Baglat-vamça, éd. Calcutta, 1832, XV
6. Nous voyons par laque les grandes épopées de l'Inde elles-mêmes étaient non seulement débitées sur le ton monotone de la récitation orientale {pàtha), mais interprétées également sous la fornie d'un chant véritable. Cette coutume s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Actuellement encore, il existe dans l'Inde des classes spéciales de lecteurs et de chanteurs de la prodigieuse épopée du Maliàbhàrata. Les derniers (/ra//lrtAa5) accompagnent leur débit de gestes élégants. Des danses et des intermèdes musicaux remplissent les intervalles des récitations. Un
ou types de mélodies, et toute espèce d'airs; Krishna marque la mesure avec les cymbales; Arjuna saisit une flûte, tandis que les Apsaras habiles se mettent à frapper le tambour mridamja et à jouer d'autres instruments de musique.
Un autre spécimen de cette riche littérature épique, le Ragliu-vamça, « Généalogie de Ràma » , sorte de Ràmdyana abrégé dû au grand poète du vi» siècle après Jésus-Christ, Kàlidàsa, nous montre les deux fils de Ràma, Kuça et Lava, consolant leur mère dans son exil, en interprétant l'histoire de leur père Ràma, sous la direction de l'auteur lui-même, Vàlraiki, leur maiire spirituel '. » A peine furent-ils sortis de l'enfance que, leur ayant enseigné le Véda et les Védângas, il leur fit chanter son poème*, la première voie qui s'otfre aux apprentis poètes... Toute au plaisir d'écouter leurs chants {gitas), les visages baignés de larmes, autour d'eux l'assistance était comme un bois au matin, à l'abri du vent, ruisselant de rosée... »
Les allusions, les comparaisons, les images, les descriptions éparses dans ce poème, montrent le rôle prépondérant qu'avait la musique dans les moindres manifestations de la vie hindoue". Ici', il est question d'un couple, qui entend « les cris, délicieux à l'àme, jetés par les beaux paons, à qui le bruit des roues du char faisait lever la tète, ces kekâs^ brisés en deux et qui ressemblent à la note s/iaf/ja'". » Plus loin (II, 12), « les divinités des bois chantent... au son des roseaux qui, leurs fissures emplies de vent, font l'office de flûtes ». Là (IX, 43), « la liane des bocages, imitant avec ses fleurs la blancheur aimable des dents, murmure, par le bourdonnement des abeilles, un chant délicieux à l'oreille, et ses rameaux, agités par le vent, semblent des mains qui battent la cadence. » Ailleurs (VIII, 41), il est parlé d'une femme en peine, « dont l'étal ressemble, par la fuite de son âme, à celui d'un luth aux fibres détendues ». Par une comparaison d'un ordre tout différent, nous voyons (XLX, 33) (c les joueuses d'instruments aux lèvres déchirées par le chalumeau comme des morsures de dents, aux cuisses écorchées par le pied du luth (vhvl) comme par des coups d'ongles ». Pour annoncer la naissance d'un fils (III, 19), " les sons joyeux et suaves à l'oreille des instruments de musique, avec les allégresses de la danse des plus nobles dames, se répandirent non seulement sous le toit du royal époux de la Maghadaine, mais encore dans les chemins éthérés des habitants du ciel ». De même (X, 77), << les instruments de musique, par lesquels cet heureux père devait proclamer la naissance de ses fils, reçurent des cieux le premier signal, donné par les tambours des dieux ». A l'occasion des cérémonies d'un sacre (XVIII, 3), <i le roulement des tambours, le son mélodieux et profond des instruments
bas-relief de Sanclii (reproduit dans l'ouvrage de M. E. Schlagintweil, India in Wort und liitd, 1, 176), antérieur à l'ère chrétienne, figure une séance de kathakas ; les récilanls tiennent à la main des instruments de musique, dansent des pas et prennent des attitudes. S. Lévi, Théâtre indien, p. 309. Comp. notre Contribution..., Y>.i-iQ.
7. « Des dés, du santal, un lulli \vinà), un miroir, etc., dit quelque part le Maliàbhârata {Yudyoga-parvan, 1543), doivent être placés dans une maison, pour servir à honorer les dieux, les brahmanes et les botes. »