Traduction Alfred Ernst
EXCVCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONXAIRE DU COSSERVATOIIiE
se promet de l'associer indirectement à ses projets. Il l'invite à manier les outils du forgeron; il lui parle d'exploits à accomplir, d'un dra^'on à vaincre qui lui enseignera la peur. « Quel est ce mol? demande Siegfried avec un tranquille étonnement. — ISe l'as-tu pas sentie, la peur, aux bois obscurs, quand meurt le jour?... N'as-tu pas senti frémir en ton corps l'épouvante? — Quel eli'et drôle ça doit faire! répond le héros. Ferme et fort bat, tranquille, mon cœur! »
Saisissant les fragments du glaive, il repousse llime violemment : « L'acier du père doit m'obéir. Je vais faire l'épée. » Mime le suit du coin de l'œil et combine une ruse infernale, le plan qui lui livrera les trésors de Fafner. Siegfried tuera le dragon; mais lorsque, après la victoire, altéré par le combat, l'enfant voudra boire, Mime lui donnera un breuvage empoisonné et s'emparera à la fois de l'épée et de l'anneau. Cependant Siegfried, qui a réduit en poudre les fragments du glaive, les reforge avec une triomphante ardeur. Il chante, il pousse des clameurs joyeuses : « Ho — Lo! Hol — Lo! — Ho — Léi! >> Il s'égaye des jets d'étincelle, il brandit l'épée et la plonge dans l'eau, il rit au bruit de l'acier qui refroidit; pendant que Mime cuisine le poison, il travaille au petit marteau, lime et affile la lame, aplatit les rivets de la garde et brandit l'épée...
Glaive brisé, Entier le voici!
Nul coup ne doit Jamais te rompre!...
Nolhung, Nolhung I Glaive rêvé, La vie en toi se réveille.
Fer mort, tu gisais rompu.
Rayonne, terrible et sacré !
Il laisse retomber « Détresse » sur l'enclume qui se brise en deux, tandis que Mime tombe assis à terre, en proie à la terreur.
Le deuxième acte représente une forêt. Au fond on aperçoit la caverne oi'i le dragon Fafner a établi sa résidence. Alberich et Wotan s'entretiennent de leurs querelles passées, le Voyageur avertit Albelich que Mime et Siegfried vont venir pour la conquête de l'ainieau. Fafner pourrait sauver sa vie s'il livrait le talisman, mais, réveillé de son lourd sommeil, le monstre refuse : " Je dors et je tiens. Qu'on me laisse. » Wotan éclate de rire : " Toute chose suit la loi. — Ces lois, nul ne les change. )> Puis il s'enfonce dans la forèl, tandis qu'Alberich se replonge dans une rêverie haineuse où il évoque la mort des dieux.
L'aube parait. Tandis que des entrailles de la terre sortie rontlement du dragon, paraissent Mime et Siegfried. Le héros porte l'épée pendue à une ceinture de corde. Mime lui explique de quelle façon il doit attaquer le monstre : ollrir la lutte de tlanc pour esquiver la bave brillante, puis plonger le glaive dans le cœur. Resté seul, Siegfried s'étend sous un tilleul et, bercé par le vague murmure de la forêt, se laisse, pour la première fois, absorber par une profonde mélancolie. Il pense à Sieglinde : « Naissant, j'ai fait sa jieiiie. — Pourquoi donc sa mort aussi? — Esl-ce qu'ainsi les mères, — A nos naissances, — Meurent toujours? » Pour se distraire, il taille des pipeaux et s'amuse, comme un enfant, à en tirer des sons incertains. Puis, se rappelant tout à coup la formidable rencontre, il prend son cor, sonne une fanfare joyeuse et réveille le dragon. Fafner, dont « la croupe se recourbe en re-
plis tortueux » comme dans le récit de Théramène, monte en se traînant vers la plate-furme. Siegfried raille le colossal saurien : » Mon chant m'a valu quelque chose d'aimable. Tu fais un joli compagnon I »
La lutte est courle. Siegfried, l'intrépide, s'approche du monstre et lui perce le cœur. Il regarde alors curieusement l'animal informe agiter dans le vide ses mâchoires impuissantes, gémir en s'élonnant de la mort, lui qui se croyait invincible, et expirer dans une suprême convulsion. Il est le maître désormais; il a porté à ses lèvres sa main louge de sang, et le voilà qui comprend le langage des oiseaux. L'un d'eux lui parle : " Siegfried possède à présent le trésor; il n'a plus qu'à ravir le heaume et l'anneau. » Il écoule le conseil et se glisse dans l'antre de la victime.
