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CHAPITRE X

INSTFfUIVtENTS A CORDES

On a expliqué jilus haut (pp. 93 et 112) la division de l'octave en 14 degrés pour les tuyaux, en 12 degrés pour les cordes, et l'on a indiqué la confusion qui en résulte dans les rapports harmoniques, le trouble de -la notion de degré, de note; en ces conditions, je ne sais comment est pratiqué l'accord des instruments de diverses classes devant jouer ensemble, d'autant que la musique rituelle, principalement en question, ne connait pour les accords plaqués que l'unisson, l'octave, la quinte et la quarte. A cette circonstance, jointe à l'usage unique des quintes justes pour la détermination des notes de l'octave, est dû le peu de justesse pour nos oreilles de la musique chinoise. En réalité la pratique n'est pas exactement celle qui résulterait des principes stricts, du moins pour le khin, l'instrument à cordes essentiellement classique; car pour les autres, mes documents uniquement officiels n'indiquent pas autre chose que les notes de l'échelle officielle. Le khin n'a ni l'échelle de 14 degrés, ni l'échelle par quintes justes : il a employé dès l'origine et a toujours conservé pour la corde une division purement acoustique; d'où résulte une "échelle intermédiaire entre l'échelle officielle et l'échelle obtenue par quintes justes.

Instmiuents à cordes pincées.

112 Khln^, caisse sonore allongée à fond plat, à table d'harmonie légèrement bombée; le profil longitu- ' mal est rectiligne, le profil transversal forme

un arc très court d'une grande circonférence. 112. Khin (N- 86, 2": part. /.)-

Table d'harmonie en bois d'éléococca, fond en bois de catalpa; ce corps est enduit d'un vernis spécial. L'instiument est posé devant l'exécutant sur une table rectangulaire, dont le dessus, formé de deux tablettes parallèles et

muni d'ouvertures, sert de caisse de réson- Fig. 20S.

nance. L'extrémité étroite, dite queue ou arrière, est à gauche du musicien; sur le côté (gauche) opposé à l'exécutant sont incrustés treize ronds d'ivoire

i. N» 69 (Y. l. t., liv. 1»6, ff. 15, 16). 2. N« lO.ï, liv. 12, f. 8. — N» 107.

3. N- 6.H. liv. 33. IT. 14, 15. — N» 67, liv. 32, ff. 16, 17. — N" 103 sections A'/iiii Iclti, Khin ch'i. — N» 64, liv. 183, f. 18.

IGi

ou de nacre, hivH, qui servent de tons. Le fond est percé de deux longues ouïes rectangulaires; deux petits pieds soutiennent l'extrémité droite ou front; à deux boutons arrondis placés au quart de la longueur à partir de l'arrière sont attachées les cordes, trois au bouton de droite, quatre à celui de gauche; elles sont tendues au moyen de chevilles qui sont insérées dans le fond de l'instrument suivant une linne correspondant à un cheval et placé vers le front.

TERMINOLOGIE ET DIMESSIOKS '

Longueur totale 3P,159

Largeur du front (fOng iigô, front du phénix). 0,5103

Largeur aux épaules {sijënjén kijên, épaules

du génie) 0,5832

Larseur aux lombes {yio) j

Largeur aux queues [IsijSo wèi, queues brù- \ 0,4374

lées) )

Hauteur du chevalet-chevillier (yô ehâii, montagne) 0,0486

Largeur du chevalet-chevillier 0,0243

Largeur de la bouche ou gencive du dragon (irnig kkeoii, long yin) jouant le rôle de sillet entre les queues 0,1215

Epaisseur à la bouche 0,1215

Fond , ouïe centrale (long Ichhi, étang du

dragon) 0,0648 X 0,6227

Fond, ouïe postérieure [fông tchki, étang du

phénix) 0,0648 X 0,251 1

Hauteur des pieds [fou Ichiing, paumes de canard) 0,1134

Hauteur des boutons [iién tsùù, pattes d'oie) . 0,0891

Fond , ouïe transversale antérieure où passent les chevilles tlchni Ichhi) 0,0567 x 0,3726

Longueur des chevilles [tchén) 0, 1539

Les chevilles, soit en bois, soit en pierre, au nombre de sept, sont rangées dans l'ouïe transversale et louriient à frottement dans la table d'harmonie appliquée à cet endroit contre le fond; la cheville est dans la partie supérieure percée d'un canal parallèle à l'axe, puis infléchi à angle droit, de sorte que l'orifice inférieur soit sur le cùté foudameulale de la cheville juste au-dessous du fond du khin. Par ce canal passe une mèche de soie qui fait boucle à la hauteur du chevalet, s'enroule autour de la cheville à partir de l'orifice inférieur, puis retombe en torsade. En tournant la cheville, on accroît la tension de la mèche, qui tend la corde nouée dans la boucle sur le chevalet.

