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13. .M. S. Lévi, auquel nous empruntons cette référence {Note sur les Indo-Scythes, J. As., 1897, janv.-févr,, p. 33l, ajoute : » elles ne s'y distinguaient pas professionnellement des " jeunes filles bien faites destinées à la débauche », que les trafiquants grecs offraient, avec des instruments de musique, aux rois des ports de Guzerate u, iPerip. mar. Eri/thr.. § 49.)
1 1. Voir cil, m, p. 27 i et suiv.
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rapidement quelques-uns des renseignements que foui'iiil îi ce sujet iii litloraluro classiiiue.
Les épopées. — l'es lV'|nuiii(> du Maliàhln'irala. \mtoi'iiMir, du moins pmir les pailles aucicMiios, à l'ère l'Iirt'tieiHie, une ini|iorlance cousidéralilo est attribuée, parmi les autres arts, à la musique. I,ps mailres de mu?i(|ue et d'art scéuique sont eu honneur; nous les voyons, altaeliés à la personne des rois ou des femmes du palais, exercer leurs t'onctions dans les priiieipales cours. Kl, coïncidence curieuse, nous sommes dés lors en présence d'un fait qui nous rapproche singulièrement des coulumos modernes, u Comme en Italie il y a deux siècles, remarque Kàjenilralàla Mitra', dans riiule, bien des siècles auparavant, les eunuques étaient très estimés pour la douceur de leur voix et 1res reclierclu's comme maîtres de musique. " Dans le YmUa-parvan du Mahdblidvata , Arjuna, — obi ij^é, comme ses frères, par un serment, de vivre sous \\n nom et un costume d'emprunt, — se travestit en eunuque, pour pouvoir servir de maître à la lille du roi.
Ce roi, c'est Viràta; sa capitale est Malsya. C'est là que les cinq Pàndavas, exilés de leur royaume depuis douze ans, décident de passer avec Draupadi la dernière année de leur exil, cachés sous des noms et des métiers divers. Arjuna choisit la profession de maître de musique. « Je suis eunuque! dirai-je-; la yrande flèche et la grande corde de l'arc ne conviennent pas à mes habitudes, sire. — Je parerai de bracelets ces deux bras à la peau rugueuse, et j'attacherai à mes oreilles des pendeloques ;i l'éclat tlamboyant. — Je parerai d'anneaux mes deux mains, et, les cheveux nattés sur la tête, je passerai au troisième genre, sire, sous le nom de Vi'ihannalà. — Récitant mainte el. mainte fois des légendes pleines de sentiments elféminés, j'amuserai le roi et les antres personnes dans le gynécée. — J'enseignerai, sire, aux femmes de la cité de Viràta le chant, une danse variée et les divers instruments de musique... Si le roi m'interroge, (sagel Pandouide, je lui dirai : « J'ai habité dans le palais d'Vuddhisthira, et j'ai été le serviteur attaché à la suite de Draupadi. »
Le roi l'interroge en effet, étonné de la vigueur qui perce sous le déguisement de ce faux eunuque, « paré de bouquets, orné de beaux cheveux... ». — n Je chante, je danse, je joue des instruments de musique, noble prince, lui répondit Arjuna; je suis habile dains la danse, je le suis dans le chant. Quille cette pensée, donne-moi des ordres toi-même ; je suis, roi des hommes, le danseur de la reine. Cette forme est la mienne ; je te dirai avec elle une chose qui porte au plus haut point la douleur. Sache, roi des hommes, que je suis Vrihannalà, un lils ou une fille, abandonnée par son père et sa mère. » — u 11 faut donc, reprit Viràta, que je t'accorde une grâce. Enseigne la danse à ma fille, Vrihannalà, et aux princesses de son rang... » — Après que le roi de Malsya se fut assuré que Vrihannalà était versé dans le chant, la danse et les instruments de musique, il en délibéra avec sesdilférents ministres et le vit bientôt au milieu de ses femmes. — Quand il eut observé la constance immuable de celui-ci dans son rôle d'eunuque, il abandonna l'appartement des jeunes princesses et laissa l'auguste Dhananjaya enseigner seul la danse et les ins-
i. Iti'io-Avyans, t. I, p. 430.
