‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 1003 sur 1158 · Polit, /. Huydn, t. I", p. 247 et suiv · texte numérisé non relu

Polit, /. Huydn, t. I", p. 247 et suiv

2. Les premiers biograplies de Haydn fixaient à 1 18 le nombre do ses symplionics Ce ctlilTre, porté à I4i par M. Leopold Sclimidt, à 149 par M. Wotquenne, à 153 par M. Hadow, a été définitivement réduit a loi par les éditeurs des Œuvres complètes de Haydn. Le catalogue cbronologiqucct thématique qu'ils ontdressé et placé en télé du tome l''' comprend, avec les 104 symphonies authentiques, 3S symphonies apocryphes restituées â leurs véritables auteurs (Michacl Haydn, Léopold llon'mann, Dittersilorf, Wanhal, etc.), 30 restées douteuses, et 12 ouvertures apparlenant à Haydn, mais jusqu'ici classées à tort parmi ses symphonies.

E.XCVCLOPÈDfE DE LA MUSIQUE ET DICTIOXyAinE DU CONSERVATOIRE

Les deux tiers sont divisées en quatre parties, avec menuet comme troisième morceau. Telle était l'inclination de Haydn pour cette forme brève et joyeuse de la musique de danse, que plusieurs fois dans ses premières symphonies, comme dans ses duos et trios pour le baryton, il la substitua soit à l'andante, soit au finale. Sous le rapport de Tinstruraentation,

Adaeio.

ÎTCS

les symphonies composées à Eisenstadt ne comportent d'ordinaire, avec le quatuor, que deux hautbois ou deux cors; cependant on y signale une symphonie qui contient quatre parties de cors, et d'autres qui emploient les flûtes, ou les trompettes et timbales. Dans celle en ui . qui est datée de 1761 :

Allegro,

P ^ I Allegro. ^

les violons sont divisés en violons principaux et violons d'accompagnement, les violoncelles et basses; de même, deux flûtes et un basson s'ajoutent aux deux hautbois et deux cors. Le second morceau contient un récitatif dans le slvle dramatique, confié au violon piincipal et tout à fait exceptionnel dans l'œuvre instrumental du maître'. On a tenté de l'expliquer par le dessein d'exprimer une idée poétique dont le programme littéraire serait perdu; mais il pouvait s'agir simplement de mettre en valeur, par un morceau à son goût, le talent expressif d'un violoniste de passage à Eisenstadt. Lorsque , en d'autres symphonies, Haydn désigna par une légende — le Midi, le Soir, le Philosophe, le Maître d'école, etc. — quelque souvenir ou quelque sujet pictural ou romanesque, ce fut toujours sans toucher au moule

régulier de ses compositions. Il ne le brisa pas davantage lorsque la maturité de son génie atteignit son apogée, mais il se contenta d'en agrandir les proportions et d'en enrichir le vocabulaire. On pourrait le comparer à un peintre qui enferme les chefsd'œuvre de son pinceau dans des cadres indéfiniment symétriques, panneaux d'une muraille, caissons, voussures d'un plafond; l'invariable répétition des mêmes limites d'espace ne met point obstacle à la fertilité de son invention, et l'art avec lequel il varie la disposition de ses figures suffit à faire oublierleur symétrie uniforme.

Ou a signalé chez Haydn l'emploi de thèmes étrangers ou de thèmes populaires. Le trio du menuet de la symphonie en la majeur, composé en 1763 :

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etc.

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a été désigné par Pohl comme un thème croate, et le 1 française, devenue le sujet du second morceau de même auteur a donné le texte musical d'une romance | la symphonie la Heine :

Andante.

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La gen tille et jeii.ne Li set te ne vou

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droit jamais s'enga-ger; s'il fal loil croire la fol lel(e tout a

- manl. est faux et lé ger. Laissez di re la jeune Li se, at ten.

