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De 1814 à

E.Xr.yCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOSXAIRE DU C.OXSERVATOIliE

la vie pour la connaître. De 20 à 30 ans il consuma la dévoranle ardeur de sa jeunesse et de son cœur de poète à créer sans répit, sans même premlre le temps de corriper ce qu'il écrivait, ni île le mettre en valeur auprès du public. 11 donnait de rares concerts et il vendait ses manuscrits pour un prix dérisoire, lorsqu'il y était poussé par la gêne. Sauf deux écliappéps en Hongrie, au château du comte Esterhazy, dont il instruisait les enfants, Schubert ne quitta jamais l'Autriche; il ne goûta de la vie citadine qn^ les réunions entre camarades autour d'une table de biasserie ou les intimes fêtes familiales que deux ou trois intérieurs bourgeois pouvaient lui olfrir. On ne lui connut aucune attache féminine, et cependant il exprime dans ses chants, parmi des sentiments d'une variété innombrable, toutes les nuances de l'amour.

Génie fortement enraciné au terroir viennois, Schubert partage la quasi-indilférence de ses concitoyens en matière religieuse et patriotique'. Sa vraie religion, c'est la Nature. Presque toutes ses mélodies pourraient porter le litre de l'une d'elles : Naturgeiuiss-. Schubert est un grand paysagiste, et ses auteurs favoris sont ceux qui encadrent leurs actions d'un décor champêtre, riant ou austère, en accord ou en contraste avec les scènes qui s'y déroulent. Ici le profond musicien ne se contente pas de ses impressions subconscientes; il va lui-même cueillir sur place ses émotions, il en rapporte dans sa chambretle le frais bouquet de parfums et de couleurs; il note le frisson du tilleul, le cri de l'alouette et de la caille, le bond de la truite et le zigzag du papillon; il fixe en son cerveau les magies de l'atmosphère, des eaux, des prairies et des bois; en bon romantique il s'éprend par-dessus tout du charme des aubes de mai et des soirs d'automne ; il célèbre cent fois la lune et les étoiles, et les cantiques nocturnes de Novalis lui inspirent des accents mystiques dignes de ce rare poète.

La collection des Lieder de Schubert est le livre d'or de l'hymen de la Poésie et de la Musicjue. Jamais ces deux muses n'avaient marché de pair d'un pas aussi souple et aussi harmonieux, jamais elles ne retrouveront un cœur d'artiste mieux fait pour donner asile h leurs affinités mutuelles. Un musicien doublé d'un érudit pourrait reconnaître l'auteur des paroles employées sur la seule audition du texte musical, tant il est suggestif. Cola serait facile, du moins, en ce qui concerne les collaborateurs préférés de Schubert tels que Gœthe-', Schiller'*, Mayrhofer\ Malthisson", etc. Mais à cAlé de ces poètes, Schubert fait appel à une multitude d'autres; efit-il atteint une vieillesse normale, remarque Schumann, <c il aurait mis en musique la littérature allemande tout entière'' I). Il composa toujours avec inie hâte fébrile, comme s'il avait eu le pressentiment de sa fin prématurée. L'éducation élémentaire reçue au Convict et ses lectures personnelles avaient suffi à développer en lui un sens très sOr de la plasticité et des rythmes littéraires"; il renonçait plus difficilement à ces qualités de forme qu'à celles du fond, et c'est pour-

i. Il i.-onnut le vaillant Kûrncr et mitcii musique son fameui 5c/iH'eï7lied (chanson de l'i^pôe). Mais il appartenait à Weber d'en mieux sentir et rendre le souine.

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