L.\ COL'PE DES MOTS
147. Les mots étant le canevas nécessaire du rythme dans l'art musical des Grecs tel qu'il vient d'être détîni, il ne faut pas s'étonner que leur manière de se caser à l'intérieur des mesures ait été, pour chaque espèce de vers, déterminée avec précision.
Si les mots commençaient et tînissaient en même temps que les mesures elles-mêmes, il en résulterait un cloisonnement rythmique intolérable, par sa monotonie même. Or les Grecs se sont appliqués avec soin à relier un mètre à l'autre, en anticipant ou en relardant d'une syllabe sur la mesure. Par la coupe des mots, principale à certaines places, secondaire à
unoo-Tpov bf TOI I piixap ° ~ PiVo-pai | yopou Sùir^piwoi; [3331 Suppliantes, SSî-if
Il est encore une classe de rythmes où la fin des mots coïncide, de règle, avec la fin des mesures : c'est la série des vers et des systèmes anapestiques, rythmes de marche populaire (Tyrtéel ou de danses marchées et courues ichœurs tragiques et comiques). Dans cette orchestique c< vulgaire », les percussions, la carrure, la monotonie des chutes verbales, sont recherchées avec autant de soin qu'elles sont éludées ailleurs. Le rythme anapestique représente essentiellement dans l'art grec la survivance des formules simplistes de l'art fruste; et il vit encore dans le galop et la polka des Modernes. L'absence d'enjambement verbal dans la série des mesures anapestiques éclaire le rôle de ces « soudures» dans tous les autres mètres.
Partout ailleurs, lorsque les mesures constitutives
1. La Métrique est la science de la versific.ition grecque et Litine.
2. Les dochmiaques, malgré leur compleiité interne, ont été, sinon considérés, du moins traités comme des mesures simples.
EM.yr.LiiPKDrE de la mi SIOIE et DICTIOWAIRE du COXSEllVATOIRE
Trimètre ianib. -
Diinîître iambique.
des vers sont i< composées», la fin des mois ne coïncide jamais, à toutes les places, avec la fin des mesures. C'est le cas des trimèlres, des télramètres (vers de 3 à 4 mesures) et a fortiori des vers plus longs. En d'autres termes, la coupe y est oblipaloire. Dans les dimétres (vers de 2 niesuresi elle n'est que facultative : la brièveté du vers dispense d'en souder les deux parties.
Les règles de la coupe, très compliquées, ressortissent à la Métrique et ne peuvent trouver place ici.
La coupe a pour elFet d'établir entre les diverses mesures une cobésion étroite et de les délimiter. Lorsqu'elle fait défaut, les limites de la mesure se trouvant mal définies, la place du Posé est fréquemment déterminée par les substituts (ISOl, qui, en principe, n'aifeclent que la partie faible de la mesure.
148. En résumé, pour reconnaître et spécifier les mesures, la métliode eniploj'ée dans cet exposé sera la suivante :
L Rechercbe des vers les plus » monnayés » afin de s'y trouver en face du type organique : ici, en effet, pas d'allongements à craindre, puisque les longues sont résolues en brèves (=: puisque les noires sont résolues en croclies).
II. Attribution du Levé à la région de la mesure occupée par les n substituts" ; et, par voisinage, délimitation du Posé, où la forme rythmique reste pure.
III. Conirùle par la coupe verbale lU. Serruys). Application va être faite de cette méthode à l'un des
rythmes les plus employés par les musiciens-poètes grecs, le rythme iambique :
A. — Vers dans lesquels la coupe suffit à montrer les limites des mesures :
(Les deux vers suivants, qui sont liés par la correspondance strophi(|ue et qui, à ce titre, ont le même organisme rylhmiijue, présentent des coupes aux mêmes places. Ces coupes signalent les diiambes. Ces diiambes sont antithétiques normaux : le dernier diiambe à syncope en fait foi.)
KB^tpv'a'pna - ai ko! Po-a TbiMOn-i-ov •"^ Perses, lOSt
\^ ^ \J J. \J — \j LL — ^ \J J-
Bù paie [it^ - f-vcY-KaT'Êi; toOHittkAou
ttoi-uj-yI-oi
01 xsp -
LEVE
CTTUi-iDé-An -^ og-no-Af-oc e'^
£-\E(r- 6ai Œdipe à Colone.SW str.
vopu) bè Ko-ôo-poc, à'-i bpiç ècMrob nK- Boy
Ibidem 5^8 antisLrophe.vers correspond' [384) .
B. — Vers dans lesquels la coupe délimite les mesures et où le Levé de l'une d'elles, marqué par un substitut, confirme la forme antithétique, normale :
^-" K'Vf
Dimelres 1 ■ . . . , . , -
iambiques ] ^"'"""'''^ Xapiv o-xapi- tov awoTpiHiov kokuiy
(=lripodii' ^ ^
+ tripodie). j
oéPac b'apn-xov, obôiia - Tov,d-iTO->,Epov xoirpiv [385] C. — Vers dans lesquels les substitut»e( les coupes se confirment mutuellement :
Trimèlre iamb.
