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Muiiicli, i\ juin 1S08.
La conception di'S Maîtres chanteurs remonte à l'époque où Wagner, devenu le protégé du roi de Bavière, avait dit adieu aux inquiétudes. Aussi cette comédie joyeuse (d'une gaieté si germanique et si différente de la nôtrei est-elle un chant triomphal, une sorte d'alléluia personnel et, en même temps, un poème symbolique. Wagner a voulu y célébrer t< la victoire du génie poétique sur le pédantisme de l'école 11, autrement dit l'apothéosi; de l'art nouveau comliattu par la routine; et, disant adieu au mythe, il a placé l'action en |)lein xvi° siècle, à Nuremberg, au sein de la corporation des maîtres chanteurs.
Ces maîtres chanteurs ont laissé en Allemagne (car l'écho de ces disputes locales n'a guère traversé la frontière) la réputation d'un syndicat intolérant, exclusif, brisant toutes les individualités rivales et perpétuant, sous le nom de tablatuie, un code barbare de formules surannées. Wagner leur oppose le cordonnier poète Hans Sachs, personnage célèbre île l'autre côté du Rhin, auteur de trente-cinq volumes in-folio de comédies, tragédies, contes, fables, etc.; incarnation pour le musicien de ce ferme bon sens populaire qui réagit toujours contre le pédantisme d'école. Prés de lui, le chevalier Waltber représente la jeunesse, l'inspiration, le génie lyrique dans sa fleur. En contraste, le Trissotin musical, Sextus Beckmesser, greffier de la ville et partisan irréductible de la tablature. Comme personnages féminins, Eva, fille de l'orfèvre Pogner, et sa nourrice Madeleine.
«c Les Maîtres rkitnli'urs de Xaremhcrg, écrit Catulle .Mendés, sont, de toutes les œuvres de Richard Wagner, la plus intimement, la plus localement, la plus totalement allemande, par le personnage de Hans Sachs, auguste incarnation du peuple-poète, du peuple-apôtre, mais poète comme un chanteur de la Guilde, mais apôtre comme Luther; par la parodie, ah! si haute, parodie cependant, — les airs du Caveau des Désaugiers franconiens dans l'écho de la cathédrale de lîacb! — par la parodie d'une heure littéraire et musicale, allemande, qui ne saurait éveiller aucun souvenir en l'instinct de la race française; par un comique qui n'est pas plus le nôtre que le rire de Shakespeare ne ressemble à celui de Molière, ou que la farce de Gœthe, pour nous navrante (car il a écrit des farces, Gœthe!), ne ressemble à la gaieté de Regnard ou de Courteline, par un comique qui, pour que je rie, exige que je me fasse naturaliser Allemand pendant le point d'orgue! et, en un mot, par cette sueur, toujours, d'âme germaine, à tous les pores de l'œuvre. »
Que l'œuvre soit essentiellement germanique, c'est également l'avis du compositeur.
« En m'occupant, écrit Wagner, de la composition et de la représentation des Maîtres chanteurs, que
ENCYCLOPEDIE DE LA MVSIQUE ET DICTW.WAIRE Dl' COXSEIiVATOrRE
mon désir destinait d'abord à la ville de Nuremberg même, j"étais euidé par l'idée de présenter au public allemand l'image de sa véritable nature, et j'entretenais l'espoir d'obtenir en retour, de la partie élevée et sérieuse de la bourgeoisie allemande, une reconnaissance sincère et cordiale. L'excellente première représentation au Tbéàtre royal de Munich rencontra l'accueil le plus chaleureux; mais, chose singulière, parmi les assistants, ce furent quelques Irauçais venus à Jlunich qui se monlrérent le plus vivement frappés de cet élément national de mon œuvre; au contraire, rien ne trahit une impression semblable à l'observateur de la portion du public munichois. »
Suivant la très juste observation de M. Tiersot, ce n'était pas la première fois que Wagner louait ainsi l'intelligence des Français et leur esprit pénétrant : maintes fois il a exprimé cette opinion, flatteuse pour nous, — encore qu'inattendue pour certains, — et cela même en des moments où il eût été le plus excusable du monde de s'en taire. C'est ainsi qu'après la déroute du Tannhxuser à Paris, il écrivait ceci :
« Vous vous tromperiez grandement si vous tiriez do vos informations, au sujet du public parisien en général, une conclusion flatteuse peut-être pour le public allemand, mais en vérité très injuste. Je persiste, au contraire, à reconnaître au public parisien des qualités fort sympathiques, notamment une compréhension très vive et un sentiment de la justice vraiment généreux.
" Voici un public (pris dans son ensemble) auquel je suis personnellement tout à fait inconnu, un public auquel les journaux, les bavards et les oisifs rapportent journellement sur mon compte les choses les plus absurdes, et qu'on travaille contre moi avec une rage presque sans exemple : eh bien! qu'un tel public, pendant des quarts d'heure entiers, lutte pour moi contre une clique et me prodigue les témoignages les plus opiniâtres de son approbation, ( "est là un spectacle qui devait me mettre la joie au coiur, eussé-je été l'homme le plus indilférent du monde. »
D'ailleurs la victoire de l'Idée est une des données du répertoire wagnérien les plus accessibles à la foule. L'intime union de Hans Sachs et de Walther de Stolzing n'est même pas une conception particulièrement germanique. Hans et Walther pourraient porter des noms français; ils seraient les principaux acteurs d'une des crises où se sont alliés plus d'une fois, au cours de notre histoire littéraire, le libre génie populaire et la culture des hautes classes.
Rappelons en quelques mots l'argument de la comédie lyrique de Wagner. Les maîtres chanteurs et leurs associations, qui couvrirent le sol germanique aux xv et xvi« siècles, font partie intégrante de l'histoire de la « culture allemande ». Comme l'a dit très justement Schuré, leur rituel baroque, leur code barbare connu sous le nom de tablature, symbolisent l'école stationnaire, exclusive, étroite, ennemie de toute libre inspiration, qui fait de la poésie un métier, et du génie un apprentissage. Kn somme, les maîtres chanteurs étaient des pédants, et devant ces sectateurs de la routine, Wagner a eu l'idée de dresser un poète vraiment inspiré, le chevalier Walther de Stolzing, jeune seigneur de Franconie, qu'a mis sur les rangs son amour pour Eva, la fille de l'orfèvre Pogner, promise au vainqueur du concours.
Aux grands principes exposés par l'apprenti David sur les modes poétiques, l'art de chanter, le chevalier répond simplement :
Je chanterai pour les doux yeux que j'aime; Au fond de mon âme, au fond de mon cceur, Ma voix saura trouver l'accent vainqueur.
Sur cette profession de foi les maîtres chanteurs arrivent. On nous présente \k Pogner l'orfèvre, Beckmesser, greffier de la ville, le boulanger Kolhner, le cordonnier Hans Sachs, tous épris de beau langage et de belle musique, tous saluant déjà en Beckmesser le vainqueur probable du concours.
Walther, qui est à Nuremberg l'hôte de Pogner, annonce son intention de prendre part au concours. On y consent, non sans se moquer quelque peu de son audacieuse présomption; avant de le laisser concourir pourtant, il faut qu'on le juge, qu'on sache s'il est digne de la maîtrise.
