîomano, 1600, Florence, Marescotti. — Ré^-dité par Robert Eitner dans le 10* volume de sa Publilcation aelterer pra/clischer und tkeoretischer Musik-werke , herausgegeben von der Gescllschaft fur MiisikforscltHug, 1881, Berlin.

Cette collection se trouvant dans toutes les grandes bibliothèques musicales, je me dispense de donner ici des extraits de la partition de Caccini.

2. Il est à noter que tout le petit groupe florentin de la Camerata fut attiré vers la France. Rinuccini y passa plusieurs années, et Caccini y alla en 1605, avec sa fille Francesca, sur l'invitation de Concini. — Il mourut en 1G18.

3. La Itappresentazioite di Anima e di Corpo, nnovamente posta in musica dal signor £". de C. per recitar cantando, H3Û0, Rome, Nicolo Mutii. — L'unique exemplaire connu est à la Bibliothèque

Sainte-Cécile de Rome. — Voir : Romain Rolland, L'Oprra religieux au dix-septième siî'cle (Tribune de Sat/it-Oe/vais, juin 180!i). — M. Ala- 'eona vient de rééditer l'œuvre.

4. Cavalieri veut que l'on danse des pas graves pendant un cbœur, et que, dans les ritournelles, quatre danseurs ballino esquisitamente un ballo saltato con capriole.

5. Giambattista Doni (1593-1047), auteur du Trattato délia musica scenica. fut le grand théoricien et l'esthéticien du drame lyrique llorentin. — Il eût été d'ailleurs partisan d'un système mi\te, où les représentations eussent été mi-chantécs, mi-parlées (chapitre IV du Trattato : clie è meglio cantarc parte délie azioni clie tutte intere],

ti. Jiapprcsentazioiie di Anima e di Corpo, niioramente posta in musica diil signnr Emilio de Curalierî per recitar nuitnndo, data in luce du Alessandro fittidulti liohgnese, con licenza di superiori^ Rome, Nicolo Mutii, 1600.

ENCYCLOPÉDIE DE LA MVSIQVE ET DICTIONNAIfiE DI' CONSERVATOrBE

/ ^ ff

A((ac car omjmi al

8 » Il

rJ 0

brevp pia cer ;

no,che non è gius

per

un falla-ce giis

J ^ i it

to, per

.'p pia cer mi

CÎT

En résumé, il est curieux de noter que l'opéra tlorentin a été créé par un noble amateur , le comte Bardi, — par un homme du monde érudit, Jacopo Gorsi, — par un haut fonctionnaire intelligent et artiste, le direcleur des théâtres de Florence, Emilio de Cavalieri, — par un dilettante instruit, Vincenzo Galilei, — par un poète, Ottavio Hinuccini, — par une dame-poète, Laura Guidiccioni, — ■ par deux chanteurs, Péri et Caccini.

Il n'y a pas, dans toute cette liste, un seul vrai musicien, — j'entends : un compositeur. Et celte simple constatation le prouve : l'opéra lut l'œuvre, non de musiciens, mais de poètes et de littérateurs'.

11 faut ajouter qu'il eut un caractère essentiellement aristocratique. Les pastorales de Cavalieri, les J5ff/'ne et les Euridice de Péri et de Caccini, étaient jouées dans le salon d'un grand seigneur. A Rome, les représentations, d'un esprit plus religieux, avaient lieu dans un cloître ou dans un séminaire. Mais l'assistance était toujours restreinte; et Cavalieri insiste sur ce point, dans sa préface de la Rappresenlazionc dl Anima e di Corpo, qui nous est une description précieuse du premier théâtre d'opéra, tel que les fondateurs de l'opéra le voulaient.

La salle de spectacle, dit Cavaliei'i, ne doit jamais contenir plus de mille personnes, commodément assises, dans le plus grand silence; car dans des salles plus vastes, le chanteur doit forcer sa voix pour se faire comprendre, et fausse le sentiment. D'ailleurs (et l'on voit bien ici que ce n'est pas un musicien qui parle) « la musique ennuie, quand on n'entend plus les paroles ». — L'orchestre est invisible, caché derrière un rideau. Le nombre des

instruments est excessivement restreint, surtout chez Cavalieri. iNul n'appliqua avec plus de rigueur les théories de Galilei pour réduire au minimum les moyens d'expression, sous prétexte que plus ils sont simples , plus l'ell'et produit est profond {ne' sensi si imprlmono le cosc piii, sempUci più facihnente che le 7niste). Cavalieri ne semble avoir fait usage, pour sa Rappresenl'izione, que d'une lyre double, d'un Ihéorbe, d'un claricembato et d'un organo soave-. — Tout est concentré, dans la tragédie musicale nouvelle, sur l'acteur. 11 faut, avant toutes choses, qu'il fasse clairement enlendre les paroles, qu'il prononce distinctemeni, qu'il joue son rôle avec une lidélité absolue, et que ses gestes et ses pas répondent exactement aux passions qu'il exprime. Les chœurs sont astreints aux mêmes règles. Ils doivent, du commencement à la lin, prendre part à l'action. Les représensations ne passeront pas deux heures. Trois actes suflisent, vaiiés, animés, écrits dans une langue claire, avec de vifs dialogues, et aussi peu de monologues et de récits que possible. — Rien de plus intelligent el de plus humain que ces régies. On y sent l'homme de théâtre et l'artiste latin. C'est là un idéal sobre et rafliné, le spectacle d'une élite intelligente et lettrée, qui s'intéresse moins à la musique, pour elle-même, qu'à une forme de tragédie harmonieuse cl aristocratique.

1. 11 n'y eut aucun doute, it ce sujet, parmi les contemporains : a Les vrais architectes de cette inusi(]ue scênir|ue. écrit Doiii, ont été proprement Jacopo Corsi et Octavio Kinuccini. ,. (J vert archilclti (Ij (jucstn tnnsica scntica sono propriamenle slati ti siynori Jacopo Corsi c Ottavio Jtinuccini.)

2. Cependant Cavalieri admet un orchestre plus nombreux pour les siii fouie entre les actes; et il pose aussi le principe que l'instruuicntation doit changer, suivant la passion exprimée.

IlfSTOrniC DE I.A MISfQIE

XVII" SIECLE. — ITALIE r,95

Page 1