1. Polil, /. //.ji/i/ii. t. 1", p. 307, rqiroduil tout ce réciUlif.

HlSTOinE DE LA Ml'SIQVE

dc2 — riiisliinl.de la cri- se cl riiciin' du Lcr ger. Jeune

4^ J J>j) Mfj j J J ir p ^

fil- le fait la sé vè re,mais il faul qu'elle aime à son lonr. Tôt

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lard, loi ou lard même la plus fiè-ie se rend à l'a

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Le palriotisnii' local " pailiciilaiisto » ou « si'paraliste » qui se inaiiifeslo aujounl'liui dans los provineos disparates de la niouarcliie austro -liongroise s'est fait jour dans les allirniations récentes du docteur Kuliac, qui a voulu voir en Haydn un « compositeur croate », et qui a désigné nombre de ses mélodies comme des emprunts directs au chant populaire des populations slaves et croates de la Rasse-Aulriche. Les rapprocliemenls de ce s^nre exigent une extrême prudence, que commandent assez les méprises de certains folU-loristes. l'eiit-ctre, au lieu d'avoir été empruntés au peuple, les thèmes en question ont-ils au contraire été adoptés par lui, comme étant l'inspiration d'un musicien issu de ses propres rangs. Jusque dans ses manifestations les plus élevées, l'art de Haydn reste imprégné de la hoidiomie familière, de la naïve sincérité et de la gaieté sans arrièrepensée de doute, de recheiclie ni de mélancolie, qui lieiment à son origine autant qu'à son caractère et qui donnent à ses œuvres un si grand charme.

Ce charme fut senti do bonne heure par ses contemporains. Il n'était à Eisenstadt que depuis quatre ans, que déjà sa renommée était assez brillamment établie pour que l'on osât le comparer à Gellerl, le célèbre initiateur de la moderne littérature allemande. La justesse de ce rapprochement devait se confirmer par la suite, et les éloges que lioulerweck et d'autres critiques ont accordés à (iellert s'appliquent, à peu de mots près, très exactement à Haydn : « L'n sens délicat du naturel, de l'opportunité, des proportions, était la hase de son goiU. Il avait autant d'esprit et d'imav'in;ition qu'il en faut pour animer par le charme du style la faiblesse du sentiment et

la viilgaiité du simple bon sens. La clarté, la légèreté, l'élégante correction de sa manièio, convenaient à un temps où les Allemands, en littérature, restaient attachés aux modèles français, et avaient besoin qu'on leur enseigne comment ils pouvaient s'en approprier les véritables qualités; si bien que les hommes de tous les âges et de toutes les conditions trouvèrent en lui le poète populaire par excellence et le saluèrent des témoignages d'une admiration reconnaissante. »

En 1760, le prince Nicolas Fsterhazy fixa sa résidence au château d'Esterhaz, dont il venait de faire terminer la construction dans un pavsage plat et désert de la basse Hongrie, qui n'avait guère d'autre attrait que celui de la chasse. Le nouveau palais était une imilation de Versailles, que le prince avait visité deux ans auparavant et d'où il était revenu émerveillé. Ne laissant à Eisenstadt qu'un chœur pour le service de l'église, le prince se fit suivre à Esterhaz de toute sa musique. Elle devait y participer à des représentations d'opéras italiens, du genre " dramma giocoso », le seul que .Nicolas Esterhazy affectionnait, et à des spectacles de marionnettes, qui avaient pour théâtre une grotte dans les jardins. Le nombre des instrumentistes avait été augmenté et variait de seize à vingt-deux; les parties d'instruments à cordes se trouvaient doultlées ou triplées; mais celles d'instruments à vent restaient telles quelles, et les clarinettes, qui figuraient déjà en 17o9 dans l'orchestre de Mannheim, ne devaient pénétrer qu'en 1776 dans celui d'Esterhaz.