Alberich et Mime, les deux frères, s'avancent en rampant et déjà se disputent, comme autrefois les géants, les dépouilles qu'ils croient tenir. Mais Siegfried reparait avec le heaume enchanté et l'anneau fatidique. Alberich se retire prudemment dans une crevasse; d'ailleurs ne sait-il pas, par Wotan lui-même, que tout ce qui doit s'accomplir s'accomplira? II II faudra bien qu'à son vrai maître l'or retombe. » Mime reste en scène. Siegfried considère sa prise en réfléchissant. Que vaut-elle? Il ne le sait. Il fixe le talisman à sa ceinture et passe l'anneau à son doigt. Mais de nouveau il enlend la voix de l'oiseau avertisseur : « Qu'il craigne Mime, le gnome pervers. » Siegfried a compris, et d'ailleurs voici que, malgré lui. Mime passe des paroles doucereuses à la menace grossière, après avoir versé le poison dans une corne à boire :
Ça, mon 'Woelsung, Fils de loup.
Bois, absorbe la mort.
C'est ton dernier glouglou!
Siegfried, écœuré, pousse brusquement la pointe contre le nain, qui tombe mort et dont il jette le cadavre dans l'antre de Fafner : « Sous la terre, là, — Gis près de l'or. — Ton âpre ruse — Pensait le ravir. — Qu'il fasse tes chères délices! » Puis il précipite dans le même abîme le corps du dragon.
Le drame retourne alors à l'idylle, et Siegfried reprend le colloque avec son ami l'oiseau :
Rechanle, voix si douce.
Après un long
Et rude effort ,
Tels accents me sont un oharme,
.\ux ramures, <.ii?elet.
Tu te berces.
Tout babillants, tout gais,
Frères, sœurettes.
T'entourent d'un vol caressant.
Mais moi, je suis tout seul.
Ni sœurettes, ni frères.
Et mon père est mort,
Ma mère aussi :
Jamais je ne les vis.
L'oiseau lui révèle qu'au roc allier dort l'épouse sans prix, dans une enceinte de feu. lîrunehilde est à lui, s'il la réveille en passant le brasier : » De Brunehilde conquise — Doit voir l'éveil, — L'n lâche jamais — Seul qui de Peur n'est instruit. »
Déjà le cœur de Siegfried s'enllamine; il aspire à de nouveaux exploits et se laisse conduire q\\ sa destinée l'appelle, tandis que, sautant de branche en branche, son guide ailé lui montre le chemin.
Troisième acte. Un site sauvage nu pied d'un roc qui monle à pic, au fond, vers la gauche. C'est la
lUSTOIIti; DE LA MVSlQl'E
ALLEMAGNE H'.l
nuit. Orage et leinpt'te : éclairs et f,'roiideiiii'iils de tonnerre. Tout se calme peu ù peu, mais les éi:lairs t'ontinuent il sillonner les nnaj^es. Liitrc le Voya- ;^eur. Il s'avance avec résolution vers l'entrée il'unc fjrolte ouverte dans un rocher, sur le devant du théâtre. Il s'appuie sur sa lance pour évoijner Krda, la prophélesse. Il la fait sortir du fond d'.- l'éternité moins pour l'interrofier (]ue pour lui apprendre que les temps sont arrivés et que la ;;énération nouvelle, issue de ses enfants, va clian;,'or la face du monde. I.ui-mèiue il n'aspire plus qu'à l'abdication et au repos :
Coller lin divine
Poinl ne iii'ulTrayo.
Mou désir y Icnd.
Ce qu'en la lui le
Aux in,iux farouehes
Mon cœur brisé résolut, >
Fier el libre,
Mon vouloir s'y complail I
Si j'ai voué, dans mara^îc.
Au Nibelun^' haineux l'Univers,
Au Wœlsuu^ sublime
J'ai tout Iéï,'ué désormais.
Moi qui l'ai choisi,
Je lui reste inconnu.
Le plus lier jeune homme.
Par sa seule force,
ConquiUUi Nibelun;; l'anneau.
Plein d'amour.
Libre de haine,
Il rend l'anathéme
D'Alberich vain :
Lui reste sans peur!
Notre noble enfanl.
Brunehilde, s'éveille
Aux tendresses du Kort.
Brunehilde va, sachante.
Accomplir l'exploit
Rédempteur du monde.
Cependant ce que prévoit \\ otan, ce qu'il désire même, il essayera encore de l'empêcher. Face à face avec Siegfried, il clierche à le détourner de ses projets. Le jeune héros répond avec colère, rien ne peut l'arrêter, l'heure du crépuscule a sonné pour les dieux, et Nothun^ brise avec fracas la lance du vieillard, l'épieu sacré. Wolau cède au destin et disparait. Le dieu vaincu cède à l'homme triomphant. 11 ramasse les débris de sa lance et remonte au Walhall, où, muet et grave, sur son trône, il attendra la lin.