Les cordes, du chevalet au faux sillet, mesurent 2i', 916; elles sont de soie; le fil, /«éîz, est formé de .'16 baves, kyén : l'" corde (extérieure ou gauche), 108 fils ; — 2» corde, 96 fils ; — 3= corde, 8 1 fils ; — 4« corde, 72 fils; — 5'= corde, 64 fils; — 6= corde, o4 fils; — 1' corde (intérieure ou droite), 48 fils. Ces nombres sont les mêmes que ceux qui expriment la longueur des cinq premiers lyû dans le système classique. Les tons ou marques se comptent à partir de la droite (front) ; les intervalles ne sont ni tempérés ni pythagoriciens-.

Pour la musique officielle, le khin est aujourd'hui accordé sur le chalumeau; la !■■= corde donne hô:=rt' et peut être montée d'un lyfi^.

La difficulté d'appliquer au khin la gamme officielle

des Tshing parait dans cette échelle à la distance excessive rétf sol ou mi soli; de plus, même en partant de ré S, la division eu parties aliquotes simples ne peut reproduire les notes officielles ; ainsi les tierces de réc seraient /a; et faxlsol), notes absentes de la gamme (voir ci-dessous et p. 112).

Laissant désormais de côté l'accord officiel, je m'occuperai seulement de la musique classique des lettrés. Tous les autres instruments sont, en effet, abandonnés à des professionnels assez peu estimés, au plus en joue-t-on par désœuvrement, dans le peuple, dans la partie la moins relevée des classes moyennes, chez les gens qui fréquentent les théâtres et recherchent les plaisirs vulgaires. Le khin, au contraire, est estimé de l'aristocratie intellectuelle, qui le pratique encore un peu. De là la saveur poétique de sa terminologie, le symbolisme de ses formes, les préceptes minutieux pour le choix de son bois, la confection de ses cordes; de nombreuses légendes et anecdotes s'y rattachent où figurent les plus grands sages, y compris Confucius; à le fabriquer des luthiers sont devenus célèbres et depuis le vi= siècle ont laissé leur nom jusqu'à nous : toute une littérature est consacrée à cet instrument.

Foti-hl, le premier souverain mythique, inventa le khin, qui est ainsi l'instrument par excellence de la race chinoise, le chr-ng, pour antique qu'il soit, appartenant un peu aux barbares. Fofi-hï prit du bois d'éléococca ; il lit la table d'harmonie arrondie comme le ciel, le fond plat comme la terre; l'étang du dragon a huit pouces pour agir sur les huit vents, l'é-

Echelles officielles : fondamentale (en kaû-syén) — printemps (en kyii-tchông) — automne (en nin-lyù).

Ectielle

priutemps

automne

l^c. Te.

prime

prime

t "ife >f §.

' prime

tang du phénix a quatre pouces pour imiter les quatre saisons; les cinq cordes représentent les cinq éléments; les sept cordes, Wên wàng ayant ajouté la 6' et \Voù wàng la 7=, correspondent aux sept corps célestes. A l'époque historique, nous trouvons le khîn mentionné dans le Yi li, dans le Tclieoû li, dans les Yiiv linrj', pour les cérémonies les plus solennelles. Confucius, à la maison, en promenade, en voyage, avait toujours son khin avec lui ; il en jouait devant ses disciples et leur expliquait le sens caché des mélodies; il en jouait avec le même calme dans le danger et montrait ainsi sa grandeur d'âme. Vi\ Pn-yâ, qui vivait probablement au iv» siècle avant l'ère chrétienne, est connu uniquement pour son talent sur le khin, qui découlait de son élévation morale : un seul musicien.

1. Ces dimensions ne sont pas rigoureusement observées. Pour le fond du khin, voir la 11^. du tchwèn 204; toutefois les ouïes du kliin sont rectangulaires, non rondes, et placées différemment.

2. N°67, liv. 3J, ff. 16. 17. — N» 65, h-ï. 33, ff. 14,13. — N» 103, sect. Tinij hireiltcén. — N" 86, 2» parUei), f. 4.

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