‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 450 sur 1158 · S. Lévi, Théâtre indien, p · texte numérisé non relu

S. Lévi, Théâtre indien, p

6. Harslia-carita, 31 ; tité dans S. Lévi, Tîiéâlre indien, p. 38J.

7. m Vindyàm vàdya-nrite fjita-pathile àkhyàte hàsye tàsye nâtye .> — Lalila-iislara un» s. ap. J.-C), ch. Xll, p. 178. — D'après S. Lévi, ouvr. cité, p. 319.

8. " Des tableaux tîu même genre se voient aujourd'hui encore dans les fresques d'Ajantà, et tracés de main de maître. Le peintre Grifûtbs, qui les examinait au point de \ue esthétique seulement, fut frappé du

ciale du brahmanisme, des castes impures et méprisées. Ce sont des amuseurs à gages, des rfri/rts déchus pour la plupart, forcés de gagner leur vie; el, ne serait-ce qu'à ce titre, ils partagent le mépris attaché à la personne du médecin et des autres praticiens qui vivent do leur ait. Il faut ajouter aussi que leur vie de désordres et l'humeur facile des femmes composant leur entouraf;e étaient pour quelque chose dans ce discrédit. ltaudhàyana(II, I, 2, 13) énuméro parmi les péchés mineurs {upapdlukas) la profession d'acteur {vango-'ptijlvuna) et même celle de maître d'art scénique (niilyd-'cdnjatd)'-. IS'empèche que, en dépit de la loi et des préjugés, comme on a pu le voir par les exemples ((ue nous venons de citer, les artistes de talent, l'élite delà corporation, obtenaient souvent, grâce au prestige de leur art, la protection, l'estime et l'amitié des rois, l'intimité des gens do lettres et la faveur du public. C'est ainsi que le célèbre poète ISâna, qui vivait au vii° siècle après Jésus-Christ, pouvait nommer comme ses camarades (rayas;/") les deux chanteurs {gdnnnas) Somila el Grahàditya, les tlûtistes {vdmçilias) Madhukara et Pârâvata, le mailre de musique {iidndliarvo-'pddhydtja) UuidaraUa, le danseur (tdsaka-yuvan) Tândavika, l'acteur {caildli-yuvan) ÇiUhandaka, et l'actrice {nartaki) HariniUà''.

Les sùtras bouddhiques. — Le bouddhisme, le ja*nisme, aussi et plus encore rigoureux en théorie, furent de même obligés de capituler devant les goûts, si fortement enracinés depuis des siècles, de leurs sectateurs. Bien que » les sùtras bouddhiques interdisent sévèrement aux fidèles d'assister aux séances de chant, de danse, de musique et de déclamation », un honnête homme ne pouvait se dispenser d'étudier les arts de la scène. Cela est si vrai, que « les biographes de liouddha se trouvèrent obligés de lui attribuer ces connaissances pernicieuses. Au sortir de l'enfance 16OO ans avant J.-C), il passe, en présence des plus doctes maîtres, un examen encyclopédique; il y prouve, entre autres, sa supériorité dans a l'art de toucher la n'nà, la musique instrumentale, la danse, le chant, la déclamation, la récitation, le comique, la danse Idsya, l'action dramatique'. »

« La danse et le chant, ces auxiliaires du théâtre si sévèrement proscrits, ajoute M. S. Lévi, sont pourtant l'élément principal des grandes fêtes sociales el religieuses à Ceylan, dés le temps des premiers rois bouddhiques. Le grand monarque Dulthagàmani, par exemple, célèbre, après la défaite des Tamouls, un triomphe pompeux, où il parait escorté de danseurs {Mahdv., p. lo7); c'est aussi au milieu des danseuses et des musiciens qu'il inaugure le Mahàthùpo [Ih., p. 170); son frère Mahàdàttbiko fête de la même manière la fondation d'un autre thûpa; « il lit représenter des danses et des scènes, et chanter, et jouer de la musique » {Ib., p. 213); enfin il fait représenter sur le datjoha « des divinités qui jouent des instruments* » (16., p. 182).

