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III. — LE ]nÉLA.\GE DES GEXRES

66. Le lecteur est armé maintenant pour faire face aux dillicultés de la notation grecque, plus apparentes que réelles, caries anomalies s'expliquent dès que le point de départ (tons primitifs) est connu et son régime admis, ici dans interprétation de Bellermann.

La plupart des échelles présentées ci-dessus doivent être considérées comme des appareils de ranémotechnie, espèces de barèmes qui donnent le moyen de lire des tétracordes isolés, mais ne représentent point — du moins dans les monuments conservés — des échelles continues. Seules les échelles du Genre diatonique peuvent ne pas oll'rir de brisures. Toutes les autres sont discontinues, par suite du mélange habituel

des Genres. On a eu déjà l'occasion de signaler ce fait dans la pratique vocale il4i. Les Hymnes IJelphiques montrent comment le Chromatique et l'Enharmonique vulgaires sont associés au Diatonique.

Les échelles vraies vont cette fois être présentées, et dans les seuls sons employés sur les monuments.

Les transcriptions sont en hauteur réelle, — selon le diapason antique :

HYU.NE DELPUIQUE

L'Enharmonique défectif, ou vocal, ou vulgaire, — dans lequel manque l'indicatrice à chaque tétracorde enharmonique, et où la parliypale (lettre couchée) doit se tiaduire une diésis plus haut que la notation ne l'indique, — est appliqué ici aux Moyennes, à leur réplique lies Suraiguès) et à leur transposition Iles Conjointes). Les autres tétracordes (Graves et Disjointes) restent diatoniques.

il 95]

I. I." ton principal est le lydien. Le ton fondimental (Iiyîolydienl est employé ici comme modulation à la quarte inférieure.

ENCYCLOPÉDIE DE LA MVSIQVE ET DICTIONSAWE Df CDXSERVATOfnE

Les Moyennes sont chiomaliques, les Conjointes sont chromatiques ou enharmoniques. Les Graves sont diatoniques, et les Disjointes, représentées seulement parleur son de base, auiaieut le même genre que les Graves si elles étaient énoncées. Le fragment d"Oreste va en fournir la preuve.

FRAGMENT d'oRESTE

Les sons conservés de ce trop court fragment sont, en effet, dans la partie vocale, en ton lydien :

Moyennes chromatiques. Graves et Disjointes diatoniques.

La partie instrumentale, en admettant qu'elle soit indiquée sur le papyrus, est trop incomplète, et d'ailleurs trop conjecturale, pour qu'on en tire dés conséquences graphiques.

AUTRE HYMNE DELPHIOUE

Sections A, G (ton phrygien

[n* a'^;^t k']x z n <\z. n k aj:

2° Or, les mesures 36, 44-o-6 marquées ['" [-'] et p] sur la transcription [547] sont inexplicables dans ce ton; elles présentent les signes V< qui ne se trouvent point dans cette échelle tonale : ils font partie des Disjointes en ton phrygien 171\ Les mesures précitées sont donc une modulation passagère, un retour momentané à ce ton initial (section A). On s'en rend compte en transcrivant l'échelle [197] dans le ton phrygien :

Les Moyennes et les Suraigues sont chromatiques, mais celles-ci seules selon le Chromatique normal. Les Moyennes sont néo-chromatiques.

L'indicatrice des Conjointes manque. On suppose que les Conjointes sont affectées du même Genre que les Movennes, dont elles sont la

3° Cela fait saisir sur le vif le mécanisme modulant aux tons voisins (situés à distance de quarte ou de quintej. Pour plus de simplicité, on peut se mettre en face de simples échelles diatoniques et répéter les Moyennes à côté des Conjointes, en prenant pour centre d'expérience le ton phrygien :

transposition, comme on sait'.

Section B (ton hyperphr

Ion hyperphrygien

Les Moyennes sont affectées du Chroma normal; les Graves (et les Disjointes) du Néo-Chroraali(iue; les Conjointes n'ont pas d'indicatrice.

