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I. — I.os

\ ri's iiK'slircs »,

La grande originalité di- la musique niétriiiue française est lie n'être pas adaptée uniquement à des vers latins, mais le plus souvent à des vcirs français, construits sur le patron des mètres anciens. Ces vers, auxquels on donna le nom de n vers mesurés », imposent à la musique son rythme et iniluent nn'me sur sa structure polyphonique. Il importe donc do les étudiei- tout d'abord avec (pielipKi détail pour arrivera une intelligence suflisante des œuvres françaises de musi(pie u mesurée à l'antique ».

Les prédécesseurs de Bail. — L'expression vers mesurés a di^ix sens différents au xvi« siècle. On entend d'abord par « vers mesurés » ou « mesurés à la lyre »,des strophes, stances ou couplets qui, dans la même ode ou chanson, sont «i identiques, d'un côté par le nomljre et la longueur des vers et, s'il y avait lieu, par l'ordre des vers de différentes mesures; de l'autre, par l'agencement des diverses rimes, et surtout par la succession des rimes féminines et masculines » iComte et Laumônier, Ronsard et tes musiciens du seizième sii'cte\. Cette régularité de construction et d'airangement les rend éminemment propres à être mis en musique, et c'est pourquoi les poètes de la Pléiade ont généralement « mesuré leurs vers à la lyre ». On désigne aussi sous le nom de vers « mesurés » ou « mesurés à l'antique » (Vauquelin de La Fresnaye, Art poétique, II, 847) des vers français, théoriquement non rimes, et reproduisant les combinaisons métriques des anciens grAce à l'observation de la quantité prosodique des syllabes. Les premiers sont des vers français ordinaires qui ne sont mesurés et propres à la lyre que par leur disposition régulière et par une certaine alternance de leurs rimes; les seconds sont des vers d'un genre tout spécial : ce n'est plus leur arrangement extérieur qui est « mesuré », c'est leur structure interne. Par cette structure même, comme par leur origine, ils appellent une musique métrique, plus ou moins analogue à celle des humanistes allemands. Ce sont ces vers mesurés à l'antique dont nous nous occupons ici.

L'humanisme devait porter les différents peuples de l'Europe civilisée à imiter dans leur langue nationale les mètres des vers anciens. Pouiquoi n'auraientils pas eu, eux aussi, des longues et dos brèves"? Et, s'ils en avaient, qui les empêchait de reproduire toutes les combinaisons métriques de l'antiquité'? C'est naturellement en Italie que se produisirent les premières tentatives de ce genre. La plus ancienne que l'on connaisse a pour auteur Léon Battista Alberti (1404-1472), l'universel Alberli , l'un des plus grands noms de la Renaissance italienne, l'un de ceux qui en représentent le mieux l'esprit. Ce sont quelques hexamètres et un distique élégiaque, sans grande valeur poétique, mais d'une métrique très correcte. Une tentative plus marquante est faite peu après par Leonardo Dali, qui récite sa Scena deW Amicizia devant VAcademia coronaria de Florence en 1441. Les deux premières parties de l'œuvre sont en

isno

EXCrCLOPÈDlE DE LA MUSIQUE ET niCTIONNAIRE DU COXSERVATOIRE

hexanièties, la Iroisième en vers saphiques, et la quatrième est uu sonnet rimé.

Mais il faut arriver jusqu'au premier liers du svi"^ siècle pour que ces divers essais devieuneiil un mouveiiieut littéraire imporlant. En do3'J, Clauilio Tolomei publie à Rome ses Kcrsi e Tieijole de la Xuova Poesia Toscana, qui marquent une date dans l'histoire de la poésie italienne. C'est une abondante collection de vers mesurés italiens, composés par Tolomei et par ses amis, et suivis d'un petit traité de la poésie nouvelle. Tolomei, selon la mode du temps, avait fondé avec ses partisans une Accademia délia JSiwva Poesia, où l'on ne devait réciter que des vers mesurés. Il tenta de s'assurer le concours de Luigi Alamanni, l'apûtre du verso sciolto (vers blanc), qui avait déjà publié, en lo32, le premier volume de ses Opère Toscane, dédié à François 1°'-, mais qui ne s'était pas encore essayé dans la véritable poésie métrique. Alamanni, s'ilne composa ni hexamètres ni slrophes saphiques ou alcaïques, écrivit sa comédie de la Flora (153b) en ïambiques sénaires et octoiiaires. Comme il habila longtemps la France, il se pourrait qu'il ait eu une influence sur le développement de la poésie mesurée dans notre pays. 11 est sur toutefois que ce n'est pas lui qui l'y a importée.