contraste entre le rigorisme des préceptes bouddhiques et le caractère mondain des images qui ornaient le sanctuaire : « Uuels que soient les auteurs des peintures d'Ajanlà, ils doivent avoir vécu constamment dans le monde. Des scènes de la vie courante, processions, chanteurs, chanteuses, danseurs et danseuses, musiciens et musiciennes, sont dessinées souvent avec grâce et toujours avec eiaclitnde. 11 fallait pour une telle œuvre des artistes familiers avec ces spectacles, à l'œil affiné et a la mémoire sûre. 11 est certain qu'Us n'observaient pas un des dii commandements que Bouddha imposait à ses disciples, à savoir l'interdiction des spectacles publics. Dans tous les exemples que j'ai pu observer, l'action des mains est admirable, el transmet lidèlement l'impression que le peintre a voulu eïpriroer. n (Cité dans liurgess, Arc/ia'o/. Survey of Vt'est. India, n° 9. p. 4-d|. Nous extrayons ces renseignements intéressants de l'ouvrage de M. S. Lévi, p. 3i3.

Le jaïnisme. — La conduite et la politique de la religion jaïniste s'inspirèrent des mêmes principes que sa rivale. « La théorie était aussi austère, la pratique aussi accommodante... » Le bliikl<hû ne doit pas aller là où on raconte des histoires, où il y a des acrobates, des récitants, des représentations dramatiques, du chant, de la musique, de la vinâ, etc. » {Aydramga-suUam,U, H, 14.)... Pourtant les dieux ne dédaignent pas ces plaisirs. Quand le dieu Suriyâbha vient rendre hommage au maître, à Mahàvîra, il déploie pour l'honorer toutes ses connaissances dans l'art de la scène; » les dieux qui l'accompagnent dansent de 32 manières, jouent la musique de 4 façons, chantent 4 sortes de chants; et plus loin le texte mentionne encore 4 genres de danse et 4 procédés de représentation (Râjapracnîya , cité dans les Indische Studien, XVI, 383)'. »

Fin de la liberté de l'Inde et décadence générale. — La musique continua ainsi à fleurir et à se développer dans l'Inde, comme un art national, jusqu'à la conquête musulmane. Avec l'arrivée des sectateurs de Mahomet commence son déclin. Il était inévitable qu'au milieu de la décadence générale dont le pays fut frappé par les invasions incessantes qui la désolèrent, l'art musical des anciens Hindous souffrit dans son intégrité, dans sa pureté et dans son développement^. La domination nouvelle prétendit bientôt imposer aux vaincus ses préjugés et ses passions : la religion de Mahomet proscrivait rigoureusement l'usage de la musique comme immoral et irréligieux ; la profession de musicien fut plus que jamais rabaissée.

Nombreux spécimens de la littérature du « Samgîta » appartenant au moyen âge. — L'art ne s'éteignit pas cependant. Circonslauce singulière, à l'exception du Ndtya-çâstra de Bharata, la plupart des traités sanscrits, ceux du moins qui sont parvenus jusqu'à nous, datent de cette époque : leur composition se place entre le xin" et le xvii» siècle. Çàrngadeva, l'auteur du SamQita-ratndkara, écrivait entre 1210 et 1247 de notre ère. Le principal de ses commentateurs, le musicien Catura Kallinàtha, vivait, comme l'auteur du Samgita-darpana. Catura Dàniodara, dans la première moitié du xv siècle. Le Râgavibodha de Somanàtha, qu'on a toujours, depuis sir William Jones, considéré comme très ancien, que d'aucuns ont même cru pouvoir faire remonter à la période védique^, est daté de l'année 1608 après Jésus-Christ. Et c'est dans l'intervalle de temps qui sépare ces deux œuvres maîtresses que fut rédigée la nombreuse littérature des Saingltas, qui n'est guère qu'une copie des systèmes de Bharata ou de Çàrngadeva.

Mais tout indique qu'à l'époque de la rédaction du Samgitn-ratnnkara la théorie musicale classique des Hindous existait déjà depuis longtemps, à l'état de système complet et arrêté. Nombreuses avaient été les écoles, toutes fondées, semble-t-il, sur le Nâtyaçdstra. à côté desquelles Çàrngadeva, qui les cite, établit la sienne. Malheureusement il ne nous en reste que des noms.

