‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 24 sur 1158 · E. NEWEEitnY, Déni Basan, London, t. I, 1S93. pi. xxxl · texte numérisé non relu

E. NEWEEitnY, Déni Basan, London, t. I, 1S93. pi. xxxl

"1. Publi»^c pour la première fois en dessin dans J. GAiioNEn Wilkinson, op. cit., t. 1, p. 477, fig. 2-i4, puis en pliotograpilie dans Kœnigliche Museen zu Berlin : ausfûhrliches Verzeicimis der xgyptischen AlKrtlnimer, Berlin, 1899, p. 219.

3. Publiée pour la première fois, en dessin, dans C Leesians, Monu-

Longtemps on a admis en égyptologie que la guitare est l'un des plus anciens instruments de musique que connai=!saient les Égyptiens. Et pourtant, les égyptologues étaient forcés de reconnaître que cet instrument n'est figuré sur les monuments qu'à partir de la XVIll" dynastie. Cette opinion sur l'antiquité de la guitare en Egypte, — opinion, comme on le voit, contredite par les faits, — reposait en partie

sur l'interprétation du signe hiéroglyphique i,i,

qui se lit nefer.

Champollion y vit la représentation d'un théorbe, et depuis, jusqu'à la plus récente grammaire égyptienne parue (celle d'Erman en 1902),

— y compris la mienne, je dois l'avouer,

— le signe nefer a toujours été rangé, avec la harpe et le sistre, parmi les signes hiéroglyphiques représentant des instruments de musique. Dans le premier type donné ci-dessus, on voyait un théorbe ou luth à deux cordes, et, dans le second type, le même instrument à quatre cordes. Il faut reconnaître, à la décharge des égyptologues, que le signe nefer présente bien effectivement la forme d'une guitare.

Un autre motif venait même confirmer cette manière de voir. Le mot hébreu nehel désigne un instrument à cordes. Or, entre nehel et nefer il y a, en phonétique sémitique, si peu de dilférence, que l'on considérait les deux mots comme identiques, l'un sous une forme égyptienne, et l'autre sous une forme hébraïque. On ne sait trop, il est vrai, ce qu'était au juste le nehel, mais la question intéressait peu les égyptologues, du moment que le nebel était un instrument à

mens éijyptiens du Musée d'antiquités des Pays-Bas, à LeiJe, io-fol.,

pi. CCXI.ll.

4. Tublife en pholographie par M. J. Combaricu.\ dans la Beoue musicale. Paris, 1907, n° 13, p. 337.

5. Fi». .30 =J. G*RD>En WiLKlNSOS, op. cit., t. I, p. 476, fig. 242, n» î. — Fig. "57 = i6irf., fig. 242, n" 1.

EXCrCLOPÉDfE DE LA MUSIQUE ET DICTIOXXAIRE DU CONSEnVATDrRE

cordes, et les hébraisants, toujours fort embarrassés quand il s"agit d'identifier un instrument de musique nommé dans l'Ancien Testament, pouvaient, de leur coté, s'appuyer sur la forme du signe nefer et sur l'idenlité entre nebel et nefer pour voir dans le nebel une sorte de guitare.

Enfin, dernière coïncidence étrange, il existe un

mot égyptien, i'^l nefer-it [il est la désinence féminine), qui, d'après son déterminatif, désigne un objet en bois. Que pouvait être cet objet en bois, sinon l'instrument de musique représenté par le signe nefer? Et c'est bien ainsi que certains comprirent le mot uffei-'W, venant ainsi apporter un nouvel argument en faveur de l'interprétation courante du signe nefer.

remarquer qu'en eflet le gouvernail a exactement, dans la pkqiart des cas, la forme du signe n''fer. Le gouvernail, sur les bateaux, est le plus souvent penché obliquement, mais quelquefois, cependant, il est presque vertical. Or, il se trouve que les exemples les plus anciens que l'on connaisse du sicne nefer représentent précisément ce signe penché obliquement, absolument comme le gouvernail de la majeure partie des bateaux. Cette forme antique du signe date de la 11° dynastie et entre dans le nom du roi Nefer-ka'.