Guidé par l'oiseau, Siegfried gravit I enceinte des rochers et franchit la mer de feu. Les fumées se changent en vapeurs légères. On ne voit plus que le ciel clair et bleu, avec le sommet du rocher à présent découvert. C'est exactement le décor du troisième acte de la.W'alkyiie. — Au premier plan, à l'ombre du grand sapin, est couchée Brunehilde dans son armure étincelante, le casque en tète, son long bouclier couvrant son corps, profondément endormie. Siegfried, monté par l'autre pente, arrive, au fond, près de la saillie qui borde le sommet du roc. On ne voit, d'abord, que sou buste au-dessus de la crête. 11 regarde autour de lui, d'un œil surpris, puis s'approche de Brunehilde, dénoue le heaume et l'enlève. Les longs cheveux de laNValkyrie se dénouent. Siegfried reconnaît une femme. Oppressé d'angoisse, presque tendrement, il pose ses lèvres sur celles de la vierge guerrière. Lentement elle se redresse. Avec des gestes solennels, les bras li^vés, elle chante un hymne à la lumière : « Gloire à l'astre, — Gloire au ciel, — Gloire, flamme du jour... Quel est le fort qui m'éveilla? »
Siegfried se nomme. Comme au sortir d'un rêve, les deux jeunes gens se regardent et s'interrogent anxieu-
sement. Des frissons inconnus les agitent; une; ardirur croissante les (•inbrase, et, tout en se scnlaut vaincue, la (ière WalUyrie ne peut se résoudre à avouer sa défaite : " 0 Siegfried, s'écrie-t-elle, pur héros, trésor du jour, joie de la ti-rre, laisse, oh! laisse-moi!
L'onile «an» doute a miré te» traits.
Mais si la main
A celle imde a louché,
Itidanl le miroir
Si pur du couranl.
L'image a disparu,
S'eiïacant au trouble de l'eau !
Ne m'effleuri* donc pas,
Lais^e-nioi pure!
Douce sans lin.
Doit sourire en moi
Ta claire ima^'e.
Gai et jeune héros!
o Siegfried !
Fier adolescent!
Aime- toi
Et laisse-moi.
Ne lue point ton propre amour! >■
Mais l'amour doit triompher. Les voix de Siegfried et de Brunehilde se coulondent comme les cœurs. La vierge guerrière s'abandonne avec joie au jeune vainqueur, à « l'enfant magnilique ». Périsse le WalhuU! nue tombe en poudre le lier palais!
Brisez, ô Norncs, Le hl sacré !
Soir des dieux, Du gouffre surgis !
Nuit du néant.
Submerge tout!
Pour moi l'étoile en feu De Siegfried luit !
On voit avec quelle puissance el quel charme le poète a dessiné le personnage de Siegfried. M. Pierre Lalo exalte avec raison le jeune héros qui vit en communion avec les êtres et les choses. « La forêt est sa demeure, el les bêles qui l'habitent sont ses amies. Il jouit profondément de la douceur de l'air, de la beauté des cieux, du chant des oiseaux, du murmure des arbres et du vent; il jouit, par-dessus tout, de sa jeunesse exubérante et de ses forces neuves. Siegfried ne s'émeut ni devant l'obscurité sinistre ni devant la bêle géante; plus tard, ni la lance de \Votan ni le feu magique qui flamboie autour de Brunehilde ne le feront hésiter un moment. Sa vie s'élai'i-'it avec une spontanéité maiinifiquement harmonieuse. 11 est tout instinct et tout élan. Il va naturellement vers le combat et vers l'amour, parce que c'est la loi de tout être jeune, agissant dans la plénitude de son énergie, d'employer sa force et d'aimer. »
Cette juvénilité superbe, nous la retrouvons dans la partition. 11 faut l'admirer d'ensemble comme l'admirait Ernest Reyer, si proche de Sief/fried par Sigurd : « D'un bout à l'autre de l'ouvrage, ce sont des sensations et des surprises sans cesse renouvelées, l'attention toujours tenue en éveil par ces phrases typiques qui courent dans l'orchestre, se croisent, s'enchevêtrent, se superposent, empruntant toujours une nouvelle physionomie à quelque rythme, à quelque dessin nouveau. Et quelle richesse d'harmonie, quelle merveilleuse entente des sonorités dans cet orchestre dont la trame louli'ue n'altère pas un instant la lumineuse clarté! » Et le commentateur si particulièrement autorisé cite les pages capitales : <( La scène dans laquelle Siegfried altise le feu et forge l'épée, les murmures de la forêt et tout le dialogue entre Siegfried et l'oiseau; l'évocation d'Erda, l'arrivée de Siegfried, toute la scène qui se déroule entre lui et le voyageur, et enfin le réveil de la Wal-
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kyrie, tableau émouvant et superbe, s'eucliaînant au duo d'amour. »
N'oublioiià pas, pour compléter ce panorama musical, de signaler les deux admirables motifs de répée et de la victoire qui dominent tout cet épisode de la forge, dont au théâtre seulement on peut apprécier toute la magnificence. Comment qualifier la prestigieuse souplesse d'un orchestre toujours coloré, agile, vivant, qui pas à pas conduit l'action et, se faisant lui-même acteur, peine avec Siegfried lorsque le héros agite le lourd souffiet de forge, lance une gerbe d'étincelles sonores à chaque coup de marteau, crépite, siflle et bouillonne? Il y a là plus et mieux qu'un tour de force inslrumeulal. Siegfried n'est pas un forgeron vulgaire; c'est un demi-dieu qui s'ignorait tout à l'heure et dont la transfiguration s'opère sous nos yeux jusqu'au moment où, brandissant i'épée reforgée, il la laisse retomber avec un cri de triomphe sur l'enclume, que le choc brise en deux. Par le caractère original de la mélodie, par la fougue entraînante de l'accompagnement, par les savantes progressions de la sonorité, Wagner a rendu l'illusion possible, et son inspiration est d'une trempe aussi rare que I'épée de Siegfried : aucune banalité n'en a émoussé le tranchant.
