Danse accompagnée par une joueuse de crotales
1. Fig. 7 = Bas-relief d Ancien Empire, Musée du Caire, n" d'entrée 28504, décrit et reproduit en ptiotograpliie dans E. Grébact, le Musée égypiten. Caire, tome 1 (1890-1900), p. 23 et pi. ixvi. — Une scène analogue cl de môme époque, empruntée â Lepsius, est figurée dans A. En- UAy, ^Egijpten und xgyptisches Leben im Altertum. Tijbingen [1885, tome I, p. 337. Pour un exemple de la IV» dynastie, cf. J. de Muhoan, Fouilles à Dahchour en IS94-IS95, Vienne, 1903, pL xxv.
2. Fig. 8 = Bas-relief du Musée du Caire figuré, d'après Perrol el Chipiez, dans l'ouvrage d'Erman cité à la note précédente, t. 1, p. 340.
3. Fig. 9 =: E. Puisse d'Avewnes, Monuments égyptiens, Paris, gr. in-fol., 1847, pi. xi.iv; J. Gardner Wilkiwson, The manners and customs of the ancient Egyptians, London, 1878, tome 1, p. 454. — Félis {Histoire générale de la musique, Paris, tome 1. 1869, p. 2191 a reproduit ce document d'après la première édition de l'ouvrage de Wilkinson.
lirSTOinE DE LA MUSIQUE
l.t!s deux tifjes do cliaiiuc ]iair(^ do ci'otalt's ('taieiitellos ri'tinies un lias au nioycii d'un lieu, coiiiiuc uns castayiiettos, dont il est dil'licilc di; m; [las Tes rapproclier.' lUen, il faut lo ri'i-ounaitro, ne nous autorise à nous pruuoucer d'aprcs les doeunienis réiMiis ici. Mais on a rencontré, très souvent, dans des tombes ilu Moveu Knipirc, des instrumenls d'ivoire (réels, et non pas li;;ur<'s) qui ne peuvent être que des crotales et dont les trous (jui les traversent à l'extréniilé inférieure nous montrent bien qu'ils étaient altacliés l'un à l'autre (fig. 10-12). Ces instruments ont une lonf,'ueur moyenne de 20 à 30 centimètres; ils sont d'ordinaire en ivoire, et l'un d'entre eux (fiy. 12) est sculpte dans une dent d'hiiipopotame sciée en deux. Une paire de crotales du Musée de Berlin, en forme
de bras humains, a conservé intacte jusqu'à nos jours la corde nmnissant les deux tif,'es l'une à l'autre-.
Avant d'admettre que ces instruments sont des crotales, on a son^'é à y voir des objets maf^'iques (la manie ma^'ique est en ce moment fort à la mode eu é'fiyptologie). Kn fait, si nous comparons les deux instrumenls ù tète d'animal (flg. 1 1) avec les instru-
FiG. 10-12. — Divers crotales du Moyen Empire'.
mentsà tète humaine (fig. 9), — où la légende hiéroglyphique qui accompagne la musicienne nous indique formellement qu'elle est x crotaliste de la déesse llathoi', dame de la ville de Tentyris >s — il nous faut bien reconnaître que nous avons aflaire à de véritables crotales. Et même, la forme de bras humains que l'on donne si souvent à ces instruments (flg. lU et 12), non seulement nous montre bien qu'il s'agit d'objets que l'on doit frapper l'un contre l'autre, comme les deux mains lorsque l'on applaudit^, mais encore nous permet d'entrevoir quelle est l'origine probable du crotale.
La plupart du temps, les danses sont accompagnées simplement de claquements de mains (fig. 7),
1. Fig. lO^W. M. Fi.iNDERs Pétrir, /)ios/)o^îs parua, London, 1901, pi. xxvii. — Fig. 11 = \V. M. Flinders Petbie, Ten years' lUqiiiitg in Eiiypt, London, 1S'.'2, p. 116. — Fig. \i = J. de Muhgan, Fouitleh à Dahchoar, mars-juin fS94, Vienne. 1895, p. 52.
