‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 778 sur 1158 · Coiiibarii'ii. l'Knéiiif en musifjKP · texte numérisé non relu

Coiiibarii'ii. l'Knéiiif en musifjKP

2. En ne tombant pas dans les méprises d'un musicologue moderne, qui, prétendant assimiliT le pviil ou rytlime a une valeur donnée, voit dans les pieds de trois, quatre, cinq. <liv tenqts, etc., non pas, suivant renseignement des anciens, des rythmes plus ou moins elentlus. selon 1« nombre de temi'S premiers dont ils sont composes, mais des subdivisions d'une valeur unique, exemples : 1, trocliee; 2, iambe ; :t, dactyle; -4, épitrite second; o, doclimiaque, etc., suivant le nombre de temps premiers dont ils se composent, en prenant la croche pour

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unité de temps premier ; 1,0 0 ; i, 0 0; ^,0 0 0 ; i, 0 0 0 0 ;

Jl ' i ■ ' mé 000 0 ; les mêmes suivant l'hypothétique u égalité des pieds » la noii'- étant prise comme unité de //ied ou temps compose :

Nous sommes redevables de nos connaissances sur ces questions, à travers la longue période qui nous occupe, à un grand nombre de musiciens soit amateurs, mais à un degré éminent, soit professionnels, dont presque tous les écrits nous ont été conservés.

Saint Ai'GUSTiN (.334-430) est le premier que nous rencontrions, l'esprit le plus éclairé de son temps. H avait commencé un traité fort important; mais, absorlié par les soucis de l'épiscopal, il ne put écrire que les six livres consacrés à la rythmique. Il serait à souhaiter qu'on Tit à ce traité, remarquable à tous points de vue, les honneurs d'une réimpression, avec traduction et commentaire^. Ses autres écrits contiennent beaucoup de renseignements sur la musique, entre autres plusieurs allusions très curieuses et très détaillées, à l'usage du jubilus ou vocalise dans le chant liturgique.

C.\r'ELL.\ a condensé dans son livre IX De nupliis Pliilotoi/iw et Mcrcurii (Les Noces de la Philologie et de Mercure) les principes des formes et de la composition musicale. Ce petit livre eut une grande vogue pendant plus de cinq cents ans. Au vi° siècle, il était d'usage courant dans les écoles des Gaules; à la fin du IX" il y était encore commenté.

MuTiANus, vers 500, traduisit en latin le traité de Gaudence. On croit celte traduction perdue.

Albinus, patrice romain, et l'un des Mécènes de la musique et du théâtre à la même époque, écrivit un traité (c d'une brièveté qui renfermait beaucoup de choses )> : ce livre est perdu.

lîoÈcE (vers 470-,')2a), un des hommes les plus remarqualiles du haut moyen âge; ministre du roi goth Théodoric, il fut l'intermédiaire de Clovis dans l'aflaire dont j'ai parlé plus haut. Auteur d'un traité en cinq livres consacré surtout aux détails de la construction et de l'accord du monocorde suivant les trois genres diatonique, chromatique, enharmonique. Ce livre, suivi par tous les maîtres du moyen âge, fut le point de départ de la notation dite alphabétique : dans ses démonstrations et ses graphiques, Hoéce représente par A le son le plus grave ou " ton hypodorien », correspondant au la, et les tons suivants par la série des lettres de l'alphabet. Mais on ne saurait dire, avec certains, que Boèce a élé l'inventeur de la notation basée sur ces procédés.

Sa correspondance avec Théodoric renferme de très intéressants renseignements sur le rôle et la forme du rythme. Espérance, sa femme, était un auteur également fort estimé.

Cassiodore (vers 4>>0-37;i), parent de Boèce et son successeur, a laissé un manuel d'enseignement sur les arts libéraux, fort précieux.

Saint Grégoire le Grand (o40-604), en dehors de

J'J;2,«r'J;3, ,jj;

4, • JJJ

S, ••• allié 0.

