‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 1007 sur 1158 · M"" de Slai'l. De VAUcmnijne, chap. xxxii · texte numérisé non relu

M"" de Slai'l. De VAUcmnijne, chap. xxxii

-. Delille, l'Homme des champs ou les Géorgiques françaises, i* chant.

3. M. KulTer.itii, les e Saisons » àe Haydn, a Liège, dans le Guide musical du 8 mars i8i>6. — La c/'lébration solennelle du centenaire de Haydn, .i Vienne, on 1009, a H(; le signal d'un mouvement prononce d'intérôt en faveur des œuvres d'un maître injustement négligé. 11 est

blancs » de Haydn, a été délicatement exprimé par M. Maurice KulTerath, dans un article occasionné par une audition des Saisons. Nous en reproduisons un passage, dont les justes conclusions résument notre pensée, mieux que nous ne saurions nous- même l'écrire :

« Sans doute, celte pastorale nous paraît, par endroits, un peu diluée; des développements s'y rencontrent qui sont de pure forme et qui n'otfient plus grand intérêt; de petits thèmes d'une invention bien naïve, aux rythmes guillerets et sautillants, surprennent noire goût, qui n'a plus assez de simplicité pour s'en délecter; le sujet même est un peu fade. Mais quand on considère l'œuvre en elle-même et abstraction faite des prodigieuses impressions que l'art des sons a pu produire depuis, grâce au génie d'un Beethoven, d'un Schumann ou d'un AVagner, n'est-ce pas une pure merveille d'art que cette succession de pages dont la vérité, la vigueur de coloris et la justesse d'expression ne montrent pas une ride, ne trahissent pas une faiblesse?

« Il me semble, à ce point de vue, que, dans notre pratique musicale actuelle, Haydn n'occupe pas la place qui lui revient. On l'a relégué dans les salles d'études; ses symphonies, comme celles de Mozart, servent maintenant d'exercices dans les classes d'orchestre; ses trios et ses quatuors ne se jouent plus guère, la génération nouvelle d'instrumentistes les ignore même complètement. De ses lieder, de ses airs d'oratorio ou d'opéra, les chanteurs ne font plus aucun cas, probablement parce qu'ils sont incapables de les dire convenablement. Et, en somme, il a presque complètement disparu du répertoire des grands concerts publics.

I' C'est là un regrettable, un injuste oubli, car, parmi les grands maîtres de la musique, Haydn est une figure souverainement intéressante et à jamais admirable^. »

Les esthéticiens du .xix" siècle qui ont essayé de définir en peu de mots le rôle de .Mozart dans l'histoire générale de la musique sont arrivés à des conclusions complètement opposées. Brendel, dont le livre, plusieurs fois réimprimé', a été en son temps l'expression d'un important courant d'opinion, salue en Mozart le premier » compositeur universel » (Weltkomponist), représentant le principe « européen » et par conséquent pouvant parvenir à une domination générale sur tous les peuples, tandis qu'avant lui n'existaient que des écoles musicales séparées. En désignant ainsi l'internationalisme artistique comme un progrès ou une supériorité, Hrendel se met en contradiction frappante avec les tendances plus tard confirmées de la critique germanique : avec les théories de Wagner et son ardente volonté de doter son pa\s d'un art absolument national; avec les jugements de Nolil, qui voit en Mozart le créateur de la musique allemande'', ou de Ph. \Volfrum, qui se réjouit de trouver ce créateur en Joh.-Sébaslieu Bach'. En fait, le point de vue de Brendel est erroné, puisque

k espérer que la publication commencée de ses cèuvres complètes main* tiendra désormais son souvenir présent à l'oreille des jeunes grùuératiotis.

4. La première édition de la Geschichte der Musik. de Brendel parut a Leipzig en 185:^; nous suivons ici la sixième édition, 18T8, in-S", p. i87 et suiv.

