Gevaert, Traité dliarmonief page
ENCYCLOPEDIE DE LA MCSIQUE ET DTCTIOWATRE DU COysERVATOIRE
Cithare, sans cordes, en raison de la matière employée : la fijïure est une statuette de terre cuite. Mais le relief est ici précieux, car il révèle la concavité de la caisse et des bras : le profil de l'ensemble s'inscrit dans une courbe, et cela explique que dans des instruments ainsi construits le chevalet puisse faire défaut. Il est donc probable qu'ici le cnrdier, très visible, soit la seule pièce saillante appliquée à la caisse : en raison de la forme épousée par le cadre, les cordes se trouvent suftisamment éloignées des parpis de la boite. — La main droite tient \epk'clrc, au repos; la main gauclie est certainement active. — Terre cuile d'un rouge foncé trouvée dans un tombeau i» Egine. Style analo,;,'ue à celui de Tanagre, mais, d'après Max. Collignon. fabrication postérieure : iii"^ siècle av. J.-G. Héliogravure dans la Rerne île l'urt ancien et moderne, avril 1807 ; cf. ibid. l'article de Max. Collignon : Oreliestre et Danseurs, — J/usce du Liiiirre, salle M.
Cithare (sans cordes) : statuette de terre cuile. La forme rigoureusement rectangulaire, la sutistitution d'une large barre au Jonu mince coutumier, donnent à cet instrument une physionomie spéciale. Il est légèrement concave (cf. XL), ce qui le dispense d'avoir un chevalet. — Même fabrication et même provenance que le précédent. Collignon (op. cit.) voit dans le pelit Kros, que regarde la jolie cithariste, un très jeune musicien qui, » les bras levés, fait joyeusement claquer ses doigts ». C'est là d'ailleurs une musique chère aux Grecs, et maint monument nous en révèle le naïf mécanisme (apokrolèma), — lUisée du Louvre, salle M.
LES I\l'A\CES
70. A la pratique des Genres ne se borne pas la science du musicien professionnel. Il ne se contente pas de s'éloigner des vulgaires intervalles dictés par la consonance et de traduire aussi exactement que possible les sons que la notation catapycnosée lui impose. Il va raffiner sur ces échelles déjà si compliquées et d'une réalisation si étrange. Il est oiseux de le suivre très loin sur ce terrain et d'entrer dans le détail de toutes les v nuances » mélodiques que les théoriciens signalent; il est curieux du moins d'exposer le mécanisme <le l'une d'elles, afin que le lecteur puisse, par analogie, imaginer les sottises auxquelles de telles pratiques ont donné lieu; il sait déjà, d'ailleurs, et cela est un acheminement vers l'élude des nuances, quels conflits persistent entre l'art » vulgaire " et la notation.
En elTel, — tant est grande l'intluence des signes graphii[ues, — les musiciens professionnels sont restés lidéles, avec obstination, aux principes de l'Enbarmonique pycnosé, base de la notation, même lorsque l'Eidiarmonique eut été réduit à de simples traces et ne s'appliqua plus qu'à des ornements tout à fait accessoires, qui furent d'ailleurs en usage encore au Moyen Age jusqu'au xi" siècle.
Après avoir fabriqué et pratiqué l'étrange tétracorde :
fTTr
lîNHARMONIQDEl -jP i i I.NTÉOKAL CES ) -^K t\ ' uMUSlCIE.NSu/ ij'^ "--^ [206]
isfB sans doute (38) du tricorde
les Grecs se rabattirent sur cette vieille formule ellemême, en supprimant le son exharmoniqne indûment intercalé par des virtuoses trop subtils. Mais au lieu d'écrire :
cil ^" majeur pythagoricienne [208]
ce qui ertt été à la fois clair et exact, ils subirent la tyrannie de l'écriture musicale et le joug de ses gardiens.
Ce fut l'indicatrice qu'on supposa éliminée. De la formule [206] il resta donc :
ENHARMONIQCEl '^ *■ '- '
DKFFXTIF DES \ <( MUSICIENS » /
AAll
= lod
et ce fut à exécuter cet absurde tricorde que les t< professionnels » s'évertuèrent. Quant aux praticiens «vulgaires », ils eurent le bon sens de chanter, malgré les signes :
IIISTOIIiK DE /-.l MISKjfE
/ BXHABMOSIQDK \ ( DKFKCTIK VOCAL j
■= lod
C'était la formule [208], avec cette reslrirlion que récriture ici esl .< inlerprétée >■. Voilà deux liailuctions ililTéiriites d'une j^rapliio unique, ~ deux nuances, pouiiait-on diic. Mais les Anciens réservaienl ce mot à d'aulres aspects des éclielles i72l.