11 y a lieu de faire, à pro|ios de cette (voir la transcription [o47]i, les tes :

1° La transcription par quatre r- s'impose, dans le Ion hy[ier[ihrygien, à cause du so/i unique qui détermine le tétracorde des Conjointes (c'est le sif> de la transcription [87], mesure 37i, et qui est incompatible avec le ton phrygien. Voici le schème de ce Ion, conformément au mélange des Gen^s, tel qu'il est ici pratiqué :

ton hypophryjien

section B remarques suivan-

Si l'on superpose les parties communes

1. Si l'on a(]niet que les Conjointe?, traiispositiuns ties Moyennes :i la qaarte ai^ué. puissent ne pas être affectées du môme rhronui qu'elles, on doit, pour imiter la succession tetracordale de la section B, admettre la forme :

[197 bis]

lllSTOinE DE LA lUI'SlQf'E

'l'on liy|)er|iliryf;iiMi par Disjoinlos.

Tiin phi-ysii^n

par Cunjoinles.

Ton phrysion

par Disjoinlos.

Ton liyp.iphry^ion par Coiijoiiiles

011 voit que le ton plirvs'en possèile avec chacun de ses deux voisins, situés l'vin une quarte plus haut, l'autre une quarto plus bas, trois télracordes communs : il diiïère donc de riiyperpliryf;ien par ses Disjointes et ses Graves, tandis que l'iiyperplirygien ditlere de lui par ses Suraiguës et ses Conjointes.

De même le Ion phrygien diiiere de l'hypoplirygien par ses Suraigui'S et ses Conjointes, tandis que l'hypophrygien diffère de lui par ses Disjointes et ses Graves. H en résulte que le mécanisme des Conjointes établit entre les tons voisins un enchevêtrement systématique.

67. Le mélange des Genres se retrouve dans un écrit d'Aristide Quintilien sous une forme légèrement différente de celle (jui vient d'être étudiée. Dans une série d'exemples malheureusement incomplets, le compilateur montré les Moyemies all'ectées de rKnliarmoniquepur, tandis que lestiraves et les Disjointes, sous forme de pentacordes, exhibent, à côté de l'indicatrice enharmonique, l'indicatrice diatonique. En résumé (et en un seul schèrael, il semble que l'on ait pratiqué des échelles de la forme suivante :

^^"tàcorde

P^atiforde'

Verra-t-on surgir un jour quelque monument qui fasse application de ce disposilif'?

68. Il resie à se denianiler si les échelles d'AIypius, présentées plus haut, se trouveront exprimées en

toute leur étendue, dans des textes à découvrir; en d'autres termes, si le (ienre chi'omalique ou l'I'inharmonique ont été jamais employés dans tous les télracordes sinuiltanément. Un passage d'Aristoxéne le ferait croire : >t Toute surcession mé^lodique est diatonique, chrnmaliqiii! ou enliaiinoui(|ue, ou bien formée du mélange des (ùuires, ou bien commune aux trois ("lOiires. » Or les monuments qui nous sont parvenus ne montrent, en l'ait d'échelles uniformes, que des échelles diatoniques : les Genres enharmonique et chi'onialique, loisqu'ils intei'viimnent, ne sont attribués (]u';i trois létracordes sur cinq, les Disjointes et les Graves restant iliatoniques. De sorte que les Genres autres que le Diatonique paraissent avoir été surtout des éléments de contraste appliqués aux létracordes essentiels (Moyennes, Conjointes, .Suraigués) et chargés d'opposer leur pycnon aux degrés ]dus larges du Diatoniipic intoicalaire. Le Néo-Chromatique (04), il est vrai, n'est point traité comme les (ienres plus anciens : on le voit passer des Moyennes aux Graves, et il voisine avec le Chromatique primitif dans les télracordes contigus. C'est l,à une innovation sans doute, et l'on peut supposer que les fondateurs des échelles mixtes ont ignoré ces contacts. Gevaert croit que la présence du Diatonique <i côté des autres Genres — leur mélange en un mot — fut le principe posé par les premiers constructeurs. Sobriété voulue, fort remarquable.

69. Quant aux échelles bâties sur les sons communs aux trois Genres, il est facile, si l'on s'en tient aux indications fournies par la notation, de les construire : elles sont défectives, puisque l'indicatrice de chaque tétracorde se trouve exclue. On aura donc :

< yj

De pareilles gammes peuvent avoir eu cours. En art « vulgaire », il va de soi que le signe couché était traduit une diésis plus haut que sa graphie. On trouve dans la musique populaire chez tous les peuples des échelles analogues, penlaphones, et Wagner s'est servi, dans quelques-unes de ses plus belles mélopées, de gammes défectives'. Le tricorde du fabuleux Olympos a encore des imitateurs.

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