QUELQUES TYPES DE VERS
150. I. Vers en série (exemples : le dialogue delà tragédie ou de la comédie, le récit épique, etc.). — Ce sont des vers isométres (ou de même longueur) et qui se succèdent en tirades de toules les dimensions; des trimétres, des tétramètres et des hexamètres, à base d'iambes, de trochées, de dactyles et d'anapesles. Tous ces vers sont faits vraisemblablement de mesures u composées ", au sens antique du mot, c'està-dire (IS.'i) constituées par deux ou un plus grand nombre de temps (-— pieclsi types. Cf. (147). La coupe y est réglée minutieusement, anapestes non compris, puisqu'ils y répugnent.
Les limites des mesures ne sont point partout évidentes. On ignore encore, à vrai dire, celles du mètre dactylique, qui ne comporte point de substituts. Or, la battue n'est claire que là où ceux-ci interviennent, puisqu'ils ont pour eliét de délimiter le Levé.
Les « substituts » sont des temps d'une forme élran-
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1. On verrait, par un exemple de l'ilisloire de la langue musicale {t. I, cil. Li), comment on peut espérer, dans quelques cas, obtenir, au mo}en des danses exécutées par les personnages chantant, une interprétation de certains mètres.
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restent, rythmiquement, des énigmes, si l'on veut conserver leur désignation, qui parait ne pas correspondre à leur structure : il est bien difficile d'y voir des vers de six mesures^'?
151. II. Les VERS EN' SYSTÈMES soiit des vers de longueur arbitraire, que rien ne limite, dans lesquels la mesure se répète indéfiniment jusqu'à ce que la conclusion de la série intervienne. Ce n'est pas seulement la longueur d'un tel vers qui le distingue des vers en série : ici l'enjambement d'une mesure ou d'un dimètre sur l'autre est interdit ou indifférent : il n'y a pas de coupe réglée. Les régies qui
■J. Les vers anapestiques comportent des tolérances spéciales : ils admettent des substituts à presque toutes les places. C'est qu'ici la percussion (le temps fart) reprend sis droits et suffit à régler la battue.
:i. Je crois, pour ma part, <pie la battue des hexamètres n'était pas uniforme et que, — élément de variété — elle se faisait tantôt par dimètres, tantôt par trimétres, etc.; l'hexamètre devait être, rythmiquement, polymorphe, si Ton tient compte des différentes formes de la coupe
E\<:yt:i.npi:niE de la misique et nicTinxxAinE nu r.o.\sEn\'Arni/iE
président à la construction des Systèmes sont surtout I poser en principe que l'anlislroplie est la répétition
verbales et ne peuvent être exposées musicalement. La fin de ces vers sinf;uliers esl souvent marquée pai' une cntalexe (syncope intérieure à la mesure finale)'. Voici le sclième métrique d'un très long système iambique tiré d'Aristophane \ClievaUcrs, 9it-940l. Le thème rythmique est un diiambe antithétiquinormal, car très souvent le spondée marque le Levk initial, et l'iamlie second est partout pur :
Variante.
)arfaite du rythme et de la mélodie de la strophe. Lrs mois seuls diffèrent.
Or cette répétition peut se reproduire un grand nombre de fois. La quatrième Pythique de Pindare est faite de treize fois la triade suivante :
^ I. Stroplio.
/ II. Antistrophe (^ Strophe), m. Epode.
de sorte que la mélopée de la strophe se répète 2G l'ois, et celle de l'épode 13 fois! La musique strophique est donc préétablie à la poésie. La cantilène et son rythme, Gevaert l'a montré, sont les conducteurs des mots. Et, dans ce lyrisme, il n'est pas venu à l'idée des Grecs qu'une formule expressive unique, créée par la mélodie et par le rythme, n'eiU point le droit de porter des paroles successives et diverses. C'était affaire au musicien de pressentir les images, les idées, les sentiments du poète, et de leur donner un revêtement musical assez large, assez souple, pour qu'il s'y adaptât sans contrainte. Le lecteur n'ignore pas que musicien et poète, dans l'art classique des Hellènes, ne font qu'un : les noms des grands Lyriques et des grands Tragiques sont aussi les noms des grands musiciens de la Grèce.
Ces deux systèmes décomposition, appliqués l'un aux '-6-' Airs lyriques commandés par
^Jfr yfr ^-^fr Ih? ^^fr i^fr l^fr Vfr ^r^fï V?r la poésie, rautre aux Stro- ' .-s^ u-e- --6^' phes lyriques musicalement
créées avant les mots, com-
L'ensemble se présente sous l'aspect suivant :
thJ Vfp Vp"T l^rr i^A-Tr W JJrr i^fr ^-^f
Pfr
Vfr
JJrr J^
Cette tirade de 57 diiambes esl un vers unique, délimité avec certitude par les métriciens, et il esl le type de tous les systèmes analogues. Ont été soulignées les coupes qui établissent des anneaux de soudure entre les mètres. Elles sont disposées au hasard.
152. m. Les VEHS lyriques sont rarement plus longs que six mesures. Ils peuvent prendre soit la forme des vers en série, — tout en restant isolés ou groupés en petit nombre, — soit les formes rythmiques les plus variées, au gré du musicien-poète.
Le propre des compositions lyriques, « Airs », « Strophes », est le mélange de vers très différents par la longueur et l'organisme.
Dans les « Airs », celte variété est appelée par le texte littéraire, dont les phases successives exigent des modes d'expression dilférents. A étudier de prés certains solis, dont il ne reste que ie schènie rythmique, on se rend compte de l'adaptation étroite des groupes de durées syllabiques au sens verbal de ces morceaux. Ici les mots sont les conducteurs des rythmes et des sons, et le poète précède le musicien.