Délicieux l'épisode idyllique du deuxième acte. Wagner excelle à reproduire les bruits de la nature. La brise qui caresse les arbres de la forêt, le ruisseau qui murmure on glissant sur son lit de cailloux, le feu qui s'allume et crépite, toutes ces voix mystérieuses lui confient leur secret. Il les comprend en poète, puis les reproduit en peintre, et si le contour mélodique n'est l'as toujours très net, les grandes lignes de l'ensemble sont tracées d'une main ferme^ le jeu des crescendo et des diminuendo est conduit avec un perpétuel souci des oppositions, et la disposition des timbres, le choix des sonorités, finissent à donner au tableau un coloris parfait. Ainsi, quand Siegfried a porté à ses lèvres sa main rougie du sang de Fafner, quand il comprend le chant des oiseaux et qu'un d'eux lui parle, cette voix de soprano égrène sous le frissonnement léger des violons, un chant limpide, une phrase délicieuse, pleine d'imprévu eu son apparente uniformité, bizarrement disposée par groupes de quatre triolets dans une mesure où l'accompagnement est à 6/8.
Rappelons encore que dans le grand intermède symphonique qui accompagne le changement de décor, entre les deux tableaux du second acte, au moment où Siegfried va s'engager dans l'enceinte où Loge déploie toute sa furie, l'effort des combinaisons [lolyphoniques produit les plus magnifiques résultats. Le chant de l'oiseau, le motif du sommeil, le feu magique du dieu Loge, la fanfare de Siegfried, Jes accords religieux de Wotan, le thème fondamental de la Tétralogie, toutes ces mélodies se succèdent, se croisent, s'enchevêtrent avec une hardiesse sans pareille et arrivent à donner la sensation de l'éblouissement : désormais le compositeur s'est engagé dans une voie où l'inspiration ne le quittera plus, car le duo final domine presque par ses beautés la partition tout entière. Sans doute on pourrait le détailler musicalement, noter un à un les motifs, le salut à la lumière avec ses riches arpèges de harpes, la phrase redite alternativement parles instruments elles voix avec ses trillos en tierces si caressantes, le dessin plein de largeur et de noblesse que se renvoient les violoncelles et les violons quand le dialogue vocal s'anime et devient plus pressant, les supplications
de Brnnehilde que traduit si expressivement cette mélodie tour à tour mineure et majeure où ondule un mouvement de berceuse, enfin Tallefiro de style presque fugué qui forme strette et détermine l'explosion finale. Mais de tels développements ont l'aridité dune nomenclature, et l'on se demande en pareil cas si la meilleure formule n'est pas encore celle à laquelle recourait Voltaire en parlant des vers de Racine : « Beau, admirable, sublime! »
Le Crépuscale des dieux.
Bayreulh, IT août 1S76.
Le Crépuscule des dieux est le couronnement du considérable effort de la triple évocation orchestrale, vocale et scénique de l'épopée wagnérienne. Le maître .de Bayreuth y a réalisé sa pensée dominante, la perfection dans le drame par la réunion de tous les arts, poésie, musique, décoration, " concourant à une impression unique, multipliant l'effet d'une unique sensation ». Le Crépuscule des dieux répond à la formule que Wagner donnait, dans la célèbre lettre à Villot, comme l'idéal du but poursuivi : « ... Une égale et réciproque pénétration de la musique et de la poésie comme condition d'une œuvre d'art capable d'opérer, par la représentation scénique, une impression irrésistible. »
En effet, l'humanité l'emporte dans ce Gœtlcrdxmerumj, qui portait un titre plus simple, la Mort de Siegfried, quand Wagner publia le poème, en 1848; les créatures de chair et d'os prennent le pas sur le-; personnages divins. Ceux-ci n'apparaissent qu'au prologue, sur le rocher des Walkyries, où les Parques des légendes du Nord, les trois Nornes, tressent le fil d'or des deslins. Elles pronostiquent l'avenir des dieux et des héros. Tout doit finir : en vain Wotan tient-il comme un sceptre la lance où sont inscrits les Runes; les dieux éternels disparaîtront un jour dans l'éternel crépuscule. Ainsi le lien s'établit entre le Crépuscule des dieux et les œuvres précédentes par l'oraculaire dialogue des trois Nornes filant le câble des Destinées et s'interrogeant sur ce qui doit désormais sortir des choses accomplies.