Il chante ; mais chacun de ses vers est compté comme une faute; il est repoussé sans appel. Seul, Hans Sachs, séduit par la sincérité de ses accents, prend sa défense :
Voilà le vrai poète,
Voilà, c'est Sachs qui vous le dit,
Un noble cœur, un grand et fier esprit.
Le marqueur de fautes, le greffier Beckmesser, autre aspirant à la main d'Eva, coupe l'improvisation de bruyants coups de craie sur le tableau noir. En vain Walther proleste dans ime strophe du plus dédaigneux accent, le critique triomphe en montrant le tableau tout blanchi de marques crayeuses : » Ni pause ni fioritures, et pas de mélodie! »
Le deuxième acte a pour décor un carrefour devant la boutique d'Hans Sachs, au crépuscule. Eva, sous prélexte de montrer à Hans Sachs une chaussure qui a l'impertinence de blesser ses pieds de Cendrillon, s'informe du résultat du concours. Elle apprend l'échec de Walther, et elle se laisserait fort bien enlever pour réparer l'injustice des maîtres (voilà une Eva qui est la vraie sœur de Gretchen!) si Hans Sachs, qui veille sur les deux amoureux, avec un dévouement d'autant plus méritoire qu'il est lui-même vaguement amoureux d'Eva , n'empêchait les deux enfants de dépasser les bornes des enfantillages permis. L'acte se termine par un épisode burlesque, la sérénade de Beckmesser et une bataille dans la rue. « Apprentis, compagnons, viennent augmenter le bruit, sous prélexte de le faire cesser. Cris, horions, disputes, vociférations des gens aux fenêtres, chutes d'eau nocturnes, bastonnades : c'est une mêlée croissanfe, un galop furieux et burlesque. Tout cesse enfin. Le veilleur de nuit, placide, traverse la place pour la seconde fols. Il est onze heures. Il n'a rien vu, rien entendu. Tout est tranquille. « Bourgeois de Nuremberg, dormez! »
Au troisième acte, Hans Saclis, qui a fait le complet sacrilice de son amour, initie Walther aux secrets de la tablature. Walther dit le songe qu'il a fait. songe de poésie et de tendresse, qui sera son « morceau de concours ». Sous la dictée de Wallher, Sachs a écrit le poème. Tandis que Wallher et Hans Sachs sont allés revêtir leurs habits de fêle, Beckmesser se glisse dans la boutique. Après la nuit dernière, qu'il a passée entre les moqueries et les coups, il ne peut pas composer une nouvelle sérénade, mais il aperçoit sur la table le poème de Wallher transcrit par Hans Sachs. Le maître cordonnier permet à Beckmesser de prendre cette poésie. Le plagiat du greflier tournera à sa confusion.
lllSTOIliE DE l..\ Ml SKjlE
Le cliM-riier tableau se passe dans une prairie, aux
liorils (le la l'i'Kiiil/. Devant le piuiple .•issrmbli', juge en ili'iiiior ressort et souverain arbilri', licckincsser se couvre de ridicule en essayant il'intiM'pri'ler la cantate qu'il a volée à W'altber et (pi'il lit tout au rebours. Le clKnalier est pioclanié vain(]ueur après une improvisation lyriqni' qui Iransporle la foule, et le cliu'ur final célèbre la dèlaile des pédants pendant que llans, représentant du f^lorieux passé, |iresse sur son cœur le chevalier IVanconien, le clianlre de l'avenir.
Musicalement, parmi les ouvrages de \\ agner qui ont vu le jour après Tristan et IsciiU . l'opéia des Maîtres chanteurs est, sans contredit, sinon le plus remarquable, du moins le plus curieux, le plus inattendu, et nous pouvons ajouter le plus ossoid'i"/.
Avec Trhtan, Wagner a donné la formule délinilivc de son système. Si, comme nouslc constaterons, il innove encore dans ÏAnncau du SibclKinj , c'est surtout au point de vue des conditions scèniques de la représentation; musicalement parlant, il s'y permet de légères dérogations à ses principes, par exemple l'usage des récitatils à vide sans accompagnement d'orchestre, rigoureusement pi'oscrils de Tristan cl Iseiilt. l)e même dans l'arsifal nous signalerons le fréquent emploi des clueurs harmonisés, comme aussi certains retours à des formules précédemment répudiées. D'ailleurs ces deux drames sont, comme tous les autres, nienzi et celui qui nous occupe exceptés, empruntés à la légende.
Or, au lendemain de l'apparition de Tristan, on était en droit de se demander, d'une part si ce terrain de la légende n'était pas le seul où la musique dramatique de Wagner piU se donner librement carrière, de l'autre si la comédie, aussi bien que la tragédie lyrique, se prêtait à l'application rigoureuse du nouveau système musical.
C'est à cette double question qu'a répondu victol'ieusement le musicien en écrivant les Maitres chanteurs de Nuremberg.
Le nom seul de Nuremberg suffît à évoquer tout un passé lointain et à faire apparaître devant nos yeux, comme en la vision d'un rêve, les vieilles maisons sculptées à larges toits et aux pignons, les fontaines curieusement ouvragées, les colonnettes, les chapiteaux, les heurtoirs, les lanternes, toutes guipures et broderies qu'aux jours d'autrefois d'incomparables mains ont su forger dans le fer ou tailler dans la pierre. Voilà le milieu pittoresque où s'agitent les maitres chanteurs, et nul cadre ne semblait plus propre à faire valoir le tableau de genre que Wagner présentait au public.
Ajoutons qu'au xvi' siècle, époque de l'action, /Nuremberg était un coin de terre où, grâce au mouvement des esprits, grâce au génie des artistes, se concentrait une partie des forces intellectuelles de l'Allemagne. Disparue du château des riches seigneurs, la poésie se retrouvait dans la boutique d'humbles artisans; les Jiinntsa'Hfte)' avaient fait place aux Metstersinger, et le chevalier Wolfram von Eschenbach avait pour successeur llans Sachs, un cordonnier! Ses rivaux exerçaient des fonctions à peine plus relevées, et nous rencontrons sur la liste détaillée que donne l'auteur pour les besoins de sa pièce, un orfèvre, un pelletier, un ferblantier, un boulanger, etc. C'est ce petit monde, en elfet, qu'il oppose au champion de ses doctrines réformatrices, petit monde ilont les puériles vanités, les basses jalousies, les passions mesquines, les travers ridicules, sont ma-
tière à satire et devaient faire ainsi pencher l'opéra Vers la comédie musicale.
Comédie musieab', telle est bii^n la véritable désignation de cet DUvraye unii|ue, d'inspiialion tour à tour poétique ou lioMlI'onne, et (jue, par habitude sans doute, auteurs et éditeurs qualident encore d'opéra.
