Rapporté par Uuneker [Mezzo-tints in modem miisic
6. Dont les larges modulations, la construction, les répétitions de notes, sont écrites dans le plus pur scutimeut de Schubert.
F.xr.yci.0PÉniE de la musique et dictiowaire nr rn\<:Enr.\TOfp.E
sique qui régne plus haut que la ferveur. Telle esL l'impression qui se dégage de Validante spianato*^ et de l'andante de la ftintnisie impromptu, pour ne citer que cela. L'cHnlecit la 6émo/- nous ramène doucement sur la Terre, dans une région divinement calme, où tlotle un rêve à demi dématérialisé.
La fanlaide fip. M) me parait être un des plus admirables morceaux de Chopin, par la grandeur et la variété de son inspiration. La marche auguste du début est suivie d'un pi-élude agité, anxieux il'un futur imminent, qui se présente sous forme d'un thème fiévreux; et ces épisodes s'enlacent à une nouvelle marche plus grande encore que la première.
Les deux études en itt miitrur^ sont d'une transcendante génialité. En 18:51, Chopin était à Munich. On lui apprend que Varsovie est dans les serres des vautours russes. Il écrit alors l'impérissable prolestation qui dura plus que les anéantisseurs et qu'aucune iconoclasiie ne saurait atteindre. 11 }' a là un bouillonnement d'àme qui dépasse en force et en ampleur celui de l'appassionnata, à quoi l'élude op. 10 n" 12 ressemble.
Dans u[ie belle poésie des Rptscbitder, Heine nous décrit un moderne chevalier du Craal, un pèlerin qui, par la poésie de sa sympathie et de son verbe, remplit d'allégresse le cœur d'une pauvre fille et change sa chaumière en palais. « Vois, n lui dit-il :
Mille chnvaliers bien armés Et choisis par le Saint-Esprit Furent doués pour le servir D'une vaillance à toute épreuve.
Lève donc les yeux, mon enfant! Approche-toi ! Regarde-moi !
Car je suis un de ces élus.
Un chevalier du Saint-Esprit !
Chopin pourrait parler de même aux innombrables jeunes personnes qui s'essayent à déchiffrer le mystère redoutable de sa musique, sans voir « les canons qui dorment sous les tleurs* )i. Ce n'est pas en vain que Chopin sortil du chaos cosmique et fut marqué pour penser « en piano » comme un sculpteur pense i< en marbre ». Ce n'est pas en vain qu'il se mit à parler la langue universelle de la musique dans son dialecte le plus populaire, le plus répandu, le piano : ainsi fut-il mieux à même de remplir sa mission, la seule qui vaille : glisser persuasivement, sans violence, par linterméiliaire de l'art, des ferments d'examen, d'émancipation et de progrès dans les âmes.
Venu à une certaine heure, en un certain point de notre globe, là où de vives et poignantes émotions sont polarisées, celles d'une nation cultivée, pleine de cerveaux et de cœurs vibrants, il est un artiste pour exprimer superbement tout ce qu'il y a de tragique dans ce drame, cet anéantissement brutal de forces vives; il est un divin artiste pour jeter sa réprobation en sonorités pathétiques et pantelanles à la face de l'Europe ligée dans ses égoïsmes politiques. Ce hiérophante, c'est Frédéric Chopin, né sur la terre opprimée d'une mère polonaise et d'un père qui versa dans ses veines le généreux et pétillant alliage du sang français.
Il y a un autre Chopin, je le sais; un Chopin exotérique, celui qui l'ut non plus Français, mais Parisien, et qui agrafa au cou des comtesses, ses élèves, les colliers de perles de ses valses et les opales cha-
1. liitroducloire à la polonaise en mi bémol. i. Op. i3, n" 1.