C. 24 mélodies
quoi, h côté de Gœthe et de Schiller qui réunissaient généralement les deux, à côté de Miiller, de .Matlhisson, de Salis et d'Hœlly dont la parenté d'inspiration lui plaisait, il choisissait volontiers comme supports de sa pensée musicale des stylistes, tels que les frères Schlegel et l'anacréontique J.-P. Uz. Bien d'autres poètes du troisième et du quatrième ordre devinrent pour Schubert des collaborateurs d'occasion. Les poésies de Gœthe et de Schiller furent sans doute les premières à tomber sous sa main; elles lui fournirent d'excellentes pages, et elles eurent l'avantage de lutter par leur concision contre son principal défaut : l'abondance, la débordante prolixité. C'est à Go"tlie' que nous devons la ballade modèle du Roidea Atilin's. Schubert avait 19 ans lorsqu'il dérouta ses amis de pension en leur jouant ce véhément chefd'œuvre, empreint déjà de la couleur et de la fougue wagnériennes. L'année suivante seulement Schubert rencontra dans le chanteur Vogl un interprète enthousiaste, capable de lui faire une utile propagande. Malgré cette circonstance, Eiikônig était encore refusé en 18-31 par les éditeurs de Vienne; il ne dut la gravure qu'à l'initiative de deux amis prenant les frais à leur charge.
Les autres ballades n'ont pas la sobre grandeur du Roi des Aulnes. Le Pl'ingeur'", de Schiller, contient soixante mesures de piano seul; Adelwold iind Emma. de Bertrand ", n'occupe pas moins de cinquante-cinq pages, l'ne telle importance parait au public hors de proportion avec le genre du Lied. Celte partie de l'œuvre de Schubert est forcément la moins connue, et elle n'a pas eu d'imitateurs, non plus que ses scènes antiques ou b-gendaires pour une seule voix. Mais il doit le meilleur de sa popularité à un genre que Hcethoven venait d'inaugurer'-, le Liederkreis, ou groupe de poèmes d'un même auteur, décrivant une série de situations psychologiques. Tels sont les fameux MnllerUcder : lu Belle MniniCre et le Voyage d'hiver.
Dans la Birn-aimée absente de Beethoven les dilTérents morceaux sont enchaînés musicalement, de façon à rendre presque impossible une exécution partielle. Schubert ne s'est pas conformé à ce système, mais les Mûtlcili''der perdent beaucoup de leur intensité à être entendus séparément, et les chanteurs consciencieux tiennent à les faire figurer intégralement sur leurs programmes.
En somme, Schubert aborda et maîlrisa tous les genres de Lieder. Dans ses innombrables chansons''', il paya un large tribut au Lied populaire à strophes parallèles; avec la romance, l'ode, la ballade, la scène dramatique et le Liederrreis il devint le roi du Dlrchkomi'Omstf.si-ied, mélodie dont la musique est variée d'un bout à l'autre, sans répétitions slrophiqiu'S ni ritournelles. U fixa donc le caractère universel du Lied et en fit un des principaux modes d'expression de la renaissance romantique de 1800.
La musique des Lieder de Schubert se distingue par la spontanéité mélodique alliée à un sentiment harmonique des plus heureux. Jamais aucun sacrifice àrelTel, ni aucun parti pris de manière; les accom-
7. Schumann, .Srliriften iibrr .Viisik und Musih-er (Ècr'ds sur la musique et les musiciens.!.