I/ilUteur de cette théorie bizarre prélond s'appuyer s\»r un passa*;L' (le saint Augustin, ijuj dît. on etXel, qu'un pi-'tl uo peut rtro uni ù un autre tjue s'il lui e^t ég-al en temps; seulement, ce qu'on oublie de dire, c'est que saint Augustin parle ici des formes de Vlu'xanhtrc >lac-

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ti/liçue, oii oa;ne peut employer régulièrement que le dactylo 0 0 0

f't le spondée •'•'. Dans les autres ras. cet antique théoricien dit formellement qu'il suffit que les pieds ou rythmes soient joints par une « certaine égalité ".qui peut être ilans les proportions de six a sept, sept à neuf, et autres semblahlcs. ronformrnient à toute la doctrine des mêlriciens gréco-romains. Voir mes Oriijinpsdn chant rnmaiti,^.\ l'article de M. Maurice Emmanui^x sur la musique de l'antiquité. Au reste lu subdivision du temps premier n'est guère historiquement constatée pour la [)rf'mière fois (lu'aux xi* et mi" siècles, avec Koukouzol.s (liez les Bw.antins (Voir l'article Musique byzantiitt^), et au xiii-, l-'rancon en Ociident; encore est-elle d'abord surtout employée comme broderie mélodique.

jiisToiiii-: i>i-: LA M( sinri-:

MOYEN AGE

ses travaux liturgiques dont nous parlerons plus loin, l'st l'aiitonr iruii traite perdu, dont (pieliiurs phrases seiiliiniMil sont conservées en d aiilri's oiivrafjes. Ce Iraiti' iiinlait surtout sur la tonalité et la transfiosition.

Saint lsn)oiiKde Séville (j7'.t-ti.t(i), le pri'nii(!r encyi-lopiidiste, a consacré à la musique un intéressant chapitre de ses vastes ÊtymoliKjii-s. Son frère, saint l.éandre, ami île saint lirésoire, fut l'un des compositeurs les plus vantés de son temps : son œuvre existe toujours dans les recueils manuscrits de cliant mozarahe, dont la notation est malheureusement encore un prolilénie.

AixiiN (7;t.'>-804), élève de Técole d'Vork, en An^lelerre, fut appelé par Charleniaf.'ne pour l'aider dans l'orsanisalion scientifique et artistique de ses Klats. Il mourut ahbé de Saint-Martin de Tours. Ses œuvres contiennent plusieurs détails intéressant la musi(]ue, et un traité sur cet art.

Raba.n Maur, l'un de ses élèves {*7t)-85G), devenu archevêque de Mayence, fut, comme Isidore, un encyclopédiste. Itans son /)<.' Cinierso, il fait place, bien entendu , à la musique et décrit le premier f.'rand orj^ue à soufllet qu'on ait alors vu en Occident, et iloiit la nouveauté surprenait tout le monde. J'en re|iarlerai plus loin.

.\iHKLiEN, moine de Réomé, ou Moutiers-Saint- Jean, dans l'ancien diocèse de Lanfjres, vers 8.30, est l'auteur d'un long traité des plus curieux. Divisé eu deux parties, la première est destinée à la formation du musicien, la seconde à l'instruction du simple chantre.

HucHALD, moine de Saint-.\mand-en-Flandre (840- 9:i0), et Hf.mi, moine de Saint-Germain d'Auxerre, son contemporain, qui furent tous deux élèves de Héric d'Auxerre, sont des plus importants pour la pratique musicale de leur temps. Les ouvrages d'Huchald et ceux qu'on lui atfribuesont particulièrement précieux pour la connaissance de Vorijamiin , harmonisation ou polyphonie très rudimentaire, dont Hucbald n'est aucunement l'inventeur, comme on le répète souvent sans aucune autorité. Rémi est surtout connu par son importante filose de l'écrit de M. Capella, qu'il commenta vers l'an 890, à Paris, où il professait alors i< aux écoles » de Notre-Dame.

Saint Odon (879-94:)), abbé de Cluny, élève du précédent Reini, est l'auteur d'un « lonaire » où, pour la première l'ois, les sons ne sont plus indiqués seulement par les noms classiques de proslambanoméne, hypate, lichanos, etc., conservés de l'antiquité classique. Odon use aussi de vocables presque tous unisyllabiques, bue, re, scernhs, cxmar, netlt, niche, asvl, etc., qui sont un acheminement vers les syllabes actuelles.

L'n autre Odon de Cluny, plus récent, est fréquemment confondu avec le précédent : cet Odon est probablement l'abbé Odo.n II, de Saint-.Maur-les-Possés, près Paris, mort vers IO:iO, et l'auteur des chants fort remarquables de l'office de saint Habolein. C'est à cet autre (Jdon que sont dus d'intéressants ouvrages sur IfS mathématiques et sur la musique, comme le remarquable Iliiiltxjiir. et un lonaire (juil ne faut pas conl'ondie avec celui de saint Odon.