2. Musfe égyptien de Berlin, n» 4715 {Aiisfiihrliches Verzeichnis ilcr xgyptischen Alterîùiner, Berlin, 1899, p. i'IO).
même quand le crotale est employé (fig. 0). Il est vraisemblable qu'à l'origine on se contentait, pour rythmer les danses, de chanter en frappant fortement en cadence les mains l'une contre l'autre. Les textes les plus anciens donnent à ce claquement de
mains le nom de / 5 m«/t*.
Puis, dans la suite, — un tel exercice, lorsqu'il se prolonge, ne laissant pas de devenir assez fatigant, — on eut l'idée toute pratique de remplacer les mains par des morceaux de bois auxquels on donnait une forme appropriée à l'usage qu'on en voulait faire. Mais le son du bois est sourd, celui de l'ivoire est plus sec; les éléphants et les hippopotames abondaient dans l'Egypte archaïque, on les chassait avec frénésie. Bientôt l'ivoire, plus sonore, remplaça le
3. Remarquer qu'en grec xpoxaXiÇeiv sigTiilie aussi bien « applaudir >i que II jouer des crotales n.
4. Par exemple dans une tombe de la IV" dynastie (J. de Morgan Fouilles à Dahchour en ISS4-IS95, Vienne, 1903, pi, x.\v).
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTWNNAIBE DU CONSEnVATOWE
bois. Il me parait même certain que, lorsque les Egyptiens surent travailler les métaux, ils firent des crotales de cuivre.
En eflet, à côté des crotales attachés par paires et dont le peu d'écartement des tipes ne permettait pas de les heurter Uen violemment l'une contre l'autre, on trouve, à partir de l'Ancien Empire, des crotales non attachés, dont on tient une tige dans chaque main. La possibilité d'écarter ces tiges de toute la longueur des bras et de les ramener rapidement l'une contre l'autre dut amener les Égyptiens à chercher une matière moins fragile que le bois ou l'ivoire. Le métal présentait le double avantage d'être beaucoup plus solide que le bois ou l'ivoire et, en même temps, d'être bien plus vibrant. Je ne doute pas que les crotales de cette nouvelle espèce aient été fabriqués en métal, et la scène suivante, tirée d'une tombe de la VI° dynastie, semble en fournir une preuve formelle (fig. 13). Quatre danseuses, tenant un crotale
Les crotales représentés ici ont la forme d'une
plume d'autruche f. Ce détail, insignifiant en apparence, nous permet de déclarer que le crotale est d'origine libyenne. En effet, la plume d'autruche (on sait que l'autruche n'habite guère que le Sahara) était une sorte d'emblème des populations libyques, et c'est pourquoi, en écriture hiéroglyphique, le
signe r sert à exprimer l'Occident. La plupart des soldats employés au service de l'Egypte venaient de Libye et portaient dans les cheveux, comme on peut le remarquer dans la figure ci-dessous, des plumes d'autruche indiquant leur nationalité. Des danses guerrières sont fort souvent figurées sur des basreliefs; chaque fois que les danseurs sont des soldats libyens, on les représente dansant au son du crotale
Fig. 13. — Danse au son de crotales métalliques'.
de chaque main, exécutent une danse qui semble ne manquer ni d'entrain ni de mouvement. Leurs bras sont très écartés, et, dans ces conditions, le choc des crotales l'un contre l'autre ne pouvait qu'être extrêmement violent, au point que des crotales de bois ou d'ivoire se seraient brisés du coup. D'autre part, si nous examinons la forme de ces crotales soumis à un si dur exercice, nous constatons qu'ils sont de forme très gracieuse et très légère. Au bout d'une tige doucement recourbée est sculptée une fine tête de gazelle dont les cornes et les oreilles dessinent une élégante et frêle silhouette. En bois ou en ivoire, d'aussi délicats instruments n'auraient pas survécu au premier heurt; coulés en cuivre ou en fer, ils pouvaient résister aux danses les plus expansives.
