‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 97 sur 297 · Zanolini, ouvr. cité · texte numérisé non relu

Zanolini, ouvr. cité

2. L'opigramme est la suivante : « Son Espérance a déçu la nôtre, sa Foi ne tran'jportera pas les montagnes, et quant à la Charité qu'il nous a faite, elle ne le ruinera pas. »

L'épigranime excita, comme il étiiit naturel, la colère des rossiniens de Paris. Et pourtant Berlioz, quoique contraire à certaines formes et tendances du rossinismcj R\^il déjà public une longue analyse admi-

séquence des vêpres de la sainte Vierge, mais d'en prendre le texte pour un OnUorio. ou plutôt pour une Cantate religieuse destinée à des concerts spirituels.

On espéra que cet immense succès déciderait Rossini à écrire de nouveau pour le théâtre; mais en vain. 11 est vrai qu'il se trouvait alors dans un grand abattement physique et moral. Il était devenu maigre, pâle, d'une sensibililé morbide. On découvraities prodromes de la grave maladie nerveuse qui le frappa plus tard. Nous avons déjà vu que, pour éviter une forte émotion, il fit diriger par Donizetti l'exécution du Slabat à Bologne. On doit ajouter que depuis quelques aimées il était tourmenté par une maladie de l'urètre; c'est pourquoi, dans le mois de mai 1843, il dut se rendre à Paris pour se faire opérer par M. Civiale, le célèbre chirurgien, son ami. « Il arriva à Paris — écrit Escudier — à la fin du mois de mai 1843. Sa maison oli'rit l'aspect d'une entrée de théâtre. Il y avait une queue persévérante. Tous les visiteurs ne pouvaient pas pénétrer dans l'appartement de l'illustre compositeur. » Dans le mois d'août de la même année le maitre était déjà complètement guéri, et en.seplembre il revenait à Bologne. Des ouvrages de peu d'importance sortirent de sa plume pendant la période qui va de 1845 à l'abandon subit de cette ville dans le mois d'avril 1848. Invité par le comité d'honneur pour le monument du Tasse à Turin, le H mars 1844,1e maitre adapta, en l'amplifiant, le Coro de' Bardi dans le premier finale de la Donna del Lacjo, à une poésie composée pour la circonstance par l'insigne poète de Sinigaglia, comte Jean Marchetti.

Peu de temps après il revit et corrigea deux anciens chœurs pour voix féminines avec accompagnement de piano, qu'il avait composés une trentaine d'années auparavant. Ces chœurs, qu'il avait oubliés, avaient été retrouvés par un certain maître Gabussi; il leur en ajouta un troisième, composé alors, et permit qu'ils fussent publiés par l'imprimeur parisien Troupenas au bénéfice dudil Gabussi'. Ces trois chœurs, avant pour titre les trois vertus théologales : Foi, Espi-rance et Charité, furent exécutés pour la première fois en particulier chez l'éditeur en novembre 1S44, en présence des plus éminents critiques de la presse parisienne et d'un grand nombre de notabilités musicales, telles qu'Halévy, Auber et Adam. Henri Heitz accompagnait au piano, et le maître Pansernn dirigeait le clueur, composé de 12 élèves du Conservatoire. La poésie de ces brèves composilions, écrite par l'avocat Philippe Martinelli, est ce qu'on peut imaginer de plus plat. La musique, qui provoqua une mordante épigramme de Berlioz^, n'a pas réellement une grande valeur ; cependant dans le troisième chœur, qui est le meilleur,' la phrase dominante est vraiment inspirée et a tout le charme que ne manque pas de produire l'élégante simplicité lie la mélodie rossinienne. Dans la reprise de celle phrase on remarque une série de dissonances en seconde amenées par un entrelacement de parties qui produit beaucoup d'etl'et.

Nous voici à présent en 18't6', à l'époque des en-

ralive du Gwjlielmo Tell, et avait plusieurs fois appelé le Darbiere un des cliers-ii'ii'uvre du siècle.