Le fil d'or se rompt; les Nornes disparaissent dans les profondeurs de la terre, où elles vont retrouver la maternelle Erda. L'aube nait et fait iiàlir le cercle de Oammes derrière lequel la Walkyrie s'est éveillée du sommeil magique dans les bras de Siegfried. Le héros parait; la vierge guerrière dont il a fait une femme lui a donné son cheval noir, le fidèle coursier Grane, et ses armes immaculées, en signe d'indissoluble union : « Souviens-toi de la Walkyrie qui dormait sous la garde du feu et que tu as éveillée à l'amour... Souviens-toi des serments qui nous lient! » En échange, il met à son doigt l'anneau auquel est attachée une malédiction vengeresse, mais qui, jusqu'à présent, l'a fait maître du monde, et il part tandis que Loge rallume les tlammes autour du rocher.
Dans le manoir des Gibichungen, sur la rive du Rhin, sont assis le roi Guntber, sa so'ur Gutrune et leur demi-frère Hagen, fils adultérin de la reine Grimhild et du roi des nains, Alberich. Ilagen veut ressaisir l'or et perdre Siegfried : il y parviendra en lui versant un philtre qui effacera dans son esprit tout souvenir de la conquête de la Walkyrie et le rendra amoureux de Gutrune. Ce plan s'accomplit de point en point. Atin d'obtenir la main de la prin-
iiisToiHE />/■: i..\ Ml siarr:
ALLEMAGNE n.vi
cesse, Sioj;fiieil ira s'eiiiparer do la captive de I.Of;e, réendormie ilenière le rideau de naiiinies. Cependant, le sommeil de la WalUyrie a éU' iiiterronipii par une des lilles de W ul.m, Wallraute. An nom dn Jupiter Scandinave, elle adjure Urutieliilde de rendre l'anneau qui causera la ruine du Walliall. La WalUyrie ne veut pas se séparer du j,'af,'e de la foi de Siej,'l'ried, mais le héros va l'arracher lui-même à celle (|u'il ne se souvient plus d'avoir déjà délivrée et ipie, revêtant l'apparence de tîuuther, il conduira captive à son futur beau-frère.
lîrniiehilde, abusée par le sortilèf;e, croit i\\\r \v roi des hommes de (iibich est maître de l'aimeau; mais, arrivée dans le manoir, elle reconnaît l'Or fatal au doif,'t de Sief^fiied. Klle di'nonce l'infâme trahison, en invoquant les dieux pardiens de la foi jurée. L'instrument de sa vengeance, imposi'e par le Destin lui-même, sera le haineux Ilaj,'en, à qui elle indique le seul moyen de frapper Siegfried. Le vainqueur de Kafmr, (|ue l'eimemi n'a jamais vu fuir, est vulnérable entre les deux épaules. Le crime, ou plutôt l'œuvre du justicier, — car tout parjure, même inconscient, doit être expié, — s'accomplit dans la forêt où sont assemblés les chasseurs, au bord du tleuve, après une scène exquise où les Filles du Hhiii ont vainement essayé, par les ]u-iéres, puis par les menaces, de se faire rendre l'anneau qui brille au doigt du jeune guerrier.
A l'ombre d'un hêtre, Siegfried s'est assis entre Hagen et Gunther. L'amour de (aitrune lui a mis le cœur en fêle; il est dans tout l'épanouissement de vivre et raille le morose époux de la Walkyrie : " Holà, Gunther, homme allristé, veux-tu, pour te distraire, que je te dise les contes de mon enfance? » Et c'est l'épopée héroïque, comment il a remis au l'eu de la forge l'épée de son père, comment il s'est emparé de l'anneau de la toute-puissance. 11 dit même, avec une débordanle allégresse de mémoire, — car Hagen vient de lui faire boire le suc d'une herbe qui réveille les souvenirs endormis, — la conquête de la \\alkyrie, l'idylle derrière le rempart de flammes, i. Trahison et vengeance! » crie le fils d'Alberich. D'un coup de lance il abat Siegfried, qui expire en murmurant le nom de Bninehilde, et les chasseurs emportent sur une civière le cadavre du Walsung.
.Nous letrouvons Hagen aux bords du Uhin, dont les Ilots viennent battre la terrasse du manoir. Il <levance le cortège funèbre; ironiquement, il appelle la veuve et les pleureuses : « Debout, GuLrune, pour saluer la dépouille de ton héros! » H se fait gloire de sou crime et en veut la récompense; mais le ring est aussi convoité par Gunther. Les deux frères tirent l'epée; le roi tombe frappé à mort. Hagen va saisir l'anneau, quand le bras de Siegfried se dresse, tendant une main fermée et menaçante. L'assassin s'enfuit; Brunehilde apparaît alors, tragiquement transfigurée. Elle jette l'anathème aux dieux complices de la destruction; les llammes du bûcher, qui vont consumer la Walkyrie avec la dépouille de Siegfried, monteront jusqu'au Walliall et anéantiront la race de Wotan. Une ère nouvelle commencera, celle de la rédemption par l'amour.
