La troiupetle
La trompette n'apparaît pas, dans les représentations égyptiennes, avant le Nouvel Empire, et elle n'est jamais, à ma connaissance, figurée qu'à titre d'instrument militaire. Cet usage spécial nous explique d'ailleurs pourquoi l'on ne trouve pas de représentations de trompettes sous l'Ancien ou le Moyen Empire. A ces époques, en effet, il n'existait pas d'armées égyptiennes permanentes : pas de casernes oij l'on fit dans les cours des exercices au son d'instruments belliqueux; pas de promenades militaires par les rues, musique entête, à la grande joie des badauds. On levait des troupes comme on pouvait, quand un danger menaçait le pays, ou quand une expédition à l'extérieur était jugée nécessaire. I.a guerre terminée, les soldats d'un jour reprentiient tranquillement, dans les champs, la houe et la charrue.
Mais il en fut tout autrement sous le Nouvel Empire, à cause des attaques fréquentes que des peuples voisins firent subir à l'Egypte, et du désir de conquêtes veugeresses qui anima les Toulhmès et les Kamsès. Le métier de soldat devint alors un métier tout comme un autre, et les instruments militaires
iiisToinE ni-: la Misiuri;
llreiit leur apparition. Trompettes, tambours et crotalos de cuivre pn'ciuiiTcnt les soldats dans leurs di'lilés à travers la ville, et nous avons de ces scènes un certain nombre de représentations (lit;. 14)'.
Latroraiiette égyptienne était un simple tube droit, assez court, terminé par un pavillon évasé tout à fait semblable à celui de notre trompette moderne.
lîno seule trompette égyptienne est parvenue jusqu'à nous, et encore n'est-elle pas complète, car il en manque l'embouchure. Elle est exposée au Musée égyptien du Louvre, et j'en donne ci-joint le cro(]uis que j'ai pris en étudiant soigneusement l'instrument (fig. 45). Cette trompette est en bronze doré et pré-
FiG. 45. — Trompclle égvplienne^.
sente une longueur totale de 0"',a4. Le plus grand diamètre du pavillon est de 0"',t6, et son plus petit diamètre, à l'endroit où il se joint au tube, est de 0"',02o. Ce tube mesure 0™,44 (ce qui laisse 10 cm. pour la hauteur du pavillon) et, se rétrécissant peu à peu à mesure qu'il s'éloigne du pavillon, — ce qui lui donne une section conique, — il se termine sur un diamètre de 0™,01o à l'endroit où devait se trouver l'embouchure disparue.
Avec des proportions aussi exiguës (un égyptologue a toujours contemplé avec ébahissement les immenses trompettes il' Aida), il est évident que la trompette égyptienne devait être passablement criarde, et l'on s'explique facilement pourquoi, au dire de Plutarque^, les habitants des villes égyptiennes de Busiris et de Lycopolis, qui, pour des raisons d'ordre religieux, abhorraient l'âne et ses braiments, ne pouvaient soufl'rir sur leur territoire les sonneries de trompettes, qui leur rappelaient trop l'animal exécré.
On n'a pas encore, jusqu'ici, retrouvé dans les textes égyptiens le nom de cet instrument.