Artusi, II
!i. Dans VOffi'o de 1607, Monteverdi emploie 40 instruments, à savoir : comme instruments à clavier, 2 clavicçmbnli, 2 petits orgues à sons de lliite {orgaui di let/iio}, un petit orgue à jeux d'aiicbe {rer/alc) ; — comme instruments de basse, soutenant la basse continue, i! contrebasses de violes, 3 violes de gambe, 2 luths prul'onils
HISTOIRE DE LA MTSIQVE
cl (lit que sou Orf'no avait été le point de départ d'un développement nouveaude l'instrumentation. M. Hugo Coldscliniidt a montré, tout au contraire, qu'il l'ut le sommet et le terme de l'inslruiuentalion ancienne. Les moyens employés n'étaient pas essentiellement dill'érenls de ceu.\ qui étaient en usage chez les maîtres du XVI'' siècle, avant la « réforme niélodramalique )i de Florence. Ces maîtres avaient à leur disposition une quanlité d'instruments, qu'à la vérité ils ne se pi-éoccupaient pas beaucoup do grouper en un orchestre unique, mais qui formaient de petits orchestres ju.xtaposés, (les familles d'instruments (familles d'orgues, de violes, de lullis, de (lûtes, de trombones, de corneili), doublant les voix, ou s'agitant d'une façon anarchique, sans unité, sans base, sans un noyau orchestral autour duquel gravitât l'ensemble. L'orchestie de VOifco présente un peu ce même défaut d'honio;;énéilé; il n'a pas de centre de gravité; il tombe à droite ou à gauche, dans le grave ou dans l'aigu; on y sent avec exagération la recherche des détails pittoresques, des effets de couleur. C'est justement en cela qu'il est si intéressant. Il faut aller jusqu'à Hameau pour trouver un tel esprit de curiosité passionnée dans l'étude des timbres de l'orchestre'. Monteverdi ne continua pourtant pas dans celte voie. Après 1'' irfeo, il renonça à son orchestialion chaloyanle, mais insuffisamment pondérée. 11 simplifia l'ensemble, écartant les vieu.K instruments, dont la sonorité ne se fondait pas bien dans le chœur instrumenlal ; il introduisit la famille des violons à la place des violes, et travailla à perfectionner la construction technique du morceau. U Comhatlimenlo di Tancredi r Clorinda, de 1627, emploie deux violons, deux violes ténor et basse, le claciceinbalo et le contrahasso d<i ijumliit-. A dater de ce moment, le violon s'établit dans l'orchestre, dont il devient en dix ans le premier instrument^. L'union des violons et des instruments à clavier forma le corps de l'instrumentation nouvelle. On y ajouta seulement, à des moments de l'action, pour des expressions déterminées, quelques timbres spéciaux : trompettes et timbales pour les scènes triomphales, cornctti et trombones pour les scènes fantastiques, et, rarement, les flûtes pour les
(i-hit(u-riiiii); — comme ensemble des cordes, 2 petits violons à l:i française, ou pochettes, 10 violes da bniccio (soprano, alto, ténor et basse) ; les violons ordinaires, non marqués dans la liste en tète de la partition, étaient pourtant employés ; — enfin, comme instruments à \ent. d'une part un clarino (trompette aiçuc), trois trompettes avec sourdines, ((uatre trombones et deux cornets .à bouquin ; — d'autre part, les Ilotes aigucs et profondes, et deu\ hautbois.
Voir aussi la Sonata sopra S. Mario , de 1010 (rééditée par Luigi Torchi dans le quatrième volume de l'Arte musicale initafia), et dont le caractère religieux et intime n'aurait dû compoi-ter qu'une orchestration très simple. .Monteverdi noie le chant sous un vérit.'ible débordement de dessins instrumentaux , pour lesquels il emploie i cnruetii, 1 trombones, 1 trombone dotipio, i violons, des violes di bracci. et l'orgue.
