IV. ^ Le sistre
Il est certain que, de tous les instruments de musique antiques, c'est le sistre qui, de beaucoup, peut être considéré comme le plus essentiellement égyptien. Au même titre que le crocodile ou l'ibis, que le lotus ou le papyrus, le sistre était, dans la littérature gréco-romaine, un des attributs les plus caractéristiques de riCgypte. Toutes les musiciennes d'Egypte, ou presque toutes, portaient, comme insigne de leur fonction, soit la mainit, soit le sistre, soit les deux à la fois. On a trouvé en très grand nombre des sistres dans les tombes; l'instrument est très fréquemment représenté sur les monuments. Et pourtant, lorsque l'on veut étudier de près l'histoire de cet instrument, on ne tarde pas à s'apercevoir que bien des éléments nous manquent pour reconstituer cette histoire aussi clairement et aussi complètement que nous le désirerions.
D'abord, les Égyptiens possédaient non pas un sistre, mais deux sistres, de forme et de nature très différentes. Chacune de ces deux espèces de sistre avait un nom spécial, ce qui indique que c'étaient là, aux yeux des Égyptiens, deux instruments bien distincts. Et, de suite, diverses questions se posent : quel est, des deux sistres, le sistre proprement dit, le sistre originel"? Quel est le plus ancien des deux? L'un est-il une dérivation de l'autre, ou bien un instrument tout à fait indépendant? Quel nom égyptien s'applique à l'un des sistres, quel nom s'applique à l'autre? Le mot aôtTxoov, d'où vient notre mot sistre, est-il du grec pur, ou bien une transcription plus ou moins exacte d'un terme égyptien? Autant de questions auxquelles il n'est encore possible de répondre que par des conjectures.
Bien que les artistes égyptiens aient donné aux sistres, sur les bas-reliefs, une grande variété de formes, on peut ramener d'une manière générale toutes ces formes à deux types caractéristiques : y et f .
Ces deux instruments n'ont qu'une partie com-
1. British Muscum. Firsl room. case '4, n" 6T11 [SynopsiSt p. 61).
2. D'après une pliotograpliie do la collection W.-A. Mansell.
3. F.-L. GrIffith, Btni Ha&an, t. IV, London, i900, pi. xxv, 5 : des-
FiG. 32. — Sistre siMm du Brilish Muséum'.
mune, le manche, qui, dans les deux types, est surmonti: d'une tète féminine à oreilles de bubale, laquelle est la tète de la déesse Ilathor. Un sistre du Brilish Muséum (fig. 32) nous offre un bon spécimen des détails de cette tète spéciale. Quant au reste, les deux sistres diffèrent complètement l'un de l'autre. Le premier, auquel les Egyptiens donnaient
le nom àe,y ^^^J sahhm, était en bois à l'origine, iilus tard en porcelaine ou en terre émnillée. Le second, nommé
I "^ T saïsrlficliit, était entièrement en métal. Dans le sistre sakhm, deux ou trois tringles horizontales, dont on distingue encore sur le sistre du British Muséum (fig. 32) les trous par où elles passaient, supportaient chacune plusieurs anneaux. Ces tringles étaient fixes, et c'étaient les anneaux seuls qui, en se heurtant les uns les autres
quand on agitait l'instrument, produisaient le bruit voulu. Dans le sistre saischschit (fig. 21, 22, 24;, il n'y avait pas d'anneaux, du moins à l'origine. C'étaient les tringles elles-mêmes qui se mouvaient de droite à gauche et de gauche à droite, dans des trous percés assez grands pour leur permettre de glisser aisément. Les extrémités reployées de ces tiges servaient à les empêcher de tomber, mais surtout à produire un bruit métallique lorqu'elles frappaient contre le cadre elliptique qui les supportait.
Il est évident, à première vue, qu'il y a, dans ce second sistre, un progrès sur le premier. Dans le sakhm, en effet, le cadre du sistre ne participe en rien à la sonorité, et ce sont les anneaux et les tringles seuls qui produisent un son. Dans la saischschit, au contraire, rien n'est perdu : cadre et tringle concourent à l'effet désiré. Si l'on tient comiito, d'autre part, que le bois et la terre émaillée ont dù'précéder, d'une façon générale, le métal dans la fabrication d'objets usuels, on sera amené à penser que le sistre sakhm est antérieur au sistre saischschit et que celui-ci n'est qu'un perfectionnement du premier.
Or, il se trouve que le sistre sakhm est le plus ancien que l'on trouve représenté sur les monuments égyptiens. On le rencontre à Béni-Hassan, figuré en couleurs sur une paroi d'un tombeau du Moyen Empire (Xll" dynastie). Il est en bois noir marbré de jaune (probablement de l'ébène d'Afrique), il a déjà
la forme classique du y, et deux tringles y supportent des anneaux de cuivre (peints enrouge)^. 11 est manié par une femme et sert, en même temps que deux harpes et une sorte de claquette ou de crécelle, à accompagner le chant de trois femmes accroupies surle sol et battant des mains. On le rencontre aussi, dans plusieurs tombes de Dendérah qui datent de la VI" et de la VU" dynastie', comme emblème de leur sacerdoce entre les mains de femmes qui portent le titre de « grande prêtresse d'Hathor ».
Enfin le seul mot égyptien qui serve à désigner
spécialement une joueuse de sistre est f ® ^^ ^ 1
sin délaillé de l'inslrumenl liguré dans une scène d'ensemble d mâme ouvrage, t. I, pi. xii.