Lue admirable ouverture en dessine les grandes lignes et, comme celle de Tunnhn'uscr, symbolise la lutte des deux éléments aux prisi^s pendant la durée du drame, la rouliru' et le progrès, représi-ntés, l'une par la marche solenm-lle des maîtres chanteurs et le thème scolaslique qui caractérise leur corporation, l'autre par l'air inspiré qui vaudra au héros de la pièce le prix du concouis. Le reste n'est qu'ornements, divertissements, arlidces de contrepoint, enchevêtrement de rythmes et de tonalités, procédés dont une science indiscutable fait admirer toutes les hardiesses. Ici, la phrase do W altlier s'interiompt subitement, comme brisée dans son vol et éciasée sous le poids des lourdes formules de l'école; là, au contraire, elle se superpose victorieusement aux mélodies rivales ; ailb'urs, c'est le thème des maitres chanteurs qui, changeant subitement de caractère, devient, par une ironie malicieuse, un staccato léger, piquant, prescpie irrévérencieux en son enjouement. Plus on avance enlîn vers la coda, plus les notes semblent se précipiter, s'entasser dans un fouillis inextricable : désordre simulé que doit dissiper une exécution spirituelle et vive de la part de l'orchestre, car ils'agit d'une ouverture d'opéra-comique; et c'est parce que, méconnaissant ce caractère spécial, on dénatura â plaisir les intentions de l'auteur, que, lorsqu'elle fut jouée à Paris pour la première fois, elle parut alors d'une architecture si lourde et d'une inspiration si monotone.
Le thème initial des maitres chanteurs, que reprennent triomphalement, pour clore l'ouverture, toutes les masses instrumentales, se relie sans transition à un fragment de choral, chanté au lever du rideau avec accompagnement d'orgue. La scène représente l'intérieur de l'église Sainte-Catherine. A gauche, vers le fond, on aperçoit les derniers bancs de la nef, où se joue une pantomime assez explicite pour que l'orchestre ait à peine besoin de la traduire entre les pauses du chant sacré.
Pendant la lin de cette scène et une grande partie de la suivante, se produit le continuel va-et-vient de jeunes apprentis disposant ce coin de l'église pour la séance des maîtres chanteurs. Un d'entre eux, élève de Hans Sachs, mis au courant des projets de Walther, veut s'amuser à ses dépens et l'entretient tout d'abord des dil'licultés qu'il aura à surmonter pour obtenir ce titre convoité de <' maître chanteur ». Connaît-il les règles de la « tablature »"? Le chevalier avoue son ignorance et prie son interlocuteur de les lui enseigner. L'apprenti David, abusant de sa supériorité, joue au professeur et détaille à grand renfort de mots techniques les secrets de la cordonnerie et de la poésie qu'il mène de front, comme son maître. Le voilà montrant que le chanteur est tout à la fois un musicien et un poète, qu'il doit connaître « le mode court, le mode long, le mode supra-long, le ton rouge, le ton bleu, le ton vert, l'air du chalumeau, l'air de l'arc-en-ciel, l'air du rossignol », etc., et l'énumération se poursuit impitoyable. Puis vieiment les règles du chant, attaque de la note, émission de la voix, respiration; enfin les règles de la poésie, choix de rimes, concordance des termes, etc. David raillerait encore si, les pré-
ESCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOWAIHE DU CO.VSEliVATOIRE
paralifs de la séance terminés, il ne fallait céder la place aux membres de la corporation.
Un vaste rideau forme le fond du théâtre et dissimule aux yeux la nef de l'église : à droite, rangées en demi-cercle, les banquettes réservées aux maîtres chanteurs; au milieu, une petite estrade garnie d'une chaise, d'un tableau noir et de rideaux également noirs, pouvant en quelque sorte enfermer la personne qui s'y place; à fiauche, un siège spécial réservé au candidat; au dernier plan, contre le rideau, le banc des apprentis. Voici que les maîtres chanteurs arrivent par petits groupes, les uns après les autres, causant familièrement; parmi eux Pogner l'orfèvre, père d'Eva, et Beckmesser, le greffier, auxquels Walther se présente en exposant son désir d'être reru. La séance enfm s'ouvre par l'appel à haute voix de tous les membres, qui répondent, chacun à sa manière, un " présent » ! ou sévère ou plaisant.
Bien des motifs charmants se succèdent et déjà s'entrelacent dans ces deux scènes préliminaires, où brillent, autant que dans l'ouverture, le savoir-faire du musicien, la souplesse de son inspiration et la finesse de son esprit; d'abord la mélodie hésitante et rêveuse qui scande le dialogue embarrassé des amoureux, écho lointain de l'adorable duetto de Don Juan; pms, deux dessins typiques de l'orchestre, l'un reconnaissable à sa piquante succession de sixtes, dont la première apparition coïncide avec l'entrée de David, l'autre comme suspendu sur un accord de quinte augmentée; la leçon tout entière du malicieux apprenti, dont la verve, contenue au début dans le mouvement modéré d'un gracieux six-huit, éclate bientôt en gerbes de triomphantes vocalises; enlin, la ronde fraîche et pimpante des compagnons de David, qui dansent gaiement autour du professeur improvisé et de son élève. Quant à l'air du concours déjà esquissé dans l'ouvei-ture, c'est non seulement le thème caractéristique de Walther, mais, on peut le dire, comme celui du philtre dans Tristan ctlseult,\e Icilnioliv de l'ouvrage entier, et, sous peine de monotonie, il faut renoncer à en signaler toutes les reprises, comme aussi à détailler les innombrables transformations que le compositeur lui impose.
Cependant Posner a demandé la parole pour un fait personnel, et son long discours a pour objet d'expliquer l'hommage d'une espèce toute particulière qu'il prétend rendre à l'art, en encourageant les chanteurs par un prix digne de leur émulation; celui qui devant le peuple, au jour de la Saint-Jean, aura été proclamé vainqueur, recevra sa fortune et sa fille unique Eva, nouvelle Elisabeth, car le landgrave de Thuringe procédait à peu près de même dans Tannlixaser. .\ussi bien une mélodie dessine cet excellent Pogner, mélodie solennelle, un peu gourmée comme le personnage, souvent répétée, et qui finirait par lasser, si la délicatesse exquise d'un léger dessin des instruments n'en variait l'aspect, notamment sur cette phrase : « Un mot encore et réglons bien ceci. »
Quelle qu'elle soit, une proposition soulève infailliblement dans une assemblée délibérante des objections, sérieuses ou non, suivant le tour d'esprit de ceux qui les présentent. Beckmesser se fait remarquer d'abord par la puérilité des siennes, que caractérise, avec son rythme élégant, un des thèmes favoris de l'ouvrage. Sachs répond par une profession de foi libérale, en soutenant certaine théorie qui lui vaut les applaudissements de la jeunesse, par nature
assez peu réactionnaire. Enfin, la cause de \\ alther est appelée, comme on dirait au palais. Questions d'usage : « Noms et prénoms'/ — Walter de Stoizing. — Votre maître de poésie'? — Un vieux poète relu cent fois pendant mes longues soirées d'hiver. — Votre maître de chanf? — L'oiseau qui réveille la forêt aux approches de l'été. » Et ces réponses, trop vagues évidemment pour satisfaire des adeptes de la règle précise et brutale, Walther les formule dans une sorte de lied à deux couplets, calme, simple et d'un sentiment tel, qu'il le faut compter au nombre des plus sereines inspirations de Wagner.