On connaît, en effet, un e.xemple authentique de vers mesurés français, qui date de la fin du Sv« siècle. Un nommé Michel de Boteauville composa en 1497 un traité en prose surl'Ari de metrificr franrois, et en 1300 un poème en distiques mesurés sur la Guerre de Cent ans et sur la paix, sujet qu'il avait déjà traité eu hexamètres latins en 1477. Cet ouvrage, dit-il lui-même, est << le premier qui oncquez fut fait en françois metrifié ». L'auteur essaye, en posant de nombreuses règles tout arbitraires, de déterminer la quantité prosodique des syllabes françaises; quant à la constitution des différents pieds métriques, on en jugera par le passage suivant : « ... Ils sont six pieds de versifier, c'est dapUlus, spondnts, trocheus, iambus, tribracits et anapcslus. Daptilus a trois sillebes : la première est longue et les deux autres brefves, comme justice. Spondeus a deulz sillelies longues, comme doulceur. Trocheus a deulz sillebes : la première est longue et l'autre brefve, comme charger. Iambus a deulz sillebes : la première brefve et l'aultre longue, comme chapons. Tribracus a trois sillebes brefves, comme reparer. Anapestus a trois sillebes : les deulz premières sont brefves et la dernière longue, comme charilé. »

"Vers 1330, une nouvelle tentative, s'il faut en croire d'Aubigné, fut faite par un nommé Mous.set, qui fut précepteur du comte de Courtalin et qui traduisit Homère en hexamètres français. Joachim du lîellay, bien qu'il paraisse ignorer les tentatives précédentes, songe réellement, dans sa Defftnce et Illiislralion de la langue françoise (15491, à la possibilité de faire des vers métriques en français. Selon lui, l'usage de ces vers a été établi en latin par une pure convention, et, par une convention analogue, il pouri'ait être aisément introduit en français. Jodelle met en tête des Amours d'Olivier de Magny (1333) un distique dont Pasquier fait le plus grand cas et qu'il considère comme le premier essai dans ce nouveau genre de versification. lin loo3, Nicolas Denisol, comte d'Alsinois par anagramme, poète, peintre, géographe, et condisciple des poètes de la Pléiade, publiait des Cl hendecasyllabes phaleuces >> en tète de la 2° édition du MoHophik de Pasquier. Celui-ci composa l'année suivante, sur les instances de Ranius, une

élégie en vers hexamètres et pentamètres, qu'il transcrit tout au long dans ses liecherches de la Franci'.

Au mois d'avril 1362, Jacques de La Taille mourait à vingt ans, emporté par la peste, laissant un traité sur la Manière de faire des cerf, en franrois, ranime en f/rec el en latin, qui ne fut publié que onze ans après. Il avait aussi composé des poèmes mesurés, qu'il n'a pas livrés au public. Comme Michel de Ifoteauville, La Taille, pour essayer de déterminer la quantité prosodique des syllabes françaises, ne s'appuie sur aucun principe solide. Si l'on excepte les finales, dont la prosodie dépend « de l'authorité et discrétion des lîscrivains », la quantité est tantôt exactement calquée sur le latin, tantôt secrètement inlluencée par l'accent français. On doit recourir « aux grammairiens latins, en tant que nostre langue est conforme à la leur, pour apprendre la quantité de la plus grande partie de nos sillabes... Ainsi Façon el Vâleureus auront la première courte pour être issus de Facio et de Valor ». Mais d'autre part, " si un mot de deux siUabes a la dernière féminine, il faudra que la première soit longue, comme dire, chose, vice... nous ne sçaurions comment prononcer un dactile en un mot féminin, tel qu'est utile, fertile, et sommes contrains d'allonger la pcnuUiàne... » Ici l'allongement provient de l'accent tonique français.

La Taille nous donne divers types de vers scanilés d'après ces règles; voici par exemple un vers héroïque :

Dëssûr tous âni-maûs Dieu fùrmâ l'iiûmmè miil-henreûx.

Un élégiaque :

11 nous faut âljù-lîi' tûûté sû-]iL'rstUi-ôn.

Un hendécasyllabe saphique :

O le seul aii-thcûr de ce monde pârfaïl. Un ïambique sénaire :

Je veux Uesôr-maïs publier lé nom dé Dieu.