Les crotales égyptiens peuvent donc se diviser en deux classes :
1° Crotales de bois ou d'ivoire, attachés par paires, inventés à une époque où l'on ne connaissait pas le métal;
2° Crotales de cuivre ou de fer, dont l'exécutant tenait une seule tige en chaque main.
Le crotale métallique, un peu rude pour des mains féminines, trouva bientôt son véritable emploi dans la musique militaire. Au temps des expéditions guerrières, sous le Nouvel Empire, on se plaisait à représenter dans les tombes des défilés de troupes. En tête, comme de nos jours, marchaient trompettes et tambours, mais à la suite venait une bande de crotalistes (fig. 14). Bien certainement, ces crotales militaires, pour se faire entendre au milieu des trompettes et des tambours, devaient être en métal, et non en bois.
i. Fig. 13 = Fragment de bas-relief du tombeau d'Anla à Df shashéli (V,'. M. FunDEBs Petbie, Desliaslii>li, London, 1898, pi. m). 2. Fig. 14 = J, GARDnEH WiLKiNbON, The majiners and customs of
Fig. 14. — Musique militaire sous le Nouvel Empire-.
métallique. Dans la première cour du temple de Louqsor, les parois sont couvertes de toute une série de bas-reliefs représentant un immense cortège du temps de la XVIIl' dynastie. Des soldats, naturellement, font partie de la cérémonie, et, comme il s'agit d'une fête populaire, ces soldats prennent allègrement part à la joie commune. Des nègres se trémoussent au son du tambour, des soldats coiffés de plumes d'autruche dansent au bruit des crotales, des choristes sont accompagnés par une harpe triangulaire. Or, l'inscription qui décrit ces dernières scènes
nous dit , en propres termes , 5! I J^ i v ■=> ' l O
l' j j^ / V I X 5fe. ^ J^ que ce sont « des chanteurs de la ville de Khapschit et des de Libye ' ».
Le mot qui a été détruit signifiait vraisemblablement « crotaliste ».
Comme, d'autre part, on sait que les populations préhistoriques dont on a retrouvé les cimetières en Egypte, à l'ouest du Nil, étaient de race libyco-berbère, et que ces populations, ainsi qu'on l'a vu (fig. 1-6), se servaient du crotale pour accompagner leurs danses, je crois pouvoir en conclure, sans grande crainte d'erreur, que le crotale est bien d'origine libyenne.
Le nom du crotale n'a pas encore été retrouvé dans les textes. Nous savons seulement que les joueurs de crotales étaient désignés (fig. 9), en commun
avec les joueurs de sistre, sous le nom de 1 M ' àhi. Quant au mot crotale lui-même, que j'ai employé pour dénommer un instrument que l'on aurait pu
the ancient Egijptrans. London, 1878, tome I, p. 456 (reproduit pap Fétis, dans son Histoire de la musique, tome I, p. 2'21).
3. G. Daressy, la Procession d'Ammon dans te temple de Louxor (dans la Mission archêotoqique française au Caire, Paris, tome VIII, 3< fascicule, 189i, p. 383, 384, 388 et pi. lll-v).
insTornE de la musique
tout, aussi hien appeler cluiuctlc ou custd'jnettt' , — quoique ces deux termes s'appliqueut iiluliM à Jes instruuieiits île bois, — je l'ai einprunlé à Hérodote, qui, décrivant des liHes populaires d'Ui,'ypte analoiîues à relies que nous venons de passer en revue, donne à l'instrunient de percussion dont se servent les femmes le nom de xpô-uaXov*.