On l'invite néanmoins à soutenir l'épreuve, c'està-dire à faire entendre un chant dont il aura luimême inventé paroles et musique; les fautes (sept suffisent pour entraîner le refus) seront jugées par BecUmesser, installé sur l'estrade devant le tableau noir, un morceau de craie à la main, et dissimulé sous les rideaux, afin d'écouter plus librement sans voir ni être vu; ensuite on apporte les lois de la tablitture, pour rappeler les principes fondamentaux qu'il faut aveuglément respecter. Le chant de maîtrise, en elfet, doit se composer de deux parties : la première, formée de deux strophes rimées, dites sur le même air, deux couplets par conséquent; la seconde, sorte de péroraison, se distinguant par une mélodie spéciale, etc. (l'auteur ne fait grâce d'aucun détail!).
Celle formalité accomplie, Walther se place devant le siège qui lui est réservé, et, s'abandonnant au gré de l'inspiration, il célèbre d'abord le printemps, puis l'amour, en deux strophes traversées, malgré certaine froideur de la coda, fiar un large et beau souffle lyrique, présentant surtout un habile contraste avec les vocalises prétentieuses où vient de se complaire, un instant auparavant, Kothner, le grave président de l'assemblée. Beckmesser, qui, depuis le commencement de l'épreuve, a donné des pi'euves non équivoques d'impatience, arrête alors le chanteur, et, sortant furieux de sa cachette, il désigne avec le poing le tableau couvert de marques à la craie, signes irrécusables des fautes commises. Il se prodigue pour démontrer qu'on se heurte à un ignorant ou à un fou, et que l'indulgence n'est pas permise. Vainement Sachs tâche de faire entendre raison à son collègue; l'avocat paye pour son client et se voit pris lui-même à partie; Beckmesser le renvoie grossièrement à ses souliers. Le désordre esl à son comble; en dépit des juges qui ne veulent plus l'entendre, Walther poursuit son hymne avec la rage du désespoir; bref, l'assemblée vote contre et se retire en désordre. Hans Sachs est resté rêveur en écoutant ces accents nouveaux pour lui, et, lorsque Walther s'éloigne à son tour : « Je fais, moi, des vers et des souliers, dit-il avec mélancolie; mais c'est lui le chevalier et le poète! »
Traitée par le musicien avec une sûreté et une légèreté de main merveilleuse, une verve comique des plus franches, une clarté saisissante en dépit des continuelles juxtapositions de motifs, cette scène orageuse donne à la lin du premier acte un singulier éclat. Discours d'ouverture, position de la question, débats, protestations, tempête suprême, on retrouve là, soit dit en passant, tous les éléments du premier acte de VAfricaine, et le parallèle à élabliipourrait tenter les amateurs de ra|iprochenients inédits. Uemarquons, du moins, qu'ici les caractères sont nettement tracés, et que les personnages se montrent dès l'abord ce qu'ils resteront au cours de
iiisTomE /'/■-■ /..i Mvsiui /■:
lu pièce, des types de comédie aniiisanls, fjais sans être presqiii' jamais hiirlosqiies, et maiiiti-nns avec soin dans le caiiic dune Une satire et il'une grossière caricature.
Si Ion vonlait entreprendre de cunnnrMti'r le deuxii^nie acte par le menu, on risquerait l'nrt de donner au lecteur une impression toute contraire à celle que le spectateur éprouve au théâtre. On serait dilFiis, long et ennuyeux, quand les choses se passent justement de la façon la plus simple, la plus rapide et la plus plaisante, quand tout se réduit en somme à une sérénade dont lieckmesser prétend, par amour, gratifier lîva, et qu'une série d'incidents, les uns prémédités, les autres fortuits, vient contrarier.
Le décor nous montre une sorte de croisement de rues, avec une maison de chaque côté; ;'i droite, celle de Pogner, en partie masquée par un épais tilleul qui se dresse près du seuil; à gauche, celli', heaucoup plus modeste, de Sachs. Tout s'y trouve, du reste, bien aménagé pour concourir à l'elTet d'épisodes qui, à ne considérer que la suite directe et logique du premier acte, ne sont pas d'une absolue nécessité, mais qui se déroulent et s'enchainent avec assez d'art pour occuper largement l'esprit et les yeux. C'est la troupe des apprentis qui, dans un gentil chœur empruntant son refrain à la ronde du premier acte, se moquent de David, au(iuel Madeleine tourne le dos parce qu'il lui apprend l'échec du candidat chanteur. C'est Pogner revenant de la promenade avec Éva et, dans un entretien dont la musique rend à merveille la douce familiarité, cherchant à l'intéresser au concours dont elle est le prix, pendant que la jeune lille écoute d'une oreille distraite et se préoccupe bien plus du rondez-vous qu'elle a donné cette nuit au chevalier Wallher. C'est Sachs s'inslallant chez lui à la besogne et essayant de travailler, tandis que les souvenirs de la séance, traduits par quelques réminiscences plus ou moins déguisées des motifs du premier acte, reviennent à sa pensée et troublent sou âme de poète. C'est Éva, fine et rusée, traversant la rue pour interroger le brave cordonnier et, sans lui avouer positivement le secret de son cœur, se faisant raconter avec complaisance l'insuccès douloureux du chevalier qu'elle aime. C'est Madeleine venant chercher sa maîtresse et lui confiant qu'une sérénade doit, cette nuit même, lui être donnée par un soupirant nouveau, lequel? Beckmesser, l'ennuyeux greffier. C'est ^Valther enfin, profitant des ténèbres pour se glisser dans ces parages et retrouver sa bien-aimée.
De cette première partie de l'acte se détachent deux adorables duos, l'un entre Éva et Sachs, l'autre entre la jeune fille et Wallher, ce dernier troublé, du reste, par le veilleur de nuit d'abord, qui arpente la scène en chantant une sorte de mélopée d'un caractère quelque peu étrange, mais expressif, par .Sachs lui-même ensuite qui, aux écoutes et comprenant qu'un eidévenient est imminent, tourne sa lampe du côté des jeunes gens et les menace ainsi d'un indiscret rayon. Sympathique figure que celle du vieux poète, resté jeune d'esprit et de cœur malgré les années, et qui, tout en prenant en main les intérêts de Walther et d'Eva, ne se résigne pas sans un serrement de cœur à ce rôle d'ami platonique et de confident désintéressé. Son entretien avec la jeune fille, maintenu à dessein dans les limites d'une causerie intime et familière, reste un chef-d'œuvre de poésie et de sentiment dont toutes les parties méritent une épithète louangeuse : telle au début l'admirable et trop
courte révurie de Sachs-, telle cette phrase caressante qui lentement se déroule, enserrant une grande p.-irlic du duo dans ses n^plis capricieux; telle cettemélodie (ju'îi l'appel de Madeleine dessine mystéri^uscnienl l'orchestre sur une pédab- syncopée de mi et .1 laciuelle, par une heureuse tqiposilion, succède b; rvthino piquant d'un g.ii pizzicato; tel enfin le motil si suave qui sur ces mots d'Éva : •■ Du calme! c'est le veilleur, « couronne le chaleureux duo des amoureux!