Pour faire entrer les mots français dans ces cadres d'ailleurs assez souples, on peut encore user de licences, de « figures >■, dont les plus courantes sont les « métaplasmes », additions, suppressions, redoublements, allongements facultalils, destinés à faciliter la tâche du poète.

On voit donc que Baïf est loin d'avoir inventé les vers mesurés; mais s'il a attaché son nom à ce genre de poésie, c'est qu'il l'a employé systématiquement dans des œuvres de longue haleine; c'est aussi parce que, le plus souvent, il y a joint la musique.

Baif et s'es successeurs. — Il n'est pas probable que Baïf, avant de composer ses piemiers vers mesurés, ait connu le traité de La Taille, qui ne parut qu'en 1373; mais il put avoir d'autres modèles. Il se trouvait à Trente vers la lin du concile, en 1362 ou 1303; de là, il descendit en Italie, où il visita .Mantoue, Vicence, Vérone et probablement Venise, sa ville natale. Pendant son voyage, il eut sans doute connaissance du développement de la poésie mesurée en Italie, et en 1367 il commençait, au mois de juillet, une traduction en vers mesurés du Psautier, « en intention de servir aux bons catholiques contre les Psalmes des haeretiques ». Mécontent de son Psautier, il l'abandonna en 1569, après avoir composé 68 psaumes, et en entreprit une autre traduction, également en vers mesurés, qu'il termina en 1573. C'est vraisemblablement vers la même époque qu'il composa ses Cliansonnettcs mesuri}es. dont les jolis rvthmes semblent désirer la musique.

iiisTotnr: di-: i..\ misidii-:

l.iot

Ils'altrilinunatiirellcmi'nl la {;loiie d'avoir innové. l'I im'nu' il se considérait volonticis comnio lu vrai roii.lalc'ur de la poi'sie l'rançaisc, car il cro.vail, avec heaiicoiip do lions esprils dii'xvr sitVle, (pie les (Ircrs l'I les I.aliiis avaient tout d'alionl employé les ver> rinii's, jusiiiraii jour où des poètes de fjéiiie inventèrent la poésie niesnrée. S'il se donna à ce nouveau ;;enre de poésie, ce n'est pas, coninie le préleiul Pasquier, par dépit do n'avoir pas réussi dans les vers riniés, e'est bien pluliH parce ((u'il ambitionnait l;i (gloire de restaurer les beautés musicales du l.viisme antique. Nous en avons pour ténioif^nat;e un passade, assez peu connu', de ses poèmes latins, et les vers souvent cités de l'épitre A son livre :

riy que cherchant d'onipr l:i France Je prin de Cnurville acointance, Maislre île l'ait de bien ch;inli'r :

Oui me fil, pour l'arl de .Muslcjuc HefonniT à la mode antique.

Les vers mesurez inventer.

C'est en elFet avec le musicien Courville, dont oi: parlera plus loin, que lîaïf fonda VAradémie de poési et musique, ouverte en 1371. A celte date, et pendant quelques années, l'étude des vers mesurés appaitieni moins à l'Iiisloire liltéraire qu'à l'histoire musicale. Cependant il sérail faux d'assurer que tons les vers mesurés de HaiT aient été composés pour la musique : dès le début de l'aimée l.)74, Raïf adresse à Charles IX ses Kirrnei de poézie fransocze an vers mezurcs. Si l'on en excepte l'Ode à la Reine .Mère, cel ouvrajje, tant par la forme que par le fond, ne se prête guère à la musique, et, eu fait, on n'en connail pas d'adaptation musicale. 11 n'est pas impossible pourlant que même la simple déclamation de ces vers ait été soutenue par un léger accompagneraenl de luth ou de Ivre.

Baïf ne changea pas grand'chose à la technique des vers mesurés telle qu'elle peut se dégager des quelques essais antérieurs à lui et du traité de Jacques de La Taille. Mais il réduisit en système ce> tentatives isolées et donna an nouveau genre de poésie de véritables œuvres. Malheureusement il ne nous a pas laissé d'ouvrage didactique où soient exposés les principes de la versification mesurée; nous en somi7ies réduits à les reconstituer en nous aidani des vers mesurés eux-mêmes, de l'introduction de^ Etri.'ncs, des schèmes métriques du premier psautier mesuré el des renseignements que Mersennr nous fournit avec complaisance et confusion dans son Harmonie unicerselle et dans ses Quaestiones celeberrimae in Genesim.

