Né il Venise en 170i, mort en 17CG
2. Né à Burano le 18 ou le G octol)re i"OG, mort à Venise le 3 janvier 1784, selon Rientann, ou en 178o. Une bonne étude bibliogra-
EXCVCLnPKOrE DE LA iVrsiQllE ET mCTTOWA [RE DV r.nXSEnrATOrRE
qu'à la cliarfje d'organisle clans les églises de Venise. Sifflé à Vicence en 1722 dans l'Opéra Gli amici rivuU. suivant le conseil de Benedetto Marcello il entrail dans l'école de Lotli, et il en sortait riche de profonde culture. C'est ainsi que depuis i72'.l sa renommée s'était répandue; en 1762 il était nommé organiste à Saint-Marc; Catherine de Russie même l'appelait à sa cour.
J'ai parlé de sa vie de compositeur d'opéras et de compositeur dramatique, car elle rend d'autant plus digne de considération la beauté de ses œuvres pour le clavecin. Tandis que ses contemporains, distraits par la production éclectique, déchoient lentement, Galuppi relève le style italien à une hauteur qui le rend digne d'être placé, avant tout autre, près de la noble figure de Scarlatti. La modernité de ses compositions nous dit clairement l'époque de sa vie et répond aux idéals du xviii" siècle. On en trouve les traces dans la forme du temps, toujours ample et conforme au type binaire ; dans le nombre de ces temps, qui souvent se réduisent à quatre; dans la sonorité complète qu'il obtient des cordes et qui s'adresse déjà au piano moderne. Mais la sévérité de l'allure, la profondeur de la pensée et le mépris de tous ces agréments dans lesquels trop de ses contemporains font consister tout le charme de l'invention, le représentent comme un des continuateurs les plus nobles de la période glorieuse qui s'était close avec la fln du xvii' et le début du svni° siècle. Dans l'œuvre de Galuppi l'art instrumental italien vit d'une vie propre sans subir l'influence des clavecinistes de France
ou d'Allemagne. La forme de la Sonate, désormais dépouillée de toute incertitude, est prête à accueillir l'invention du compositeur. Et cette invention a un parfum de modernité qui souvent nous charme. Les voix s'arrêtent quelquefois en des accords tenus qui devaient résonner moins mal sur les clavecins perfectionnés et qui exigent déjà des pianos modernes. Le mouvement du dessin mélodique donne du brillant et de la vie à la composition ; sans le besoin de recourir continuellement aux agréments, il s'en sert seulement lorsqu'ils peuvent jaillir de l'intime de la pensée musicale. Le mouvement des parties est élégant et natul'el ; il ne renonce point à ces redoublements qui forment des parties indépendantes destinées à renforcer l'harmonie, et dont l'usage fait partie des tendances modernes.
Je vais citer, entre autres, une Sonate composée de Larijhelto, Allegro et d'une sorte de Presto; la tonalité de do mineur se manifeste au commencement, est conservée dans le développement, et s'arrête sur l'accord de la dominanle à la fin du premier temps; c'est là une preuve de la liaison entre le Larghetto et VAllegro qui suit. Les deux premières mesures suffisent à nous démontrer le caractère du thème, formé en partie par un arpège; c'est un système assez commun à cette époque, dans laquelle le développement harmonique de l'art était en train de s'accomplir. On y peut voir encore l'usage de ces parties indépendantes dont nous avons parlé; ce qui prélude aux sonorités orchestrales que les pianistes tireront du clavier moderne.
Larghetto.
Dans Cette période, nous l'avons déjà dit, le temps de Sonate a atteint sa forme complète : le système du type binaire est suivi par tous les compositeurs. Ce qui change de l'un à l'autre, c'est le nombre de temps employés dans la facture de la Sonate : on en trouve des modèles en quatre temps, on en trouve en trois ou en deux; chez Galuppi, comme chez Scarlatti, la Sonate est même composée par un seul temps. Cependant l'Allégro fugué en usage chez Corelli et qui rappelait l'ancienne Canzone est remplacé par des formes libres; les imitations entre les deux mains, de même qu'en Scarlatti, ont plutôt le ))ut de développer la composition et de soutenir la sonorité des cordes, que de suivre les modèles sévères de l'ancienne école. L'art nouveau, chez les clavecinistes d'Italie, est en pleine floraison.
M. Pauer réimprima dans Aile Meistcr (111, 48, 49) deux des Sei Sonate per Cernhalo publiées à Londres. On trouve d'autres œuvres de Galuppi dans les recueils de John Hill, Eitner, Hati'ers et dans l'^lr^e unliea e moderna de Hicordi. H ne faut pas oublier que Galuppi enrichit la musique instrumentale de bon nombre de symphonies pour plusieui's instiunients, et que d'au-
pliique sui- lii production drani;ili(]uo se trouve dans la Hiinsln munirnlc itfilutna chez Borca , 6" année. 111* livraison: Dnldassam' tîalupiii {!7<)6-l7S5) jmr Alfred Wilf/iieniie. V. Pumpko Mot.siKNrr, Jl JJiu'auelhj Gazzatta nnisicuh di JMiUttio, n. 6 et suiv., 181)*.»;
très œuvres restèrent manuscrites. On en parle dans les dictionnaires; V. le Qncllen Lexicon de fiob. Eitner.
