‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 56 sur 297 · PP · texte numérisé non relu

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HISTOIRE DE LA MUSIQUE

Il ne peut i?tre iiueslion d'analyser ici la suite des trente-neuf pièces de Cavalli, dont les plus remarquables sont la Didone de 1641, la Doriclea de 164o, le Glasone de 1649', VEritrca de 16o2-, le Serse de 1660, et VErcole de 1662. Les premiers opéras, de 1639 à 1642, tiennent encore un peu de l'opéra romain par l'emploi des chœurs, et de l'opéra florentin par une certaine monotonie cadencée du récitatif; la Didone rappelle parfois Monteverdi; mais la personnalité de Cavalli se dégage nettement, dans celte œuvre admirable, et dès lors ne fait que grandir. Klle atteint sa perfection plastique dans VEritrca. La renommée de Cavalli se répandit en France, où l'on représenta, au Louvre, en 1660, son Serse, joué à Venise dès 16.')4; et Cavalli écrivit spécialement pour Paris ÏErcole'^, que peut-être il vint diriger luimême en 1662. Il chercha à s'y adapter au goût français, sans rien sacrifier de sa personnalité, mais en l'élargissant : VErcole possède une ouverture instrumentale, des symphonies entre les actes, de beaux chœurs et des récitatifs déclamés h la française. Nous verrons plus loin comment cette belle œuvre ne semble pas avoir réussi à Paris, où Lully et Cambert, acharnés à se nuire mutuellement, s'entendirent sans doute pour l'étoulTer. Mais Lully, en silence, ne manqua pas d'en faire son profit. L"£rco/e fraye la voie où il entrera, dix ans plus tard. Ce sont déjà les grandes lignes du plan qu'il adoptera pour ses opéras : la forme de l'ouverture, la structure du prologue aux chœurs massifs et triomphants, la déclamation lyrique, les chœurs et les danses à la fin des actes.

Le génie de Cavalli était d'une prodigieuse souplesse; et l'on peut imaginer, par l'exemple de VErcole, ou par telles indications éparses dans ses œuvres, tout ce qu'il aurait pu faire, s'il avait eu à sa disposition des chœurs et un orchestre, comme en eurent Monteverdi à Mantoue, Cesti à Vienne, ou Lully à Paris''. Dans les étroites limites où les circonstances le tinrent, il fut surtout un maître du chant solo; et là est surtout son importance historique. Son récitatif était encore regardé par Scheibe, en 174o, comme le plus expressif de l'opéra italien. La forme de l'Aria fut perfectionnée par lui, d'une façon remarquable. 11 employa rarement l'air da capo; mais on en trouve une esquisse dans ses airs strophiques, à deux parties, dont la ritournelle instrumentale répète la première. Il use surtout d'une suite de récitatifs et d'airs, d'adagio et d'allegro, de rythmes à 3 et 4 temps, dont le contraste devait frapper les maîtres de son époque, en particulier Luigi Itossi, et influa peut-être sur le style de leurs canlates. Il utilise aussi des canzonelte populaires, de petites mélodies des rues, qui viennent rompre la solennité de la tra-

1. Le Giasone (poème de Cicognini) eut un succès européen. Dès le.'tO, on le jouait à Munich et à Vienne.

2. On trouviT.-! des fragments de VEritrca dans l'.article de Romain Rolland sur V Opéra populaire à Venise (15 février 1900). — Le Conservatoire de Paris possède de cette œuvre une partition manuscrite, dont quelques pages au moins semblent de la main de Cavalli.

3. L'Ercole per ta Maestà di Luigi XIV, re di Frauda, neile sue nozze in Parigi, Vanna i6ô'2.

4. En quelques traits, Cavalli excelle à peindre, avec son petit orchestre et les voix, le milieu où se meuvent les personnages. Telles, la Sinfonia infernale des.Vor^e di Teti. — X^Sinfonia nacale de Didone, — la peinture de la nuit et de l'aurore dans Egisto (lG4:i), — le cliant du ruisseau d'Erçole.

5. Les dix-huit théâtres d'opéra de Venise, de 1C37 à 1700, donnèrent 361 pièces.

gédie; et son récilatif s'anime, de place en place, réchaull'é par des rythmes populaires et coupé par des bribes de petits airs, qui lui donnent une élasticité singulière. L'opéra de Cavalli garde encore une indépendance d'allures qui va bientôt s'efi'acerdu théâtre italien, sous l'influence tyrannique du grand air et du bel canto.

Tandis que Venise, profitant de l'éclipsé des Barberini, prenait l'avance sur Rome et devenait la capitale de l'opéra italien au xvii» siècle^ la comédie musicale des Barberini se créait un théâtre spécial, à Florence, en 16o7 : le Teatro délia Via délia Pergola. Ce théâtre s'ouvrit par un dramma civile riisHcale (drame bourgeois et campagnard), poème de G. Andréa Moniglia, musique de Jacopo Melani. Moniglia est le seul poète d'opéras que Florence puisse opposer à la nuée des auteurs de Ubretti vénitiens. Jacopo Melani, de Pistoie, était le frère d'un aventurier que nous retrouverons en France, au service de Mazarin, .\tto Melani. Il écrivit un grand nombre de comédies musicales'' et d'opéras, dont la réputation s'étendit au loin''. Aucune de ses œuvres et de celles de Moniglia n'atteignit à la renommée de La Tancia,ovvero il PodesUi di Cûlognole, qui inaugura en 10o7 le théâtre de la Pergola*.

On se souvient que, cinquante ans auparavant , Michelangelo Buonarroli le Jeune avait fait jouer une comédie paysanne du même nom. Le sujet était une sorte de Bourgeois gentilhomme, qui se passait au village. Moniglia reprit le sujet librement, en y mêlant un élément romantique et sentimental. L'oîuvre est écrite en patois toscan, et Moniglia poussa le scrupule d'e.^aetitude si loin qu'il dut plus tard joindre un glossaire à sa pièce'.

La musique est d'une haute valeur. On y sent, comme l'a montré M. Goldschmidt, l'influence de Cavalli, dans le dessin, la forme, la mélodie, la structure des morceaux. Les airs sont d'une grande beauté plastique. En général, ils ne s'astreignent plus, comme chez Monteverdi ou chez les compositeurs romains, à rendre avec exactitude le sens des paroles, mais tout au plus l'émotion générale de la situation'". La vérité des accents dramatiques reste confiée aux récitatifs; dans les airs s'épanouit la pure beauté musicale. C'est déjà le principe de Mozart : « Dans un opéra, il faut absolument que la poésie soit la fille obéissante de la musique". « Et c'est surtout, déjà, la noble grâce, la clarté, l'équilibre harmonieux de Haendel. On sait combien Haendel s'est inspiré, jusqu'à les copier, des Italiens de la seconde moitié du xvii" siècle.. Melani (et Cavalli peut-être) ouvre la série de ses modèles.

C. La Tancia (1657|,- // Pa::o per for:a (1638); /; Veccliio hurlato (1050) ; la Serva nobile (16601 ; Tacere ed amare, etc.

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