En ce qui concerne la quantité des syllabes, on sait que Baïf admettait la règle d'allongement pai position, car on possède, écrite de sa main, une phrase où il déclare que « 2 consonnes qui sont après les voyelles rendent la syllabe précédente longue ». Mais pour qu'une pareille règle répondit ii quelque réalité phonétique, il fallait que le langage écrit fût la transcription exacte du langage parlé. On comprend alors que Baïf ait adopté pour son compte un système d'orthographe simplilïée assez analogue à celui de Ramus. Cette orthographe, qui lui donnail

1. Carmina, fol. 17. Après avoir parlé des vers grecs et latliis, « Se culo qiios aureo

il ajoute :

Pocli solebant Musicigue pangere Vîriqae ctari DObilesque feminae •>,

Qaorum rplictis primus iD Testieiis liisistere ausus, verba claiisî G;utî«.'a. Krevesque longasque aure (•alh-ns -îyllabas, Simplpx iluplexque tempu-; aptaiij; oirline Cei'lo, quod tis^el artc Junctitm iiiinicn.

des siKiies dilVérenls pour les voyelles ,'i quantité nettement variable ipar exemple, deux signes pour o selon ipi'il est bref ou longi, lui permit d'indiquer assez exactement la nature prosodique d'un certain nombre de syllabes. .Mais cette [irosodie resta en granile partie conventionnelle el iléterniiiiée tantôt par l'analogie avec le latin, lanltM par une concession incotiscienle aux exigences de l'accent tonique fiançais; sur ce point, liaïf no procéda pas autrement ipie ses plus obscurs devanciers.

Il fut plus original dans le choix des nièires où devaient entrer les longues et le» brèves ainsi constituées. Tandis qu'avant lui les auteurs de vers mesurés français s'élaient bornés h composer des liexanièlres, des distifpies élégiaqiies ou tout au plus des vers saphiqnes, Baïf. surtout dans ses Psaumes et dans ses Chansonneltes, employa les formes de vers les plus varii-es, (pi'il diversilia encore par l'usage frétpient des types catalecliques. l'A il réiiidtces vers ou biles eu groupes ilik'''lrs. trikiiles, etc., formant ainsi de nombreuses combinaisons stropliiques dont quelques-unes paraissent être de sa création. Enlin, il s'essaya aussi, en joignant divers types de strophes, à la grande ode lyrique « par strofe, antistrofe, épùde », expression dernière et parfaite du lyrisme selon l'esprit de l'antiquité.

Ces nouveautés, envisagées comme des œuvres purement littéraires et indépendamment de la musi(]ue qui était leur principale raison d'être, furent en général assez mal accueillies du public. Klb^s obtinrent sans doute les snll'rages de (|ueliiues lettrés enthousiastes. Scévole de Sainte-Marihe d'-clare que c'est une entreprise « tout à fait excellente et qui mériterait un succès universel, si on la jugeait en elle-même el non d'après des préjugés enracinés ». (Cité dans Ménagi', Anti-Itnillet, art. cxi.l Mais ce passage lui-même nous donne à penser qiie l'opinion courante était tout autre. En réalité, malgré quelques réserves, il faut en croire là-dessus le témoignage formel de Pasquier, suivant lequel Haif fut « en ce sujet si mauvais parrain que non seulement il ne fut suivi d'aucun, mais au contraire découragea un chacun de s'y employer ». {Œuvres, I, 7.33.1 II faut en croire surtout le témoignage de Baïf lui-même, qui, dés lo77, dans ses vers latins, se plaint amèrement de l'échec de sa tentative, de l'ingratitude des Français, el qui, découragé, ne trouve plus de consolation que dans le commerce des Muses latines.

Si les vers mesurés n'obtinrent jamais l'estime du public, ils furenl considérés, dans certains milieux littéraires, comme un passe-temps de bon ton, comme un tour d'adresse dont il fallait, au moins une fois, s'être montré capable. Remy Belleaii disait << qu'il en fallait faire, pour dire j'en ay fait ». D'ailleurs on ne tarda pas à ajouter la rime aux vers mesurés, ce qui, en les rapprochant des vers ordinaires, leur donna une vie nouvelle. Ronsard ne dédaigne pas d'écrire deux odes saphiques rimées. On trouve aussi des vers saphiqnes en rimes dans les Œuvres poétiques de Marc-Claude de Buttet (1588).

