F. Volbach, Ueelhoien, Munich. 1903, in-4°, p. W
8. Rien ne renseigne sur la date de la rupture avec Giulietta. Le 3 novembre 1803 elle épousa le comte Gallenberg.
9. Th. Wartel, Leçons écrites sur les sonates de Beethoren, Paris, 18G.3. p. 77. — C'étail une habitude de l'ancienne critique d'étiqueter et de ranger en compartiments étanches les degrés logiquement parcourus par un artiste, dans la marche progressive vers la complète expressioa de sa personnalité. Baini. en 1S28, ne divisait-il pas en « dix stjles » les œuvres de Palestrina"? Le plus récent parlisan de la théorie des trois styles de Beethoven a été .M. V. d'Indy, qui essaye de la formuler en un axiome applicable à tous les artistes créateurs.
10. Ce sont ses propres paroles dans la lettre à Wegeler du 10 novembre 1801.
ExcrcLOPÉniE de la MiJsrouE et nrr.Tro.vNAinE nr cnxsEiiVATomE
niés. Déjà des thèmes épiques passent parmi la foule des fifiures musicales qui peuple ses créations; ils se font plus visibles en 1801 dans la <i marche funèbre » de l'op. 26, en 1802 dans la deuxième des trois Sonates pour piano et violon, dédiées à l'empereur de liussie, Alexandre I'"'. En 1803, toute une œuvre s'en inspire : la Sijmplioiue héroïque.
Beethoven avait écrit cette œuvre en l'honneur de Napoléon Bonaparte, premier consul, qu'il entrevoyait, à travers ses lectures de Plularqiie, pareil à l'un des grands citoyens de Rome. Le jour où Ries, son élève, le détrompa, en lui annonçant que Napoléon venait de « se déclarer empereur », il entra en colère, et, s'écriant : « Ce n'est donc rien qu'un homme ordinaire! Maintenant il va fouler aux pieds tous les droits des hommes; il ne songera plus qu'à son ambition; il voudra s'élever au-dessus de tous les autres et deviendra un tyran !» — il alla vers son manuscrit déposé sur une table et arracha le premiei' feuillet, qui ne portait que les mots : Bonaparte — Luigi van Beethoven'. L'œuvre reçut alors le titre de Sumphonie héroïqur. qui, en 1806, sur la première édition en parties séparées, se compléta ainsi : Sinfonia eroica composta per f'cstcqqiarc il soirenire di un grand' uoino. Au lieu du premier consul, ce fut le prince Lohkowitz qui en reçut la dédicace. Les premières auditions muent lieu dans son château de Haudnitz,, en Bohême, à paitir du mois d'août 1804; le 7 avril ISO."), dans un concert du violoniste Clément, au théâtre <t an der Wien », fut donnée à Vienne la première exécution publique.
La même étude complète de toutes les phases du développement génial de Beethoven, que l'on peut entreprendre en isolant de son œuvre la série de ses sonates de piano, peut s'effectuer aussi en considérant la succession clironologique de ses neuf symphonies. Pai'ce qu'elles renferment en elles tout un monde, elles parlent à chacun le langage qui répond à ses pensées, et chacun, les regardant se relléter dans le miroir de sa propre vie, en peut concevoir une interprétation personnelle, qui reste vraie sous l'apparence d'une extrême diversité. De là les méthodes opposées d'exécution présentées par les grands chefs d'orchestre; de là aussi les commentaires que l'on voit se succéder sans relâche dans toutes les langues, signées non seulement de musiciens et de critiques spéciaux , mais d'écrivains étrangers aux études musicales, qui n'ont pu rencontrer ces œuvres sur les limites de leur champ d'action sans que la révélation leur échappe de l'impression qu'ils en avaient ressentie : Lamennais y entendait résonner l'hymne « magnifique comme l'œuvre de Dieu », où se fondent tous les sentiments » qui font de l'homme l'interprète des êtres innombrables qu'il résume en soi »; Albert Sorel y voyait flamboyer le symbole de l'époque napoléonienne. Chacun y sent vibrer l'écho de ses rêves, et il en sera ainsi tant (]ue durera lu
1. Wcgcicr cl Kios, trad. I.cgcnlil, p. 103. — Ce fui le 30 avril 1804 que Napolt^oii se fit déceiner par le Tribunal le tilre d'empereur li^-rédilairc des Français. La scène racoiiléc par Ries se place donc quelques jours après celle date.
