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II. - LES GEXRES ET LA \OT.\TIOX

35. Il a été déjà (14) fait mention des Genres diatonique, enharmonique et chromatique, tels que la pratique vocale les constitua. A côté de cet art vulgaire, réglé par les mesures pythagoriciennes, il y en a un autre, réseivé aux musiciens professionnels, spécialement aux instrumentistes, et dans lequel les Genres ont une constitution dillérenle, et singulière. L'étude de la notation peut seule élucider les problèmes soulevés par la pratique instrumentale de ces échelles modiliées.

C'est, en effet, au jeu des instruments, à peu près exclusivement, que de telles subtilités sont applicables. U est difficile de croire que la voix humaine se soit prêtée communément à un mécanisme aussi arti-

Cithare heptacorde. — Monnaie de Calymna, du iv» siècle avant J.-G. Inscription ; (K)AAl'.MMON. À la face, tète d'Ares casqué. — Cnbinel des Uédailles.

flciel. Les cordes vocales que possède tout chanteur ne jouissent pas d'une illimitée liberté. Entendonsnous : il est toujours loisible à un chanteur de chanter faux et de produire, sans le vouloir, îles intervalles plus courts que le demi-ton. C'est son droit imprescriptible, — dont il abuse parfois. Mais peut-il à son gré, et avec précision, émettre des intervalles (I 'Sdeton, 1 /4de ton, etc.) que les consonances fondamentales (quinte, quarte, tierce naturelles) ne lui permettent ni de construire ni de calibrer avec exactitude? L'oreille du chanteur réagit directement sur son gosier, et elle ne le laisse guère — à moins que, doué d'une sensibilité auditive exceptionnelle, il n'ait acquis une habileté surprenante — contrevenir aux sollicitations des consonances.

11 n'en est plus de même s'il s'agit d'un instrument à son dxe ou à son réglé, par une position déterminée

Copirinht In Ch l)ela<;ravi-. tUVi.

Esr.yr.i.opÉniE de la mvsiqve et Dir.riow.unE na r.oxsERiATOinE

du doigt. On peut supposer ici — et réaliser — des modes de réglage qui échappent aussi bien à la méthode pythagoricienne qu'à celle des physiciens modernes. C'est à quoi les Grecs se sont ingéniés, et il est très vrai qu'ils y ont déplorahlement réussi. Les sons exhariiwniques leur ont été si agréables et paraissent leur être devenus si familiers qu'ils furent érigés en facteurs de la notation usuelle !

Cilhare heptacorde, à bras très allongés au-dessus du joug. — ilonnaie de Chalcidique (presqu'île dp Macédoine), du commencement du ive siècle avant .I.-C. Inscription : XAAKI.i[E]£2N. A la face, tête d'.Apollon. — CaHiiel îles Mcdiiilles.

36. Le système graphique employé par les Grecs pour représenter les sons musicaux est en contradiction formelle avec la division pythagoricienne de l'octave. Celle-ci est fondée sur le réglage au moyen des quintes : c'est le Diatonique vulgaire ou vocal (2) (3). Les musiciens professionnels, les dillettantes, acceptaient partiellement, il est vrai, la construction pythagoricienne : les sons fixes de l'échelle, le Corps de l'Harmonie étaient installés à leur place vraie au moyen de la résonance des quintes, par le procédé déjà connu. En partant de la mèse, ils obtenaient les trois autres sons fixes :

mais dans ce cadre rigide ils prétendaient insérer des sons mobiles, non issus des quintes, par conséquent échelonnés suivant des degrés plus petits que les demi-tons ou plus grands que les Ions.

Pour cela ils supposaient l'octave linéairemcnl divisée en vingt-quatre parties égales. Ils projetaient les divisions sur une droite, établissant ainsi de soi-disant distances, représentatives des intervalles'.

Chaque intervalle était censé contenir un nombre déterminé de ces unités arbitraires. L'octave renfermant 24 divisions, la quarte en comprenait 10, la quinte 14 :

=FFFF

[lOS]

Par celte opération imaginaire, dans laquelle une figuration pour l'œil remplace les repères pour l'oreille, par la « catapycnose », le Corps de l'tlarmonie se trouve ainsi représenté :

Octave = 24 divisions ou diisis.

Quinte =^14 — —

Quarte = 10 — ^ — Différence entre la quiule et la quarte (ton) = 4 diisis.

Ils auraient pu, au moyen de cette fiction, représenter la gamme diatonique vulgaire telle qu'elle a été pratiquée précédemment : c'eut été une gamme tempérée, analogue à celle de nos claviers : chaque ton eût valu 4 diésis, chaque demi-ton 2 diésis, le demi-ton étant exactement la moitié du ton :

Un grand théoricien, Aristoxène, pressentit ce tempérament cijtil, mais les professionnels n'acceptèrent point ce? successions « vulgaires ». .Non seulement ils donnèrent au Diatonique une forme différente; ils le reléguèrent au second plan et posèrent ce principe étrange que la succession mélodique la plus régulière, « la plus exacte », était l'Enharmonique. Voici comment ils la figuraient :

Les deux sons mobiles de chaque télracorde se resserrent contre la base tétracordale et s'échelonnent par quart de ton (1 diésis) à partir de cette base. Autrement dit, dans le télracorde la-mi, le sol prend la place de notre fn, et \e fa devient un son exharmonique, qui divise le i 2 ton en deux.

La distance la-sol [110] est la somme de 2 tons : ce n'est pas une tierce, mais un « diton », indécomposable-. La représentation suivante sera donc plus significative que la précédente :

dilon diton

IttiliUlllllliUJ

et l'on pourra diie que, dans le tétracorde supérieur ini-si, Vut est prohibé. De même le sol dans le tétracorde inférieur. L'astérisque désigne celui des deux sons mobiles qui, échappant au système sonore issu des consonances fondamentales, est à proprement parler « exbarmonique >■.

Ainsi l'octave doristi se trouve enharmoniquement constituée par deux tétracordes à la base desquels trois sons très rapprochés constituant le groupe du pycnon (= serré) : le son inférieur est le buri/pi/cne , le son supérieur Voxijpycne, et le son médian le mésopi/cne. Ce groupe a une telle importance que les créateurs de l'écriture musicale ont eu pour préoccupation majeure de le représenter avec éviilence. La séméiographie va nous aider à comprendre son riMe organique :

luf

Les sons fixes sont ligures par 4 lettres dites droites :

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