‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 80 sur 297 · DCC · texte numérisé non relu

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HISTOIRE DE LA MUSIOTE

ITALIE 7ar,

Celui qui s'intéresse aux parlicularilés de la leclinique pourra, peut-être, relever dans la Toccata du 4" ton, tirée elle aussi du TranMvano et contenue dans le troisième volume de VXvlc untica c moclerna, le fa dièse de la basse. Il n'appartient pas à la tonalité liypoplirygienne et représente quelque chose de moderne.

Dans ces auteurs la forme ne progresse pas sensiblement. Ils peuvent être classés dans la période préparatoire de la grande école, qui va lleurir avec Frescobaldi. Quelques-uns se laissent attirer seulement par la technique, et alors les compositions ne sont que de simples passages d'agilité intercalés dans des accords riches et sonores, saiis un vrai contenu idéal. Telles sont les œuvres de Oltavio Bariola, de Milan (vers lo8.5), celles d'un bon nombre d'auti'cs qui n'apportent à l'art aucune contribution. Au contraire, d'autres fois, malgré l'aridité que la pratique sévère du contrepoint engendrait, on voit les auteurs se préoccuper de développer dans le moyen le plus ingénieux qu'il leur était possible le thème ou les thèmes choisis. En ce cas, tandis que les violonistes ■élaborent la forme binaire, ces organistes s'abandonnent à la plus grande liberté dans l'art de développer un sujet. Kt ce second courant renforce le premier; il commence avec le Riccrcare, dont le nom, à lui tout ■seul, indique le soin industrieux et quelquefois fatigant de l'artiste, et se perfectionne dans la Toccata.

Cette seconde phalange de compositeurs dignes de louange se compose de Giuseppe Guami ou Guamnii, Fasolo, Annibale Padovano, tous faisant partie de l'école vénitienne à laquelle appartiennent Merulo et les deux Gabrieli; Gabriele Fattorini ou Fatorini, organiste à Rome, Vincenzo Bell' Haver, Vénitien, Costanzo Antegnali. A un degré moins élevé nous trouvons Paolo Quagliati, et Diruta même, chez lesquels l'idée est remplacée par l'aridité scolastique.

Le nom de Diruta, plus que pour sa production artistique, olfre un intérêt dans l'histoire de l'orgue pour l'ouvrage, maintes fois mentionné, intitulé // Transilvano, Dialoi/o sopra il vero modo di sonar organi ed islromenti dapennu, publié en 1507 à Venise, chez Vincenti. Les études de Cari Krebs, en corrigeant les dates de M. Fétis, ont démontré qu'il naquil probablement entre 15b4 et 1564 à Pérouse'. Adriano Banchieri était né à Bologne en 1567 et y mourut en 16.34 : il fut élève de Guami, et pour ses tendances il fit partie de l'école vénitienne. A leur production s'entrelace, comme j'ai observé, celle de Paolo Quagliati, que nous avons déjà vu parmi les compositeurs pour violon, celle de Mcola Corradini, Crémonais, et de beaucoup d'autres qu'on ne cite pas ici, car dans cet examen rapide nous jugeons bien plus important de relever surtout les noms de ceux qui ont donné une impulsion particulière à la technique et au développement de l'art.

Dans le champ de la technique le nom de Costanzo

1. Ki\EE5 iC.}, Girolamo Diruta s Trnnsilvimo. Leipzig^, Breitkopf u. H3rtel, 1893.

Antegnati nous rappelle la famille la plus célèbre des constructeurs d'orgue italiens du xvi° siècle. Originaire de lîiescia, Costanzo Antegnati, le dernier de cette famille, naquit à Brescia en lo.')7, et il est l'auteur de l'œuvre publiée à Brescia en 1608, sous ce litre l'Arte orijanica di Costanzo Anlcgnati organista del Duomo di Brescia. Dialoi/o tra Padre e Fvjlio à eut per I via di amiertimenli in-

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' sonar, e rcgistrar l'orijano : con l'indice de gii organi fabricati ni casa loro.Ce livre, document précieux du point auquel l'art des constructions était arrivé à cette période, contribue à faire connaître le nom de l'auteur plus que ses compositions musicales.

Environ à celte période remonte la production de Giovanni Gabrieli, que nous avons déjà mentionné parmi les Précurseurs et qui fut élève de son oncle André. IS'é à Venise en lo57, il succéda eu IbS't à Claudio Merulo et mourut le 12 août 1612, laissant une produclion très riche qui fut illustrée, entre autres, par M. Wintéi'feld [Johannes Gabrieli u. sein Zeitalter, 183 1), que j'indique au lecteur pour une étude particulière. G. Gabrieli est un noble artisan de la forme de la Toccata, et l'enseignement qu'il donna à Schiitz le place parmi ceux qui servirent à répandre en Allemagne la richesse instrumentale italienne.

