N° 74, f. 78. etc
8. N» 8, Tù ki. — N» 13, tome II, p. 48. — N» 34, liv. 24, f. 3 v»,
— N" o3. tome 111, p. 240,
0. N» 8, ) o ki. — N" 13, tome II. p, 92, — K» 34, liv, 24, f, 32 r',
— N-So, p, 277.
HISTOIRE DE LA MI'SIOCE
ample; l'ampleur convienl pour réaliseï' riiiiion; Tunion sort pour assembliM- la iiiulliludi; : le prince sage, entendant le son des orgues yi^ et i-lu'ng, des fliHes et des clialumeaus, pense aux officiers qui nourrissent et rassemblent Je peuple]. Le son des tambours et des tambourins est bruyant; étant bruyant, il est propre à exciter le mouvement; mettant en mouvement, il sert à pousser la multitude : le prince sage, entendant le son des tambours et laml>ouriiis, pense aux ofliciers supérieurs et au général en cbef. Quand le prince sage entend un concert, il ne se borne pas à éccintor le son [des instruments", mais il a aussi i^desidées^ qu'il y associe. »
i< La musique' nait des notes (degrés); son origine est dans le cœur de l'Iiomme ému par les objets. Ainsi quand le ciwur ressent une émotion triste, le son est faible et va s'éteignant. Quand le cn'ur ressent une émotion de contentement, le son est ample et prolongé. Quand le cœur ressent \me impression de joie, le son est montant et lointain-. Quand le cœur ressent un mouvement de colère, le son s'enlle et devient violent. Quand le cœur ressent une émotion respectueuse, le son est franc et modéré. Quand le cœur ressent une émotion d'amour, le son est liarraonieux et moelleux. Ces six ralléctions ne sont pas innées; c'est après avoir été all'ecté par les objets que le coîur s'émeut. >■ « Ainsi donc^ si les aspirations du prince] sont mesquines, on cbante des airs faibles et coupés; le peuple est pensif et inquiet. Si fie prince] est magnanime, libéral, indulgent, facile, on cbante des airs richement ornés et d'un rhytbme simple; le peuple est tranquille et content. Si [le prince] est grossier et violent, cruel et emporté, on chante des airs vastes et solides qui secouent les membres; le peuple est dur et résolu. Si le prince] est intégre et droit, ferme et correct, on chante des airs graves et sincères, le peuple est déférent et respectueux. Si \^[e prince] est large et généreux, condescendant et bon, on chante des chants qui se réalisent dans l'ordre, qui agissent avec harmonie; le peuple est compatissant et aimant. Si [le prince] est relâché, mauvais, pervers, dissolu, on chante des airs vils, totalement dilfus et déréglés; le peuple vit dans la débauche et le désordre. »
« Ceux qui sont généreux et calmes', doux et corrects, doivent chanter les Sung : ceux (|ui sont magnanimes et calmes, pénétrants et sincères, doivent chanter le Tu yà; ceux qui sont respectueux, réservés et amis des rites, doivent chanter le Sijno >j(i : ceux qui sont corrects, droits et calmes, intègres et modestes, doivent chanter les Kn-î- f'ông ; ceux qui sont corrects et droits, bons et affectueux, doivent chanter le C/i'1ii9; ceux qui sont doux et placides, mais capables de décision, doivent chanter le Tslii ■'. Celui qui chante se rend droit et déploie son action morale; quand il s'est mis lui-même en mouvement, le Ciel et la 'ferre lui, répondent, les quatre saisons sont en harmonie, les étoiles et les astres sont bien réglés, tous les êtres sont entretenus en vie. »
1. M- 8, l'ù Al. — N« 15, tome II. p. 46. — N" 34, lii. 24, f. 4 r». — N» 33, lome Itl, p. 330.
2. Fà t/i San : fà, surgir, sY'Iever continûment comme une flèche; «an, se disperser, d"où s'éloigner. 11 me semble que cette épillièle décrit t)ien les sons cristallins du khîn quand la corde attaquée n'est pas pressée sur la taille d'harmonie, ni/'in, mais simplement lonchée do manière â former un nœud, ffin; et aussi quand la corde résonne à vide : sàn est alors le terme technique (pp. IGT et 174).