i. Eu dehors des ouvrages d'ensemble sur la vie et l'œuvre de Beethoven, plusieurs travaux importants ont êU- consacrés spécialement aux symphonies. I^armi les plus anciennes analyses, on relit toujours celles de Berlioz, reproduites dans toutes les éditions de son volume A travers cluuits. Les articles de d'Drliguc. qui datent de la même é-poque, se trouvent dans son recueil le Balcon île l'Ojié7-a. t'aris, 1833, in-S", Four d',iulres commentaires anciens, V. notre /histoire de la si/mphonie à orchestre, Paris, f88i, in-8". — Parmi les ouvrages ri'ccnts, on doit placer en première ligne le beau livre de sir Georges Grove, Beethoven and lus nine st/mplionieSy Londres,
musique, parce que Beethoven, musicien allemand du XIX" siècle, a été non pas seulement le représentant d'un peuple et d'une époque, mais celui de l'homme tolal, universel, dont l'idiome, l'haliitat ou le costume déguisent, mais ne changent pas l'anatomie morale. C'est pourquoi, bien qu'il paraisse de plus en plus diflicile de ■• dire du nouveau » sur les neuf symphonies, les gloses s'en succéderont, qui marqueront les transformations de la sensibilité à leur égard, comme aux pieds d'une indestructible loche des lignes mouvantes de sable mesurent le passage et la hauteur des marées-.
Lors même qu'ils les abordent simplement en " gens de métier », les musiciens trouvent dans les neuf symphonies d'inépuisables sujets d'étude. La première, en ut, op. 21, qui paraissait se conformer docilement, par ses dimensions et ses formes générales, aux modèles de Mo'/.art et Haydn, laissait cependant pressentir, dès le premier accord, des désirs d'indépendance. La seconde, en ré, op. 36, écrite en 1802, apparaissait déjà comme plus hardiment personnelle, dans son scherzo et son finale surtout, et témoignait, sous le rapport de l'instrumentation, d'une sûreté plus grande. Un pas de géant se trouvait franchi avec la troisième symphonie (héroïque), en mi Minol, op. oo, où resplendit un génie en pleine possession de lui-même et délivré des derniers liens qui laissaient reconnaître en lui le disciple audacieux de ses prédécesseurs. Déjà, par sa seule étendue, la symphonie héroïque se plaçait hors de toute comparaison avec les œuvres antérieures. Elle s'en écartait davantage encore par tous les détails de sa structure intéiieure : profusion de thèmes accessoires, joints aux deux thèmes fondamentaux et issus soit de ceux-ci, soit de la libre invention du compositeur; épisodes nouveaux, amenés par l'introduction de ces dessins secondaires; développement de parties autrefois purement conventionnelles, telles que la coda du premier morceau; individualité des instruments, dont le nombre n'était point augmenté, mais dont le rôle acquérait une importance et une diversité inconnues; éclat des contrastes dynamiques; hardiesse des harmonies; tout cela renversait en bien des cas les habitudes de l'époque, et montrait clairement en Beethoven un « révolutionnaire ». C'est donc chose grandement à l'honneur du public de ce temps, qu'il se soit trouvé du premier coup des hommes en grand nombre pour plier le genou devant de telles oeuvres : car, si l'on peut assurer qu'au regard de ses douleurs intimes, Beethoven fut le plus malheureux des musiciens, on ne saurait aucunement le représenter sous l'aspect d'un <> mécoiniu »; les jugements arriérés que portèrent sur lui certains compositeurs, théoriciens, journalistes de son temps et de l'époque suivante, n'empêchèrent point que ses œuvres ne fussent immédiatement admirées, au moins par une élite d'amateurs^.