(LçTbbqpcpi-TÔç n'tiiijie'ptTE-miO oriv o (iooiAEuç; ./ Acliarniens.lZZ2-3
LEVE
lEVE
nVE
11 ^^^ fr ^^ ^^
EVEi ■ OU TiEpBe Xeu - Kn-pn Tpl-)^a '~^~' '~^ PErses.1056
iikioiyev
(Seront signalés au passage des vers où les substituts, sans coupe, suffisent à affirmer le rythme.)
Conséquence : Lorsqu'on se trouve en face de vers sans coupe et sans substituts, il faut en faire des manomètres' (vers d'une seule mesure), — à moins qu'il ne s'agisse de vers constitués par des mesures simples; ou de dimétres où la coupe est facultative; ou de vers et systèmes anapestiques, d'où elle est systématiquement exclue M 47). On trouvera à l'étude des Strophes l'application complète de cette méthode.
149. Résumercequi précède sera définir la Mesure, autrement dit le Métré antique, dans l'art vocal. 11 doit être envisagé comme un groupement de temps-types (trochée, iambe, dactyle, anapeste, péons, ioniques), divisé en deux régions rythmiques (Posé -|- Levé ou Levé -j- Posé) d'intensités différentes. Signalées aux exécutants par la battue, ces deux grandes divisions sont révélées dans des cas assez nombreux par la place que les formes impures des temps y occupent (Levéï.
A défaut de ces variantes affectant le Levé et déterminant le Posé par voisinage, les limites de la mesure sont marquées par la coupe verbale, qui empiète ou retarde d'une syllabe sur ces limites (Serruys). Les exceptions ont été mentionnées plus haut (I47l.
11 ne faut pas oublier d'ailleurs que le retour périodique, mais non toujours isochrone, du tempstype pur se faisait à travers des sons, des mots et des gestes, et que les mouvements orchesiiques venaient eux-mêmes en aide à l'audileur-spectateur
Mononièlres
inonopodie = 1 pied ou 1 temps, dipodic — 2 (lieds 2 — U-ipodie ^ :t — 3 — lélrapodic =4 — - 4 — pcnliipodiP33; ;i — 5 — ticxapudic =0 — 6 —
III s ri HUE liE I.A Ml SIQUE
dans l'appréciation du rytlinie; car II s'agit ici d'un art triple, doiil le Hyllinie fail l'iitiité. Or, le Uytlinie :ippli(|iii'' à la iMiisi<(ue, à la Pnésiiî et à la Danse lu^ peut se révélei' que si les ti'ois Arts, siimiltaiiétnent, le réalisent'. Kl c'est la raison qui fera éeliapper à nos analyses, hélas! lanl de cliers-d'œiivio dont nous n'avons conservé (iiie les mots...
149 (lis. Les mesures s'associent [lour former dos vers désignés comme il suit :
père au rythme type d'un vers : ainsi un pied binaire substitué à un pied lernaire (daclyle, anafieste subslilués à iamlie, li'ocliée et vira rerxn] : un pied normalement th('ti(iue sulistitué à ini pied normalement antilhéliquo (daelyle à anapeste, et rki: rcma, trochée à iamhe, et vice verxu], etc. Il esl indispensable d'observer que les pieds " monnayés i' c^t les pieds « condensés » ne sont [las de vrais sabstiluis. Ainsi :
Vers (il'
1 mpsure
= monomi'tre
i iiiosiii'cs
= dimùlre
= IriinMre
= Ic'li-amfitre
= pcnliimèlre
= hexiimèlre
Ils peuvent être disposés en séries, allongés en Systèmes ou disséminés dans les Airs et les Strophes. Aussi aV'ecleut-ils, suivant les cas, des aspects très diiïérenls.
^^=^J ii^iD ^^=J^ n;/:=j;j
Ce sont là de simples varianles.
Les substituts isolés all'ectent toujours-, dans les vers en série, la partie faible de la mesure. Ils déterminent donc, par voisinaf,'e, le l'osii, (|ui ne reçoit en principe que le temps pur ou pied-type.
Des vers tels que ceu.x-ci sont déterminés, rythraiquement, de la façon la plus certaine :
Ti'imèlre iuinbique.
.c)(6pou; f-feoi - jii-Koi ce b'cvHToû-TOn: Aé-yu; ■"S- '^romethée.973.
TBTRAMCTRK TROCIIAIQCK
— \J <• ^ <-> \.AJ — J. <^ — ^
(jjcnTEp oitlf.\ tIÙiv t-iioi-yf ioutov àïï£-tiui=j«v(io -Xù)v ""^^ '"^este.738
Au contraire, les hexamètres dactyliques suivants :
Un éphi''li(», porlour de la phorh-in, joue de l'aulos double. — Vase en forme d'<enochoé (vase à vin) à figures roupies, de la lin du V siècle avanl J.-C. — Cahinel des Médailles; catalogue de Uidder, n" 407.