Double conclusion : 1° le signe nefer doit définitivement chanper de place dans les grammaires égyptiennes et passer du chapitre des inslruments de musique au chapitre des bateaux; 2° les Kgyptiens n'ont pas connu la guitare avant le iSouvel Empire, comme le faisait du reste présumer la date des monuments où sont, pour la première fois, figurées des guitares.

Fis. 5S. — La fjuilare sous le Nouvel Empire".

Cette question m'a préoccupé longtemps. Il me semblait inadmissible qu'un instrument de musique, figurant au nombre des signes hiéroglvpliiques dès l'Époque archaïque, ne fût jamais représenté dans les scènes musicales qu'à partir du Nouvel Empire. Je comparai les représentations peintes de la guitare avec des spécimens coloriés et détaillés du signe nefer, et je remarquai qu'il se trouve, sur la partie elliptique du signe, des ornementations en forme de disque et de croissant qu'on ne trouve jamais figurées sur les guitares. D'autre part, étudiant de très près le mot nefer-it, je constatai qu'il signifie « gouvernail », et non pas « luth » ou « Ihéorbe », ou même « lyre ». Enfin, retournant en sens inverse le raisonnement de ceux qui pensaient que, puisque le signe nefer est un instrument de musique, le mot nefer-it doit désigner cet instrument, je me dis que, puisque le mot nefer-it signifie « gouvernail », le signe nefer doil très vraisemblablement représenter un gouvernail. Et je me mis à étudier les bateaux figurés si fréquemment sur les bas-reliefs. Je ne tardai pas à

1. P. PisRnET, Vocabulaire hù'roghjphiqiLe, p. 2G3, s. v. rtefer-it.

2. E. Phissb d"Avf..n.\es, histoire de l'art égyptien, Paris, in-fol., 1858, pi. sans Duniérû.

Fia. 59. — Trigone d'Époque saïte

Cette importante question tranchée, il ne reste plus que peu de chose à dire sur la guitare égyptienne. Dérive-t-elle, comme j'ai été amené à me le demander, de la petite harpe à trois ou quatre cordes dont on aurait redressé le manche? A-t-elle plutôt été importée d'Asie, comme tend à le faire croire ce fait qu'on la jouait à l'aide du plectrum et que le plectrum a été importé de Syrie en Egypte'? Je pencherais plutôt vers cette dernière manière de voir, d'autant plus que la guitare est représentée sur des monuments chaldéo-ttssyriens.

La guitare se rencontre très souvent sur les monuments du Nouvel Empire, mais elle a toujours à peu près la même forme Ifig. 58). Tantôt elle a deux cordes, tantôt trois. Toujours on la joue au moyen du plectrum, ce dont on a voulu tirer la conclusion, probablement erronée, que les cordes étaient en métal. Chose étrange, on ne trouve jamais de chevilles représentées au haut du manche; mais les extrémi-

3. Annales du Service lies antiquités de l'Egypte, t. VU, p. 257-281 .

4. Bas-relief du niustc d'Alexandrie, publié dans G. MAsrEUO, le J/uït?e égyptien, Caire, t. II, 1907, pi. xl.

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

tés (les cordes, au bout du manclie, pendent de dix nu douze centimètres et sont terminées par des lloclies, comme dans le tri^one qu'il nous reste à étudier. Peut-être passail-on siinplenient les cordes dans des trous jiercés à l'extrémité du manche et les liaiton fortement après les avoir tendues.

Kn tout cas, oulio l'eniiiloi du plectruni, ces Hoches pendantes, ijui se présentent éf^alement sur le trii^one d'orif,'ine asiatique, semblent bien nous prouver que la guitare fut importée d'Asie.

J'ajouterai que l'absence de chevilles sur la guitare éfjyptienne nous montre une fois de plus que le signe nefcr, avec sa barre ou sa double barre qui coupe le haut du manche et qu'on prenait pour une ou deu.\ paires de chevilles, ne peut en rien représenter une guitare, puisque la guitare, en Egypte, n'avait pas de chevilles.

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