Mais il faut, bien à regret, tourner vite les feuillets de la partition, et, avec le nouveau personnage qui se présente, aborder la scène capitale du second acte, lîeckmesser, avons-nous dit, s'est promis d'essayer sur les oreilles de la fiancée qu'il convoite l'effet du morceau qu'il a préparé pour le concours du lendemain; un gêneur imprévu va troubler celte séance nocturne, et ce gêneur est Dans Sachs, qui, du premier coup, protège les amoureux et prend une revanche conlie l'irascible greffier qui linsultuit naguère. En elTet, a peine l'un a-t-il ouvert la bouche, que l'autre commence à frapper avec le marteau sur des formes de souliers, en s'accompagnant il'un gai refrain qu'il lance à pleine voix. « Comment, maître! Debout? Si tard dans la nuit! — Eh quoi! monsieur le greffier, vous veillez? Les souliers que vous m'avez commandés vous donnent-ils de l'inquiétude! Voyez, je m'en occupe; vous les aurez demain. » On devine la scène. BecUmesser ne se lasse pas de chanter. Sachs ne se lasse pas d'interrompre : duel sans pitié ni merci. Pour obtenir le silence, le premier prie le second de l'écouter au moins comme ferait un juge, de remplir vis-à-vis de lui les fonctions de « pointeur», c'est-à-dire de signaler au fur et à mesure les fautes, s'il en commet. Le cordonnier accepte; mais ce n'est plus av£c la craie qu'il marque les fautes, c'est avec son marteau, et chaqae fois le iiruit fait tressaillir le donneur de sérénades.
bientôt le malheureux se trouble; il perd la tête; il chante faux, et les coups de marteau redoublent, jusqu'au moment où les voisins commencent à ouvrir leurs fenêtres et à s'enquérir de tout ce bruit. C'est la bagarre, puis la foule se disperse dans tous les sens; la place reste vide; les petites rues, maintenant éclairées par la pleine lune, redeviennent silencieuses et solitaires. Le veilleur s'étonne bien un peu d'abord de ce brusque changement, de ce calme subit; mais il ne messied pas à la nature de son rôle d'arriver trop tard. II no voit plus rien, il n'entend plus rien, il s'éloigne donc en reprenant son nocturne et paisible refrain.
Les mots ne suffisent pas à rendre le prodigieux elfet de ce finale, et ceux qui jugent avec le seul souvenir des exécutions « figées » de notre solennelle Académie de musique, où l'on en vient aux mains avec une prudence et une lenteur dignes des meilleures compagnies, ne peuvent se faire une idée du mouvement, de l'entrain, de la variété des elTets, de la mise en œuvre de ce charivari désopilant. Le compositeur y manifeste d'ailleurs sa toute-puissance, et, question de procédés à part, on trouverait malaisément dans les modèles les plus admirés de la musique boulTe un ensemble de scènes d'un coloris plus frais, d'une gaieté plus fine, d'une verve plus franche et plus naturelle. Au milieu de la confusion générale, les personnages, sans qu'on sente l'eilort de l'auteur, gardent leur individualité propre. Quant aux motifs mélodiques, ils sont tous merveilleusement appropriés au cadre de l'action, au caractère des inter-
ESr.YCLOPÉDIE DE LA MrsrorE ET DICTIOX.WAIRE DU CO.VSERVATOIRE
prêtes; aussi bien l'archaïque sérénade de Beckmesser avec ses ports de voiï prétentieux, que la chanson de Sachs à l'allure populaire; aussi bien la gracieuse phrase instrumentale qui vient pour la première fois avec ces paroles du vieux maître : " J'aurai l'oreille à la musique, » et dont semble s'être souvenu Bizet en composant Carmen, que l'étincelante sonnerie finale de l'orchestre dont le carillon jette une note si amusante au milieu du brouhaha général. Tout autre que Wagner eût prolité même de ce lutll pour terminer l'acte et baisser le rideau. Mieux avisé, le poète a ramené sou veilleur de nuit de la façon la plus plaisante, et le musicien n'a pas montré moins d'ingéniosité en repoussant vers les profondeurs de l'orchestre tous les motifs du linale qui se pressent en quelque sorte comme autant de fuyards, se bousculent, et s'évanouissent pour faire place à im délicieux rappel du duo de Walther et d'Éva, simple bouffée d'amour qui traverse l'espace et monte au sein de la nuit.
Le troisième acte nous ramène à la comédie sérieuse et s'annonce par un sévère prélude où la chanson de Sachs se combine hardiment avec le sombre motif qui reparaîtra tout à l'heure pendant son monologue. Voici l'humble échoppe du cordonnier-poète. David, se figurant que le maître lui tenait rigueur à cause des aventures de la nuit dernière, est venu le trouver, el, se jetant à genoux, il implore un pardon qu'on n'a pas plus à lui accorder qu'à lui refuser. Une sorte de légende que fait réciter Sachs au jeune apprenti et une phrase très expressive de l'orchestre sous ces mots : » Merci, mon tils, » forment toute la part de l'inédit dans cette scène assez inutile, où, comme dans les suivantes, se montrant fort ménager de thèmes nouveaux, le compositeur se borne presque exclusivement à varier et à entremêler avec son adresse habituelle des motifs déjà connus.
Demeuré seul, Sachs s'abandonne à ses tristes rêveries : ce n'est plus le compère spirituel qui, la veille, s'amusait aux dépens d'un collègue; c'est le penseur qui rétléchit et connaît les amertumes de ce monde. Wallher l'interrompt au milieu de ses méditations, et les deux poètes se comprennent sans elfort. Walther a justement rêvé qu'eu un jardin merveilleux une femme belle et noble d'aspect l'invitait à cueillir les fruits précieux de l'arbre de la vie. " Le rêve, lui répond alors Sachs, le rêve est le fonds même sur lequel travaille le poète; développez-le d'après certaines règles propres à en rehausser la beauté, et vous obtenez l'œuvre d'art, n Puis, prenant texte de ce rêve, il fait au chevalier un vrai cours de poésie; il lui apprend à composer un chant de maîtrise et tient même la plume, tandis que l'amoureux dicte ses vers. Par sa facture symphonique, la scène, comme toujours, ne laisse rien à désirer; mais l'intérêt dramatique languit un peu avec la préparation trop minutieusement détaillée de ce morceau de chant que Walther va présenter encore, le jour même, au concours. Il y a là comme un double emploi, et l'auteur compromet presque, en l'escomptant à plaisir, l'effet obligé du grand ensemble qui termine l'ouvrage.
