‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 7 sur 1158 · III. — La cymbale · texte numérisé non relu

III. — La cymbale

Étant donné, d'une part, que presque toutes les femmes qui sont représentées tenant un sistre d'une main, tiennent une malnlt de l'autre main, et, d'autre part, que les sistres ont été trouvés en très grande quantité dans les tombes égyptiennes, on est en droit Je s'étonner qu'on n'ait pas découvert une même quantité de màinit, ou du moins de petites cymbales détachées de malnit dont la partie ligneuse aurait été détruite par le temps. Il semble que toute musicienne enterrée avec un sistre, emblème de sa fonction, devrait être également accompagnée d'une rnainit, puisque, de son vivant, elle ne portait presque jamais l'un de ces instruments sans l'autre. Or, à ma connaissance, il n'existe dans aucun musée d'antiquités égyptiennes de petites cymbales de 6 à 7 centimètres de diamètre qui pourraient provenir de mainit détériorées. Je ne vois guère à cette lacune qu'une explication possible : c'est que ces petites cymbales, qui, à cause de la structure de la mahiit, n'étaient jamais réunies par paire au moyen d'une ficelle, mais étaient attachées séparément à chaque branche de l'instrument, ont été prises par les conservateurs de musées pour autre chose que des instruments de musique.

Les Égyptiens donnent souvent aux couvercles de leurs vases la forme d'une lentille plan-convexe dont la partie bombée est ordinairement ornée de cercles concentriques, et rien ne ressemble tant à un tel couvercle, — bien entendu à un couvercle de bronze destiné à un vase de bronze, — qu'une petite cymbale de quelques centimètres de diamètre. Peut-être, — en décapant et en étudiant soigneusement bien des disques concaves de bronze qui ont été pris pour

1. J. Gardneb WiLKrNsoN, Tlie manners and ciLstoms of the ancient Egyptians. London, 1878, 1. 1, p. 453, n. 3.

i. J. G. WiLKiNsos, op. ci7., tome I, p. 452, fig. 22i.

3. Fig. 31 (reproduilc daprfcs une pliologr.ipliie) = Brilish Muséum, First room. cases 44-45, n''6373 \Synupsu of the contents of tUe UritiiU Muséum, Uepartment of orientai antiquities, first and second Egyptian roorns, London, 1879, p. 50).

des couvercles de vases et exposés dans les musées loin des instruments de musique, — pourrait-on réunir une belle collection de petites cymbales ayant appartenu autrefois à des malnit.

Il est en outre à remarquer que jamais on n'a signalé, sur les monuments égyptiens, la représentation de personnages jouant des cymbales. J'ai pris quelque temps pour des joueuses de cymbales des femmes qui — la question bien examinée et les légendes hiéroglyphiques dûment traduites — se sont trouvées être des encenseuses tenant d'une main la coupe plate, et de l'autre le couvercle plat, d'un brûle-parfums. Wilkinson n'a pu signaler la représentation de cymbales qu'à titre de pure hypothèse, en imaginant des cymbales, d'après la position des mains, sur certain bas-relief très endommagé'.

Et pourtant, il existe des cymbales dans quelques collections égyptiennes. Mais ce sont des cymbales proprement dites, et non des cymbales de mainit. Elles mesurent environ de 14 à 1 8 centimètres de diamètre et sont parfois reliées deux à deux au moyen d'une corde traversant un trou percé au centre de chaque disque métallique.

Wilkinson, le premier, a figuré des cymbales, appartenant à la collection Sait '2. Elles ont, dit-il, été trouvées à Thèbes, semblent être en laiton ou en un alliage de laiton et d'argent, et mesurent, l'une 7 pouces (=: 178 mm.), et l'autre o pouces 1/2 (=: 140 mm.) de diamètre.

Au British Muséum existe une paire de cymbales réunies au moyen d'un cordon (fig. 31).

Les dimensions ne sont pas données au catalogue.

Le Musée égyptien du Louvre possède quatre cymbales'.

J'ai examiné et mesuré ces instruments.

Deux des cymbales sont attachées l'une à l'autre au moyen d'un cordon tressé; elles mesurent exactement 14.5 millimètres de diamètre. Des deux autres, l'une mesurt' 148 millimètres et l'autre liJO; peut-être, malgré cette petite différence de deux millimètres, faisaient-elles partie d'une même paire.

Deux cymbales sont signalées au Musée d'antiquités égyptiennes du Caire, mais le catalogue n'en indique pas les dimensions".

Enfin, le document le plus intéressant sur la cymbale est une momie exposée au Brilish Muséum et ainsi décrite dans le catalogue : « Sycomore. Cercueil et momie d'Ankh-hapi, barde ou musicien, probablement d'Osiris. Le cercueil et son couvercle

Fia. 31.

- Cymbales du Brilish ilnseum *.

4. Salle civile, armoire A. n-* N 1444-8 (E. de Rocgé, Notice sommaire des monuments ér/yptiens exposés dans tes galeries du Musée du Louvre, Paris, 1873, p. 87),

5 G. Maspeuo, Guide to the Cairo Muséum, Cairo, 1906, p. 234, n°* 855 et 855 bit.

HISTOIRE DE LA MrSIQUE

voùlé sont peints de couleurs vivos et porlont les scènes et invocations d'usaf,'e, ainsi que des extraits du Uituel. I.a momie est très étroitement emmaillotée, de manière à laisser voir la l'orme du corps, et, avec elle, est une paire de cymliales que le défunt jouait de son vivant. Probablement du 1°'' siècle ajirès notre ère '. »

Aucun de ces inslrumonts, ou l'a remar(iué, n'est ilaté de façon ju-écise, et l'on ne connaît rien de leur provenance exacte. C'est ce qui se présente, malheureusement, pour la plupart des instruments de musique épyi.itiens conservés dans nos musées, et ce fait leur enlève bien souvent la plus f;rande partie de leur valeur documentaire. D'autre part, aucun mot, dans les textes liiérofîlypliiques, ne s'est encore rencontré qui eût quelque raison d'être attribué à la cymbale. 11 y a donc, dans l'histoire de cet instrument en Kpypte, une lacune qu'un heureux hasard nous permettra peut-être de combler un jour. Pour l'instant, nous ne savons encore au juste à quelle époque ni dans quelles conditions les petites cymbales de la ma/nit se sont détachées de leur support pour mener une existence indépendante et acquérir, petit à petit, des proportions presque triples.

Page 1