Retournons maintenant quelque peu en arrière pour pailer de ISicolo Porpora*, qui étudia à iNaples dans le Conservatoire de la Madonna di Lorcto, et eut pour maîtres Greco, Mancini et Logroscino. Ce fut un compositeur d'opéras célèbre et un niaitie de chant; M™" Mengolti, M"»" Gabrielli, M"" .Alolleni, Farinelli, Salimbeni, Calfarelli, gloires de l'art du chant, appartinrent à son école. Dans le champ instrumental il est mentionné par les Sei Sinfonie da caméra pour deux violons, violoncelle et basse continue, et par six fugues pour clavecin. Dans ces dernières on aperçoit un technicien parfait qui connaît le clavier, sur lequel les parties polyphoniques sont distribuées avec un juste équilibre de sonorité. Le tiille paraît seulement dans les points les plus importants, les agréments ne sont pas excessifs. On doit encore observer que, pour lui, comme pour Marcello, le clavier était le confident des heures de repos, et non la vraie préoccupation de toute sa vie d'artiste.
A lîoiogne, dn sombre silence du cloître, le Père Giamballista Martini envoie sa parole à toute l'Eu-
l-'ntre les six .S'oï(afe à lui, trois furent pnl)liées par Pauer; V. en oyilycVArtcn7itirae7)tndcnin, édil. Uicordi.
1. Né à Naples le 10 août 1080, morl dans cette villr en f.'vrier 1700. V. ViLi.AiiusA, œuvre citée.
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lope, prêle à laccueillic avec révérence. Sa trace, dans l'histoire de la musique, est profonde; dans le S(i(/;/(o sut contrappimto il éclaire les queslions les plus imporlantes; dans les formes les plus dittéreiiles de l'ai'l il alleiiit des hauteurs admirables. Même pour le clavecin il laisse des exemples e.xcellents qui, s'ils ne possèdent pas la sincère expression de t.aluppi, s'ils procèdent plutôt de la technique d'un musicien savant que de la libre création de l'artiste, ont le mérite toutefois de conserver à. l'art italien une pureté absolue de forme et une allure aiislocralique remarquable dans la décadence qui approche.
Ce caractère de Martini, qui use souvent des agréments sans trop en abuser et qui refuse les formules théâtrales, est dû surlout à la vie d'éludé profonde ((u'il a vécue. Lorsque son idée est faible, il sait élre éléiiant sans être alleclé, naturel sans élre vuleuire, ce qui est dû à la connaissance parfaite de la technique musicale, au moyen de laquelle, par des contrastes el de sublils artifices, il réussit à nous intéresser, même si ce qu'il a à nous dire est incapable de nous saisir. Les voix sur le clavier procèdent natiirelleineul, ce qui facilite l'interpréialion à la main du pianiste. Lorsqu'il réunit des difllcultés, ce qui lui arrive souvent, il en tire un effet qui compense l'ellort qu'elles exigent. Il sait nous charmer avec la grâce naïve de la variation ; ses agréments s'unissent au thème choisi et développent une nouvelle élégance de ses formes.
A l'égard des agréments Marlini subit beaucoup, même trop, l'intluence du siècle poudré auquel il appartient. Ce défaut nait d'une invention mélodique beaucoup moins riche que celle que nous avons remarquée chez Galuppi et chez Scarlatti. Les œuvres les plus importantes pour notre étude sont celles composées en 1738 et 1742; on peut y ajouter les Concerli per arclii e ccmbalo, écrils en 1746, 1750, 17o2 et 1734. On approche donc rapidement de la période dans laquelle les compositions de Ch.-Ph.-È. Bach marqueront une date historique dans la formation de la Sonate moderne. Le caractère des œuvres en queslion où l'on voit même des concerts pour clavecin et insti'uments à archet, confirme l'importance alteinte par Marlini dans l'art instrumenlal d'Italie. Pour évo-
quer la ligure de l'artiste savant, il sufht de se rap~ peler que l'Europe musicah; loul entière se tenait en rapport d'esprit avec lui. Tarlini, dans une longue correspondance, lui exposait ses doutes sur la théorie qui le rendit fameux; Hameau lui communiquait les recherches et les résultats obtenus dans l'élude sur les accords. Grétry le révérait, Burney lui demandait des renseignements; Vallolti, AgricoIa,Marpurg,Uair, Pepusch, le vénéraient ; les factions des l'kcinnisli et GUicIdsti soumettaient levns querelles à son jugement; Jommelli même déclarait avoir eu un grand avantage de son amitié,, et Mozarl, tout jeune, en écoutait les conseils. Knlln, de l'école qu'il avait fondéfr à Bologne sortirent Sarti, maître de Cherubiui, et l'abbé Mattei, qui donnait àUossini et à Doiiizetli les traditions du tem[is passé : le père Martini résumait une longue période d'arl italien.
Pier-Domenico l'aradies ou Paradisi, Napolitain, élève de Porpora', était né à peu près quatre ans avant Ch.-Ph.-E. Bach; ses œuvres pour le clavecin suivent la forme binaire surlout dans le premier temps de la Sonate, et se développent assez amples et avec sûrelé d'allure. Sa Sonate en général est à deux temps : tels sont les modèles publiés par Pauer dans Alte Meislev, vol. III, de p. 104 à p. 127. Quelquefois le souvenir de l'ancienne suite revit, ainsi que dans le 12 8 caractéiistique du temps de Gigue qin finit la Sonate en do inajeu)\ La Sonate eu ré majeur se compose d'un Vlvace auquel suit un Presto en ré mineur, et possède charme et' élégance de formes et une excellente distribution des notes sur le clavier. Il faut surlout remarquer l'absence dos formules IhéAtrales qui devaient se présenter en foule à la pensée d'un compositeur d'opéras, et qui trop souvent endommagent les compositions des autres contemporains. Enfin, une sorte de par'fum de romantisme moderne semble émaner de V Allegro moderato delà Sonate en fa majeur, où le dialogue des parties, dès le commencement, est conservé dans tout le lemps avec une constance ingénieuse, et nous présente le procédé qui reparaîtra dans les modèles instrumentaux contemporains.
ÎKJ88
Allegro Moderato.