LilUralcur, 1768-lSil
3. Œuvre rausicaie du même genre quEgmont et RosemondCf Preciosa fut moulée à Berlin en 18il. Le sujet 6lail tiré de Cervantes par WollT, acteur â Weimar.
puisant à pleines mains dans les coutumes exotiques. Déjà Abou-IIassan et Turandot avaient évoqué l'àme turque et l'âme chinoise. Avec Preriosa, Eurijaiithe, Olicron, il ressuscite la chevalerie espagnole, les épopées romanes et orientales. Le romantisme élargisseur, émancipateur, entré dans le monde de la musique par le portique gigantesque de la L\" symphonie, se manifeste comme le digne héritier de la Révolution française.
Weber était aussi bon illustrateur que grand peintre d'après nature. Dans les mélodrames de Preciosa^ il fit de la couleur locale, employa fort habilement des airs espagnols et des rythmes tziganes, sans rien perdre de la personnalité allemande de son génie.
En 1S23 vint le tour à'Eunjanthc, qui, nous l'avons vu déjà, précéda de peu à Vienne la Uosomondc de Schubert. Ici Weber rompit avec les habitudes du Singspiel et écrivit une musique continue, sans parlato, ce qu'il n'avait osé faire pour le Frelschiitz. Futce la cause de la médiocre faveur avec laquelle son ouvrage fut accueilli'? N'est-ce pas dû plutôt au livret d'Helmine de Chézy, jugé par (iœthe des plus médiocres'? Il contient cependant des situations et des ambiances pour lesquelles Weber avait créé un langage. Mais l'heure du succès était passée pour un artiste ayant le souci île se perfectionner, de faire mieux et différemment. Ce n'est point là ce que veut le public. .Malheur à celui qu'il a pris sous sa protection s'il ose lui apporter des produits trop dissetiiblables de ceux auxquels on a daigné accorder de la célébrité. £i/i;/n))//i'' n'était plus un opéra populaire allemand proprement dit. Le sujet en était puisé à une source médiévale française : le RoiKfin de ta vivlcttr, d'où Shakespeare lira sa pièce intitulée CijmieUne. Si l'on ouvre la partition d'Eunjanthe, on se trouve en face d'une œuvre puissante dans laquelle Weber tendait vers une union plus intime entre les trois éléments du drame : la poésie, la figuration, le décor, — anticipant ainsi sur la réforme wagnérienne. L'inlerprétalion du poème est d'une minutieuse fidélité; la musique, selon l'appréciation de Schumann, est une collection de pierres précieuses =. Cependant c'est la frivolité de Rossini qui captivait alors l'engouement du public viennois. Lorsque Weber apprit à Dresde, où il fut capellmeister pendant neuf ans, que sa pièce, écrite avec tant de soins, n'obtenait qu'un maigre succès d'estime, il tomba dans un état de dépression qui fut une épreuve de plus pour sa santé chancelante, et il demeura de longs mois sans composer. Les applaudissements chaleureux de ROchlistz à Leipzig et de Tieck à Dresde adoucirent un peu son amertume, et sa réputation grandissante lui valut la commande d'un opéra pour le théâtre de Covent Garden de Londres. 11 jeta son dévolu sur un poème anglais tiré de ÏObcron de Wieland, et il se mit encore une fois au travail, donnant un admirable exemple d'énergie, car il était poitrinaire et savait ses jours comptés.
Obcron est une sorte de poème épique avec de fréquents changements de scène. Weber se plaignait de ce que ce livret de coupe anglaise" ne laissait pas à sa musique tout le déploiement pathétique dont elle était susceptible. Mais de ce côté il avait fait ses preuves; le sujet d'Ofc<'iv>n lui permit de s'élever plus haut que jamais dans le fantastique et le pittoresque, au moyen de l'individualisation et du groupe-