‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 1126 sur 1158 · XA JU · texte numérisé non relu

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L'emploi des instruments par famille, dans la première moitié du xyii" siècle, n'est pas encore exclusivement limité aux instruments à archet. Sans doute, les concerts de violes, tels que nous venons de les voir, sont extrêmement fréquents et constituent un des éléments les plus ordinaires des concerts. Sans doute encore, la réunion des violons aigus et graves (nous le verrons tout à l'heure) représente déjà l'élément fondamental des grandes musiques d'ensemble et, sous forme d'airs de danse et de symphonies diverses, suffisait à la réalisation sonore des ballets, des bals ou des divertissements de cour. Mais les familles d'instruments à vent sont aussi complètes

généralement, du haut au bas de l'échelle. Les facteurs n'ont pas encore cessé de fabriquer ces tlûtes graves et aiguës, ces hautbois de diapasons divers, ces séries de cromornes, de cornets ou de trombones dont la tradition remontait au siècle précédent. Bien plus, en Allemagne surtout, ils s'efforcent même d'étendre à l'aigu et surtout au grave la portée de chacun des engins sonores que leur fantaisie, sur des données à la vérité assez peu variées, invente tous les jours.

Cependant de moins en moins, il faut le reconnaître, les musiciens sont portés à utiliser pratiquement leurs inventions. Ils commencent même à abandon-

ENCYCLOPÉDIE DE LA HISLOUB ET DICTIOSXAIRE Df COXSERVATOinE

lier l'antique usatte d'eraplcjer ensemble une famille compléle. Dans chacune, ils font choix d'un ou deux instruments et délaissent volontiers les autres, au point qu'en beaucoup de cas on peut se demander si certains de ces spécimens désuets ont jamais eu une existence musicale bien réelle. Nous avons déjà dit quelques mots, incidemment, des imperfections considérables que, dans l'état de la facture d'alors, présentaient certainement la plupart des instruments à vent sous la forme d'instruments graves. Il est permis de penser que ces imperfections, sans parler de l'incommodité de leur maniement, ont grandement contribué à leur abandon. A quoi se résignèrent d'autant plus aisément les artistes qu'ils n'étaient point, comme les maîtres modernes, enclins à chercher dans la variété des timbres un élément d'expression ou de pittoresque.

Ce n'est guère que vers 1650 que le départ sera fait, définitivement ou à peu près, entre ce qui doit être conservé et ce qui va disparaître, en France du moins. Même, il est fort vraisemblable que, chez nous, cette délimitation des moyens eût été faite longtemps auparavant sans l'intluence conservatrice des organismes musicaux officiels. Le service musical des rois de France, très ancieimeraenl constitué, avait acquis dès le début du xvn^^ siècle sa forme définitive. Divisé suivant une hiérarchie savante en plusieurs dépaitements, selon qu'il s'agissait de la chapelle, de la chambre, de la musique des fêtes de plein air ou de ce que nous appellerions la musique militaire, il comprenait un grand nombre d'artistes avec une infinité de catégories. Et tel qu'il était, il devait durer

presque sans changements jusqu'à la fin de l'ancien régime, alors même que la signification des termes qui en désignaient les officiers était complètement oubliée. Les cromornes de la grande écurie, par exemple, figurent encore dans les états de la maison du lioi en plein sviii° siècle, quand aucun artiste n'en jouait et que plus d'un n'eût pas su certainement ce qu'était l'antique instrument qu'il était censé faire résonner pour le service du monarque.

.Nous n'avons à parler ici ni de la chapelle ni de la chambre. A la chapelle, la musique instrumentale ne jouait pour ainsi dire aucun rôle, et la musique de la chambre, avec un certain nombre de chanteurs, ne comptait que des clavecinistes, des luthistes, des joueurs de viole ou de Uùte douce, solistes virtuoses peu nombreux, n'ayant pas à réaliser d'ensembles symphoniques proprement dits. .\ux vingt-quatre violons du roi, organisme alors relativement récent, revenait le soin des exécutions orchestrales d'instruments à cordes. Tout ce qui regarde les instruments à vent appartenait à un autre service, celui de la musique de la Grande Ecurie. C'est aux artistes qui en faisaient partie que revenait la charge d'exécuter la musique des cérémonies d'apparat, comme généralement de figurer partout où leur présence était requise. On les voit sonner dans les carrousels, dans les cortèges, dans les entrées royales, mais aussi souvent dans les fêles, les divertissements, les grands bals ou les ballets. Au commencement du siècle ils sont déjà divisés en cinq classes : 1" les trompettes, 2° les fifres et tambours, 3° les grands hautbois, 4° les cromornes, o" les hautbois et musettes du Poitou.

Fui. 320. — Sacre de Louis \l\'. Les douze grands tiautbois.

UlSTOirtE DE LA MVSIQVE

Ni les (liiii/.o tioiupettos, ni les luiit fllVcs et tiiiiiboiirs ne dnivciil nous relcnir loii;^ti'ni|is. liisliiinnnls de f^iuîri'O, Il'iu' rùlo est irinipoil.iiicn musicale assez, soeoiulaiie el reti'iui, par leur iiatiiie [m'orne, en d'é- Iroilcs limites. An contraire, le corps de doii/.e (grands liautbiiis fait une li;^urc inléressante. Outre ses fonctions de parade, il lif;urera à chaque insl.iiit dans les jjiands liallets de coni- (|ui ri'unisseï;! tontes les ressources musicales de l'époque.