5. L. N'olil, .Vozari's Leben, 3« édit., Berlin, 1906, in-8«. préface.

6. Th. Wolfrum, J.-S. Bach, Berhu, s. d. (1906), tomes XIII-XIV do la collection Die Musik,

iiisroiitE ni-: i..\ Misinrh:

XVIII' SIÈCLE. ,- ALLEMAGNE losr,

immédiatement après Mozart, la musique allematulis au lieu de s"al'(irmcr(le plus en plus un art « mondial ■>, se spécialise au contraire et accentue, combien maf^niliiiuoment, sa nationalitc-, avec Rrclliovcn. Il l'aul donc conclure avec, entje autres, M. M. HalUa', i|ui> « si la jouissance de la mnsiipie est universelle, sa création est naliouale ». S'il a été possilile Inurà tour de reven(li(]uer Mo/art au prolit (l'une seule école el de le placer au-dessus île toutes, c'est que, né Allemand, mais Allemand du Sud, doué d'une âme claire, tendre, ouverte, doucement passiomiée, et que l'on pouriait dire en queUpie sorte la plus latine des àiues ^'crmaniques, il a semblé réunir en lui les aptitudes de toutes les races, les propriétés de toutes les écoles. Les incessaids voyages de sa jeunesse d'« enl'anl prodifie » l'avaient initié de bonne heure à la connaissance directe des œuvres de chaque peuple, ou plutiH même de chaque coterie musicale; aucune des leçons fortuitement rencontrées ou volontairement cherchées n'avait été perdue pour lui ; et parce que cet immense travail d'assimilation s'était accompli en lui sans ell'ort, et presijue " nécessairement ", au lieu d'ère, comme chez iMeyerheer, le résultai laborieux d'acquisitions calculées, Mo/art devait être et rester partout uni(|uement lui-même, ayant renouvelé Il son imaye toutes ces images étrangères, une à une imprimées sur la <i plaque sensible » de son intelligence.

Peu de biographies d'artistes sont tout ensemble aussi simples et aussi merveilleuses que celle de Mozart; peu encore sont aussi connues et aussi faciles, en apparence, à retracer pour la centième fois. Il n'est pas un musicien véritable qui n'en connaisse au moins les glandes lignes, qui ne se plaise à en apprendre les détails, qui ne se prenne, en les étudiant, d'une alfection sincère pour cet enfant miraculeu.x, d'une admiration prol'onde pour ce maître extraordinaire. .Notre tâche, dans un chapitre d'histoire générale, ne saurait être que de choisir quelques faits en guise de points de repère, et de porter, s'il se peut, le lecteur à vouloir compléter son étude par la consultation de meilleurs guides, et par celle surtout des œuvres mêmes de Mozart-.

Il était né à Salzbourg le 27 janvier 17:'i6 et avait reçu au baptême les prénoms de Wolfgang-Ainédée. Son père, Léopold Mozart (1719-1787), bon violoniste, auteur de quelques œuvres de musique religieuse et de musi()ue instrumentale et d'une méthode estimée-', sut distinguer dès leurs premiers balbutiements les facultés exceptionnelles de l'enfant, et ne négligea rien pour les développer, non plus que pour en tirer au plus tôt tout le profit et toute la gloire possibles. De là ces longs voyages à travers l'Europe, ces fatigues, ces démarches, ces sollicitations auprès des gens d'importance, ces présentations de

i. R. liaUa, Vie .l/i«i,V m Bôhmeii, iil., t. XVIII (lOOGl.

2. La l>ibliogrnptiif des traw-iux consacrés à Mozart jusqu'à faniiôc 1005 a 6lé dressée par M. Henri de Curzon ; Essai de bibliographie mozartinef revue critique fies ouvrages relatifs à .Xfozart et à ses œurrcs, Paris, 1906, iu-S". Nous ne mentionnerons ici qu'un très petit nombre d'ouvrages particulièrement importants ; parmi les écrits des contemporains de Mozart, te livre de Nicmfsctieli. réédité par RychnovsliV. Prague, 1905. in-S". et celui de Nissen, Liepzig, 1818, in-S" avec supplément, 182S, in-S" ; — te livre classique dUtto Jatin, W.-.4. Mozartj dont la première édition a paru à Leipzig, eu lSoG-1859, en