L'histoire littéraire ne sait quelles dates assigner à cette ample moisson d'auteurs; elle ignore jusqu'aux titres de la plupart de leurs ouvrages '•.

1. s. Lévi, Théâtre indien, p. 324. — Comp. cliap. VI, p. 340, et p. 341, noie 3.

2. « La cuUurc sanscrite a fini avec la liberté de l'Inde ; des langues nouvelles, des littératures nouvelles, ont envalii le territoire aryen et l'en ontchassi'e... » (S. Lêvi, Théâtre indien, p. 392.)

3. Voir notamment David et Lussy, Histoire de la notation musicale, 1882, p. 7. Comp. chap. II, p. 271.

La production se ralentit à peine sous les dynasties musulmanes, tartares et mongoles, et se continua toujours abondante dans les provinces les plus opposées, au Népal et à Tanjore, au Bengale et au Gtizerate. Mais, malgré la multitude des œuvres plus ou moins originales, qui ont servi, du moins, à perpétuer l'ancienne tradition et à prouver que l'art survivait encore à toutes ses vicissitudes, la musique nationale vittarir lasource de son prodigieux épanouissement. Elle ne devait jamais se relever complètement des coups que lui porta le fanatisme musulman.

La musique à la cour des princes hindous et des conquérants musulmans. — Elle ne cessa cependant pas d'être en honneur chez les quelques roitelets de l'Inde méridionale épargnés par l'invasion, et même à la cour de quelques-uns des conquérants. Le fin lettré Abul-fazl, favori, comme son frère le poète Faizi, et historien de l'empereur Akbar, au xvi» siècle, nous renseigne, dans ses Aîn-i-Akbarî'', sur la faveur dont jouissaient la musique et les musiciens à la cour du véritable fondateur de l'empire mongol. « Je ne puis réussir à décrire assez bien le pouvoir merveilleux de ce talisman de la science [la musique]. Tantôt elle sollicite les belles créatures du harem du cœur et les fait briller de tout leur éclat dans la voix; tantôt elle déroule ses accents solennels avec l'aide de la main et des cordes du luth. Les mélodies alors, pénétrant parla fenêtre de l'oreille, s'en retournent dans leur première résidence, le cœur, et apportent avec elles des milliers de présents. Suivant leurs dispositions, les auditeurs sont émus de douleur ou de joie ; ainsi la musique peut servir à celui qui s'est détaché du monde, comme à celui qui s'y attache avec passion. Cl Sa Majesté s'occupe beaucoup de musique et patronne tous ceux qui pratiquent cet art enchanteur. Nombreux sont les musiciens à la cour, hommes et femmes, hindous, iraniens, touraniens, cachemiriens. Les musiciens de la cour sont répartis en sept divisions, chacune ayant un jour de la semaine. A peine Sa Majesté en a-t-elle donné l'ordre, qu'ils laissent couler à flots le vin de l'harmonie, ce vin qui augmente la griserie des uns et dégrise les autres, "(ii, 30.) Ailleurs (ni), il déclare encore : « Sa Majesté est à l'excès éprise de musique, et en connaît à fond les principes. Cet art, que la plupart utilisent comme un moyen de provoquer le sommeil, elle le fait servir à ses plaisirs et à ses veilles^ ».

11 n'en fut pas tout à fait de même sous le plus fameux de ses successeurs, Aurangzeb, qui, lui, supprima les musiciens de la cour, comme on le voit par l'anecdote suivante, citée par M. H. Blochmann, dans sa traduction du persan des Ain-i-Akbari {ou butitules of theEmperor Akbar, \o\.V), d'après l'historien Khan Khan (II, 213). Quand cet ordre eut été donné, « les musiciens du palais apportèrent un cercueil devant le Jharok'hah[[a. fenêtre par laquelle l'empereur avait l'habitude de se montrer chaque jour au peuple), et se lamentèrent de façon à attirer l'attention d'Aurangzeb, qui vint à la fenêtre demandant à qui ils en avaient devant cette bière. Ils répondirent que la mélodie était morte, et qu'ils la portaient au cimetière.

« Très bien, répliqua l'empereur, creusez la tombe

Page 1