I. — GÉ\ÉR.VMTÉS
i< L'échelle musicale est consonance. " Platon.
1. A en juger par la seule nomenclature de ses diverses gammes, la musique grecque parait faite d'éléments disparates et avoir enrôlé parmi ses harmonies, avec une étrange tolérance, les échelles musicales de l'Orient: dans l'art de Terpandre et de Phrynique elle semhle avoir été plus accueillante aux Barbares que dans l'art de Phidias ou dans celui d'Apelle.
Il n'en est rien. Tout ce que les musiciens grecs ont emprunté à l'Asie a été transformé sitôt qu'assimilé par eux, et ce qu'ils nous ont transmis sous l'étiquette des modes orientaux ne peut guère nous renseigner sur les gammes des Lvdiensou des Phrygiens. C'est la gloire des Grecs d'avoir, avec une ardeur sans égale et une rapidité qui tient du prodige, adapté à leur usage et rénové les créations des autres peuples. L'Asie et l'Egypte ont été les nourrices de l'Hellade; mais l'Hellade, enfant rebelle, les a battues, lit il se trouve cette fois, tant le nourrisson était dru et en droit de réclamer contre les lisières, (jue sa révolte fut légitime. S'il est donc vrai qu'Apollon soit venu des bords du Ml et qu'Orphée ait apporté à l'Occident l'art de la Phrygie, les Doriens, qui firent la Grèce, secouèrent ces influences opposées, qui s'exerçaient sur eux. Leur race vigoureuse a su, jusqu'à la fin de ses destinées, tirer de ses pré-
1. M. J. de Foville a bien touIu nie fournir la cbronologie des Médailles et des lutailles.
cepteurs de fécondes leçons, mais elle n'a point consenti a en subir le joug. Instruite, elle s'est évadée, trouvant dans son génie la force de faire plier à des lois nouvelles les traditions venues do loin et d'adapter à son goût toutes les musiques du dehors.
La Gi'èce s'est ainsi donné une musique propre, dont elle a jalousement maintenu les principes pendant cinq ou six siècles, et qu'elle a léguée, par l'intermédiaire des Romains, aux artistes médiévaux.
2. Pour assurer à leur doctrine à la fois fixité et durée, les maîtres de l'art prirent pour base do leur enseignement la seule formule sonore à laquelle ils assignaient une origine vraiment nationale; et à ce Mode Dorien qui fut pour eux l'équivalent de notre gamme majeure, ils attribuèrent la prééminence. La notation fut créée pour lui et par rapport à lui. Type de la succession mélodique, il servit de démonstration fondamentale dans l'établissement des principes généraux. Toute théorie des soiis, des intervalles, des modes, des tons, des nuances, eut pour application première cette gamme « indigène » dont les autres n'étaient que les satellites. Bien que les philosophesmusiciens, dans leurs spéculations, et les musiciens de métier, dans la pratique, s'entendissent assez mal, leur accord se faisait sur le nom et la dignité du mode doiien. Et comme les discussions qui les séparaient ne touchaient pas au fond des choses, cet accord subsista.
11 arriva d'ailleurs que, des le vi" siècle, les philosophes-musiciens élablirent avec une admirable clairvoyance une physique des sons qui reste, dans ses grandes lignes, inattaquable, lis trouvèrent le « diatonique », ou, ce qui est plus exact, ils surent
le mesurer et l'expliquer. Car le diatonique vulgaire était déjà vieux, et les hommes, depuis longtemps,
comme M. Jourdain fit de la prose, — en usaient
sans le savoir. Les philosophes rendirent à cette échelle, assise sur les consonances primordiales, l'office de la déclarer sainte. Et de fait le peuple s'y tint, laissant aux professionnels de l'art le poût des raffinements et des subtilités, et le droit de toucher à l'idole.
Ce qu'on peut appeler le diatonique vulgaire est une échelle musicale dont les degrés procèdent par tons et derai-lons. Prenons pour point de départ le fa^ pour la raison qu'il marque la limite grave de la voix d'homme, et à partir de ce son établissons avec la quinte', qui est l'étalon normal et instinctif, la série sonore de 7 termes ' :
immédiatement transformable en une série diatonique continue :
qui, renaissant d'octave en octave, fournira le clavier des touches blanches.
Dans une pareille série, que nous pouvons limiter à deux octaves, — dimensions d'une voix humaine très étendue, — les musiciens des temps modernes ont élu « octave-type » celle que limitent les ut:
ul
Les phénomènes sonores qui leur ont persuadé ce choix sont assurément d'importance, et le principal d'entre eux, le phénomène de la Résonance^ supérieure (son fondamental; harmoniques), tend en effet à engendrer la gamme majeure ut ré mi fa sol la si ut. Toutefois on peut concevoir un art où le fait acoustique de la résonance, moins amplement perçu que par les Modernes, soit aussi un oidonnaleur moins absolu des sons. C'est le cas de l'Art Hellénique. Entre les 7 séries possibles d'octaves :
sol SI ré
ce n'est pas de l'octave d'ut qu'il a fait clioix, mais de l'octave de mi.
Sans entrer dès maintenant dans toutes les raisons de cette préférence, nous pouvons remarquer que si