Un reproche analogue atteint la scène suivante, qui devait rester alerte el vive, tandis que le musicien l'a malheureusement alourdie, en exagérant les développements. Sachs elle chevalier se sont éloignés un instant pour revêtir leurs babils de fête, el Beckmesser a profité de cette absence pour survenir. Il porte un superbe costume, mais il boite el se tàte les reins
d'une façon qui ne laisse pas de doute sur les tristes résultais de son équipée nocturne. Apercevant les vers tracés tout à l'heure et laissés par mégarde sur la table, il les lit; il se figure naïvement que le cordonnier veut concourir et prétendre, lui aussi, à la main d'Eva. Son erreur n'est pas de longue durée. « Ces vers vous plaisent, dit Sachs rentiant dans son atelier, prenez-les! — J'en pourrai faire usage? — Tel usage qu'il vous plaira; mais prenez garde! ils sont malaisés à mettre en musique, el malaisés à chauler!... » Beckmesser, tout joyeux, se frotte les mains el part, croyant déjà tenir la victoire; mais voici une autre visite. Éva s'est doutée que le cordonnier avait travaillé, la nuit dernière, avec la seule pensée de favoriser ses amours. Saluée à son entrée par une mélodie caressante et langoureuse, elle vient soidisant pour faire ajuster ses souliers, en réalité pour serrer la main de son protecteur et aussi pour retrouver son amoureux. Déjà Wallher est près d'elle, et, en son honneur, il improvise celte fois des variantes et des retouches si heureuses que Sachs à son tour applaudit à la science de son jeune ami. 11 célèbre hautement l'œuvre d'art nouvelle qui vient de naître; il en sera le parrain, Eva en sera la marraine; David et Madeleine, qui se présentent en beaux habits de fêle, serviront de témoins, et, mus par un même sentiment d'espérance et de foi, ils confondent leurs voix dans un quintette d'une sérénité grandiose, mais dont la coupe italienne ne laisse pas que de surprendre un peu l'auditeur. ^Yagne^ n'a, du reste, jamais répudié complètement certaines formules mélodiques anciennes, et dans un ouvrage postérieur, au troisième acte du Girttenlmiunenmg , nous en retrouvons un exemple curieux et aussi typique. Tout à coup une sonnerie joyeuse de trompettes se fait entendre, et un changement de décor nous transporte aux environs de IV'uremberg, dans une prairie, sur les bords de la Pegnitz; c'est jour de concours, c'est fête populaire. Les représenlanls des corporations arrivent, chantant à l'envi les louanges de leurs patrons sur un mode d'une gravité un peu prud'hommesque, que fait spirituellement ressortir l'accompagnement malicieux de l'orchestre. Pendant que les bourgeois s'attablent avec leurs femmes, apprentis et paysannes dansent une valse; non pus la valse banab' et obligée de tout ballet, mais une de ces valses allemandes où la délicatesse de l'harmonie le dispute à l'originalité du rythme; les gais refrains se fondent en un choral imposant que la foule entonne en voyant les maîtres chanteurs faire leur entrée solennelle : page de grandes proportions, pleine de magnificence et d'éclat, suTlisanl bien à prouver que si dans ses dernières œuvres Wagner s'interdisait souvent l'usage des chœurs, ce n'était pas par impuissance, c'était par raison, et pour obéir à des règles d'es- Ihêtique pure dont plus que tout autre il était bon juge.
A cette manifestation enthousiaste, Hans Sachs, l'honneur de Nuremberg, Hans Sachs, le favori du peufile, répond par une allocution de circonstance où il rappelle, avec force compliments à chacun, l'objet de la réunion présente et la valeur du prix proposé. Quel concurrent se présente le premier'.' Beckmesser. Il est ému, il craint de manquer de mémoire, et les ricanements peu déguisés de l'auditoire ne le rassurent qu'à demi. La poésie qu'il déclame est celle qu'il tient de Sachs, lequel l'avait écrite sous la dictée de Wallher; mais la musique est de lui et ne sied guère aux paroles qu'elle accompagne. De plus, il s'est avisé-
JIISTO/nË DE LA MIJSIQVE
ALLEMAGNE IIM
lie rhaiij^er par jilaccs la prosoilii- el n'a réussi qu'à niodilicr le sens de la façon la plus absurde. Alors il se trouble, il s'embrouille, il dit des mots pour d'autres.
Tout d'abord on se demande si le chanteur a perdu la raison, on croit à une farce i\c mauvais gortl; bientôt on ciii' au scandale, on se fàclie. Pour calmer la tempi'le, lîecUinesscr, conspué el fou de ra;;e, trouve ingénieux de ini'lhe en cause l'iionnéle Saclis, en le dénonçant comme le véritable auteur de ce chant ridicule. Mal lui eu prend. <> Ce cliant est très beau, riposte le niaitre, liop beau même pour que je l'aie composé! » tl, comme la foule s'élonue el demeure incrédule, il ajoute : « Seulement il a clé mal interprété; il a subi des variantes qui en allèrent le sens; il n'était pas soutenu par la musique qui lui convenait. Or, dans cette assemblée un homme peut ténioiiiner que je dis la vérité : que Wallber île -Slol/.ing chante ce morceau, el vous veirez si je vous tiompe! »
L'épreuve réussit à souhait. Walther rétablit le texte primitif; puis, se livrant à son inspiration, il s'en écarte peu à peu pour lui donner plus de relief rncore, plus de puissance et plus de charme. Cette fois, c'est un véritable chef-d'œuvre, complet en ses parties, que l'auteur présente au.x suffraf-'es de l'assemblée, et par acclamation le pri.t lui est décerne. Éva, tout émue, a mis sur le front du vniur|ueur la couronne de myrte et de laurier, el les deu.\ jeunes yens tombent aux genou.\ de Pogiier, qui les bénit. Sachs dit le mot de la lin en prenant texte de ce qui vient de se passer sous les yeux de la foule, pour célébrer par un discours patriotique la grandeur de l'art allemand, el le peuple fait une ovation au maître cordonnier, eimenii de la routine et protecteur des amoureux. Amusante, mouvementée, bien conduite, si l'on veut oublier que leflet de ce morceau de concours autour duquel tout pivoLe a été, comme nous l'avons dit, quelque peu escompté, cette grande scène explique le drame et le termine dignement.
Peut-être pourrait-on reprocher à l'auteur d'avoir fait commettre à Beckmesser, un niais sans doute, mais après tout un maître en son art, une erreur trop grossière, el d'avoir exagéré à plaisir le côté grotesque du personnage. Par contre, les autres rôles restent jusqu'à la lin délicatement el noblement tracés : Éva, la jeune lille ingénue et malicieuse; David, l'apprenti bavard el gai; Pogner, le bourgeois bon enfant, mais un peu solennel; Hans Sachs surtout, l'homme honnête el simple, qui met au service de l'amitié un cieur généreux et chaud, qui se défend contre ses ennemis avec un esprit ironique et souple, le poète national enfin qui respecte la tradition, mais qui veut aussi croire en l'avenir. Sa figure ressort au premier plan si intéressante, si sympathique, qu'elle nuit presque au héros, à AVallher de Slol/.ing, le poète inconscient, le rêveur élégiaque des nuits d'été, le novateur en qui plusieurs, se prévalant du rapport euphonique des deux noms, ont voulu voir Wagner lui-même.
Mais c'est le propre des ouvrages aussi étudiés, aussi fouillés que celui-ci, de faire croire aux énigmes et d'exciter la verve des commentateurs. On a dit, par exemple, que les Mallra chanteurs étaient la contre-partie comique de Tann)ipruser. Contre-partie n'est pas le mot juste. \Valther, comme Wolfram, symbolise l'art dans son acception la plus haute. Seulement, tandis que Tannhieuser en restreint les manifestations à la peinture de la passion brutale et sans frein, Beckmesser l'emprisonne dans des for-
mides pédanlesqucs el surannées. Idéalisation d'um' part, émancipation de l'autre; voilà le double but l'oursnivi par b; poêle en écrivant ces deux leuvres, qui, loin de s'opposer, se complètent l'une l'autre et gardent ime certaine analogie, en dépit de la dillërence du cadre, du ton, de la pliysiononiii; des personnages.