Kniin, (iiv il'Arezzo (990-10;i0) résume renseignement tiaditioniiel, en même temps que de ses travaux résulte un nouvel ordre de choses. Son induence est cnnsidérable. Jusqu'à lui, les traités sur la division du monocorde décrivent les pro[iortions des trois genres diatonique, chromatique, enharmonique; les manuscrits de chant ont des signes spéciaux pour noter les intervalles instables ou moindres que le demi-ton : Guy ramène tout au diatonique et donne le coup de grâce aux quarts de ton hérités de la mélodie antique, tandis qu'il dirige ainsi notre gamme vers le « tempérament », et facilite les progrès de la polyphonie.

Dans l'ordre de la notation, Guy propage l'usage de la portée, alors à peine connue et tout à fait rudimentaire, et imagine d'indiquer au début des lignes la lettre de la notation alphabétique qui désigne la note : c'est l'origine de nos clefs.

Pour le solfège enfin, il conseilla l'usage de désigner les sons d'une éclielle par une syllale empruntée à un chant que l'on connaît bien; il recommande pour cela d'employer l'hymne en l'honneur de saint Jean-Baptiste : Ut qiteant Iaxis, dont précisément chaque demi-vers commence sur un degré différent en montant :

— ïp \ ^^ 1-

Ut que

- ant la - xis

Re - so -

na

- re

fi - 'bris Mi - ra

ges

rum

Fa - mu - li tu - o

Tum

Sol - ve pol- lu- ti La-li- i re - a - tum

SaiLC -te Jo- an - nés

Toutefois Guy, ou l'inventeur du procédé, probablement l'abbé Ponce le Teuton, n'avait nullement l'intention d'appliquer l'usage de ces syllabes à constituer une gamme, ni à lui donner l'emploi depuis usité en solfège, mais il les considérait seulement comme moyen mnémotechnique pour se rappeler un son donné, ce qui était de grande impoitance à une époque où l'on n'exécutait guère que par cœur.

Pour être complet, et nommer ceux de nos lointains maîtres qui, moins célèbres ou moins forts que les^précédents, ont cependant laissé soit des écrits

sur la musique, soit, en d'autres écrits, des références susceptibles de nous intéresser, je citerai :

Les trois Anglais .\ldhelm, évéque de Shiburn (7 709), l'abbé Bédé, le grand historien (vers 670-701 1, EcBERT (698-706), archevêque d'Vork, le maître d'AIcuin; Rkcinon, abbé de Priim. en Allemai;iie, mort en 913; NoTKKn, moine de Saiiit-Gall, le principal propagateur de la forme séijiicnce et des proses (8:t0-9l2;; son maître Yson (7871); les auteurs anonymes des Imlitulti, du C'""' f>"' canins, de divers fragments ayant conservé des renseignements précis sur la

ôfin

ESCYCLOPEDIE DE LA Mr^lQEE ET niCTIOWMRE DE CnSSERVATOIRE

musique antique ; Bernelin, de Paris, à la fin du s"= siècle; NoTKER Laiîeo, moine de Sainl-C.all {y 1022), auteur d'un traité des tons et de la taljlalure des instruments; Adelbolde (7 1027); Odoranne (98o-l04.i), moine de Saint-Pierre-le-Vif, à Sens; Jean Cottox (avant 1050), peut-être d'origine ani;laise; enûn quelques autres théoriciens du même temps, appartenant tous aux pays germaniques :

liERNON, abbé de Reichenau (1008-1848); Hermann Contract, auteur de VAIma Redemploris Mater (1013t0o4); Aribom le Scolastiquc (avant 1078), qui cherche à commenter Guy d'Arezzo sans y réussir toujours; ik'iLLALME de Hirsauge (1068-1001) ; et Otker de lîatisbonne.

C'est la dernière période d'éclat du plain-chant liturgique, héritage de la musique antique : on peut dire que désormais sa décadence commence. Théoriciens et compositeurs sont désormais tournés vers l'art nouveau qui a grandi depuis deux siècles, et dont la polyphonie et la mesure sont les deux principaux soutiens.

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