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OME^'CLATUBE DES 0 HARMONIES

88. Avant de passer à l'examen des trop rares monuments musicaux où les modes autres que la Doristi sont employés, il faut considérer un instant les vocables des modes: le texte d'Aristote qui a permis de grouper en modes nationaux d'une part, en modes exotiques d'autre part, les harmonies usitées dans l'art hellénique, recevra de cet examen rapide une véritable confirmation.

A côté de l'harmonie Doristi, qui est le centre auquel tout est ramené, les (irecs ont toléré, puis enrôlé un certain nomlire d'harmonies étrangères : l'Eolisli, riasti ou lonisti, la Phrygisti et la Lydisti. 11 est bon de prendre ces désignations dans leur sens géographique, sans épiloguer sur l'histoire des migrations musicales des modes : tenons seulement pour certain que les Eoliens, les Ioniens, les Phrygiens et les Lydiens ont importé en Grèce leurs « musiques » diverses. Or les Eoliens et les Ioniens sont d'anciens habitants du Péloponèse, chassés d'Europe par les invasions doriennes. Les Eoliens se fixèrent dans l'Asie Mineure côtière, en face d'Eubée. Ils peuplèrent l'Ile Ue Lesbos. Alcée et Sapplio ont chanté en dialecte éolien. Les Ioniens s'installèrent en Asie, sous le même parallèle que l'Atlique. Sniyrne, Ephèse, Milet, les îles de Chio, de Sanios, la plupart des iles de l'Archipel (mer Egée), sont peuplées par eux. Homère, Hésiode, Hérodote, sont, par la langue, des Ioniens.

Tout autres sont les Phrygiens et les Lydiens : il faut les ranger parmi les « barbares ». Leurs luttes contre les colonies grecques éoliennes et ioniennes ont été constantes. Conquise par les entreprenants rois de Lydie, la Phrygie passa, avec sa maîtresse, sous la domination jiersane. H n'y a rien de commun entre l'âme de ces Asiates et l'âme grecque.

Géographiquement, le groupe des modes nationaux devrait donc être constitué par les harmonies dorienne, éolienne, ionienne (^ iastiennei. Il est possible d'ailleurs qu'il en fût ainsi dans le principe. Grecs d'Europe et Grecs d'Asie devaient s'entendre " musicalement », malgré des ditférences dialectales, tout comme Sappho, Hérodote, étaient compris par les Attiques.

Le désordre survenu dans le groupement des modes (Mixolydisti associée à une Doristi, lonisti à une Phrygisti) prouve avec évidence que les harmonies exotiques primitives furent châtrées, et contraintes de s'encadrer dans les exigences tyranniques du Système Parfait. Les anciennes désignations devaient s'appliquer à des échelles moins conciliables avec la Doristi. En admettant, pour les raisons ci-dessus, que les harmonies éolienne et ionienne fussent bien, sous leur forme originelle, des modes comparables à ceux de ia-mi-La et de sol-ré-Sol, il est impossible d'admettre que les échelles empruntées aux^aibares de la Phrygie et de la Lydie eussent, dans l'art de ces

deux pays, la forme que les Grecs daignent leur attribuer.

En réalité, le tableau des modes — qu'on les groupe deux à deux seulement, ou quatre par quatre — nous met en face d'un système homogène, coordonné, ramené à l'unité, peut-on dire, — cette unilé étant la Doristi, — par conséquent hellénisé du haut en bas, par les Grecs d'Europe; Laloy l'a vu avec clarté. Les modes étrangers ont été adaptés aux habitudes mélodiques des musiciens du continent. Par un phénomène pareil à celui que les grammairiens reconnaissent dans l'évolution des formes du langage parlé, par I'k analogie » ils se sont peu à peu rapprochés du mode national des Attiques.

Ils y ont perdu leur saveur première, et se sont acheminés, par plus de régularité dans leurs échelles, vers l'époque basse où l'on a pu dresser les tableaux [230] à [236). Ils correspondent à une sorte de pédagogie qui eût étonné les musiciens poètes du v= siècle, Pindare, Eschyle, Sophocle, et aussi les virtuoses instrumentistes, leurs contemporains : en ce tempslà, les harmonies diverses que la Grèce tolérait à côté de la Doristi avaient sans aucun doute gardé quelque chose de leurs formes caractéristiques.