3. N" 8, l'ù l;i. — N° 13, tome II, p. 71. N» 34, liv. 24, f. 20 v».
— N«35, tome 111, p. 261.
4. N» S, Ytj l.i. — y 13, lome II, p. lit. — ^= 34, liv. 2i, f. 36 r».
— N» 33, lome III. p. 283.
3. LesKicè fông,icSyâoj/à,lfiT(îyàf lesSûng forment leC/tî A*!')*;,
" La musique''' est ce qui unide, les riles sont ce qui différencie; par l'union il y a amitié mutuelle; par la dilîérenre il y a resfiect mutuel. Quand la musique prédomine, il y a négligence; quand les rites prédominent, il y a séparation, l'nir les sentiments et embellir les formes, c'est le rôle des rites et de la musitiue. »
« D'après la loi immanente du Ciel et de la 'ferre'', si le froid et le chaud ne vieiment pas en leur temps, il y a des maladies; si le veut et la pluie ne sont pas mesurés, il y a des famines. Les instructions du princej sont le froid et le chaud pour le peuple; si les instructions ne viennent pas en leur temps, cela nuit aux gens. Les actes (du prince] sont lavent et la pluie pour le peuple; si les actes ne sont pas mesurés, ils sont sans elTet. Ainsi, les anciens rois faisaient de la musique un moyen pour modeler leur gouvernement; si elle était bonne, les actions [du peuple] imitaient la vertu [du prince^. i>
« Les anciens rois"... fixèrent par les lyi"! les proportions du petit et du grand, classèrent en ordre le début et la fin pour représenter les devoirs à remplir. Ils tirent que les rapports des parents proches et éloignés, des nobles et des vils, des anciens et des cadets, des hommes et des femmes prissent tous forme visible dans la musique... Dans une époque de désordre les rites s'altèrent et la musique est licencieuse. Alors les sons tristes manquent de dignit-è, les sons joyeux manquent de calme... Lue musique avec des sons larges tolère les projets criminels; avec des sons resserrés elle fait penser aux désirs égoïstes; elle ébranle l'énergie eommunicative, elle éteint la vertu d'harmonie. C'est pourquoi le sage méprise cette musique... Quand l'esprit d'opposition se manifeste, la musique déhanchée se produit;... quand l'esprit de conformité se manifeste, la musique harmonieuse se produit. Ainsi se répondent la voix qui entonne le chant et les voix qui accompagnent. Le sinueux et l'oblique, le courbe et le droit se classent chacun dans sa catégorie; la loi de la nature est que tous les êtres se meuvent les uns les autres d'après leur espèce... Aussi quand la musique exerce son action, les cinq devoirs sociaux sont sans mélange, les yeux et les oreilles sont clairs, le sang et les esprits vitaux sont en équilibre, les pratiques sont réformées, les coutumes sont changées, l'Empire est totalement en paix. »
« Les airs'' du pays de Tchéng, favorisant les excès, débauchent l'esprit; les airs du pays de Song, qui font les délices des femmes, submergent l'esprit: les airs du pays de Wéi, étant pressants et rapides, troublent l'esprit; les airs du pays de Tshi par l'insolence et la partialité rendent l'esprit arrogant. Ces quatre [sortes d'airs] poussent à la luxure et blessent la vertu. Aussi dans les sacriUces on ne les emploie pas. >•
« Les airs'" entendus sur la rivière Pou parmi les
ainsi qu'on l'a déjà vu. Le t'tidnij et le Tsin sont d'anciennes poésies datant les unes des cinq Empereurs antérieurs aux dynasties, les autres des trois dynasties llvà. Chrmg et Tcheoû et conservées dans le royaume de Tshî et dans le royaume de Sông lou Cbrtng). Voir la suite du teite : N» 8, lo/.i. — N» 13, tome II, pMI2. — V 34, liv. 24, f. 36 v°. — N° 35, tome m, p. 283.
6. N«8, Yà ki. — N" 15, tome II, p. 55. — N" 31, liv. 24, f. 9 r°. — N» 35. lome m, p. 243.
7. N" s, lu /.•!. — N" 13, tome 11, p. O'.l. — N» 34, liv. 24, f. 16 r».
— K° 35, lome m, p. 236.
