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LE CHANT LITURGIQUE

Pourquoi plutôt, en ce premier paragraphe, traiter du chant liturgique".' C'est que, à partir du jour où les barbares se répandirent sur l'Occident, au v° siècle, la musique profane était déchue; le christianisme triomphant avait peu à peu mis fin aux chants qui accompagnaient les cérémonies païennes : la mélodie liturgique de la religion chrétienne restait presque seule, comme témoin d'un art qui disparaissait.

Il ne faudra donc que peu de lignes pour traiter de l'état de la musique non chrétienne, — profane ou autre, — à l'époque qui nous occupe.

Dans les villes, théàti'es et cirques sont presque partout ruinés; ce qu'on s'empresse de relever, après le passage du Ilot envahisseur des Vandales ou des Coths, ce sont les maisons et les magasins, les écoles et les églises. Dans les campagnes, c'est partout la dévastation : les riches villas d'Italie, de Gaule ou d'Espagne, dont les propriétaires étaient ordinairement gens instruits et amateurs de musique, sont entièrement détruites.

Il ne subsiste guère, en fait de musique profane,

que les auditions données par les citluirhlcs, chantant en s'acconipagnant sur leur instrument, l'endaiit nu certain leiii|>s, ces citliarèdes se transmirent encolla des principes musicaux élevés : peu à peu ils disparaissent. Au vi'- siècle, les rois semi-barbares de la race mérovingienne, vainqueurs implantés dans nos pays, voulurent jouir de la civilisation des vaincus. Clovis, le premier, veut relever, dans les arènes romaines et les théâtres de Paris, les anciennes représentations et les auditions classiques de Kome; mais, pour trouver un musicien, un citharède à la fois habile dans le chant et le jeu des instruments, et instruit dans les principes de son art, il faut le demander à Home.

Quelques années plus tard, Clulpéric restaure le théâtre romain de Soissons : dans cMn ville comme à Paris, ou entend l'ancien ré[iei'toire , grAce aux élèves que le citharède obtenu par Clovis avait formés, car le roi le destinait aussi à l'enseignement de la musique dans sa capitale.

On entend encore parler de citliarèdes et do citharistes à quelques reprises, mais bientôt leur importance décroît : ils sont surtout des musiciens destinés à charmer les loisirs des princes. .Nous les retrouverons quelques siècles plus tard, devenus les jongleurs et les interprètes des trouvères.

Comme instruments, on continuait de se servir de ceux (pie les anciens avaient pratiqués : cependant les bardes irlandais et celtiques y ajoutaient les leurs, comme le Uroulk ou roUa, ancêtres de la viole, avec un jeu et sans doute un style particuliers, que nous ignorons du reste totalement.

Les orgues, fort à la mode dans la civilisation romaine, en tant qu'instruments, nous dirions maintenant u de salon », avaient presque tous disparu dans la ruine des riches demeures qui les contenaient. Il n'y a plus qu'à Rome où cet instrument nous soit encore décrit, au vi'' siècle, pai Cassiodore, dans un intéressant passage qui fait mention d'orgue à vent :

« L'orgue est comme une sorte de tour contenant des tuyaux sonores de diverses longueurs, dans lesquels une abondance de voix est portée par des soufflets: et, afin que le chant s'y adapte d'agréable façon, la partie inférieure des tuyaux est fermée par des languettes de bois, que les doigts des maîtres frappent selon les règles de l'art, en produisant une puissante ou une suave cantiléne. » (.Sur le psaume VM.)

Dans une explication du même psaume, saint Augustin avait dit : « 'L'auteur] y a ajouté l'orgue, non pas pour que chaque instrument sonne en son particulier, mais pour qu'ils s'accordent en diverses consonances, comn^e on le fait avec l'orgue. Les saints de Dieu ont en elTet comme des consonances diverses,... d'ail se produit un très suave accord de sons différents. »

Malgré leur construction rudimentaire, ces orgues paraissent donc avoir eu au moins deux jeux : un " puissant », probablement à anches, l'autre « suave », à embouchure de tlùte icf. p. :>4(5). U est remarquable que c'est dans le jeu de ces orgues que nous ayons pour la première fois connaissance de parties de chant diverses s'accordant coutrapontiquement. Nous verrons plus loin tout ce qu'on peut tirer de ce renseignement pour l'histoire des origines de la polyphonie.

Tels sont tous les renseignements que nous ayons d'un peu précis sur l'exercice de la musique profane, du v^ au ix° siècle.

EXCrcLOrÉDIE DE LA Ml-'ilOIE ET DICTIOWAIRE DV C.nXSERVATOinE

Quelques textes montrent aussi qu'il existait un art populaire. Un chroniqueur cite le premier couplet d'une clianson franque exécutée surtout par les femmes, dansant et frappant des mains, en l'honneur de Clolaire. Nous savons aussi que plusieurs conciles durent interdire de semblables chants dansés dans les cimetières à certaines fêtes.

Du ix" siècle, nous possédons le texte et la notation neumatique de plusieurs complaintes, sur la mort de Cliarlemagne (8l4i, la bataille de Fontenoy, etc.; des pièces, sans doute écrites à l'usafie des étudiants, sur des vers d'Horace, de Stace, des fragments de ['Enéide^, etc. Toulefois, la mélodie en demeure inconnue, mais la façon dont elle est notée indique une parenté proche avec le plain-cliant ecclésiastique.

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