7i. V.n Clironiatii|ne ou se heurte ;\ des divergences analogues.
Les professionnels prétendaient exécuter :
/CHROM
LOMATIQriiDËS\i:y I [ MrSIClEXS !• / fo ! " !-
tnhémiton
^ îvlon liKôî
nr?iim)enre pjtiagOTicieima et les musiciens «vulgaires » s'en tenaient sagement à:
HnOMATIQr
6 * Z f z = lod
Inhémiton Viton 'j'.on
72. De même, en Diatonique, les « musiciens » qualifiés se piquaient d'être fidèles aux signes et de faire entendre le tétracorde :
/DIATONIQCE DBS \ l( MCSICIESS
ton
ton maxime 'A-ton
Ils affectaient un profond mépris pour le Diatonique des Pythagoriciens, où tout est consonance :
Il fallait pourtant que les instrumentistes professionnels consentissent, quand les circonstances de l'exécution l'exigeaient, à renoncer aux intervalles exharmoniques ; lorsqu'ils se trouvaient mêlés à des chanteurs, et accompagnaient les choreutes — chanteurs-danseurs au théâtre — recrutés dans le peuple athénien, ils ne pouvaient exécuter que des tons ou des demi-tons, sous peine d'intolérables conflits sonores. Le style de certaines compositions imposait l'Enharmonique vocal, le Chromatique et le Diatonique vulgaires. Kn revanche, les aulétes solistes, par l'obturation partielle des trous de la ilùte, les citharistes eux-mêmes, par le tiraillement arbitraire des cordes, s'arrogeaient le droit, imprescriptible de par la notation, de couper leurs tons en (juatre ou autrement, lorsqu'ils étaient seuls en cause.
72. Ils prétendaient en effet que dans l'intérieur du tétracorde, lequel était considéré comme une capacité sonore immuable, les deux sons mobiles pouvaient occuper sinon toutes les places possibles du moins dans des limites déterminées , variables suivant les Genres, un nombre indéfini de positions.
Un peut représenter grossièrement cet étrange mécanisme par la ligure suivante :
Réq de laTafl^ypate
Kilo montre que l'indicatrice ne change ni de nom ni de fonction tant qu'elle so lient dans les limites comprises entre les divisions 2 et 6, et que la parhyiiale peut osciller entre I et 2. Aristoxéne déclare que le nombre des indicatrices est intini : <■ la voix produira nécessairement une indicatrice, dit-il, en quelque point qu'elle s'arrête dans l'espace attribué à ce son. » Même raisonnement pour la parhypate.
Malgré les différences d'intonation résultant de cette loliTance, l'oreille des Anciens n'hésitait point, paia!t-il, à reconnaître le Genre impliqué; et, bien que celui-ci ne fût pas établi par la fixation «p rarietur de ses intervalles constitutifs, mais simplement par les limites entre lesquelles chacun d'eux oscillait librement, aucune incertitude (?) n'en résultait pour l'auditeur dans l'appréciation du genre.
11 est bien inutile de calculer ces limites. Les Anciens ont là pataugé à plaisir. On observera seulement, en ébauchant celte étrange théorie, qu'elle rend le nombre des modes d'accord illimité. Toutefois,— et en ceci les Grecs ont contrevenu immédiatement à ladite théorie, enragés qu'ils étaient pour le calcul des intervalles et la mensuration catapycnosée, — on ne renonça point au plaisir de dénommer les « nuances » et, conlradictoirement à leur essence, de vouloir les fixer'. Il y eut un certain nombre de nuances privilégiées, correspondant à des formules d'accord plus ou moins slricleraent réglées.
Une seule nuance sera décrite, qui fut particulièrement goûtée : c'est le Chromatique et le Diatonique" amollis ». (Il ne peut y avoir d'Enharmonique amolli; le terme implique en effet un abaissement de l'indicatrice ; or l'indicatrice enharmonique se trouve à la limite d'abaissement dont elle est capable [206;.)
Cithare hexacorrle, de forme rare, d'espi^-ce indéterminée. Elle est portée par une Sirène funéraire ailée, à queue et à pied d'oiseau, à rapprocher des types V et X\'. 11 ne faudrait pas croire que le petit personnage tint son instrument de la main droite : ceci est une intaille, gravée en creux, par conséquent, et notre dessin a été fait à la chambre claire d'après un moulage qui donne le relief inversé. — Intaille du n" siècle av. J.-C. — Cabinet des Médailles.
73. Dans le Chromatique amolli, il y a plusieurs formules de l'accord. Celui-ci, ([u'Aristoxène qualifie