8. N- 8, Y6 ki. — X- 15, tome II, pp. 73 à 78. - N" 34, liv. 24, IT. 22 r«à 24 v». — N° 33, tome III. pp. 263 à 266.
n. N» 8, Yà ki. — N» 13, tome 11, p. 90. — N° 34, liv. 24, f. 31 v.
— Xo 35, tome III, p. 273.
10. N» s, Yù ki. — K» 15, tome II, p. 49. — N« 34, liv. 24. f. 6 V. - K-35, tome III, p. 241.
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIO.X.XAIRE DU COXSEnVATOIRE
mûriers sont ceux d'un Elat ruiné. Le gouvernement était alors relâché; le peuple se dispersait, calomniait ses supérieurs, agissait eji vue de l'intérêt privé : quand on en est là, [le mal) ne peut être arrêté. »
Ces idées dominent la question de l'ï/ioç musical; les théoriciens plus réccnls n'ont fait que les répéter et les développer. Les notes isolées, les instruments séparés, les groupes de sons, les airs, la musique unie à la danse expriment des sentiments, traduisent des faits et di's jugements, disposent à des devoirs; les lois physiques des sons représentent les lois sociales de hiérarchie et d'union, elles symholisent, préparent, soutiennent le hon gouvernement. Nous serions tentés de voir dans ces formules une série de métaphores; les Chinois y ont vu dès l'origine, y voient partiellement encore l'expression de rapports réels, tangihies. N'ous ne saurions aller aussi loin qu'eux dans ce sens'. Il n'est pas contestable toutefois que des observations judicieuses ne soient à la base de ce système : le mode majeur ou mineur, le mouvement lent ou ra|)ide, le rhythme à trois ou quatre temps, la ligne de mélodie ascendante ou descendante impressionnent de manière diverse notre êlie physique même. Les réactions mutuelles du corps et de l'esprit; la condition psychologique et morale de la famille, de l'Etat, résultant de la valeur de l'homme intellectuel et moral; par suite la domination des rites qui, fixant les attitudes et les paroles, l'èglent indirectement la volonté : ce sont des principes tonjours admis par la philosophie chinoise et qui, si l'on écarte des exagérations naïves, sont dignes de considération.
Une anecdote rapportée par Seii-mà Tshyên- illustrera quelques-uns de ces principes, n C'était au temps du duc Ling (o34-493 A. C), du pays de Wéi^; le duc se proposai! de se rendre dans le pays de Tsin; arrivé au bord de la rivière Pou', il y fit halte. Vers le milieu de la nuit il entenditunkhîn-' dont quelqu'un jouait; il interrogea ceux qui étaient auprès de lui, mais tous répondirent qu'ils n'avaient pas entendu. Alors [le duc] doima l'ordre suivant au maître de musique Kyuên : << J'ai entendu les notes d'un khin dont quelqu'un jouait; j'ai interrogé ceux qui étaient auprès de moi, mais aucun d'eux n'avait entendu; cela a toute l'apparence de venir de l'esprit d'un mort ou d'un dieu ; écoutez à ma place et notez par écrit [cet air]. » Le maître de musique Kyuên y consentit; il s'assit donc d'une manière correcte en attirant à lui son khin; il entendit [l'air] et le nota par écrit; le lendemain il dit : « Je l'ai, mais je ne m'y suis point encore exercé; je vous prie de vous arrêter encore une nuit pour que je m'y exerce. Le duc Ling y consentit; on passa donc de nouveau la nuit [dans cet endroit]; le lendemain [le maître de musique Kyuên] annonça qu'il s'était exercé [à jouer cet air]. [Le duc et sa suite] partirent et arrivèrent au pays de Tsin. »
M Ils furent reçus en audience par le duc Phing (537- 532 A. Cl du pays de Tsin; le duc Phing leur donna un banquet sur la terrasse de Chî-hwéi". Quand on fut échauffé par le vin, le duc Ling dit : « Kn venant,
1. L'empereur Thdi Isniig, desThûng, repoussait toutefois la croyance commune. Un ilc ses ministres lui citait l'exemple dcsTchbi^n et des Tshî, dont la cliutc avait été annoncée par la composition de deux chants yii chou lieot'i ihinij hivn et Pùn li/ù /ïln/ii hîn'j Ion (p. l'jl, texte et note 13). 1,'Empereur répondit : la musique émeut le cœur de l'iiomme; entendant la musique. 1 homme content se réjouit, l'homme anxieux se lamente; ces sentiments préexistent, la musique les fait manifester; dans un Ktat (lui \'a périr, le peuple est plein d'amertume, c'est pour cette raison qu'il est triste. (N° 45, liv. 28, f. 2.)
