CHAPITRE III
I.a réaction des iiiiisicions roiilro le Côiiaclo florentin. — Le nia<lrii;al <lraina(ii|ue tl'Orazio Veeclii. — Marcu «la (ia^liano et Claudio Monteverdi'.
11 était impossible que les musiciens tolérassent, sans prolesler, cette prétention des littérateurs à les tenir dédaigneusement en tutelle. Sans doute, ils étaient pénétrés comme eux par ce besoin nouveau du drame, qui se faisait alors sentir dans tous les arts italiens, et qui menait la peinture aux aciions niélodramaliques des Bolonais, et la sculpture aux gesticulations tumultueuses de l'école de Michel-Ange. Mais au lieu de sacrifier la musique au drame, comme les Florentins tendaient trop à le faire, ils voulaient enrichir la musique en y absorbant le drame; ils voulaient écrire des pièces de théâtre dans le style habituel de la polyphonie vocale, qui régnait de leur temps.
Depuis le commencement du xvr' siècle, les madrigaux franco-llamands avaient eu souvent un caractère dramatique ou comique. Les Citasses, les Batailles. les Cluints des oiseaii.r de l'école de Jannequin, les plaisants dialogues de Holand de Lassus, qui avaient trouvé partout des imitateurs, étaient de véritables scènes de théâtre en liberté, d'une vie puissante et d'une verve rabelaisienne. Orazio 'Vecchi de Modène voulut davantage : il prétendit écrire des comédies entières en style madrigalesque.
Il était né vers io'M et mourut en 160j. Il était chanoine et archidiacre de Correggio, ce qui ne l'empêcha pas d'organiser les mascarades de Modène, d'écrire de la musique bouffe, d'avoir une vie agitée, et de jouer au besoin de la dague et du couteau. Il fut trois fois cassé de ses fonctions; mais il était célèbre, protégé par les princes; et sa réputation s'étendit jusqu'en Autriche, en Danemark et en Pologne. Son épitaphe proclame, sans modestie, qu' « il fut un créateur si éclatant en musique et en poésie qu'il surpassa facilement tous les génies de tous les temps. » Elle ajoute qu' « il fut le premier à joindre la musique à la comédie » (Armoniam priinus comicx facuUati conjunxit).
L'originalité de l'œuvre et de la personnalité de Vecchi est double : elle consiste d'abord dans la revendication des droits de la comédie contre les partisans des anciens, qui alîectaienl de la dédaigner et s'appliquaient uniquement à la tragédie pastorale-. Elle est, en second lieu, dans la revendication des droits de la musique contre le despotisme des poètes. c< La musique, dit-il, est poésie au même titre que la poésie
1. BlBUOGKki'mE.— CjiTELA.Ki, Deltavitae delteoperedi O.Vecdii, IS59, Ricordi.
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2. Ed ceci, Vecchi est vraiment un précurseur de Molière. Comme lui, il proclame la noblesse de la comédie, » miroir de la vie humaine », contre les détenseurs étroits du u grand art « (Voir la préface de l'Amfiparnaso).