Guerre et Vicloire
ESC.YClOPÉniE DE LA MUSIQUE ET DICTIOWMRE PU COS'SERVATOinE
souide angoisse causée par le relour de Tile d'Elbe. Dans la dernière partie nous assistons aux péripéties de la colossale bataille : le ('a ira des soldais français alterne béroîquement avec les invocations déistes de l'armée germanique, jusqu'à sombrer sous la fanfare victorieuse des cors prussiens, à laquelle se mêlent le God save Ihe lùmj et le cbœur des chasseurs noirs de Liilzow.
On ne joue plus cette symphonie à programme', sans doute parce quelle réveillerait d'une manière trop précise la mémoire d'un conllit de races dont les plaies saignent encore. Mais on chante toujours les ardentes effusions de la lyre et l'épée dont l'inspiration mérite d'être conservée, parce qu'elle s'élève au-dessus des haines et des antagonismes.
On voit de quelle manière Weber forgea son instrument romantique. .Noblement épris d'indépendance, imbu de fortes études et d'audacieux chants populaires, issu d'une famille musicienne qui l'avait élevé dans les coulisses d'un théâtre, il s'élança bientôt sur les traces des poètes de l'école nouvelle; il résolut de scruter les ressources de sa race et de demander au terroir allemand des types et des légendes frissonnants de vie et de vérité.
Dès 1810, l'attention de Weber avait été attirée par une histoire que l'écrivain Apel venait de publier sous ce titre : le Frei$rltiitz, U'jende populiiire. Mais ce fut seulement après avoir été appelé à Dresde, en 1816, que Weber, aidé de Kind-,en lit un sujet d'opéra.
Le livret de Kind a une forme dramatique saisissante. Les croyances catholiques de Weber expliquent la ferveur musicale avec laquelle il sut interpiéter le caractère sacré de l'ermite et le rôle angélique d'Agathe. La partition entière est un vrai faisceau de forces romantiques. Deux ans avant le pamphlet de Stendhal et sept ans avant la préface de Crorawell, Weber revient à la tradition shakespearienne, il confronte hardiment le comique et le sublime. Dans la leprésentation symphonique de la nature il approche la maîtrise beethovenienne; prédécesseur de Marschner, il appelle à son secours tout un arsenal de moyens neufs pour exprimer le fantastique, l'étrange et le terrible; enfin, avant Meyerbeer il donne à chacun de ses personnages une caractérisation indélébile; à l'aide du coloris orchestral, il les élève à la hauteur de types, et il leur fait chanter les mélodies les plus persuasives, les plus fascinantes, toutes parfumées d'un folk-lore inconscient.
On peut s'imaginer l'émerveillement du public berlinois en face de celte flore indigène épanouie dans son propre terrain, à la place des fleurs coupées sous un autre soleil que Salieri, Rossini, Spoiitini, avaient coutume de faire agréer. Mozart avait été à demi italien, et (jluck plus qu'à demi français. Weber le premier dota ses compatriotes d'un théâtre; le premier il parla une langue musicale d'un sens profondément allemand sur une scène allemande.
Cependant, de même qu'un cœur chaud a vite fait de se sentir à l'étroit dans les bornes de la famille, un esthète romantique ne peut se laisser emprisonner dans le sentiment patriotique et national. Rééditant, comme Victor Hugo, le calsa tangor ab omni d'Ovide, il abolit d'un seul coup ces compartiments d'humanité qu'on appelle des frontières. Ainsi fait Weber en