La prédiction s'accomplit; le bûcher s'elTondre dans les eaux du fieuve; le manoir s'écroule; le Ithiu déborde, entraînant Hagen, et sur les vagues, empourprées par le retlet de l'incendie, glisse le chant des Mixes, joyeuses d'avoir reconquis le trésor.
L'Cnivers est sans maître; mais il lui reste un bien
plus jirécieux que l'oi', l'amour, qui seul peut donner la l'i'dicité parfaite.
On le voit, diuix situations dianialicpics domiiient le ilramo : la colère de Hiuiiehilde et la mort de Siegfried; elles sont simples, elles sont tragi(|uement précisées; et cet épisode des chants Eddi(]ues, dès qu'on accepte le postulat essentiel d'une vie commune des hommes et des dieux .lux temps mythologiciues, fournit un poème aussi clair, sinon plus, que les anecdotes musiquées par Meyerbeer. Ouant à la partition de Wayner, c'est, à propiemcnt parler, un océan niusic;il. Jamais musi(pie n'est munti'B plus h.iut, et dans la sublime marche funèbre où tous les leitniotives vieiuient faire un spleiidide cortège au hi'ios mort, et dans les strophes admirables ([ue Brunehilde chante sur h^ corps du bien-aimé, dans la salle du maiioii' où flotte réjiouvante, il y a des envolées géniales. Mais, avant ces pages incomparables, depuis longtemps acclamées dans nos concerts symphoniqiies, le détail de chaque tableau comporterait une analys{! enthousiaste! Au premier acte, le lugubre chant des Nornes, tissant le lil d'or de la destinée des humains, les adieux de Siegfried, l'arrivée du héros chez les Gibichnngen, le tragique dialogue de la \Nalkyrie déchue et de Waltraute (trop développé cependant au point de vue des pro|iortions de l'œuvre et qu'il conviendrait de raccourcir), l'emprise brutale de Siegfried sur la captive de Loge, que le Walsung vient conquérir pour le compte de Gunther. Au deuxième acte, la puissante antithèse de l'émouvante idylle de Siegfried et de Gutrune et des fureurs de Brunehilde, ainsi (jne la scène du serment fait sur la pique d'Hagen. ,\ux derniers tableaux, la scène où le héros refuse l'Or aux ISixes rieuses et rusées, le délicieux récit des exploits de Siegfried. — Et c'est une seconde analyse que réclamerait la suite des symphonies où triomphe le génie wagnérien, symphonie de la traversée du Hhin, de la méditation de Hagen, de la vie héroïque, du cortège funèbre et de ce glorieux finale où le chant des filles du Hhin nous ramène au point de départ du cycle dont il est l'épilogue. L'ensemble résume admirablement le rdle de la musique dans le drame de Wagner tel que luimême l'a délini en des paroles qui méritent d'être rappelées : <( La musique ne doit pas entrer dans le drame comme un simple élément, à côté d'autres... C'est en avant, et non pas en arrière du drame, qu'est sa place. Elle chante, et ce qu'elle chaule, elle nous le montre là-bas sur la scène. Elle est comme une aïeule qui révélerait à ses enfants, sous la forme de légendes, les mystères de la religion... Ce que la musique exprime est éternel, infini, idéal : elle ne dit pas la passion, l'amour ou le regret de tel ou de tel individu dans telle ou telle situation, mais la passion, l'amour, le regret même. »
Mentionnons particulièrement la marche funèbre qui est l'incomparable couronnement du ijœtlerdsemmerunçj. En entendant cette page splendide les auditeurs les plus hostiles au système wagnérien se sentent remués jusqu'au fond de l'àme. Les motifs de la Tctralni/ie s'y donnent une dernière fois rendezvous, mais l'enchaînement de ces motifs est si naturel, leur progression en quelque sorte si nécessaire, qu'il est impossible d'en distinguer les soudures. H parait invraisemblable pour qui entend cette marche isolément, qu'elle n'ait pas été conçue et écrite d'un seul jet, indépendamment de toute pensée de raccord.
Dans le reste de la partition il faut signaler quel-i
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ques loiigueuis, notamment cet entretien démesuré entre la Walkyrie et sa sœur Waltraute, vingt-six papes de la partition in-folio dont la suppression pourrait s'en'ectuer sans grand inconvénient. D'ailleurs le Crépuscule est, avec la Walkyrie, celle des quatre parties de l'Anneau du ?iibehinij qu'on représente isolément le plus volontiers en Allemagne. Exécutée à part, cette colossale partition produit une tout autre impression que lorsqu'on l'entend à la suite des trois autres. Les récits offrent plus d'intérêt parce qu'ils ne se rapportent pas à des événements qu'on a vus se dérouler dans les soirées précédentes; de même le plaisir d'entendre les motifs non spéciaux au Crépuscule des Dieux n'étant pas émoussé par les auditions successives, il se trouve que la partition où l'on rencontre le moins de phrases mères originales paraît au contraire la plus riche, puisqu'elle embrasse la presque totalité des thèmes conducteurs de la Tétralogie.