Ces douze musiciens jie jouent pas tons du liantbois. Conrormémenl à la piali(]ne alors courante, ils excellent iadilleiemment sur des instruments divers. Le titre e.\act do leur fonction l'indique : joueurs de 1 io/oiis, Itaulbois, sacfiitelioulcs et coniela. Il parait jirobable qu'avant la création des viiif^t-qnatre violons, ils se faisaient entendre bien comme orchestre d'instruments à cordes et que le service musical du roi ne eomplail pas, pour les tètes et les ballets, d'auti'es exécutants c|u'eu.\. A l'époque on nous sommes arrivés, ils se sont limités, semble-t-il, à la pratique des instruments à vent. Leur petite compagnie comprend normalement deux dessus de hautbois, deux hautescontre et deux tailles de hautbois, doux cornets, deux sacqueboutes ou trombones, deux basses de hautbois. Des basses de hautbois, remarcpions-le : point encore de bassons. Car au temps de leur constitution en groupe, cet inslruinent était inconnu ou du moins iimsité. Et dans les planches du Sucre de Louis .\'/r(104a), où lifrurent les ijrands hautbois, on voit encore les exécutants de la partie de basse souffler dans un de ces lonf;s instruments incommodes, dépassant presque la taille de celui qui enjoué.

11 est assez fréquent de rencontrer, dans les livrets des ballets, mention d' « airs » exécutés par les haut-

bois. C'est aux ^'rands hautbois ipTil appartenait alors de les faire entendre. Les morceaux composés pour eux sont toujours à cin(| ou même à six parties. Les cornets, très probablement, doublaient la partie supérieure ; ou bien, dans le cas où (comme à six parlies), il y a deux voix ai^ués croisant très fréquemment el d'intérêt mélodique lour à tour éyal , ils en assumaient l'une, laissant l'.iutre aux hautbois. (Juant aux tiombones, nous savons par Meisenne qu'ils prenaient seuls la partie de basse-taille {la premièie au-dessus de la basse:, ou bien encore la basse elle-même, quelquefois à l'exclusion des hautbois graves.

Quant à la forme de ces pièces, elle ne diffère guère de celles que nous avons rencontrées déjci. Ce sont des airs à forme fixe, airs de danse, le plus souvent danses graves et solennelles comme pavanes ou f:aillardes, d'une écriture résolunvnt harmonique, sans moindre ligure de contrepoint même très simple. Le premier volume de la collection Philidor, à la bibliolhè(|ue du Conservatoire, nous en a conservé un assez grand nombre : airs de danse beaucoup de bals de cour du temps de Henri IV durent être dansés au son des hautlioisi, aiis composés pour des carrousels (ceux, par exemple, du Ballet à cheval pour le grand carrousel à la place lloyale lors du mariage de Louis XIII) ou pour des cérémonies (sacre de Louis XllI, par exemple. Ces compositions sont généralement, dans ce recueil, anonymes. A litre d'exemple, voici un « Cliarivary » tiré d'un « conceit donné au Roy en 1627 par les 24 violons et les 12 hautbois ». Ce sont des airs de différents ballets exécutés tour à tour par l'un ou par l'autre des deux groupes de musiciens'.

Charivary pour les Hautbois

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1. l.t> mouvement do ce moncau l'Umt extrimcmeiil vif, il a paru picfcrablc lic réduire de moiliê les valeurs du Icxle original. CopyriyfU by Ch. Delayrave, l'Ji i. 79

1250 ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIO.WAIRE DU COXSERVATOIRE

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Les six cromornes de la Grande Ecuiie ne paraissent pas, au moins an temps où nous sommes arrivés, jouer un rôle musical bien important. 11 n'est même pas sûr que l'antique instrument dont ils portaient le nom ait été encore elTectivement en usage. Plus tard nous avons la preuve que, dans les rares rérémonies où ils avaient ofriciellement à parailre, ils l'avaient remplacé par des hautljois et des bassons'. Et ce chan).'ement peut bien avoir été l'ii'ectué <rassez bonne lieure, puisque Mersenne, dans le cha- |iilre où il parle des instruments, cite à peine les cromornes ^ou Toumeboutsi, qu'il n'a guère l'air d'avoir jamais rencontrés. Instrument à tube cylindrique, nionlé d'une anche double enfermée dans une capsule percée d'une fente par où passait le souflle du musisien, le cromorne ne pouvait ni octavier ni faire entendre plus de sons que ne le comportait le nombre des i

trous dont il élait percé. Son étendue était donc très limitée : une dixième tout au plus, lit cette indigence explique suffisamment sa disparition assez rapide-. Quant aux hautbois de Poitou et aux musettes {quatre ou six exécutants), ils représentent aussi une antique tradition. Ces instruments à prétentions pittoresquement pastorales, assez volontiers usités au xvi'" siècle et antérieurement, paraissent souvent dans les ballets, les musettes surtout. Les hautbois de Poitou (hautbois dont l'anche enfermée dans une capsule ne touchait pas les lèvres de l'exécutant) égayaient de leurs sonorités criardes et rustiques certaines danses d'origine villageoise que la mode avait mises en faveur. Voici, tirée de Mersenne, une clianson pour les hautbois de Poitou. Elle est de la composition de Henry le Jeune, musicien du roi Louis Xlll, auteur de nombreuses compositions pour les instruments à vent.

Chanson à 3 parties

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