3. I.e 7 octobre 1845 Kossiui perdit sa première femme, Isabelle Colbraiid. qu'il n'avait jamais aimée et dont il s'était légalement séparé dés 1837. 1,'annce suivante, dans le mois d'août 1840,11 épousa en secondes nciccs Olympie Polissier, qui depuis environ dii ans cohabitait avec lui et l'avait soigné alTcctucusemont pendant sa première maladie.

Le 30 décembre 1840 fut exécuté il l'Opéra de Paris Robert Bruce,

nr>;rnrnE de r.i nicsmi'h:

XVIIIe ET XIX" SIÈCLES. — ITALIE

Ml

thousiasmes patrioliques en faveur de Pie IX. Invité. lui aussi, à encenser la nouvelle idole populaii-e, liossini augmente le tlot des hymnes patriotiques qui inonda alors le sol ilalien.

Ecrits ordinairement par de médiocres compositeurs, ils n'avaient d'autres qualités artistiques que celles d'être simples et faciles; et néanmoins ils réussissaient à onllammer les esprits dans cette atmosphère si fortement électrisée.

Rossini prépara pour la circonstance une de ses ordinaiÊ-es adaptations de sa vieille musique à une nouvelle composition. 11 adapta, comme de coutume, le chœur de la DoniKt del Lago à un hymne, Gvido di esult(i::.i<mc riconoscente ni soiniiio ponlefict' Pio i.Y' qui fut chanté sur la grande place de Bologne le soir du 20 juillet 1816, et dès qu'on eut la nouvelle certaine de la proclamation de l'amnistie, il écrivit exprès la musieiue d'un autre hymne : << Su fratelli, letizia si canti! » dont la poésie avait été composée par le comte Marchetti déjà mentionné. Cet hynme fut exécuté pour la première fois le 16 août de la même année 1846 dans la salle de l'Académie philharmonique de liologne, au milieu des applaudissements de la foule transportée de joie'-.

Mais l'accord parfait enti'e les lihéraux échauffés et l'homme d'ordre, le conservateur acharné, qui avait de la répugnance pour toute exagération, poni' tout excès, tant dans l'art que dans la vie, ne pouvait être de longue durée, l.e maître fut terrifié par les scènes sanglantes survenues à Bologne en lSi8 sans que la justice punit les sicaires : « Mi chiedevano cose oh' io non poteva fare', » racontait-il au prol'esseui' Mordani, quand il était à Florence. « Voleté danari? ■Ve ne darô. Ma volevauo che io fossi capo délie musiche di tutta Italia, e che portassi la divisa militare come un giovinotto di diciott' anni''. » Et comme il ne pouvait satisfaire le désir des démagogues, ceuxci commencèrent à médire de lui, à le traiter de rétrograde, ce qui déplaisait beaucoup au maître. Le fait suivant acheva du reste de combler la mesure. Rossini olfrit cinq cents écus et l'attelage de deux chevaux de son carrosse au comité bolonais chargé de recueillir les dons des citoyens pour la guerre de l'indépendance. L'olfre parut mesquine, même dérisoire, les malveillants ayant répandu le bruit que les cinq cents écus avaient été payés par des lettres de change inexigibles, et que les chevaux n'étaient pas en état de rendre service; aussi arriva-t-il que, le soir du 27 avril 1848, pendant que la musique romaine jouait en l'honneur du maître sous les fenêtres de sa maison, la populace lui fit une démonstration hostile avec des siltlets et les cris de : Abbasso il ricco rétrograda (à bas le riche rétrograde) !

Ce fait, qui à d'autres époques aurait provoqué la risée ou quelque réponse piquante du spirituel maître, fit sur son àme, devenue alors très sensible, une impression profonde. A son esprit qui s'exaltait alors si facilement, ces cris parurent de fières menaces, messagères d'une de ces persécutions sectaires qu'il craignait et stigmatisait tant. Le matin du 28 il par-

un opéra composé de plusieurs pièces d'opéras rossiniens, et particulièrement de la Donna del Lnijo, adaptées à un librelto de Koyer et Vaci. Ce " noble galimatias >•, « nobile pastircio », comme Tappela Rossini lui-même, fut manipulé par le maître Niedermayer avec le consentement de l'auteur de la musique, qui lui céda même les profits des représentations.

Page 1