La niaïiiit*
Des deux espèces de crotales que nous venons d'étudier, nous comprenons parfaitement comment se jouaient les crotales métalliques : on tenait un crotale (le rliaque main, et Ton frappait les deux instruments l'un contre l'autre. Mais il est plus malaisé de se représenter comment on jouait les crotales de bois ou d'ivoire, dont on tenait une paire de chaque main. Probablement, le lien qui attachait chaque paire de crotales était assez serré pour former une sorte de charnière. Dans ces conditions, en tenant l'instrument à peu près horizontal, on pressait le crotale supérieur entre les quatre doigts et la paume de la main, et l'on soutenait du pouce le crotale inférieur; eu poussant violemment avec le pouce le crotale inférieur contre le crotale supérieur, on obtenait un claquement sonore; en abaissant le pouce, le crotale inférieur retombait par son propre poids. C'était donc, en somme, de la seule dextérité de son pouce que dépendait l'habileté du crotaliste.
Il semble que les Égyptiens aient cherché à découvrir quelque chose de plus pratique, et qu'ils y soient arrivés sous le Moyen Empire. C'est, en tout cas, dans une tombe de la XII= dynastie que l'on trouve le premier exemple d'un perfectionnement très simple consistant eu ce que les crotales, fabriqués en métal ou en bois souple, sont fixés l'un à l'autre à leur base comme les deux branches d'une pincette (fig. 15).
FiG. 13. — Crotales perfectionnés-.
D'après ce fragment de bas-relief, tiré du tombeau de Sa-ranpouit à Assouan, on voit que les crotales, dont la partie sonore a la forme d'une main, ne sont ni séparés à la base ni liés par une corde, mais sont constitués par une seule tige métallique terminée à chaque bout par une main et reployée sur elle-même de manière que les mains se trouvent l'une en face de l'autre. Il suffisait, pour jouer ces crotales, de les tenir vers le milieu et de serrer vivement les doigts; les doigts desserrés, les deux tiges de l'instrument se séparaient d'elles-mêmes grâce à l'élasticité du métal. Deux tiges de bois souple — dispo-
1. Hist., II, 00 : .\i |i;v TiVEî TÛv yjviixûv xpri-aXa Ë^ousïi xpoTa>,iÇou7t.
2. Fig. 15 = Catalogue des monuments et inscriptions de l'Egypte antique, 1'* série, tome I. Vienne, ISOi, p. l'J3.
3. Il se pourrait pourtant que les dessinateurs modernes n'aient pas toujours bien exactement rendu les détails de rinslrumenl et que des crotales de ce type aient été parfois interprétés comme des crotales à liges distinctes. Par exemple, à la fig. 8 ci-dessus, on devrait, s'il fallait se Cer à la reproduction, considérer la danseuse de droite comme lenant des crotales indépendants, et celle de gauche comme jouant des instruments réunis à leur base. De même, aux fis. 1 et 5, certains crotales préhistoriques sont séparés, tandis que d'autres paraissent unis en angle aigu.
sées en angle très aigu ou séparées à leur basi; par une petite pièce de bois — iiouvaient donner le même résultat que des ti,i;es métalliques.
Cette forme de crotale est très rare dans les représentations, — à vrai dire, je n'en connais même que le seul exemple que je viens de signaler^, — et jamais ou n'en a retrouvé d'exemplaires conservés dans les tombes pharaoniques. Mais, par contre, il existe plusieurs spécimens d'instruments égyptiens, d'Époque romaine et d'Époque byzantine, qui présentent les plus grands rapports avec les crotales du tombeau de Sa-ranpouit. J'ai déjà eu l'occasion d'étudier spécialement les deux premiers de ces instruments (fig. 16-18)'; letroisième
Fie. l:î. FiG. 17. Fia. \H. Fig
Fig. 16-19. — Crotales à cymbales'.
