‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 1139 sur 1158 · Voir la Musique Instrumentale du XÏÎI" au XV/I" siècle · texte numérisé non relu

Voir la Musique Instrumentale du XÏÎI" au XV/I" siècle

2. Nov:ie cantiones sacrae, quatuor, quinque et sex vocuiii. tun' instrumentorum cuivis generi, tum vivae voci aptissimae. AuILoribiis Francisco, Jacobo. Pascasio , Carolo Itegnart fratribus germani:;... Duaci, Exuriicina Joannis lîoganii... Anno M. D. S.C.

3. ... .Novi thesaiiri nuisii-i liber prinius quo seloctissime... rantione* sacra- (quas vulgo moteta vorant) continentup... a prestantissimis ar huius aetalis prccipuis Syniphoniacis comi)ositae, quac in sacra Eccle-

mentale, voire même de la musique de chant en solo qui s'accompagne du jeu d'un instrument, du luth par exemple'. Toutefois il est bon de signaler ici la musique instrumentale qui relève de la polyphonie des voix ou qui en emploie les formes. 11 faut bien savoir qu'au xvi» siècle il était de pratique courante d'accompagner des instruments dont on pouvait disposer le concert vocal. Nombre de livres de chansons portent la mention : conveiiables tant aux instruments comme à la voi.v. La musique d'église elle-même s'accompagnait, en certaines maîtrises du moins, puisqu'on voit des recueils de motets spécifier : Cantiones sacrae... tum instrumcntoium cuivis generi, tum vivae voci aptissimae'-...; ou encore : Cantiones sacrae... quae in sacra Ecclesia catholica canuntur, ad omnis gencris instrumenta musica accommodatae^... Quant à la musique instrumentale concertante, on en a de beaux exemples dans les Fantaisies de Le Jeune et de Du Caurroy'.

Je laisse également à un autre collaborateur de I'Encvclopédie de parler du Ballet comiijue de la Hoyne, et aussi des danses, qui jouaient un si grand rôle dans la vie de cour et dans la vie mondaine de notre xvi" siècle français''.

Il m'a suffi de présenter l'essentiel, et la plus noble forme du genre profane : la chanson polyphonique.

Cependant l'Église romaine avait conlié aux maîtres musiciens les textes de sa riche liturgie et l'antique mélopée de ses plains-chants : de là ces messes, ces motets, ces hymnes, monuments d'une science prodigieuse, d'un art incomparable, comme aussi de la plus haute inspiration mystique.

La messe était le sujet capital des compositions religieuses catholiques. Les musiciens voyaient dans la composition d'une messe le plus sûr et le plus complet témoignage de leur savoir et de leur habileté.

Du commencement, du Ki/eic, jusqu'à r.l.'//u(s final, l'intérêt devait aller croissant. Mais, pour eux, l'intérêt d'une messe était tout autant dans l'expression (lu drame liturgique que dans la construction d'un vaste ensemble polyphonique dont les cinq grandes divisions : Kyne, Gloria, Credo, Sanctus et Agnus, relevaient d'un thème initial, qui pouvaient se diversifier quant aux mouvements et à l'expression de détail, mais qui restaient maintenus dans une rigoureuse unité d'art. A n'en pas douter, la messe est la construction symphonique par excellence de ce temps-là, autrement dit, la plus haute expression de la musique de cette époque où Vart de musique, la noble et détectable et très plaisante science de musique, était une architecture sonore qui s'adressait à la fois à l'esprit et au cœur.

La messe polyphonique de la Renaissance, son architecture, son esthétique, les magnifiques individualités qui, sur son plan musical el dramatique, se sont manifestées, voilà, certes, la matière d'un des plus beaux livres de l'iiistoire de l'art. Mais ce livre ne pourra être écrit que lorsque seront remis au jour les chefs-d'œuvre des maîtres des xv° et xvi<^ siècles. J'en appelle à ceux qui ont lu et pénétré les rares

sia catholica... canuntur, ad omnis generis instrumenta musica accommodatac : f'elri Juanelli... colleclae... Venetiis, .\[iuJ Antoniuni Gardanuin, 1568...

4. Voyez chez l'Miteur M. Scnart : .Musique de Chambre, Ecoles de la Henais\ance.

5. Voir le XXlll' volume des Maîtres musiciens : danseries instrumentales di' Claude Gervaise et Esticnne Du Tertre; voir aussi la Pavane .. Belle qui liens ma vie » dans mon Iti'pertoire populaire d» musique Henaissance.

IIISTOIHE DE LA MVSIQIE

XVI" SIÈCLE

messes déjà publiées. (Voyez, par exemple, les voliinios Vlll t't IX dos Mdilrfx musicinix^.)

Une chose tjui nous •'■loiiiie, c'est l'iisa^fi fréiiiioiil des thèmes populaires, dans les messes eomme dans les niolels du même temps. M'auiail-oii pas di"i se horncr aux thèmes purcineiit lituif;ii|ues.'... Un a donné une foule d'expliealions contradhitoires. Ce n'esl point iei le lieu de les exposer ni de les critiquer. Jo rapptdierai seulemenl que ce mélange du sacré et iln profane était de très aneieinie tradition, et que cette tradition s'est perpétuée bien lon;;lenips après la lienaissance. Je croiiais d'ailleurs volontiers que nos maîtres musiciens, invoquant un ci'dèhre verset de l'Kxode, disaient que c'étaient là vases d'or et d'argent dont ils dépoiullaienl l'idolâtre Éyypte pour en parer les autels du vrai Dieu'.