Enlin, un important mouvement de poésie mesurée se produit dans les dernières années du xvi"= siècle, autour de Mcolas Rapin. Passerai, Pasquier, Gilles Durand, Odet de La .Noue, Scévole de Sainte-Marthe, Raoul Callier, composent des vers mesurés, rimes ou non rimes. D'.Aubigné, provoqué par Rapin dans une discussion sur ce genre de poésie, écrit le lendemain, en vers saphiques, une paraphrase du psaume 88, qui fut mise en musique par Claude le Jeune et par

Esr.yr.inpÉDiE de la musique et dictio.waiiœ du coxsEnvATontE

Du Caurroy. Il (il d'autres vers mesurés par la suite, si bien qu'il put en publier dix-neuf pièces dans ses Ptlites (Èinres. mesUes. Mais le véritable chef d'école fut alors .Nicolas Rapin, qui composa ileux livres de vers mesurés, pour la plupart rimes, publiés par Cailler en 1610, deux ans après la mort de l'auteur.

Après la disparition de Rapiii et de son école, après les livres de Mersenne,qui consacra de longues pages aux ell'orts de Baïf et de ses successeurs, on peut dire que la poésie mesurée retombe au rang des curiosités littéraires. Il est inutile, et d'ailleurs hors de notre sujet, d'en suivre plus loin le développement. Pourtant mentionnons en passant deux tentatives curieuses faites par deux hommes dont on s'étonnera de trouver le nom ici, par Turgot et par Louis Bonaparte. Tous deux composèrent des vers mesurés, le premier un « poème en vers métriques hexamètres », intitulé Didon et traduit du 4" livre de VÉiiéide, le second diverses pièces comprises dans un Essai sur la versification où il joignait la pratique à la théorie.

Esthétique du vers mesuré. — Sans vouloir étudier à fond le mécanisme rythmique de la versification mesurée, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails indispensables à l'exacte compréhension de la musique humaniste. Les auteurs de vers mesurés français ont voulu imiter dans notre langue les procédés de la versification latine. Or l'harmonie du vers latin dépend de deux facteurs, la quantité et r/c(z(S. Quel peut être leur rôle dans les vers mesurés français?

La quantité, qui, dans la versification latine, était assez nette pour déterminer à elle seule un rythme défini, est au contraire extrêmement incertaine en français. Dans notre langue, comme dans les autres langues romanes, elle est liée à l'accent tonique, qui porte sur la fin des mots à terminaison masculine et sur la pénultième des mots à terminaison féminine. Quant aux syllabes proioniques, qui sont en majorité, il est bien difficile d'en déterminer la prosodie : car, si on les compte pour longues ou pour brèves par analogie avec les mots latins de même structure, on leur donne le plus souvent une quantité qu'elles n'ont pas, et l'on fausse d'une façon ridicule la prononciation naturelle. Si l'on essaye de percevoir leur véritable durée, on ne perçoit rien de précis, et l'on est amené à les considérer comme douteuses, c'est-àdire tout à fait impropres à former par elles-mêmes un rythme quelconque. Tandis qu'il y avait, entre les longues et les brèves de la poésie latine, des rapports de durée nettement perceptibles, la différence entre nos longues et nos brèves n'est ni bien définie pour un même mot, ni constante pour des mots différents. En somme, avec une prosodie aussi flottante, il parait chimérique de vouloir former des vers métriques en notre langue, à moins que l'ic/î/s, emprunté aussi à la métrique latine, ne puisse suppléer à l'indétermination de notre quantité.

Le rythme du vers latin était suffisamment défini par l'opposition des longues et des brèves, " disposées de telle sorte qu'une syllabe longue se trouvât toujours à certaines places >>. Mais en outre cette longue (ou sa monnaie) portait Victus oii percussio, c'est-à-dire qu'on batlait sur elle le temps fort de la mesure. 11 est probable que Victus donnait à la syllabe sur laquelle il portait une intensité momentanée et toute relative au vers. Le retour périodique de la longue était ainsi mieux marqué, et le rythme du vers y gagnait en netteté et en force. L'ictus pou-

vait, selon les cas, tomber sur difTérentes syllabes d'un même mot, qui prenait ainsi, de par sa place dans le vers, une physionomie parliculièiv. Tel, par exemple, le mot fortunatus dans ces deux vers de Virgile :

O forlunalos nimium sua si bona norinl...

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