i' édit., 1896, in-S". V. aussi : Neitzel, D's Symplinnicen nach ihrrm Slinimniifisfiehall prlciuterl. Cologne, 1891, in-8°; Krct/schmar, Fî>lirer (lurrh dm ConcertsaaI.l. 1", part, 1'", l^cipzig, 1898, in-8°; les petites brochures, séparées pour chaque symphonie, de la collection lier Miisikfithrer; J.-G. Prod'honime, les Symphonies de Beethoven, Paris, s. d. (I90C;, in-S»; !•'. Weingartner, BatsclilSiie ùber die Auffnhriitiijen Beethouen's Syinphunieen (Conseils pour l'exécution des symphonies de Beethoven), Lcipzi;;, 1906, in-8°,
3. Entre les anecdotes qui se rap[)orlenl à ce sujet, l'une des i)lus atnusanles est la demande d'un diplomate anglais qui en 1810, après la symphonie en la, fit prier Ueellioven de composer pour Un deux symj)honics « dans le style des deux premières ", Schindler cul ta naïveté de se charger de la proposition, qui mit Beethoven en grande colère. V. Schindler, t. II, p. 367, et Grove, p, •13, qui rcrtitic le
IIISrOinE DE LA MrSIQI'E
l)o toutes les acceptions du mot « liéroïque », celle (|iii se rapporte aux « capitaines illustres » étant la plus répandue, l'opinion a été souvent exprimée que le premier moiceau et la marche fmièbre do la troisième s3in[ilionie répondent seuls il sou tilre. Imbu de cette idée, Tétis imaj^ina même la fable île la suhslitution du finale en variations il un auln? en forme de niaiclie fiiierriérc, (|ue lù-ellioven aurait enlevé de sa partition en même temps qu'il en Atait le nom <le lionaparte, et dont il aurait fait le linale de la symplioiiie en id inhu-iir. Depuis longtemps on a cessé de prendre au sérieux cette assertion'. Plus avisés ont été les critiques qui ont su voir ilans les i|ualre parlies de la sym[iliouie le développement de l'idée d'héroïsme, envisagée sous tontes ses faces, et, dans le linale, une merveilleuse apothéose. Le thème en était emprunté au ballet /)('.• (h'scliopfe des l'romclhcus, que Heetlioven avait écrit en 1800-1801 pour l'opéra de
Vienne; déjà en IS0'i-180;i, il avait traité le même motif en variations pour h; piano (op. 3.'i). filait-cc pour son élégance mélodique ([u'il le chérissail à ce point, ou bien faut-il supposer que son emploi dans le ballet lui donnait une signiliralion active, do natui'e à suggérer au iom|i()sileur son évocation dans la symphonie liéroj(|uc?.lusiiu'à c<î (|u'un exemplaire du livret de ce ballet ait été retrouvé, on restera dans le doute'-.
Les remarques ([ui ont été présentées au sujet du thème principal du premier morceau de la Symphonie héroïque oll'reiit un grand intérêt pour reslhéti(|ue géuéialedu langage musical. Il n'est personne qui ne se souvienne de ce thème si noble eu même temps que d'une si absolue simplicité de construction, formé des seules notes de l'accord parfait et précédé d'une solennelle afiirmation de cet accord :
XiS 18
Allegro con brio.
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Or les quatre mesures de ce thème existaient dans l'ouverture du petit opéra-comique Bas/i?» undBaslienii", quejMozart enfant avait composé en l'OS ' :
Allegro .
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Que l'analogie de ces deux thèmes ail eu pour cause une rencontre fortuite ou une « réminiscence », leur rapprochement semblerait prouver qu'une même succession de sons, rythmée de même, peut convenir à l'expression de deux idées opposées, et que par conséquent l'imprécision du langage musical est absolue, ou plutôt, qu'il n'existe pas proprement de langage musical. 11 est donc inlîniment curieux d'apprendre, par d'autres rapprochements, qu'une conformité de sujet engendre réellement, entre les o>uvres d'un même maître ou de deux ou plusieurs maîtres, une analogie de facture mélodique et rythmique. C'est à quoi est arrivé Alfred Ernst en étudiant la formation des (1 motifs du héros » dans l'a'uvre de Wagner*, et en donnant des quatre molifs typiques de Lohenijrin, Siegfried, W'altlier et Parsifal, une délmilion dont luimême a brièvement indiqué l'application au dessin
récit quant au nom du personnage. Les exemples les plus notoires du pédanlisnie rétrograde de quelques n professeurs » sont ceux do Dionys Weber. qui n'avait pas attendu rHéroï<|ue pour proclamer « dangereuses » les œuvres de fîeetlioven. et de Félis, qui en condamnait les « manques dégoût » et les « fautes d'harmonie i-.
1. Marx se croyait obligé de la discuter patiennnent; Grove en fait à peine mention.
-. On n'en connaît plus que le scénario, assez obscur.
initial de la Symphonie héroïque : « Tous ces motifs sont d'une forme simple, extrêmement nette, d'un mouvement mélodique très accusé. — Ils sont composés d'une figure initiale suivie d'un ou deux autres éléments thématiques qui la complètent et à certains égards la développent... — Cette figure initiale et ces éléments thématiques, considérés au point de vue de la mélodie, sont essentiellement diatoniques; au point de vue harmonique, ils sont harmonisés simplement, de manière à garder un caractère imitonal très accentué. — La figure initiale du motif, la tête du sujet, est toujours l'élément le plus caractéristique de ce motif, persistant plus que tous les autres, et souvent seul, à travers les altérations, modifications et fragmentations. — Cette figure initiale est toujours attaquée sur l'accord parlait du ton; elle affirme le ton dans tout son éclat, avec la plus grande décision et la plus grande simplicité. Harmonisée principalement
.1. Ce fait a été signalé pour la premii''re fois par Holmes, puis par Jalm, Grove, etc. On a conclu, après enquête, que Beethoven, dans sa jeunesse, avait pu entendre à Bonn l'opérette de Mozart.