(fig. 19) a été publié postérieurement à mon article. De ces trois spécimens, un seul est en bois (fig. 17, 18^ et deux sont en bronze (fig. 16, 19). Ils diffèrent des crotales de Sa-ranpouit en ce que, au lieu de se terminer par des mains, ils se terminent par de petites cymbales de métal, fixées lâchement l'une en face de l'autre à la partie interne de chaque extrémité. Ces trois instruments mesurent de 30 à 35 centimètres de longueur, et les cymbales ont un diamètre de 6 à 7 centimètres. Si le principe de ce nouveau type de crotale est le même que celui des crotales de Sa-ranpouit, si même les dimensions sont identiques dans les deux cas*, il n'en est pas moins
4. V. LuuET, les Cymbales égyptiennes (dans Sphinx^ revue critique d'égyptotogie, Upsala, tome V, ISOI, p. 93-96).
5. Fig. 16 = M. TowRY Whttb. Egyptian musical instrument (dans ]csProceedings ofthe Society of Biblical Arehxolngy, I.ondon. t. XXI. 1S99, p. 143-144). — Fig. 17-18 = W.-L. Nasb, A vooden handle for small cymbalsjrom EgypHibid.A- XXII. looo, p. 117-118).— Fig. 10 = J. Strzygowski, Koptische Kunst (dans le Catalogue génèrcU des antignités du Musée du Caire), Vienne. 1904, p. 316, n* 716:î.
6. L'instrument du Moyen Empire, à en juger d'après le bas-relief (fig. 15). égale environ 3 ou 4 fois la largeur de la main fermée, ce qui représente de 30 à 35 centimètres.
ESCYCLOPÈDIE DE LA MrSFQf'E ET DlCTrOS'SAfRE DU CONSERVATOIRE
important de remarquer que réiément sonore s'est considérablement modifié entre la Xil» dynastie et l'Époque romaine : au lieu du claquement sec du bois, de l'ivoire ou du métal, on a la résonance plus ou moins prolonsée des cymbales.
Dans l'intervalle de temps qui sépare les deux périodes, — une vingtaine de siècles environ, — les Écyptiens ont donc inventé la cymbale. L'ont-ils inventée en tant qu'instrument indépendant, ou bien est-ce en voulant donner plus de sonorité à l'extrémité du crotale qu'ils ont eu l'idée de couper cette extrémité et de la rattacher sous forme de disque concave? On ne pourrait répondre à celte question que par une hypothèse, si un nouvel instrument,
longtemps méconnu, \a. mainil , ne venait combler le vide qui sépare la XI1= dynastie de l'Kpoque romaine, et ne nous présentait toutes les formes possibles de transition entre le crotale en pincette de Sa-ranpouit et le crotale à cymbales des premières années de notre ère. i^^^ . ^^
Lainaïnil, en hiéroglyphes ; \ ■^ (i, n'est guère représentée, à ma connaissance, qu'à partir du Nouvel Empire , du moins dans des scènes où figurent des personnages'. Mais, dessinée isolément ou nommée dans des textes, on la rencontre dès la XII' dynastie.
C'est d'après les monuments du Nouvel Empire que l'on a surtout cherché à se représenter ce qu'é-
FiG. 20.
Vir,. 22. Fio. 23.
Fis. 20-2i. — Miiinit el sistre du Nouvel Empire'
tait la mainit. Comme l'instrument est souvent suspendu dans le dos au moyen d'une sorte de collier retombant sur la poitrine (fig. 9, 20), les premiers égyptologues y ont vu, soit un collier, soit un contrepoids de collier, soit le collier avec son contrepoids. Mais, comme l'instrument est également tenu à la main lig. 21-24), les égyptologues de la génération suivante y ont vu une sorte de fouet (magique, naturellement) à lanière doublée. J'ai proposé, en 1901^, d'y voirie crotale à cymbales, ou du moins le type initial d'où est sorti le crotale à cymbales, et, depuis cette époque, je n'ai pu, en examinant de
I. Un personnagp portant à la main une mainit est pourtant iiguré. par exception, dans une tombe de la .\1[* d\naslic (voir plus loin, lig. 20).
t. Fier- 20 = bas-relief du tombeau do Stlliosis l"" au Louvre (B, 7), d'après E. Lefsbire, le Tombeau de Srti /cr {Missioti du Caire, Paris, tome 11, 1880), Appendice, pi. i. — Fig. -1 =P. YinEV. le Tombeau de Jiekhma~a (Mission dit Caire, Paris, tome V. 1894). pi. xr.. — Fig. ii = G. MAspEao. le Tombeau de jViiA-/i»i {ibiJ.). p. 483, lig. 5. — Fig. 23
nouveaux documents, que me confirmer dans mon opinion.