4 vol. in-8°, et la quatrième refondue par H. Deiters, en 190o-19Û7, en

5 vol. in-8°; le catalogue de L. von Kocliet. Verz' iehniss sammtlicher Tonwerke W.-A. Mozart's, 1' édit., publ. par le comte Waldersee, Liepzig, 1U06, in-4° ; — le recueil des lettres de Mozart, en traduction française par H. de Curzon, Paris. 18SS. iii-S", avec supplément, 1898, in-12; — enllu, l'admirable travail de critique et d'analyse de MM. de "Wyzewa et de Saiut-Foix, ^\'.-.i. -1/ocarf, Sa vie musictile et son œu-

cour, ces concerts, ces exhibitions parlbis semi-cliarlatanesques, doni le récit emplit toute la premiéie, l)attie do la vie de Mozart. (Jue, sous le rapport des gains matériels, les espérances du père aient été souvent déjouées, c'est de quoi peid-étre l'on ne reste fàchi' qu'à demi; mais ce dont on ressent autant de surprise que d'admiration, ce qui émeut et conlond comme un véritable prodige, c'i^st <iue d'une telle exploitation de ses précoces talents l'enftmt soit sorti fortifié, grandi, trempé, pour atteindre dés l'adolescence aux plus hantes i|u;tlités du comi)osileur et progresser sans temps d'arrêt, signer à vingt-cinq ans la partition d'Idoinénéf, à trente celle de Don Jwin, cultiver tons les genres et marquer chacun de plusieurs œuvres supérieures, et laisser au monde, an bout d'une trop courte vie, d'abondants trésors de beauté musicale.

Mozart avait six ans quand il fit, dans une tournée en Allemagne, ses premières piouesses de virtuose; ses débuts dans la composition eurent lieu presque aussitôt; en 17ti4, il écrivit tme symphonie; à quatorze ans, il faisait jouera Vienne son premier opéra, la Finta scmpUci'. On trouve de tout dans ses œuvres de jeunesse : un opéra-comique allemand, liastien et Baaiicnne. un oratorio, des messes, des cantates italiennes, des pièces instrumentales de toutes sortes, depuis des aii's variés pour le piano et un quatuor, jusqu'à un iwittimo en écho, pour quatre petits orchestres se répoudanl'. Il semble que l'un des traits saillants du caractère de Mozart ait été alors cette vive curiosité d'apprendre, d'essayer, qui est souvent chez les enfants un signe de l'intelligence, et qui lui faisailobserver, comprendre, juger déjà et graver profondément dans sa mémoire les enseignements généraux ou les particularités spéciales des œuvres, des hommes, des milieux qu'il fréquentait. A cet esprit d'observation extraordinairement net el aiguisé doit s'attribuer la merveilleuse intuition du style propre à chaque genre de composition, que Jahn fait remarquer chez lui, à propos de son premier quatuor. Mozart était aidé dans la composition instrumentale par son habileté pratique dans le jeu du violon, du piano, de l'orgue; et les opéras grands el petits qu'il put écrire de bonne heure en Italie pour des chanteurs excellents, l'accoutumèrent à manier les ressources les plus étendues de lart vocal.

Dans l'intervalle de ses voyages, Mozart résidait à Salzbourg, au service du prince-archevêque Hieronymus von Colloredo, dont son père était le maître de chapelle. Dès qu'il eut conscience de sa valeur, — qu'il croyait devoir attribuer en partie au fait d' « avoir voyagé^ ", — le séjour de sa ville natale et r « esclavage i> de cette u cour de misère » lui devinrent odieux''. L'orchestre était vulgaire et me-

ure, de l'enfance à la pleine nuiturité, dont les deu\ premiers tomes, s'arrélant à l'année 1777, ont paru en 1912.

3. tV.-suc/l einer iirumllichen Violiiischule (Essai ilunc métliode complète pour le violon), Augsbourg. 1736, in-4°, plusieurs fois réédité.

•i. N» 286 du caLitoguc de K<')chel. — M. de Wyzewa a le premier fait connaître l'étendue des emprunts faits par le jeune .Mozart aux musiciens rencontrés pur lui au cours de ses voyages : Micbcl Ha; du, auprès duquel il vivait i Salzbourg, Eckbard et tfcliobcrl, qu'il connut à Paris.