4. A. Ernst. les Motifs du héros dans l'œuvre de II. ^'df/ner, dans \a. Itiristn musicale italiniia, vol. I", 1804, p. 637 cl suiv. — V. aussi l'article du même auteur sur le Motif de l'épée dans la Walkyrie, même vol., p. 39.
sur l'accord parlait de Ionique, elle tend à être ellemême, en majeure partie, un arpège de cet accord... » Le caractère héroïque du thème initial de la troisième symphonie a été si nettement senti par tous ses commentateurs, que la proposition d'un programme
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un 11 engagement serré », des gémissements de blessés et le triomphe du vainqueur. Hien n'était plus éloigné de l'esprit de Beethoven que ces peintures de détail, auxquelles il eut recours une fois, en 1813, pour écrire une « grande ouverture descriptive » sur la bataille de Vittoria {Weltington's Sieg, oder die Schiacht bei Vittoria, op. 911. Une idée poétique ou morale résidait très souvent à la base de ses compositions : il était rare qu'il en fit mention, plus rare encore qu'il inscrivitsur l'œuvre un programme, même abrégé'. Aux amis qui le questionnaient sur le sens expressif de telle ou telle œuvre, il répondait parfois par une brève indication, que chacun s'appliquait ensuite à développer et poursuivre. Ainsi pour le début delà symphonie en ttl iiiiiicur. que. se]on Schind- 1er, Beethoven aurait expliqué en disant : « Le destin fiappe à la porte ! >> — pour la sonate de piano en sol, op. 13, n" 2, dont le thème initial dialogué entre les deux mains aurait représenté « le principe masculin et le principe féminin, celui qui demande et celui qui refuse ». A propos des sonates en ré mineur, op. 31, n" 2, et en /Vi mineur, op. .ïT, il dit encore à Schind- 1er : » Lisez la Tempête de Shakespeare, » — ce que, en 1902, un pianiste s'avisa de traduire, sur un programme de concert, en citations découpées dans le lioénie en question, et adaptées à chaque morceau de la sonate op. 31, qui elle-même se trouvait intitulée Sonate sur la u Tempête « de Shaf:e^peare'-. Plus perspicace que Schindler, Reichardt, en 1808, constatai! que Beethoven, lors même qu'il se proposait de dépeindre dans une œuvre les traits caractéristiques d'une ligure déterminée, — celle de Coriolan, dans la splendide ouverture écrite en 1807 pour un drame de H.-J. von CoUin, — y faisait prédominer ceux de sa
1. Grove a dressé une liste des litres lilU-raircs donnés pnr Beeltioven a plusieurs de ses compositions : op. 13, Sonate palliétiquc ; — op. 18. n" 6, la Malirtconiat adagio d'un quatuor; — op. 26, Mttrria finiebre snlta morte d'un Eroe; — op. 55, Symphonie héroïque: — n|). 68, St/mphonie pastorale; — op. 81, les Adieux, l'absence et le retour, sonate; — op. 91, Wellinifton's Sieij, oder die Schtacht bei Vittoria; — op. 129, IJie Wuth uber den verlornen Groschen, aus-
ijetobt in einer Caprice (la Colère sur le sou perdu, épanchée dans un caprice); — op. \Zi, Canzona di rini/raziaiuento, in modo lidico, offerta alla Divinità da un guarilo et Seutendo, nuova forza, deus morceaux du quatuor; — op. 133, Der schu-eryefasste Èntschluss : viuss es sein? es mnss sein.' (la Résolution difficile ; cola doit-il être? cela doit être !) , finale du quatuor ; — sans numéro dœuvre : Ltutiij, trauriij (Gai, triste), pour piano. Plusieurs de ces titres n'impliquent pas do programme. Les surnoms donnés à d'autres œuvres : op.i", u" t. .SoiHite du clnir de lune ; — op. 28, Sonate pastorale; — op. 57, .Sonata appassionnata; — op. 53. .Sonate l'Aurore; — op. 73, l'Empereur, — proviennent de la fantaisie des éditeurs ou des inlcrprètes.