1. Examiner en particulier l'acte de l'Enfer (acte lll). Des trombones, des cornetti et l'orgue, par de larges et sombres accords, évoquent le Tartare. Orphée déploie, pour vaincre l'Enfer, toutes les ressources de l'art des sons. Le premier couplet de son chant est .accompagné par un orr/ano di leijno et un cititarrone. Sur cet accompagnement et sur la voix d'Orphée, concertent deux violons (employés, pour la première fois, d'une façon indépendante des violes). — Au second couplet, après la ritournelle des violons, deux cornetti remplacent les violons et concertent à leur place. — .\u troisième, quand Orphée dit que o là oij est Eurydice est le paradis poiirlui », deux doubles harpes — (une raielé dans l'orchestre du xvu" siècle) — font de gracieux arpèges. — Suivent d'étonnantes vocalises d'Orphée, sorte de sanglots harmonieux, sans paroles. Elles sont accompagnées et commentées' par deux violons et un basso da braccio (un violon profond). — Orphée demande à Caron de le faire passer : son récitatif arioso repose sur des suites d'accords tenus du quatuor à cordes. — l.a sinfonia du commencement de l'acte est reprise par les violes et l'orgue, mais piano : elle endort Caron. — Orphée monte dans la
scènes pastorales. — Telle sera la composition ordinaire de l'orchestre vénilien, ainsi que Monteverdi semble l'inaugurer par son Iiicoioiinzinnc ili. Poppea.
Monteverdi n'est pas moins remarquable comme harmoniste. 11 l'ail un emploi génial des dissonances, qu'il considère comme une mine de ressources pour l'art dramatique. 11 emploie librement la septième et la neuvième; il sent le charme langoureux de la septième diminuée, et il tire de la quinte augmentée des effets de tristesse poignante '■. U se plait aux tendres et Irijtes tierces et sixtes mineures. Il module hardiment d'un Ion à l'autre, et s'engage avec décision dans les tonalités modernes.
Son mérite est plus grand encore comme créateur déformes musicales. Dans toutes ses teuvres se montre un génie d'invention d'une variété et d'une curiosité sans égales. Son Iiiuurontizioiie di Poppea est particulièrement surprenante, h. cet égard. Si elle n'a pas la pureté de lignes et d'âme de VOrfeo, elle est vingt fois plus riche. Toutes les formes d'air s'y trouvent déjà esquissées : l'air récitatif, l'air à variation, l'air régulier à deu.x parties, l'air da capo^, la chanson populaire''. Elle olfre des modèles du comique le plus fin, aussi bien que du pathétique le plus émouvant; Vénitiens et Napolitains, Cavalli et Provenzale, y puisèrent largernent. Il y a même, au milieu de l'action tragique, un véritable intermezzo', qui est le point de départ des intermczzi du xviiii^ siècle, d'où sortit \'opcra buffa. C'est une œuvre où l'on sent poindre toutes les formes à venir de la tragédie et de la comédie lyrique, jusqu'à Gluck et Mozarl.
Mais où Monteverdi est incomparable, parmi les musiciens du xvii» siècle, c'est comme peintre de la vie. Son art sobre et précis, comme celui des grands portraitistes italiens de la llenaissance, sait noter d'une touche rapide les mouvements les plus mystérieu-x, les nuances les plus impalpables du sentiment. Ainsi, la scène immortelle de la Messagère d'Or/'eo, annonçant à Orphée la mort d'Eurydice, — et l'angoisse d'Orphée, qui devine la nouvelle avant qu'elle lui soit dite, — et le récit qui suit, d'une douleur intense et harmonieuse, qui se concentre, sans cris, sans agitation, avec une pudeur tout hellénique*.
barque et passe en chantant, ;iu son de l'orgue seul. — Enlin, les esprits célèbrent la victoire du héros, avec ces fières paroles ; NuUa impresa per nom si tenta in vano (« Nulle entreprise de l'homme n'est tentée en vain »j, oii resplendit tout l'orgueil de, la Renaissance. Et alors éclate la sonorité de tout l'orchestre ; trompettes et trombones, orgues, contrebasses et violes de gambe. — La partition de VOrfeo a été rééditée par Robert Eitiier, dans le deuxième volume de la Pubti- 1,-ation aelterer prah-lischer nnd l/ieoretisclier Musi/cirerite. — M. Vincent d'indy en a publié une sélection, conl'orme aux exécutions données à la5c/(o/a Cantorum, sous sa direction (éditions de la Scbola.).
2. Monteverdi, qui voulait peindre ici le frémissement du combat, a confié aux violons un trémolo continu de 10 quadruples croches par mesure. Le violon devait être par excellence l'iiistruitient de ce qenere concitato (de ce genre e\alté, d'une passion trépidante), que Monteverdi voulait introduire en musique.
3. Maugars écrit en lOrîO qu'on ne trouve presque plus de joueurs .le viole en Italie. (Cf. J.-J. Bouchard, à Na|iics, en lti32.) Slefano Landi semble avoir eni|iloyé le violoncelle, dés lG;t4.