Que la mainit soit un instrument de musique et non un collier, ou un contrepoids de collier, cela résulte, sans aucun doute possible, des allusions faites à la mainit dans les textes égyptiens. C'est ainsi que, dans un conte de la XVIII' dynastie', quatre déesses, ayant à se déguiser en musiciennes-danseuses, n'oublient pas de se munir de mainit et de sistres. Dans un conte de la XII*^ dynastie^, un personnage important, revenant de l'étranger après une longue absence, est accueilli au palais du roi aux sons des mainit et des sistres. Enfin, il convient de remarquer que, la plupart du temps, les femmes qui sont représentées-
^ V. ScHEiL, le Tombeau des graveurs (ibid.\. pi. v. — Fig. 2i ^ Facsimilé o/' tite Pap'/rus of A>ti iu the lîrilish Muséum, prinled by ordcr of the Trustées. 1' édition. London. in-folio. 1891, pi. :;.
3. V. LoRET, tes Ctjmba/es éi/ypticnnes {V, supra, p. 7, n. 4),
4. Papyrus W'estcar (Musée de Berlin, n« 3033), p. x, 1. 1-3. 3. Conte de Sanouhit (Musée de Berlin, n° 3022), 1. 263-209.
fiisTnrRE nu: i.a mvsiovk
portant l:i vwinit d'une main, portent de l'autre niain un sistre (11^;. 22, 24). Or, nous avons vu, et nous reverrons, qu'un mt^inc; nom é^ryplien, iihi. désigne a. la fois les crotalistes et les joueurs de sistres
(Juant au fouet à lanière doulilt'e, c'est là une identitiealinn à laquelle il faut renoncer sans hésiter et qui repose probablement sur la forme typographique )I (que je n'ai d'ailleurs jamais renrontrée ilans les textes) et sur certaine scène', mal interprétée, dans laquelle du reste le texte ne dit en rien qu'il s'ayisse de mainil.
Fio. 25. — Mainil sans lien'.
Comment voir la lanière d'un fouet dans cette chaînette on ce m de perles que nous présente une tombe tliébaine lii.'. 21 '! En quoi ce collier très large en son milieu lig. 20, 23, 2i) peut-il ressembler à un fouet' Quel rapport existe-t-ii entre un fouet et la monture très compliquée de la maïnit que tient la dame l'aoui, saur de NaUht (fig. 22j"? Enfin, où retrouver une lanière de fouet dans cette figure (fig. 25) qui, précisément, nous représente l'instrument en question sans aucune espèce de chaîne, ni de collier, ni de lanière î Qu'un fouet, sous une forme très simplifiée, se réduise à la lanière, la chose peut s'admettre ; mais qu'il se réduise au manche seul, cela
parait invraisemblable. Au contraire, la supiiressioii du lien de suspension s'explique très aisément s'il s'a^'it d'un crotale à cymbab'S.
Des trois explications données jusqu'ici de la mainil, il me semble donc que la mienne seule a quelque chance d'être la vraie.