L'époque de Giovanni Gabrieli nous rappelle le nom de Giovanni Cavaccio (écrit aussi Cavatius, Cavacchio ou Cavaggio), né à Bergame vers lob6 et mort dans cette ville le M aoiit 1626. Dans sa riche production, dont on peut trouver la liste dans Eitner, les compositions pour orgue révèlent une tendance au développement thématique, ce qu'il est intéressant de relever dans ce rapide examen à travers les formes que l'école italienne avait vu grandir. Par conséquent on peut considérer Cavaccio comme digne de paraître parmi les forts précurseurs de Frescobaldi. Dans cette période on trouve encore beaucoup d'autres noms, tels que ceux de Cristofano Malvezzi, Floriano Canale, Annibale Zuccaro; ils constituent la chaîne qui nous amène à l'organiste italien le plus grand du xvn» siècle.

Dans toutes les périodes on voit la création idéale s'entrelacer avec l'élément matériel, de façon à établir entre les compositeurs et les constructeurs d'instruments un lien étroit et sensible. Dans les temps modernes c'est ce qui arriva pour le piano, dont les premières écoles viennoise, ou mozartienne, et italoan;;laise, ou de démenti, naissent des modèles de piano dont Mozart et Clementi se servirent. Le même fait se vérifie chez les violonistes, qui atteignent une hauteur plus grande précisément en Italie, où s'établirent les fabriques les plus célèbres des instruments à archet. Et l'on observe encore le même fait dans l'école italienne de l'orgue, qui atteint le degré le plus haut lorsque les fabriques des Antegnati avaient amené à une perfection peu commune la technique de l'instrument, et les innovations du jésuite Hermann descendaient de l'Allemagne pour répandre parmi les Italiens de nouveaux avantages.

Girolamo Frescobaldi, de Ferrare, élève de Luzzasco Luzzaschi, est le représentant le meilleur de cette période. Il était né peu de jours avant le 9 septem-

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bre 1383 (il l'ut baptisé ce Jour-là), et enseveli à Home le 2 mars -1644. En étudiant les clavecinistes, nous aurons l'occasion d'indiquer ses œuvres. Nos recherches sur Luzzasco Luzzaschi nous ont amenés à ciler l'étude de M. Haberl, qui fournit les renseignements les meilleurs sur sa vie. On sait que, tout jeune encore, en 1607, il fut organiste à jMalines, et qu'à cette époque il demeura certainement dans les Pays-Bas, puisque ses premiers madrigaux à cinq voix sont publiés à Anvers, en 1608. Dans la même année on le trouve à Itome, oij le Capilolo di S. Pietro l'avait appelé à succéder à l'organiste Ercole Pasquini; et il remplit cette charge jusqu'aux dernières années de sa vie, se portant quelquefois en d'autres villes où il était appelé. .Seulement en 1643 il laissait la place de Saint-Pierre pour accepter celle d'organiste dans la petite église de « S.-Laurenlius in monlibus ». Et son renom, que lous les contemporains connaissent, fut tel, que même Froberger fut poussé à demander un congé à la Cour de Vienne, entre 1637 et 1641, pour aller à Rome, étudier sous le prince des organistes italiens.

On a déjà vu les traces de ce fait historique dans l'œuvre de Freseobaldi pour ce qui concerne la technique en rapport aux transformations rythmiques d'un thème (V. les Violonistes, plus haut), et nous pouvons l'appeler ici utilement que l'art de Sébastien Bach, sous plusieurs aspects, se rallache au développement apporté à la composition par Froberger; et précisément, selon Ambros et Rilter, Freseobaldi représente le degré nécessaire et immédiat pour passer à la hauteur admirable de l'organisle de Eisenach.

L'œuvre de Fi'escobaldi acquiert une imporlance particulière à l'égard du développement de l'harmonie moderne. En effet, il n'est pas difficile de trouver en lui des passages qui préludent clairement à notre conceplion moderne de la tonalité. Le morceau suivant, que MM. Hubert et Parry ont déjà relevé dans une Canzona de lui, peut servir d'exemple. En toute évidence, de la dominante on passe à conclure sur l'accord de la tonique. En songeant qu'il a été écrit un demi-siècle enviion après la mort de Palestrina, on pourra voir le chemin parcouru.

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