Lapartition est du reste d'une complication extrême, et le transcripteur a dû, pour rendre intelligible sa réduction au piano, écriie plus d'une fois sur une et même deux portées supplémentaires. Ce ne sont que dessins qui se croisent, accords qui se mêlent, notes qui se heurtent! Mais l'audition dissipe ce désordre comme par enchantement. Chaque détail apparaît alors à son plan, et l'ensemble imposant où viennent se fondre tous ces tumultes de l'orchestre forme à l'action un cadre digne de sa farouche et sauvage beauté.
Parsifal.
Bayreulh, 26 juillet 1882.
Les œuvres de Wagner n'ont pas le caractère cosmopolite de quelques-unes des plus remarquables productions de l'art contemporain; elles conviennent par-dessus tout au pays qui les a produites et dont elles reflètent exactement les qualités et les défauts. Habile artisan de sa gloire, Wagner a su, dès les premiers pas, faire de l'enrôlement sous sa bannière une question de patriotisme. Il a voulu rester et il est resté Allemand ycclit Deulsch). Pour régénérer l'art, l'auteur de Lohengriii l'a simplement retrempé dans ses origines, et une habile politique l'a conduit à emprunter les sujets de ses poèmes au.^ conteurs du moyen âge. On a vu avec quelle adresse il avait su, dans l'Anneau du Nibelung, rattacher aux mythes des dieux Scandinaves les légendes héroïques des Germains. Sa tâche était cotte fois plus aisée, et la conception générale de Parsifal n'a pas dû lui demander un très grand effort d'imagination.
Un cycle de traditions fabuleuses s'est formé, au moyen âge, autour de ce personnage héroïque, père, comme on le sait, de Lobengrin, de sorte que l'opéra de ce nom se trouve, bien qu'antérieur par la date, la continuation naturelle de Parsifal.
Nous ne nous attarderons pas à chercher, parmi les emprunts que Wagner a faits aux trouvères, quelle part revient à Christian de Troyes, à Cuiot de Provins ou à \\ olfram d'Eschenbach , un des personnages principaux de Tannhxuser. Mais il n'est peut-être pas sans intérêt de constater une fois de plus que la plupart des contes qui bercent les premiers rêves des Allemands, et dont ils ont fait en quelque sorte leur chose, sont en réalité notre patrimoine. Ils ont eu leur première expression dans les lais gallo-bretons qu'on chantait avec accompagnement de musique et qui, suivant l'expression de Paulin Paris, ont été nos premières cantates. La légende du Saint Graal,
notamment, si populaire au delà du Rhin, n'a pas une origine allemande, et comme elle reste peu connue en France, bien qu'elle ait servi de point de départ à tous les romans de la Table-Ronde, nous croyons utile de la résumer en quelques lignes, d'après la version naïve qu'en a donnée Robert de Buron dans son poème de Joseph d'Arimathie, qui remonte au xn" siècle.
A l'époque où, suivant l'expression du vieux conteur, Pilate était bailli de la Judée, figurait parmi les gens de sa suite un prud'homme, nommé Joseph d'Arimathie, qui remplissait en même temps auprès de Pilate les fonctions de sénéchal. Après le crucifiement, Joseph vint trouver Pilate et lui dit : « Sire, je vous ai longtemps apporté le service de cinq chevaliers sans en recevoir de loyer; je vous demande pour ma peine le coips de Jésus. — Je te l'accorde de grand cœur, répondit Pilate, et je te remets en outre le vase dans lequel ce Juste que je n'ai pu sauver a lavé ses mains en dernier. » Joseph s'empressa de détacher le corps de Jésus, le posa doucement à terre, et, voyant le sang divin couler des plaies, le recueillit dans une coupe.
Passons sur les aventures de Joseph « méchamment emprisonné durant quarante-deux ans » et sur le récit de ses voyages merveilleux. « Garde avec soin cette coupe, avait dit Jésus au saint homme, un jour qu'il lui était miraculeusement apparu pendant sa captivité; tous ceux auxquels il sera donné de lavoir d'un cœur pui' seront les miens; ils auront satisfaction et joie perdurables. » Joseph ne s'en sépara jamais et lui donna le nom de Graal, par altération de Gréai, car personne ne devait la voir sans y prendre (jrc. La coupe précieuse fut plus tard ravie à ses descendants par les anges et rapportée à un saint nommé Titurcl. déjà possesseur de la lance qui perça le côté du Chrisl. Titurel bâtit au nord de l'Espagne, sur la montagne de Montsalvat, un palais de marbre et fonda l'ordre du Graal, dont son fils .-Vmfortas devint le chef après lui.