Aussi bien, ne l'oublions pas, si Wagner veut que l'artiste suit libie, il ne ronfond pas la liberté avec la licence. Il sait que le succès s'achète au prix d'un travail acharné el d'une connaissance ap|irofondie de toutes les ressouices du métier; il lient donc à ce que son héros n'obtienne la récompense qu'après s'être soumis aux règles el en avoir fait son profit. C'est cette gymiL-kslique préliminaire, c'est cette forte discipline inlellectuelle qu'il recommande hautement par la bouche du vieux Sachs, lorsqu'il lui fait dire à Walther : i< Ce que l'instinct ébauche, l'art le complète, » comme il avait dit lui-même quelques années auparavant en rappelant les travaux que lui imposait son maître de contre-point : i< Il m'avait fortilié, non pour écrire des fugues, mais pour avoir ce qu'on n'acquiert que par un sévère exercice, l'indépendance el la sûreté. »
Constatons, en lerminant, que le public accueillit chaleureusement les Muilrcs clKinUiirs. lors de la première représentation à Munich, le 21 juin 1808.
Assis dans la loge royale, Wagner, plus encore qu'après Trhtaii, dut goûter, avec une ùpre volupté, les nianil'eslations llatteuses dont il était l'objet. Protégé par un souverain, il entrevit en ce jour comme possible la réalisation du rêve qui l'obsédait, l'éclosion de cette Trlmloijie que, selon sa propie expression, i. il portait dans sa tête depuis si longtemps ", de cet opéra allemand qui << correspondait au génie allemand comme la tragédie grecque correspondait au génie grec », de cette œuvre enfin qui devait asseoir définitivement sa renommée. L'heure avait sonné en elfet où toute audace lui devenait permise : il pouvait d'un bras ferme et sûr achever de forger VAiincau du Xibelung et s'offrir la géniale diversion de Tristan et Iseull.
Tristan et Isenit.
Munich, 10 juin 1SG5.
Nous sommes pleinement renseignés sur les origines de Tristan et Isciilt, par l'excellent résumé de Hugues Imberl et aussi par la documenlalion direcle.
Le 15 septembre 1860, Richard Wagner adressait à M. Frédéric Villol, conservateur des musées de peinture au Louvre, la Lettre sur la musique qui servit de préface au volume ayant pour titre : Quatre Poèmes d'opéras, et qui contenait, traduits en prose française, le Vaisseau fantôme, Tannhseiiser, Lokengrin, Tristan et Iseult. Après avoir exposé dans cette lettre que ses conclusions les plus hardies sur le drame musical ne s'imposèrent à lui que lorsqu'il écrivit les NihehuKjcn el que, dans les trois premiers poèmes, le Vaisseau fantôme, Tannhaeuser el Lohengrin. l'application de son système (si système il y a) n'est que fort hésitante, Wagner ajoute qu'il en est tout autrement pour le drame de Tristan et Iseult, qui fui conçu à l'époque de l'achèvenienl des yibelungen.
« Je conçus et j'achevai Tristan et Iseult lorsque j'avais déjà complètement fait la musique d'une 1res grande partie de ma tétralogie des ?\ibelungen. Ce qui m'amena à interrompre ce grand travail, ce fut
Il^î't
EXCYCLOPÉniE DE LA MVSIQUE ET DFCTIO.VXAIHE DV CO\SERVATOIRE
le désir de donner un ouvrage de proporlioiis plus modestes et de moindres exigences scéniques, plus facile par conséquent à exécuter et à représenter; et ce désir naquit en moi d'abord du besoin d'entendre encore, après un si long intervalle, de ma musique, puis des rapports encourageants que je recevais de l'exécution de mes anciens opéras en Allemagne, rapports qui me réconciliaient avec la scène et me rendaient l'espoir de voir ce désir encore une fois accompli. Maintenant on peut apprécier cet ouvrage d'après les lois les plus rigoureuses qui découlent de mes affirmations théoriques, ^on pas qu'il ait été modelé sur mon système, car j'avais alors oublié absolument toute théorie; ici, au contraire, je me niouvais avec la plus entière liberté, la plus complète indépendance de toute préoccupation théorique, et, pendant la composition, je sentais de combien mon essor dépassait même les limites de mon système. Croyez-moi, il n'y a pas de félicité supérieure à" cette parfaite spontanéité de l'artiste dans la créalion, et je l'ai connue, cette spontanéité, en composant mon Tristan. Peut-être la devais-je à la force acquise dans la période de réflexion qui avait précédé. C'était à peu près une image de ce qu'avait fait mon mailre, en m'apprenant les artifices les plus difficiles du contrepoint : il m'avait fortifié, disaitil, non pour écrire des fugues, mais pour avoir ce qu'on n'acquiert que par un sévère exercice : l'indépendance et la sûreté. »
lit dans un autre passage : « Tous mes doutess 'étaient enfin dissipés, lorsque je me mis à mon Trhlait. Je me plongeai ici avec une entière confiance dans les profondeurs de l'àme, de ses mystères, et de ce centre intime du monde, je vis s'épanouir sa forme extérieure. »
Au mois d'octobre 18b4 liichard Wagner écrivait à Franz l.iszt qu'il voulait élever un véritaljle monument à l'amour en composant Tristan et heult. i< Sous le pavillon noir qui Hotte à la fin, disait-il, je m'ensevelirai ensuite pour mourir. )>
En efîet, ce sont les droits de l'amour que revendique la légende d'amour de Tristan et heult. La base est une ancienne chronique celtique; le cycle des llomans de la Table Ronde vient faire pendant au cycle des Chansons de geste, double courant littéraire qui nous a donné, en France, d'un côté la Clumson de Roland, les Quatre Fils Aymun, Renaud de Montanban, Garin le Loherain, — et de l'autre, sous l'inlluence du génie gallois, Lancelot du Lac, la i<Ve Viviane, Merlin l'enchanteur, Artur, Tristan et heult.
Ce caractère d'amour et aussi de fatalité , Ernest llever l'a fait nettement ressortir dans la très belle analyse du premier acte de Tristan, qu'il a publiée dans le Journal des Débats en mars 188i après l'exécution au concert Lamoureux. 11 commence par y rappeler la remarque analogue de M. KdouardSchuié dans Opéra et Comédie : « La fatalité de l'amour avait déjà présidé à la naissance de Tristan. La destinée de son père et de sa mère fut l'image de la sienne, un jour radieux qui finit dans un sombre orage. Blanchefleur, sœur du roi Marck, aima Hivalin, chevalier breton venu à la cour de Cornouailles et qui mourut peu après. Pour cacher le fruit de ses amours secrètes, elle dut s'enfuir en Bretagne, dans le château de son ami défunt. C'est là que Blanchefieur, délaissée, protégée seulement par un serviteur fidèle de Uivaliii, mit au monde le fils de son désir et de sa douleur. Elle le nomma Tristan et rendit le dernier soupir en lui donnant le jour. L'orphelin grandit
dans la maison de son père, sous la garde du bon Kurwenal. » Dans le roman de Luc de Caste, écrit au XM« siècle et où l'on trouve les premières traces de la légende celtique de Tristan et heult, le bon serviteur s'appelle Gouvernail, ce qui indique clairement sa fonction. Dans l'épopée chevaleresque de Gottfricd de Strasbourg , tirée du roman en prose normande de Luc de Caste, Gouvernail devient Kurwenal et n'en reste pas moins un serviteur dévoué, un écuyer fidèle. Il accompagne son mailre dans ses courses aventureuses et sait à l'occasion l'égayer par quelque chanson.