Platon lui-même parait avoir connu encore des modes barliares presque aussi éloignés du mode nalional que les costumes tapageurs des Asiates ressemblaient peu à la tunique dorienne, si belle en son simple arrangement. Il proteste contre un « exotisme » plus accentué que celui dont le tableau [233] dresse le bilan. Sans quoi il semble absurde que l'auteur du Lâchés et des Lois ait pu séparer la Doristi de ses compagnes avec tant d'indignation. « Chez l'homme vertueux les actions et les paroles s'accordent entre elles, parfaitement, h la manière (des sonsi de rharinonie dorienne, et non pas selon les harmonies iastienne, phrygienne ou lydienne. Car l'harmonie dorienne seule est hellénique. » ILachùs.)

La vérité doit être que les traditions musicales de l'Orient importées en (iréce ne perdirent leur vie propre que vers la lin du iv" siècle. Alors on jugea à propos, pour consacrer par des mots la coonlination des harmonies, de remplacer l'Eolisti par l'ilypodoristi, l'Iasti par l'Hypoplirygisti. Que l'harmonie éolienne ait pu, sans trop d'altérations, devenir comparse de la dorienne, cela n'est point scandaleux. Mais il se trouva, tant l'adaptation au système purement hellénique avait effacé les distances, que l'harmonie ionienne et la phrygienne, l'une hellénique et l'autre baibare, formèrent une de ces couples rangées sous même rubrique : hypophrygisti et phrygisti. Il y a là une trace de remaniements certains.

Qu'étaient les harmonies exotiques primitives"? On a le droit de supposer, d'après les légendes relatives aux aulétes de la Phrygie, que l'usage des intervalles plus petits que le demi-ton a été importé d'Orient en Grèce continentale.

89. La terminologie nouvelle ne prévalut guère que parmi certains professionnels. Les Grecs restaient si jaloux de leur dignité en face des «barbares», que, même après avoir enrégimenté les modes étrangers dans l'art hellénique et leur avoir ùté la plus grande part de leurs caractères propres, ils continuaient à les désigner, non sans quelque mépris, par les vieux noms.

C'est à une distinction quasi dédaigneuse qu'est due la réduction de tous les modes aux deux (groupes d") harmonies Doristi et Phrygisti. Le premier groupe ne renferme que des modes helléniques; car l'éolien

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GRÈCE 'i'i5

l'st un «lialecto, et la mixolydisli paialt exprimer, par son ctiipii'tle iin^nie, qu'elle est un ninde nalinnal teinté seulement irexolisme. Ici les eadi-es sont l'ii'ides ol le l)iatonii|ne vuliiaire s'installe normalement. Le second groupe évocpie les éclielles orientales, imprécises, oi"! les sons exliarmonii|ues peuvent devenii' les Jalons mêmes du mode, aux risques et périls du l)ialoni(iue vulgaiie, qui v manque d'assises roluistes. Or ce Genre cher à l*vtlia^:ore, l'Iaton, Aristote, l'ut toujours, en dépit des musiciens professionnels, le ccidi'e vers locjnel convergeaient Ions les ressorts de la musique.

90. Il est cependant une section de la lliéoiie musicale des Anciens oli les noms nouveaux s'im|danlèrent; et il faut, pour en finir avec cette terminologie compliquée, — pour éclaircir aussi le sens de plusieurs étiquettes étranges, — retourner un inslant au lonairc. Dans la pratique, en elïet, — et ce fut un mallieui', on adopta pour la désignation des Ions les épithetes qui spécifiaient les modes. L'histoire pourrait, ainsi que le remarque Gevaert, justi-

Tan hypoljditn

fier cette confusion : primitivement elle était volontaire. Le mode et le ton étaient liés l'un à l'autre : le mode dorien appelait le ton dorien, le ton phrygien était inséparahh^ >lu mode phrygien, etc.

Au temps où la lyrique chorale régentait encore la musi(|Me l vi° siècle av. J. -Cl, les moyens d'exécution dont elle disposait — le chœur à voix d'hommes — l'ohligérenl k régler pour la région moyenne des voix masculines l'usage des modes divers. 11 fallait que dans les limites ci-dessous :

au diapason antique .au diapason moderae

les divers modes pussent être exprimés; c'est-à-dire que, dans cette octave, les demi-tons devaient s'organiser de sept manières ditl'éi'entes, correspondant aux sept échelles iiartielles de la ligure [2:!0\ L'opération revient àconstruire les séries suivantes :

On voit qu'entre fa^ et /"«o' l'échelle commune, 1 mèses de chaque ton la série des finales modales, on sans altération d'aucune sorte, fait entendre l'octave | obtient le schème : de l'hypolydisti; que, dans les mê

mes limites, l'échelle haussée d'une quarte larmée d'un [>] fournit l'octave de la lydisti, etc. D'où les noms

de ton hypolydien, ton lydien, etc.,

lesquels sont éminemment logiques. ^^J'i^ ° li'^"".'' ^' ij*!^'

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