3. Il écrit à son père, le 11 septembre 1778 : « Je vous assure que si l'on ne voyage pas {au moins tes gens qui s'occupent d'art et de science), on n'est vraiment qu'un pauvre être!... l'n tiommc de médiocre latent reste toujours médiocre, qu'il voyage ou non; mais un homme d'un fctient supérieur (et je ne pourrais me contester ce talent à moi-même sans impiéléi deviendra mauvais, s il reste toujours d,ans le môme lieu... » {Lettres ilc Moz-art, trad. de Curzon, p. 251.)

G. Lettres, id., p. 243, 231, 272.

ESCYCLOPÉniE DE LA MUSIQUE ET DICTIOSNAIRE DU CONSERVATOIRE

diocre; il n'y avait ni théâtre ni opéra; pour satisfaire les goûts de la cour archiépiscopale, il fallait écrire des ouvertures, des sérénades, des symphonies et des messes, qui ne fussent ni longues, ni sérieuses, ni difficiles. A mesure que grandissaient en d'autres villes les succès de Mozart et ses justes ambitions, l'archevêque semblait se refuser à voir que le petit virtuose de.jadis élail devenu un maître'; il demeurait à son égard dédaigneux, lyraimique, offensant, se parant, aux yeux du monde, volontiers de ses talents et paraissant trouver un orgueilleux plaisir à lui imposer des ordres. Par déférence pour son père, qui n'était plus d'âge et n'avait jamais été d'humeur à se cabrer sous le joug, Mozart endura cette humiliante servitude jusqu'à 1781. La rupture se consomma par une scène brutale, à Vienne, où l'archevêque s'était fait suivre d'une partie de sa " domesticité ».

Il C'est en restant à Vienne que je pourrai le mieux me tirer d'affaire, écrivait Mozart au lendemain de ce brusque et désiré changement de vie; ma spécialité est trop en faveur ici pour que je ne puisse pas me soutenir; c'est vraiment bien ici le pays du piano-! » Il se considérait donc alors avant tout comme un pianiste, et en effet, jusque-là sa renommée s'appuyait surtout sur son talent d'exécutant, de compositeur pour son instrument, d'improvisateur. A Mannheim, entre autres, en 1777, il avait excité la plus vive admiration; trouvant partout des <i piano-forte » de Stein. qu'il déclarait excellents pour son jeu, il les touchait volontiers, et ses auditeurs étaient ravis de sa h manière incomparable ». Les virtuoses à la mode avaient à cette époque pour habitude de prendre des mouvements très rapides ; la " vélocité » était un sûr moyen auquel certains exécutants ont eu recours en tous temps pour éblouir au moins une partie de l'auditoire. Mozart réagissait contre cette affectation et en dénonçait la supercherie, dans une lettre où l'on peut recueillir de sûrs indices de sa propre manière de jouer : Vogler, viceraaitre de chapelle à Mannheim, avait déchill'ré devant lui et « bredouillé d'un bout à l'autre » l'un de ses concertos, jouant prestissimo le premier morceau, vite l'andante, et le rondo tout à fait prestissimo. <i II jouait, dit Mozai'l, une autre basse que celle qui était écrite; de temps en temps il faisait une harmonie toute différente; de même aussi pour la mélodie. Ce n'est, du reste, pas possible autrement quand on joue si vite! Les yeux n'ont pas le temps de voir, ni les doigts de trouver les louches, lih bien ! que signifie tout cela? Un pareil déchiffrage n'a pour moi aucune valeur. Les auditeurs (je veux parler de ceux qui sont dignes de ce nom) ne peuvent dire autre chose qu'ils ont vu la musique et l'exécution. En l'écoutant, ils entendent, pensent et sentent aussi peu que lui... Au reste, c'est bien plus facile de jouer un morceau vite que lentement. En jouant vite on peut employer une main pour l'autre, sans que personne le voie ou l'entende; mais est-ce licau? Et en quoi consiste donc l'art de lire à première vue? En

1. Dans la mi^nin lellro du 11 septembre Ï77S : « ... Si I*an-lie\-('<iue voulait a\oir coiiliance en moi. je lui rendrais bieutùl son or-cliestie ct'li'lii-e, c'est p.'irrailemenl certain. »

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