V. eDcore cb. VIII, p
Leur nomenclature. — A chaque çruti, selon une habitude de raflinement passée en règle pour toute la littérature, l'imagination hindoue a donné un nom, même à celles qui ne peuvent pas être regardées comme intercalaires, du moins dans la gamme type, leur place dans l'octave étant déjà tenue par une note. La signification de ces noms n'ollVe guère d'inlérêt ; ce n'est qu'à titre de document que nous les donnerons.
La théorie postérieure au Xdlya-çdstra^ divise les çrutis eu 3 espèces {jdtis], entre lesquelles elle les répartit inégalement :
L'espèce dipld en a 4 : liirà, randri, riijrikâ, ur/rd;
— âtjfità — ô l krodhà,prasàrinï,saindipiiil,rohinî,kumud-
ralt ; — ■ kitrnnâ — 3 : dayaiali, àlâpiiiî, madantikd ; — ■ mridit — 4 : titiiiidà, raklikâ, prili, kshili;
— mtidhijà — 6 : chandovtiti, ranjanl, mârjanî, raktikâ, ra-
viijà, kshobhinU
De même ces cinq jdtis sont distribuées inégalement entre les 7 noies de la gamme, de la façon suivante :
shadja : diplà, tïyatd, tnndu, madhfjà ;
rUhat)h'i : karunà, madhijà ;
pdttdhârn : îiiridit ;
madliyaiiia : dipld, dyald, mridu. madhijù ;
panrama : mridu, madhyà; àyatà, kitrnnà ;
dhaiinla : karunà, âyald, madhyà;
nishada : dijitd, madhyd.
Leur disposition dans l'échelle complète. — On se rendra compte de la disposition des (■;■!(((;; dans l'échelle d'une octave, en sereporlant aux tableaux de la page 28',»', dont les premières colonnes indiquent de quelle façon et dans quel ordre les 22 çrutis sont affectées aux 7 notes de la gamme-type. On y verra que les notes se placent sur le degré de l'échelle occupé par la dernière de leurs r)'»(!S propres. Par exemple, la noie shadja a 4 çrutis, qui sont : tivrd, kumudvati. manda et chandovati : or, cette note n'occupe pas le premier échelon sur lequel est placée sa première çruti (tivrd), mais le quatrième, marqué par sa quatrième çruti {chandovati); de même rishabha occupe le 1" échelon, tenu par raktikâ, etc., etc.
Nous insistons sur ce point extrêmement important, parce que la méconnaissance de ce procédé de disposition, que lous les auteurs sanscrits, depuis Çàrngadeva jusqu'à Soma, s'accordent à indiquer, a été le point de dépai t d'erreurs flagrantes, qui ont rendu impossible, pour tous les écrivains européens et pour beaucoup d'écrivains indigènes, la compréhension de la théorie musicale hindoue, celle de la gamme en particulier*.
Comme preuve de l'exactitude de notre affirmation'', nous pouvons reproduire la démonstration suivante, en quelque sorte classique, par laquelle le yâlya-çâstra (XXVllI, p. 28-29 de noire édition) et, après lui, le Samglta-ralndkara (I, m, 11-23), prétendent illustrer la théorie des çrutis.
On prend deux lulhs (rînâs) pareils, tels que le son soit le même pour l'un et pour l'autre. Ils ont 22 cordes '"jdont chacune donne un son de plus en plus aigu que la précédente, sans qu'il y ait place entre deux do ces sons pour un son intermédiaire [musicalement appréciable] : l'intervalle d'un son à un autre est la (riili.
0. Comp. Samg.-ratn., I, iv, p. 46, et Ràga-vib., 1, 17, p. 15, et 41, p. 29.
lu. .\ cûlé de cet instrument pourvu de ît2 cordes, il en existe un autre, dans l'Iiid.'. appelé de même çrutt-vimi, formé de 2:1 ou de 23 touches ou clievidets. aircctés à chacune des çrittis d une octave. Voir ch. VI. p. 315. Comp. Oay, ouvr. cité. Appendice, p. 169, et la revue Tlie Atlienxuni, 5 nov. 1887, a' 3132, p. 612.