Haydn contribua fréquemment aux spectacles d'Esterhaz par des opéras italiens. Le théâtre, ainsi qu'en

i. Le môme Uième, employé par tiaydu dans sa symphonie mililaire et dans un concerto pour la Ura, a éir en outre signalé dans une riloupnclle de llittcrsdorf ;

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ESCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOyXAIRE DU r.OXSERVATOIRE

jugeait Reichardl, " n"était pas son affaire », et encore qu'il se fit de prandes illusions sur la valeur de ses ouvrages dramatiques, aucun d'entre eux ne put s'établir à la scène. L'opérette lo Speziale, traduite en allemand et réduite en un acte au lieu de trois par M. Hirschfeld, jouée en 189o à Dresde et depuis lors sur plusieurs théâtres d'Allemagne, et l'opéra en deux actes l'Ixola disabitata, représenté lors des fêtes du centenaire de Haydn, à Vienne, en 1909, ont trouvé chez le public et les érudits modernes un succès de curiosité, dû principalement au nom de leur auteur.

Haydn fut plus heureux dans l'oratorio, où il s'essaya pour la première fois en 1774 par li Ritcirno di Tobia, qu'il reprit et augmenta en 1784, et dont trois fragments, adaptés à des paroles latines, sont devenus des motets chantés dans quelques églises catholiques. .Nous parlerons plus loin de ses deux grands poèmes, ta Création et les Saisons. Quelques mots sont ici nécessaires sur ses œuvres religieuses.

Le règne de l'opéra italien et du virtuosisnie vocal s'était étendu dans le domaine de la musique d'église, où se faisait sentir aussi la tyrannie des habitudes sociales. Toutes les « chapelles' » princiéres avaient pour premier objectif le théâtre et la récréation du souverain. Ce qui était admiré sur la scène ou au concert semblait aussi le meilleur pour chanter les louanges de Dieu, et la seule chose que l'on conser- |

vàtdes anciennes traditions était l'usage des grandes fugues, qui alternaient sans liaison avec les airs, les récits, les dialogues en style dramatique, et qui, complètement détournées de leur acception première, n'étaient plus que des morceaux de convention et de parade. Lorsque de telles œuvres possédaient une valeur artistique, ce qui était le cas chez bon nombre d'habiles compositeurs, elles convenaient mieux au concert qu'à l'église : car le beau musical absolu n'est pas un critère suffisant pour juger du mérite d'une messe, et si, eu égard à la vérité dramatique, on ne peut le prendre pour base de l'examen d'une partition d'opéra, ce serait commettre une profonde erreur que de l'accepter davantage lorsqu'il s'agit de productions destinées au service d'un culte. Les plus fervents admirateurs de Haydn sont forcés de convenir que ses messes, tout entières empreintes d'un caractère mondain, ou instrumental, ou militaire, ou tout au plus « festivalesque », ne répondent ni à l'idéal religieux, ni aux traditions artistiques, ni aux exigences liturgiques de la musique d'église catholique. Gottfried Weber a pu dire de la messe en u1, n° 2, que Haydn y avait « confondu les joies de l'éternité avec le plaisir d'un thé dansant^ ». L'n exemple frappant de l'impropriété du style instrumental appliqué au texte d'une œuvre religieuse a été relevé par M. Krutschek dans i'Aynus Dei de cette messe^ :

Piii presto

r rr ^ r 'r 'm

pa

pa

do ne

pa

È5EEt

do na no - bis pa. cem, pa cem, do -

no-bis pa cem, pa-cem, do na

pa

pa

pa

L'effet bouffon d'une telle déclamation ne serait à sa place que dans un opéra-comique. Haydn, qui était catholique sincère et qui ne manquait pas de tracer, au commencement et à la fin de ses manuscrits, y compris ceux de ses compositions profanes, les lettres initiales de quelque invocation pieuse', ne songeait donc ni à réagir contre une décadence générale, ni à choisir, pour sa musique d'église, des expressions différentes de celles qu'il avait coutume d'employer partout ailleurs. Sa dévotion naïve ne pouvait pas plus se hausser aux « sentiments élevés

1. On sait que le mot " cliapello », en Allemagne, signifie la réunion (les musiciens attachés au service d'un prince, et spécialetncnt l'orchestre.

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