2. Nous utilisons telle quelle, malgré ses imperfections, la traduction de Fauche {Mahiibhdrutd, t. V, Viràta-parvan. 5^-56, 305-310), relevée sur des notes anciennes, dans 1 impossibilité où nous avons été, loin de toute bibliothèque, de nous procurer les textes mêmes. La même remarque s'applique à la plupart des citations qui suivent.
truments de musique à la lille de Viriila, à ses amies, à ses suivantes; el le fils de l'àndu (levinl'l'ami de ces femmes. <>
Plus loin, dans le même livre, nous assistons à une sortie guerrière. " C'était un son confus de conques mêlées au bruit des tambours, du hennissement des chevaux et du cri des grands éléphants (iOOO); puis (■218o-'21HS), le roi onlouiieo que tous les instruments de musiipic aillent au-devant de son lils <>. — « Aussitôt qu'ils eurent oui cette parole du prince, tout ce qu'il y avait d'éminent, les tambours, les instruments de musique, les conques, les dames en leurs plus riches costumes, les beautés el les autres, chantant les louanges du roi, faisant résonner les vddijas, les li'iri/as el les panavas, sortirent avec les bardes et les ménestrels. »
Le Uarii'ain(;a , i< Généalogie de Vishnu », sorte de poème épique qui ligure ordinairement en appendice au Maliâbltdrala. auf|uel il est postérieur (iv^-vi» s.), nous montre un travestissement quelque peu analogue à celui d'Arjuna, cité plus haut. Le lils de Krishna, Pradyumna, se cache sous un vêtement de comédien pour pénétrer auprès de la belle Prahhàvati. Il est présenté comme tel au roi Vajranàbha par un liamsa ou flamant, messager d'Indra^ : « Prince, écoutez. J'ai vu un acteur nommé Bhadra, qui a reçu dts munis (ascètes, sorte de saints) une singulière faveur : il peut prendre la forme qu'il veut; sur d'être goiité dans les trois mondes pour son heureux talent, il parcourt tous les pays; il connaît les chants el les danses des Gandharvas', et il s'attire l'admiration des dévas (dieux) eux-mêmes. » — << Il y a peu de temps, j'ai entendu les coules des cdranas (comédiens ambulants), j'ai vu les prestiges des siddlm^ (escamoteurs). Ce genre de spectacle me cause toujours un grand plaisir; mais je ne connais pas encore l'acteur surprenant dont tu viens de me parler. » — « Cet acteur parcourt tous les pays, et il se rend où il croit que son talent sera apprécié; et, en elfet, il mérite qu'on le recherche. »
Pradyumna paraît alors avec quelques compagnons; il s'est adjoint un certain nombre de femmes distinguées par leurs grâces et leurs talents, el de plus un orchestre convenable. « Ces descendants de Bhîma ont bientôt revêtu leur costume, el, sous leur déguisement d'acteurs, ces héros, habitués à des exploits terribles, entrent pour donner la représentation. — Alors ils font retentir les cymbales (ghanas), les instruments à vent {çiisliiras), accompagnés du bruit des tambours mwaja et anaka, les divers instruments aux cordes sonores, aux notes harmonieuses. — Alors les femmes de la race de Bliîma chantent l'air appelé chàlikya sur le mode gândliàra usité chez les dieux, véritable ambroisie de l'oreille, charme à la fois de l'esprit et des sens. — Elles chantent, dans l'échelle mélodique fondée sur le mode gdndhijra, la i< Descente du Gange »; elles exécutent avec un ensemble parfait VdsdrUa, combinaison d'agréables mélodies. — Les Asuras subissent le charme de leur chant que cadencent les layas el les tdlus ; ils écoutent cette œuvre magnifique, la « Descente du Gange », ô descendant de Bharata, et, ravis, se lèvent à plusieurs reprises-'... »
3. ha7-ivamt;a{lai'' aUhi/aya i\e l'éd. de Calcutta, 1830), trad. Lariglois (p. 61)'.