Dans le livret de Wagner l'action se passe également au moyen âge dans les montagnes de l'Espagne gothique, et voici le plan du poème d'après l'excellente analyse de M. Marcel Girette. Titurel, ayant reçu des anges un double dépôt : la lance qui perça le flanc du Christ et le calice qui recueillit son sang, Titurel a fondé, pour en perpétuer la garde, un ordre de chevalerie dont il est le roi, qui guerroie au nom du Christ, et qui emprunte au calice sacré son nom : l'ordre du Graal. Devenu vieux, Titurel a légué à son fils Amfortas son trône et les fonctions qu'il ne peut plus remplir. Ces fondions consistent à présider dans le sanctuaire une cérémonie terminée par un repas mystique, et plus spécialement à découvrir le Graal, le saint calice, dont la vue est bienfaisante aux purs et funeste aux pécheurs, et à provoquer le miracle de la transsubstantiation.
Les chevaliers du Graal ont un ennemi, Klmgsor, un magicien, le Satan de la pièce, qui se venge sur les saints de n'avoir pu lui-même ni rester ni redevenir saint. Il a fait du désert qu'il habite <> un jardin de délices, où croissent comme des fleurs des femmes diaboliquement belles «, et s'efforce d'attirerles chevaliers du Graal. Plusieurs ont succombé, et le roi .\mfortas lui-même s'est endormi dans les bras de Kundry.
Kundry symbolise dans l'œuvre la femme pécheresse et repentante.
Elle a vécu à travers les âges; elle fut jadis Héro-
IIISTOlliE DE I.A MrslnflC
ALLEMAGNE llv.
<Iitt(le;et comme elle ;i ri des sonITr.incosduSaiiveiir, elle est depuis ce Iciiiiis frappée ili- nirilédiclioii : clic fit, malgré l'Ile, d'un liio siiiisire qui lui ivippclle sa faille.
Elle aspiic pourl.iut à la lédciiiplioii, au repos; clli' «xpie cl se met, pour les plus liumiiles liesoynes, au service des chevaliers du (Iraal. Mais sa malédictiou la condamne à subir le pouvoir de Klinfjsor; elle u beau se raidir, elle loinbo, à l'appel du magicien, dans un sommeil terrible, ilontelle se réveille courtisane, et IClingsor a fait d'elle son plus srtr inslrument de damnation.
Elle vit ainsi d'une ilonMe vie : auliraal, c'est une femme humble et déchue, farouche et repcntanle; chez Klingsor, elle redevient la courtisane ensorcelante à qui nul ne résiste.
.\nifoitas, enfermé dans ses bras, s'est laissé ravir la lance sacrée, et Klingsor l'en a frappé au liane. Des années se sont écoulées, et la blessure reste incurable. L'infortuné Aniforlas continue à remplir ses fonctions, à présider le repas mystique, à découvrir le (iraal; et chaque fois que le saint calice est retire du tabernacle, il souffre horriblement, et plus encore de son péché que de sa plaie.
Pourtant, dans la nuit de son désespoir, un rayon célesle est venu duT.raal; une voix d'en haut lui a dit d'attendre « l'être simide et pur, élu du Seigneur, à qui la pitié révélerait sa mission ».
Cet être pur et simple, ce rédempteur attendu, ce sera Parsifal. Parsifal va traverser tout le drame sans autre égide que sa pureté. La vue des soulfrances d'Amfortas lui révélera sa mission; le baiser de la femme sera pour lui l'arbre de la science du bien et du mal. Ayant eflleuré le mal, il saura le reconnaitre et le vaincre en lui et autour de lui : il pourra guélir .\mfortas et relever Kundry.
Lorsque commence le drame, Amfortas souffre ■cruellement de sa blessure. Ainsi déchu, souillé, pour avoir cédé aux séductions de la créature diabolique servante de Klingsor, il ose à peine célébrer encore les saints mystères. Un des vieux chevaliers de l'ordre, Gurnemans, raconte longuement à de jeunes écuyers ce douloureux épisode de la vie du roi, que nous venons de voir passer porté dans sa litière, et leur ordonne de laisser eu paix Kundry, l'étrange •créature aux yeux farouches, au rire fatidique, trouvée un jour inanimée sur les marches du palais et dont l'existence semble lemplie uniquement par la l'echerche du baume magique qui doit guérir Amfortas.
Sustentée au hasarJ ',
KUe reste à l'écart;
Rien n'est commun entre elle et vous.
Mais, si le péril s'acharne sur nous.
L'ardeur l'emporte et lui donne des ailes! —
A peine lui dit-on : Merci!
Si ce sont lîi des malélices.
Vous en retirez bénélices.
Oui; quelque anathèuio pèse sur elle.
Dans sa forme nouvelle.
Elle revit ici.
Sous le poids des péchés d'une autre vie,
Que celle-ci, sans doute, exine. —
Si des remords de son àme contrite
Notre ordre glorieux profite,
Tout est vraiment au mieux ainsi;
Elle nous sert et s'aide aussi!
Gurnemans raconte aussi l'existence des femmeslleurs suscitées par Klingsor et la surprise qui livre .au magicien l'épieu sacré.