Dans les <( Strophes », au contraire, la variété est créée par la fantaisie du musicien. C'esl lui qui trace le canevas rythmique et sonore auquel le poète adaptera des mots. La preuve en esl que la strophe n'est jamais isolée; elle a toujours au moins un pendant, l'Antistrophe; réplique rigoureuse où les longues et les brèves {- et w) se trouvent disposées dans le même ordre. Rarement un substitut intervient : on peut
1 Voy. l^lnsqueray, Métrique, ^ 57, 70, 122, 179, etc.
portent des différences dans les moyens employés, et il y aurait lieu de comparer les vers de l'un et l'autre régime. On indiquera sommairement les caractères communs à tous les vers lyriques :
a). Contrairement à ce qui se passe dans les vers en série (loO), et en raison même de la diversité des espèces rythmiques employées, la battue chavire fréquemment dans le cours d'un air ou d'une strophe.
b\. Lorsque le vers lyrique a la forme d'un vers en série (trimètre iambique, par exemple, ou tètramètre trochaïque, etc.), les temps restent souvent purs, ou bien le même substitut, à intervalles réguliers, — le plus souvent de 2 en 2, — prend la place du pied type. Kn d'autres termes, le vers lyrique, quand il emprunte sa forme à un vers en série, conserve volontiers le thème rythmique tel quel, à tous les temps de la mesure-.
c). Quand les luesures sont u composées » (150) llo3), les enjambements verbaux faisant soudure de l'une à l'autre sont la règle, à certaines places. Fait essentiel qui ne peut qu'être signalé; contrôle efficace du cloisonnement rythmique (Serruys).
</). Le nombre des types de vers lyriques est indéfini, et le musicien-poète est toujours libre d'en créer de nouveaux. Il lui appartient de mettre en vedette les éléments caractéristiques de la mesure, alin que le lecteur ou l'auditeur puisse s'orienter à travers d'aussi libres créations. Malheureusement la musique et la danse, qui seraierit le plus propres à orienter l'auditeur-spectaleur, font défaut; en un grand nombre de cas nous ne pouvons soupçonner la conlexture de ces rythmes, par suite de l'ignorance où nous
2. C'est ce qui arrive fréquenimeut diiis Ifs tragédies et les conx^dics.
iiisroiiti: m; la mi- si que
GRÈCE 'lOl
soiiniies (les allongemenls intli};és aux « longues » du texte verlial.
153. (Juel était le rôle de la mélopée dans les vers en série et dans les vers en systèmes? An théâtre la récitation parlée (avec ou sans accompagnement insirumental), la déclamation cliantée et accompagnée, allumaient avec les vers lyriques, où tontes les ressources de la voix et des instruments étaient mises en œuvre. Que si le lecteur ne peut se satisfaire d'une aussi rapide et aussi vague réponse, il trouvera la (|ueslion défrichée, sinon résolue, dans les ouvrages anxq{U'ls cet exposé pratique sert d'introduction.
154. Il est nécessaire, pour le oonlrùle de retrouver dans les monuments musicaux, et aussi dans les textes non pourvus de notation musicale, les mesures telles
qu'elles viennent d'être délinies et représentées.
Toutes les fois qu'aucune indication ne contreviendra à la l'oinie normale 1.1441, c'est elle qui sera adoptée. 11 s'agit ici non de systématiser, mais de recueillir les faits rythmiques qui présentent un caractère de certitude. Ils sont peu nombreux; les lacunes sont grandes dans les résultats acquis. .Mais ils permettent déjà de s'orienter dans le riche dédale des mètres antiques et d'en cataloguer un certain nombre.
155. Les Grecs distinguaient les mesures siiniiles et les mesures composées. Il faut y ajouter, en vue d'un
classement logique, des mesures hùtéroijines el des
jiicstirt's iiii'liilinliiinrs.
I.es mesures simples sont constituées par nu seul temps (pied). Il y en a des exemples dans les six types 2:t, -24, 41), l 't, 4:;, 4f. du tableau des .Mesures ^3(iO;.
Les mesures composées sont faites de l'agrégation de deux ou plusieurs temps. i;e sont tous les types autres que les six énoncés ci-dessuâ et présentés dans les exemples précédenls.
Les mesures hétérogènes sont produites par la juxtaposition de pieds ap[iartcnant il des genres rythmiques dillerents. La battue paraît s'y être faite par décompusition des lumps.
Les piiucipales mesures liélérogènes sont les doc/t- )/ii'/'/i(i'S \i')\ ;.
Les mesures métaboliques rontionnent une modulation rythmique, ou, plus exactement, sont l'agent d'une modulation rythmique et l'intermédiaire entre deux rythmes antagonistes. Par b'ur ambiguïté constitutive, elles se rallaclient en elfet à l'un ou à l'autre de ces rythmes el tirent de cette instabilité l'eflicacité de leur emploi.
Le clioriambe (—yj^-), ainsi nommé parce qu'il est formé d'un trochée (= choréei et d'un iambe 377 , est un type de mesure métabolique, 'l'outefois il n'a point partout cette fonction.
Autos double accompagnant lesjeuxd'hnnnèlesciloyens. après boire. L'un d'eux paraît, d'un grand élan, s'apprêter à sauter par-
dessus un petit vase. L'autre fait de l'équilibre. — Va>e peint vers 300 rivant J.-C. et public dans le Miiseo Hnrlwiiicn, XV. 15.
Mesures simples.
TEUPS ERIGES EN MKSl'RES