Voir chap. V, p. 32j-3;u
compas retombe toujours aux mêmes points entre une tonique et son octave; » le compas léger des Hindous se pliait et traçait sur cette distance des intervalles plus variés. Et i< comme le plaisir de la mélodie consiste précisément dans l'appréciation des intervalles musicaux successifs, chaque mode avait ainsi un caractère original et pour ainsi dire personnel. Pour peu qu"on goûte la musique, on sent très bien la dill'érence entre les modes majeur et mineur, les seuls malheureusement que comporte notre musique moderne »; les Hindous, il n'en faut point douter, appréciaient les nuances de leurs nombreux râgas fondés sur les dilFérents modes. Ainsi s'explique que, en l'absence des puissants moyens d'expression que donnent l'iiarmonie, l'association des instruments et des sons, leur musique ait pu conquérir un si grand empire sur les âmes'.
4° Distinction entre la tonique ou initiale et la note finale. — A cette musique mélodique la tonalité, " c'est-à-dire la parenté visible des notes avec la tonique, qui sert comme d'ànie à la musique moderne », n'est pas aussi nécessaire qu'à l'harmonie. Il ne faut donc pas s'étonner que, dans l'Inde comme en Grèce, on n'ait pas senti la nécessité stricte de terminer le chant par la tonique de la gamme dans laquelle le morceau était écrit. Les Grecs le terminaient d'ordinaire non sur la tonique, mais sur sa quinte. Les Hindous, qui distinguaient la tonique [amra] de l'iniliale [graha] et de la finale [nyàsa), obéissaient à des règles fixes, établies sur le degré de parenté ou de relation des notes entre elles, mais « n'hésitaient pas à abandonner la mélodie sur une consonance quelconque de la tonique, la laissant pour ainsi dire en l'air, sans la ramener à son point de départ- ».
0° Conclusion indécise des airs hindous. — Cette pratique, jointe à l'habitude presque constante de finir, non sur le temps fort ou premier temps de la mesure, comme nous faisons, niais sur un temps faible, et généralement sur le dernier temps de la mesure, donne à leurs airs une conclusion indécise, qui contribue à les faire paraître imprécis et inachevés à nos yeux et à leur communiquer un caractère plaintif et monotone '.
Absence de silences et de soupirs. — La théorie classique semble, au moins dans la notation, ignorer les temps vides, les -/povoi /.îvo'. des Grecs, nos silences et nos soupirs. Un a pu voir, par les airs notés de Çàrngadeva reproduits au chapitre IV, que toutes les barres étaient remplies, parfois par la multiple répétition de la note initiale de la mesure, et que ces notes répétées n'étaient aucunement liéei à la première, puisque toutes se chantaient, soit sur une seule syllabe tenue, soit même sur des syllabes différentes du texte. Cette absence de temps de repos, ce remplissage des barres de mesure, cette répétition des mêmes notes soutenues qui sonne à nos oreilles comme une sorte d'accompagnement de pédale, ne sont pas faits pour remédier au caractère naturellement monotone que nous reconnaissons à la musique hindoue^.
1. Nous empruntons en grande pai-lie ce développement, comme celui qui suit, aux consiiiérations si intéressantes de M. A. Laugel, La Voix, t'Oi-rille et la Musigiin, p. 111-117. llS-142.