Le motel est aussi l'une des formes les plus liautcs de l'art musical de la Uenaissance.

Son plan cl son caractère sont tout autres que ceux de la messe. Si grand qu'il soil, — et il en est de fort développés, — il n'a pourtant pas l'ampleur de la messe, ni la richesse de sou développement issu d'un thème unique. 11 n'est point le nec /dus ultra de la science et de l'habileté contraponli(iue; mais il présente souvent, sous la main des maîtres, des merveilles de ciselure artistique, et il a d'ailleurs l'avantage de laisser plus libre carrière à l'expression par le fait de l'extrême variété de ses textes. Si dans la messe le compositeur fait pi'euve de sa maîtrise, dans le motet il donne la mesure de son sens dramatique; il y peut donner le plus touchant, le plus prenant, le meilleur de lui-même. Kt les chefs-d'œuvre les plus variés abondent dans ce genre, qui s'élève, qui jaillit, comme d'une source merveilleuse, de l'incomparable trésor de la liturgie catholique.

La musique des motets est basée sur les mélodies de l'Église traitées parfois en contrepoint syllabique, mais, d'habitude, développées en style d'imitation

quelquel'uis ri^ourcuso, le plus souvent libre, c'est ce qu'on nomme h^ style, la forme de motet.

On y reneoiitre pourtant aussi di'S thèmes mondains. Le Slnlial de Jos(|uin d(!S l'rés en pn-sente un exenqjle fameux avec son ténor sur le thème Comme l'i-mine'.

.N'entrant pas dans les détails, je n'ai pas signalé les messes eonlenant des textes extra-liturgiques [V. dans le VIII" volume des Mit'drcs musiciens le (iloria de la messe <. de Itmitu Virijinn •• de ltruniel|; je ferai de même pour les motets, où paifois aux paroles rituelles s'ajoutaient des paroles do circonstance, voire des paroles françaises. — Au xv" siècle ce genre fleuiissait; c'était une survivance de nos déchants du moyen âge. Au .xvi' siècle la chose devient de plus en plus rare et disparaît. On trouvera un exemple fort intéressant de texte double dans le motet de Cl. Le Jeune : Trislitia ohscdil rtic'.

Les chants saci-es composés dans la forme du motet sont fort nombreux. Au premier rang il faut citer les AnlifHiics, les U/fcrloircs, les llumuca, les I.iimentiiliuns, les LiUml'S, les Psaumes, les M/Kjni/ical, les Lerons tirées du Livre de Joli, les chants du Cantique des Catiliijues; il faut y ajouter les fassions, des fragments del'.^ncien et du .Nouveau Testament, etc., etc.

Outre ces compositions proprement liturgiques, ou s'y rattachant étroitement, l'Église du xvi" siècle a connu des cantiques en langue vulgaire. Les noëls sont au premier rang. Si, là, on pratiquait surtout les adaptations d'airs mondains accommodés aux chants de la Nativité, on avait aussi des mélodies originales composées dans le caractèi'e populaire. Témoin ce chant de iNlcolas Martin, tnusicien en la cité Saint-.Iean-de-Mniicnne, en Savoije, publié à Lyon en Vo'iô avec quinze autres noëls tant en français qu'en patois du pays savoisien. La pièce entière comprend 18 couplets (|ui racontent, en un parler mif, la vie et la mort de Jésus. En voici les trois premiers :

N. Martin : « yoll nouveau est reuii. «

'el aoa .

veaa

est

ve . nn.

De

nos pe . rcs

Bn très grande

ha

mi .

li - te

Diea

en sa na .

3 bccnf, à

ne

Mar . tin.

Poar

le ehauf.fer

Pa

s . tenrs é .

tant

snr

les champs

Des

an . ges on .

at

. ten

da, Df

3a . ra

' 1 . dis d«s - cen

du

Oi?

-ti

té Voa

nt être

en pao - vre

lieo. On?

an

tan

tin Fat

jré . sen

. té près . que

no

Oà?

it, ^

. rent

chan

ts

An

on

. ça

nt

aix de

par

Die

Où?

Bas

en

er . re

Po

or

ac

Ce

(ju'A.

.dat

rd

va

l per

do

Les noëls polyphoniques sont des manières de motets français, d'une allure plus vive, de rythmes plus

1. L'illustre historien A, \V. Ainbros, dans sn Gesdiichte der Mu:iih. a ouvert la voie en ses copieux chapitres sur l'art neerlanilais.

i. Sauf de tri-'S rares cicepUoDS, les thèmes mondains utilisés ainsi ùlaicnt transformés parla romposilion, le mouvement et les nuances: ils s'adaplaicut à leur nouveau milieu, en acquéraient l'esprit dé\otieux et la majesté.

3. Voyez mon édition de ce Stabat chez Scnart, et aussi la magis-

accusés que les motets ordinaires; ils ont, le plus souvent, la coupe du rondeau.

Costeley en a donné deux admirables exemples : « Allons, gay, gay, gay, bergères, » et « Sus. debout, gentils pasteurs a. Le maître du genre est l'illustre Lustrale étude de Michel Brenet le Stabat Mater oV Joxguin Deprcs et la chanson : Cotnmi' femme, publiée dans la Tribitsk de Saist-Gervais (di-cemlire lOli-janvier 1913).

Page 1