Marold s'en va, brnvant Igs flots.
Soumettre l'Angleterre.
Une île flotte -in sein dos eaux.
C'est là qu'il gît en terre.
Sa bête, l'on on fit présent A celle qui pleure l'absent.
Gloire au héros Tristan,
Le vainqueur du Forban.
C'est ainsi que Tristan rompit d'un coup de sa formidable épèe le servage qui rendait le pays des Cornouailles tributaire du royaume d'Irlande. Tous les ans, Marold, le neveu du roi et le fiancé d'Iseult, venait exiger le tribut. Tristan le tua en combat singulier et envoya sa tête à Iseult. Puis, toujours poussé par son humeur aventureuse, il monta sur une misérable barque de pèche qui vint s'échouer sur la côte d'Irlande. Ce fut Iseult elle-même qui le recueillit et pansa sa blessure; Marold, avant de mourir, avait vaillamment combattu. Tristan, pour ne pas être reconnu, se présenta à Iseult sous le nom de Tantris. Mais elle s'aperçoit un jour que l'épée du chevalier est ébréchée et que le fragment d'acier dont l'arme est privée est précisément celui qu'elle a retrouvé dans le crâne de Marold. Iseult saisit l'épée pour en frapper le meurtrier : mais celui-ci la regarde avec des yeux si suppliants et si doux que, fascinée et vaincue, elle laisse l'arme s'échapper de ses mains.
Tristan, guéri par les soins d'Iseult, quitte l'Irlande et revient à la cour de son oncle, auquel il fait un portrait des plus séduisants de la beauté d'Iseult. Le pauvre chevalier a rapporté de son voyage une blessure bien plus dangereuse que celle que lui avait faite Marold lors de son dernier combat. A force de vanter sa bien-aimée, il finit par éveiller chez le roi son oncle le désir de l'épouser. El, avec une abnégation qui s'explique chez un chevalier un peu errant, Tristan s'olfre lui-même à aller demander à Iseult s'il ne lui plairait point de venir s'asseoir à côté de l'oncle Marko sur le trône de Cornouailles. Il part. Iseult, quoique très désagréablement surprise d'abord, accepte la proposition de Tristan. El les voilà tous deux, elle accompagnée de sa fidèle servante Brangaine, Brangolne ou Brangienne, lui de son fidèle serviteur Kurwenal, voguant vers les côtes d'Angleterre, sur un navire où une tente « formée de riches draperies » a été installée pour Iseult.
C'est ici que le drame commence, mais il vil tout entier des événements que vient de rappeler Ernest Ueyer. Un matelot perché dans les vergues chante un refrain d'amour. « Qui me raille et m'outrage? » s'écrie tout à coup Iseult, (jui croit voir dans la chanson du mousse une allusion à l'état de son propre cunir. Elle se répand d'abord en invectives et en imprécalions contre le meurtrier de son fiancé par qui, à son tour, elle s'est laissé vaincre; puis, passant de la colère à un sentiment plus dou.T, elle
IIISror/tE DE LA MIS/QUE
demande à voir Tristan. Celui-ci, cr.'ii;,'iiaitt (jue l'éclat (les beaux yeux d'Iseult ne lui lasso trahir la conllaiice île son oncle, refuse d'obéir à l'invilution que lui porte Uraufiaine de la part do sa mallresso. (îrand courroux d'Iseult, qui dans le paroxysme de la colère, se met à raconter à Biangaiiie, et par le menu, son aventure avec Frislan et comment elle l'a recueilli, comment elle l'a f^uéri, comment, j^ràcc ,'i sa complicité, il a pu quitter rirlainlc, où on voulait le retenir prisonnier. C'est pour payer sa dette de reconnaissance, c'est pour reconnaître tant de bienfaits reçus, qu'il a coniu l'idée de la faire entrer dans la couche ilu vieux roi de Cornouailles, de son oncle .Marke, elle qui aurait tant voulu être aimée. Aimée de l'rislan, sans doute, pense lîrangaine. Kt alors, rapiielanl à Iseult que sa mère lui a coiilié en mourant une cassette pleine de philtres maj^iques, elle va chercher le coffret et y choisit la liole contenant l'élixir d'amour. « Ce n'est pas celui-là que je veux, s'écrie Iseult, c'est le breuvage de mort! »
Mandé de nouveau auprès de sa future souveraine Tristan se décide enfin à venir. Et, prenant sans hésiter la coupe que lui tend Iseult, il la porte à ses lèvres en disant : « Heine, je connais la puissance de votre art : vos baumes jadis ont guéri ma blessure; que ce breuvage maintenant guérisse mon âme! " Avant qu'il ait achevé de boire la liqueur mortelle, Iseult lui arrache la coupe des mains : " A moi ma part, s'écrie-t-elle, à moi le resle! » Et, ayant vidé la l'oupe empoisonnée, elle la jette aux pieds de TrisUiEi. Les voilà seuls en face l'un de l'autre, inimobiles, muets, frissonnants et comme s'ils cherchaient les ardeurs de l'amour en attendant les spasmes de la mort. La mort est lente à venir, mais un trouble les agite, le trouble des sens qui brûle leurs lèvres et •Millamme leurs regards. Ils tombent dans les bras l'un de l'autre... Brangaine survient, Kurwenal lasuit, annonçant que le navire a touché terre et qu'on aperçoit non loin du rivage le roi .Marke suivi d'un cortège brillant.
« Quel breuvage m'as-tu donné? demande Iseult à sa confidente, pendant que celle-ci lui pose la couronne sur le front et lui jette sur les épaules le manteau royal. — Le breuvage d'amour, » répond Brangaine, feignant de déplorer son erreur. Alors, se tournant vers Tristan : « Faut-il vivre? » lui dil-elle. Et elle glisse inanimée dans les bras de ses suivantes, sans que les vivats qui saluent le roi de Cornouailles puissent la faire revenir de son évanouissement. C'est sur ce tableau émouvant que la toile tombe.
Le deuxième acte se passe au château royal de Marke, en Cornouailles. Jardins plantés de grands arbres devant la demeure d'Iseult, qu'on voit sur l'un «les côtés du théâtre et où l'on accède par un perron. Nuit d'été limpide et splendide. Près de la porte ouverte, une torche allumée. On entend des fanfares de chasse. Brangaine, sur les degrés, prête l'oreille au bruit des chasseurs, de plus en plus éloigné Elle regarde avec anxiété la porte où, tout à coup, parait Iseult. Celle-ci sort de sa demeure, dans une grande agitation, et s'approche de Brangaine qui lui expose ses craintes. Elle favorise les rendez-vous nocturnes de Tristan et de la reine adultère, mais elle redoute celui qui, lors du débarquement, « fixait Tristan sans relâche, méchant et sournois », le traître Melot. Iseult n'en éteint pas moins la torche allumée près de la porte. C'est le signal qui doit appeler Tristan : « La torche, — Fiit-elle le feu de ma vie,— Joyeuse,— Je l'éloulTe sans trembler. "
Les deux amnnis s'embrassent avec transport, et c'est alors un sublime duo en paroles entrecoupées :