UrSTOHiE DE LA MUSIQUE
Fisiuroiis, ilans le liilili'iui suivaiil, iiour la comniodil6 do notre esposilioii, les 2S corilt's par auliuil île liRiio» paralltlos, 6quidislaules, niMnéroli''es do 1 il 22. Cela fait, nous plaçuiiK, dans cliaciin des deux liillis, les 7 nolos de la fianime de la favon suivante : su sur la i" corde (ou liK'ue), n sur la 7", //« sur la '.)•, ma sur la i:i', lia sur la 17', dha sur la 20- et ni sur la 22». Les notes se trouvent ainsi sur la corde an'ectée il la dernière de leurs crulis propres. Des deux luths, l'un reste fixe et servira de repère, le second est soumis aux variations suivantes dans le pincement des cordi's :
1" On baisse de I friili les notes de ce deuxième lulh. Donc, dans notre tableau, ni se trouvera plac6 sur la corde 2t, ilka sur la corde 19, etc.;
8" Nouvel abaissement de 1 iruli : les deux noies eu possession
de 2 (T«(is, ffrt et «i. descendues, par ces deux opi''rations, de 2 rangs dans le luth mobile, preiinenl respectivement la place de ri cl dha du lulh lixi;, c'est-îi-dire sonnent cominiî ri et ttlta ;
3" Par suite d'un troisième abaissement de 1 cniti, les deux noies l'n possessi">n de II çrutis, r/ et illîa, du deuxième luth prennent respectivement la place de .svi et /in du luth lixe...;
4" Krilin, il la suite d'une quatrième opération analogue, les trois notes k -i cnttL-i, .sa, ma, pu, du deuxième luth, prennent respectivement la place de ni, ga, ma du luth fixe...
Dans chacune de ces <iuatre opérations, on saisit distinctement chaque lois, en faisant résonner les deux luths, la dislancc qui sépare le son de l'un du smi de l'autre, c'est-ii-dire l'intervalle d'une çrnti fixe à une iTidi diminuée.
SCHEMA KXIM.ICATII^ DE LA GKNKSE DES ÇUUTIS
l>'Al'Hi-:s I.Ii N.\TVA-(,:ÀSTUA lOT Li: SAMGÎTA-RATNÂKAKA
Luth Hxe l"!* marche du 2? Lulh 2! - --
1 2 3 1. î> 8 7 8 9 tO U 12 13 lir 15 16 17 18 19 20 21 22
Sa ri ga ma peu dhfu ni.
Sa
ga
Tl
Sof
n ga ri ga
ma
ma
ma.
dW
/ la ni
ta
mû. pa dluL ni
Sa
Les notes.
Nous avons vu plus liaut' que, des 22 mUis de l'octave, 7 avaient été élevées à la qualité de notes [svanif). Ce sont celles dont la douce résonance charme roreille-, alors que la série des çrtUis qui les précède les fait en quelque sorte désirer. Leurs noms dilTeient totalement de ceux des 7 yamas que nous avons trouvés dans la littérature exégétique des Védas''.
Quand on veut noter ou solfier un chant, ou encore en manière d'abréviation, on emploie simplement la syllabe initiale des sept mots qui les désignent {shailja, rishabha, gândhdra, madhyama, pancama, dhuiiatii, nishàda); ce qui, en caractères sanscrits, donne la série suivante :
rT(Sa) R(ri) 37 (ga) ^ (ma) ^ (pa)
■^(dha) PTini)
Etymologie, origine, lieu de production des sept notes. — Nous ne pouvons nous appesantir ici sur les diverses étyraologies, souvent contradictoires, que l'ingéniosité des auteurs et des commentateurs a imaginées pour rendre compte de ces dénominations '.
Tantôt le nom de la première note, shadja (née de six), est attribué au fait qu'elle est le fondement des six autres, ou, au contraire, qu'elle repose sur les si.t notes suivantes; tantôt elle est supposée exiger, pour son émission, l'emploi simultané de six organes : le nez, le gosier, la poitrine, le palais, la langue et les dents; elle nait de ces six organes. C'est la note prédominante"; cette excellence, elle la doit