La mort, en 1607, de sa jeune femme qu'il aimait
EXV.yr.LOPEDIE DE LA MUSIQUE ET PICTIÔyiVAIRE DV CONSEliVATOIRE
tiels. U'abord — ■ à la dilîéreiice de Pen et de Cacciui — Monteverdi, comme on l'a vu, resta jusqu'à l'âge de quarante ans un compositeur de madrigaux à plusieurs voix; et il continua d'en écrire, parallèlement à ses opéras'; il lui arriva même de leprendre certains de ses plus célèbres morceaux dramatiques, comme le Lamento d'Ariaiina, pour les arranger à cinq voix-, montrant ainsi qu'il n'entendait en rien délruiie l'ancien art, mais le faire subsister côte à côte avec le nouveau, ou opérer leur fusion. — Il garde aussi toujours ses caractères de race, qui le distinguent profondément des Florentins. Il fut un artiste vénitien, épris du coloris et du mouvement. Les Vénitiens n'eurent jamais pour l'antiquité la passion archéologique des Florentins et des lÀomains. Monteverdi la connaissait et la respectait, comme tous les artistes de son temps; mais la règle fondamentale de son esthétique est l'observation de la nature et le respect de la vérité; sa première loi, c'est la vie. L'appréciation de Doni, que nous citions plus haut, est assez pénétrante. Le style de Monteverdi est plus » comique » que celui des Florentins (si l'on prend le mot « comique » non dans le sens de « bouffon », mais de «familier », de « rapproché de la vie », et aussi, comme l'explique Doni, de « plus orné », de plus libre et de plus fantaisiste). — Encore une fois, il n'en faut pas juger par une œuvre, exceptionnelle chez Monteverdi, comme le sobre et tragique LametUo d'Arianna. Mais dans l'ensemble de ses productions, ce qui frappe le plus, c'estl'extrème mobilité de sa musique, sa curiosité inlassable d'effets pittoresques ou expressifs, de rythmes, de sonorités nouvelles, sa recherche du mouvement et de la variété avant tout, lelle était l'impression qu'il faisait de son temps, et que ses adversaires exprimaient ainsi : « On entend un mélange de sons, une diversité de voix, une rumeur d'harmonie insupportable aux sens. Celui-ci chante un mouvement rapide, cehii-là un mouvement lent; l'un prononce une syllabe d'une façon, l'autre d'une autre; l'un s'en va à l'aigu, et l'autre tombe au grave, et pour comble, un troisième n'est ni grave ni aigu... Malgré toute la bonne volonté du monde, comment voulez-vous que l'esprit se reconnaisse dans ce tourbillon d'impressions^".' » Cette critique d'un ennemi, évidemment exagérée, note cependant avecjustesse certains traits distinctits de Monteverdi (défauts et qualités tout ensemble). Dans son amour de la vie, dans son désir hàtif d'en rendre le frémissement, avant de posséder le riche et souple instrument musical, dont disposeront les maîtres du siècle suivant, Monteverdi n'est pas sans mériler parfois ce reproche de désordre; les belles lignes de ses œuvres se perdent, à certains moments, sous l'abondance des détails.
La grande affaire pour lui était d' « imiter » en musique les sentiments humains. 11 y travaillait, bien avant d'écrire son premier opéi'a. Cette étude l'amena à constater, à sa grande surprise, que le nombre des sentiments exprimés jusqu'alors par les musiciens était des plus restreints. 11 y avait, dit-il, des ordres entiers d'émotions, que la musique avait laissés de côté. Ainsi, les mouvements passionnés, qui sont l'é-
1. Voir HuffO Leicliteiitritt : Cf. Mmiterin-di nh Miuh'iijal-kompoiiist {Snnimelljutide iler /nternatiuuulen Miiail.-i/escllsrhii/'t, yiiwwrniars loin).