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A peine Haydn était-il installé chez le comte Morzin, que celui-ci, mal dans ses affaires, licenciait toute sa chapelle. Haydn trouva tout aussitôt un nouveau protecteur. Le prince Paul-.\nton Esterhazy, qui, lors d'une récente visite, avait remarqué le mérite de ses compositions, le prit pour vice-mallre de chapelle; Haydn signa, le 1" mai 1761, un contrat d'engagement pour trois ans et alla vivre à Eisenstadt, une petite ville de la basse Hongrie, à six milles de Vienne, où résidait son nouveau maitre. Celui-ci mourut en 1762 et eut pour successeur son frère, le prince Nico-

1. George Sand. en brodant celle anecdolc des jolies iiivraiseiiibtauccs sufjgérées par sa fertile imagination, l'a introduite dans un épisode de son roman Consueio,

i. Les valets musiciens étaient fort recherchés au xvin* siècle, non seulement en Allemagne, mais en France, où de fréquentes annonces dans les journaux offraient ou ilcmandaient leurs services.

las Esterhazy, que l'auteur de la Création servit pendant trente ans.

11 n'est pas inditTérent de savoir en quoi consistaient à cette époque les obligations d'un maitre de chapelle princier et les ressources musicales dont il pouvait disposer. En vertu de son engagement, Haydn, à Eisenstadt, avait la haute main sur toute la musique. Il préparait et dirigeait les exécutions à la chapelle, au concert et au spectacle. Il veillait à/ ce que le personnel fût exact à porter « l'uniforme >• et à ne se présenter pour les exécutions qu'avec du

.'i. Pour l'ordre chronologique des symphonies de Haydn, V, le cata- Io;;ue thématique contenu d.ms l'inlroduclion du 1" volume de ses «i.-uvres complètes. — V. aussi, pour la critique de ses premières compositions en ce genre, l'article de M, Ilermann Kretzschmar, Die Jur/endsiiifanicn Jns. Unt/diis (les symplionics de jeunesse de Jos. Haydn),, dans le Jalirbuch der .Vusiliùibliulliek Pelcrs f&r lOOS, p.. fiO-OO. "

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XVIII' SIÈCLE. — ALLEMAGNE lo27

linpe el des bas blancs, des perruques l)ieii poudrées cl qui soient toutes pareilles. Partout et eu toute occasion, aussi bien à table qu'à l'orcliestre et dans sa tenue enuiine dans sou travail, il devait doiuK^r k ses siibordouiiés le bon exemple. l,i! soin de se procurer Il musique nécessaire cl de la l'aiie copier lui incombail, en nii'^me temps que celui d'en composer de nouvelle toutes b'S fois qui? l'ordre lui en serait donné, et ce sans la comnuiniquer à personne, ni la laisser transcrire, ni en écrire sans inuniission pour il'autres objets cjue pour le service du prince. Tous les jours, avant et après midi, il devait se tenir dans l'antichambre et y allcnilre les instruclinns relatives à la niusii|ue du Jour, pour aussitiU les faire ponctuellement exécuter. Knvers ses musiciens, il avait à remplir en quelque sorte l'oflice de juye de pai.x, en prévenant ou tranclianl leurs querelles, el auprès du prince, l'oflice dejufie d'instruction, en lui présentant un rapport sur cbaque fait ou manquement {»rave. l.a conservation de la musique et des instruments lui était conliée. 11 était chargé d'iusti-uire les cantatrices et de ne pas leur laisser oublier ce que leur avaient appris les leçons coiMeuses des pr'ofesseurs de Vienne. l,ui-nième devait jouer des différents instruments sur lesquels il était exercé. Et « le reste >> (Hait abandonné à son habileté et à son zèle, avec la recommandation d'obéii' exactement et jusque dans les moindres détails au.x ordres qu'il recevrait, et de tiavailler ainsi à mériter la faveur du prince. Le contrat lui assurait un salaire annuel de 400 tlorins, qui fut doublé par le prince Nicolas, et la nourriture à la table des « ofliciers », ou, en remplacement, un denii-gulden par jour. Tous les ans lui était délivré un « uniforme » neuf, de drap brun-rouge, galonné d'or.

Le personnel placé sous son commandement se composait de trois cantatrices, trois clianteurs, un organiste- claveciniste et quatorze instrumentistes ainsi répartis : violons et alto, 5; violoncelle, I ; cou Irebasse, 1; tliUe, 1; hautbois, 2; basson, 2; cor, 2' Les six derniers, en même temps qu'ils comptaient parmi les musiciens d'orchestre, formaient un corps spécial de « feldmusik », ou musique militaire, et jouaient à cheval ou à pied dans les parades, les chasses et les cortèges seigneui'ianx.