4. .\u sujet des gandharvas. voir ch. 11, p. 2i>0 et ch. IV, p. 283.
5. Narii:ami:a, ch. 155, SOST-'JI. — Cité dans notre Contribution à iàtiide de la tmisigite him/cue. 1S88, p. i 1. Pour les termes techniques relevés dans ce texte, voir le cliap. IV, consacré à la Théorie classique, et le chap. VI {Instruments de tausigue).
C'est ainsi que la troupe Ju faux acteur Bhadra est accueillie avec traiisporls par ces dailyas, habitants de Svapura. « Leur joie se manifestait par de bruyantes acclamations; le visage enflammé, ils se levaient ravis de la beauté du drame, et ils ne se rasseyaient que pour se lever encore. Comme témoignage de leur satisfaction, ils donnaient aux acteurs des étoffes de prix, des colliers, des bracelets, des rivières de perles, dont la blancheur était relevée par l'éclat de l'or et par la teinte sombre des lapislazuli. »
Le pèlerinage à la mer [samudra-yiUrà] est l'occasion de spectacles variés, décrits avec détails. " Les femmes de la ville, savantes dans l'art du chant et de la danse, ravissaient le cœur des Yàdavas (sujets du divin Krishna). Leurs mélodies aimables, accompagnées de gestes gracieux et soutenues par les instruments de musique, les enivraient de plaisir. Krishna avait fait venir Pancacûdâ et ses sœurs de la cour de Kuvera et du palais cj'indra, et il leur avait dit : « Montrez toute votre adresse dans l'art du chant, et la danse, et la pantomime, et la musique... )> Et les nymphes, à la surface des eaux qui les soutenaient comme un terrain solide, chantèrent, jouèrent de la musique et donnèrent des représentations, comme elles font dans le paradis'.
Le même poème donne encore la description d'autres parties de plaisir que s'offrent, avec leurs familles et des milliers de courtisanes, les héros mythiques Baladeva', Krishna et Arjuna^. « Cette fête maritime, donnée aux illustres Yàdavas, était embellie de danses et de chants; les orchestres résonnaient sans interruption... Au son des instruments, les uns dansent, les autres chantent... Nàrada, les cheveux relevés sur la tête en une seule touffe, son luth à la main, va se placer sur le devant du vaisseau, et c'est lui qui, par les sons de sou instrument, conduit la danse... Krishna veut que les milliers de courtisanes présentes à la fête se joignent aux divines Apsaras, pour faire toutes entendre, sur les instruments qui leur sont familiers, des sons que répètent au loin les flots. Mais surtout les nymphes, toujours jeunes et folâtres, accoutumées à faire retentir de leurs accents les ondes du Gange céleste, charment les échos de l'Océan des éclats de leur voix harmonieuse et des accords qu'elles tirent de leurs flûtes ou de leurs autres instruments... Rassasiés et contents, ils mêlent leurs voix à celles des femmes et commencent des chants agréables ou des airs amoureux qu'ils accompagnent de gestes'... »
A la nuit, Krishna avertit l'assistance que l'on va chanter l'air chdlikya, sorte de morceau de concert céleste'. Alors Nàrada prend son luth (vinA) de six octaves (?), sur lequel peuvent s'exécuter les six nhjas
1. Barhmmça, éJ. Bombay, II, cIi. SS, 37-4(i; cité dans S. L^-vi, Théâtre indien, p. 3S6.
2. Id., ch. 145, 146, 147. — Comp. Râjendralàla Mitra, /«(io-Ary«»s, t. 1, p. 430-443.