Il est certain que, sous le Nouvel Empire, la mainiC est un crotale d'une seule pièce, comme le crotale de Sa-ran[)ouit et les crotales byzantins. L'examen des représentations de la maïnil sous le Moyen Empire nous prouve qu'avant d'être un crotale en pincette, la malnit a été composée de deux tiges distinctes, réunies par un loiii; lien présentant plus ou moins la forme d'un collier. Les figures suivantes (fig. 20-30), — tirées de représentations funéraires du Moyen Empire dans lesquelles l'instrument est partout accompagné de son nom maxnit, — nous montrent clairement l'évolution de cette forme de crotale. On a commencé [lar réunir au moyen d'une corde, afin de ne pas risquer de les dépareiller, les deux tiges d'un crotale à éléments séparés. Puis, l'instrument se portant probablement, lorsqu'on ne s'en servait jias, suspendu au cou, les deux tiges retombant par derrière atin de ne pas être trop gênantes, on a petit à petit transformé le lien en chaînette, puis en collier. La chose se comprend d'autant mieux que les crotales, surtout les crotales métalliques, qui étaient les plus répandus à cette époque, étaient d'un poids assez lourd et, en tendant la corde de suspension, devaient exercer une pression pénible sur le devant du cou du porteur. En transformant la corde en un collier de poids ésal à celui des crotales, l'équilibre était rétabli, et la coquetterie y trouvait son
Fia. 30.
Fig. 26-30. — Mnînil du Moyen Empire '.
compte. De sorte que s'il y a un contrepoids dans l'affaire, comme l'ont supposé les premiers égyptologues, ce n'est pas la mainil qui sert de contrepoids à un collier, mais plus exactement le collier qui sert
1. P. ViREY. le Tombeau de Khem {Mission dit Caire, Paris, tome V,
1894). p. 364, fi^. 1. rcpistre supérieur.
2. Ce signe est employé qualre fois {I. 2iî, -5, 27. 30). comme détcrminalif du mot mainit, sur une slêlc du musée du Caire «latant de la XX' dynastie iK. Pit-Ht.. dans Zeitscfirift fur ^gyptiscfie Sprache und AtterC/iumskunde, Leipzig, t. X.Yll, 1884, p. 37-41J,
de contrepoids au crotale, lequel est la pièce principale de l'ensemble.
Si l'on devait prendre au pied de la lettre les représentations de la mainit du .Nouvel Empire (fig. 20- 24), on devrait admettre que la partie circulaire qui
3. Fig. 26 = P. E. Newbeiibt. Béni Hasan. LondoD. lome I. 1803. pi. XII. — Fig. 27 = P. Lacau, Sarcophages antérieurs au Nouvel Empire, Caire, 1904-1906, pi. Liv, fig. 476. — Fig. 28 = ihid., pi. lui. fig. 472. — Fig. 29 = ibid., pi. un, fig. 471. " Fig. 30 = R. Lepsius, j'EHeste Texte des TodlenbucliSfUerlia, 1867, pi. 42.
termine la tige de l'instrument n'est pas une cymbale fabriquée à part et attacbée à la tige, mais un simple élargissement discoïde de cette tige. Mais les lois de la perspective égyptienne sont très élastiques et dérivent surtout du désir de rendre un objet aussi clairement et aussi complètement que possible. De même que les Égyptiens placent toujours un œil de face sur un visage de profil; de même qu'ils représentent souvent, au-dessus d'une jatte de profil, comme si elles en sortaient, les fleurs peintes en guise de décoration au fond de cette jatte, — ce qui constitue, on l'avouera, une convention bien hardie; de même ils ont pu figurer le crotale à cymbales en retournant la tige et en la montrant telle qu'elle est à l'intérieur, de façon à laisser voir la cymbale au complet, sans la couper par l'extrémité du manche de l'instrument.
Seule, une mninit réelle, trouvée dans une tombe du Moyen ou du Nouvel Empire, nous permettrait d'élucider ce petit point de la question. Je dois dire, pourtant, que les crotales que l'on a publiés en les déclarant d'Époque romaine, ou byzantine, ou copte (flg. 16-19), pourraient fort bien être beaucoup plus anciens qu'on le suppose et être, tout simplement, des mdinit du Nouvel Empire. Rien, en tout cas, ne prouve formellement qu'ils soient d'un âge aussi récent qu'on l'a admis.