C'est pour cet orchestre restreint, el bien éloigné comme nombre, ainsi sans doute que comme virtuosité, de notre conception moderne de la musique symphonique, que Haydn allait composer une grande partie de son œuvre, et les termes du contrat que nous venons de résumer sont plus éloignés encore de l'idée que, depuis Beethoven, nous nous faisons de la liberté de l'art el des sources de l'inspiration des artistes. Haydn et tous ses contemporains étaient des « foncLionnaires » dont l'emploi du temps se réglait heure par heure, et dont tout le talent, toutes les productions, appartenaient à un maître, s'ils étaient musiciens de cour, à un service public, s'ils Iiortaient le litre de Cantor ou de musicien de ville. Le don de quelques pièces d'or récompensait un travail exceptionnel ou la composition d'une œuvre particulièrement agréable au destinataire. Le moindre ralentissement dans la fourniture de la denrée musicale était sévèrement tancé. En 1765, une note en six articles vint rappeler Haydn à ses devoirs, lui enjoignant de diriger deux fois la semaine, dans la « chambre des ofliciers », en l'absence du prince, un concert de deux heures de durée, afin que nul musicien ne fût tenté de s'éloigner ou de se laisser

aller à la paresse, et lui recommandant surtout d'avoir .'i se montrer moins parcimonieux dans la composition, notamment dans celb; des pièces pour le baiyton, instrumcnl diuil jouait le prince, el pour leipiel il lui fallait des morceaux nouveaux, nettemenl el proiirement écrits'.

On se li'ornpeiait d'ailleurs si l'on croyait que Haydn put sonlfrii' d'une situation désirée, acceptée, et (|ui lui assurait la sécurité do l'existence et V; moyen de se livrer, sans souci du lemlemain, au travail de la composition. A la vé'rilé, force lui étail d'écrire bien des a-uvres liAtives, factices, condamnées à l'oubli par leur destination passagère; pour les noces, jiar exemple, du piince Antoine, lils aîné du prince Nicolas, il avait dii composer couji sur coup, en 1762, la musi(|ue d'une pastoiale dramatique italieime, Acidu (Acis et Galatliée), celle d'un Te Deum exécuté à la chapelle, ainsi que les divertissements joués pendant le repas et les morceaux entendus en plein air, à l'arrivée du cortège, ou le soir, avant le bal; en 1704, il avait composé une cantate pour célébrer le l'ctour à Kisenstadt du prince Nicolas, qui était allé à Francfort assister au couronnement du « roi des liomains »; el c'étaient encore des morceaux de commande, ceux que Haydn écrivait pour le « baryton », — la « viola di borilona » des Italiens, — instrument rapproché de la « viola di gamba », que jouait le prince Nicolas, comme Frédéric H jouait de la flûte, en souverain : l'on raconte qu'un de ses musiciens, le violoncelliste Adam Kraft, s'éfant mis, pour lui complaire, à l'étude du baryton, el ayant écrit des trios pour deux barytons et un violoncelle, qu'il jouait avec le noble dilettante, commit la maladiesse de placer un solo dans la seconde partie, qu'il tenait; arrivé à ce passage, le prince l'interrompit, se lit passer le feuillet, essaya de le déchiffrer, et signifia au m;isicien qu'il n'eût à écrire désormais de solos que pour la partie de son maître.

Haydn écrivit 175 compositions pour le baryton, la plupart en trio (baryton, alto el violoncelle) et en forme de sonates ou do divertissements coupés en trois morceaux. Le double menuet y paraissait toujours, soit comme second morceau, soit comme linale, el, au dire des historiens qui ont pu feuilleter ces œuvres inédiles, en formait généralement la meilleure partie. Quelques-uns de ces trios obtinrent auprès du prince un tel succès, qu'après les avoir exécutés sur son instrument favori, il les fil arianger en chœurs. Le temps que Haydn employa à les écrire ne fut pas perdu pour le développement de son génie; parla composition de ces petits ouvrages, il se II faisait la main » et se créait un langage personnel dans le style instrumental; c'étaient en quelque sorte des w études préparatoires » pour do plus grands travaux, auxquels dès lors il avait commencé de se livrer.

On fait dater des premiers temps de son séjour à Eisenstadt (1762-1766) au moins trente symphonies-.

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