j'ai entendu un air nouveau : je vous demande la permission de vous le jouer. » Le duc Phing y consentit. On ordonna au maître de musique Kyurn de s'asseoir à cîile du maître de musique Khwàng, d'altirer à lui son khin et d'en jouer; avant qu'il eût fini, maître Khwâng posa la main sur le khîn et l'arrêta, disant : c< Ceci est un air de musique d'un royaume détruit; il ne faut pas l'écouter. >i Le duc Phing dit : ic De quelle manière [cet air] s'esl-il produit'? » Maître Khwâng dit : n C'est le maître de musique Yen qui l'a composé; il fit pourTcheot'i une musique de perdition; lorsque le roi Woii eutvaincuTcheoû, maître Yen s'enfuit vers l'est et se jeta dans la rivière Pou. C'est * pourquoi c'est certainement au bord de la rivière Poii ■ que vous avez dû entendre cet air. Celui qui le pre- I mier entend cet air, son royaume sera diminué. » Le ■ duc Phing dit : « Ce que j'aime, ce sont les mélodies; je désire les entendre. » Maître Kyuên joua et termina [l'air]. »
« Le duc Phing dit : « N'est-il pas des airs plus lugubres que celui-ci '.' — Il y en a, dit maître Khwâng. J — Puis-je les entendre'? » demanda le duc Phing. W Maître Khwâng dit : « La vertu et la justice de Votre Altesse sont minces, vous ne sauriez les entendre. » Le duc Phing dit : « Ce que j'aime, ce sont lés mélodies; je désire les entendre. ;> Maître Khwàng, ne pouvant faire autrement, attira à lui son khin et en joua; à la première fois qu'il joua l'air, il y eut deux bandes de huit grues noires qui s'abattirent à la porte de la véranda; à la reprise, elles allongèrent le cou et crièrent, étendirent les ailes et dansè'rent. Le duc Phing fut très content; il se leva et. porta la santé de maître Khwâng; étant revenu s'asseoir, il demanda : (c N'est-il pas des airs plus lugubres encore que ceux-ci? — 11 y en a, répondit mailre Khwàng; ce sont ceux par lesquels autrefois Hwàng ti réalisa une grande union avec les esprits des morts et les dieux. Mais la vertu et la justice de Votre Altesse sont minces, vous n'êtes pas digne de les entendre. Si vous les entendiez, vous seriez près de votre ruine. » Le duc Phing dit : « Je suis vieux. Ce que j'aime, ce sont les mélodies; je désire les entendre. » Maître Khwâng, ne pouvant faire autrement, attira à lui son khin et joua; la première fois qu'il joua l'air, des nuages blancs s'élevèrent au nord-ouest ; à la reprise, un grand vent arriva et la pluie le suivit; il fit voler les tuiles de la véranda. Les assistants s'enfuirent tous; le duc Phing, saisi de terreur, resta prosterné à terre entre la chambre et la véranda. Le royaume de Tsin souffrit d'une grande sécheresse qui rendit la terre rouge pendant trois années. — Ce qu'on entend ou porte bonheur ou porte malheur; la musique ne doit pas être exécutée inconsidérément. » -J
« Ainsi'' donc les rites et la musique s'élèvent jusqu'au Ciel et s'enroulent sur la Terre, agissent sur les principes yln et yâng et communiquent avec les
mânes et les esprits célestes Aussi les hommes
saints se sont bornés à parler des rites et de la musique. »
2. N° 34, liv. 24, f. 37 v», etc. — N» 35, tome III, p. 287, etc. J'ai fait à la traduction de M. Chavaunos quelques légères modifications qui concernent plus les termes que le sens.