DÉVELOPPEMENTS DE LA MÉLODIE MESURÉE ET DE LA POLYPHONIE
C'est avec les compositeurs de pièces profanes, ■comme les Irouvèrex, que la mélodie mesurée prit son essor. Nous avons laissé le chant, au xii' siècle, avec les chœurs religieux, le remarquable solo du drame liturgique, le lai populaire, l'estampie dansée. Nos trouvères vont fusionner tous ces éléments, et à la grâce de la mélodie grégorienne joindront les caractères de la musique dansée, et de la primitive chanson de gestes , dont les immenses laisser vont se réduire aux proportions plus délicates des conduits ou des rondeaux.
A la France surtout revient l'honneur de cet exquis
développement de la mélodie médiévale : au nord comme au midi, les cours d'amour vont susciter la plus gracieuse eftiorescence musicale, dont les jonijleurs et plus tard les ménestreh iront, de droite et de gauche, dire le répertoire dans les ch.'iteaux el sur les places publiques, en s'accompagnant de la diaphonie primitive de leurs violes, rebecs ou chifonies. Au xV siècle, les jongleurs musiciens se séparèrent des autres, sous le nom de ménétiiers: ils eurent des écoles de ménesirandie et s'élirent un « roi des ménétriers ».
Si nous cherchons à différencier les formes musicales de cette époque par les noms que nous trouverons employés chez les troubadours et les trouvères, il faudra prendre garde que ces noms désignent surtout la forme littéraire.
Ainsi, au xiii" siècle, laieldescort qualifient un genre unique de poésie ou de musique.
Mais la répétition monotone de la phrase type du lai primitif n'est plus de règle, ou, pour mieux dire, la phrase est elle-même assez longue et intéressante pour être répétée deux fois ou trois, et souvent avec une intéressante variation, soit pour ne pas reproduire exactement le même chant, soit pour mieux marquer la cadence finale :
r- n if r
Fran ce
de boi nai re De fe grant fran chi se
r- pr ir-r-if r
Ne por roit re trai.re Nus en nu le gui se Co menl
r- pr ir- r
por. roit fai re Mes cuers nul ser vi se Ki (e pe list
plai re? I ci ma de vi se: Ne (e puis plus tai re Le mal
ki m'a ti se; Ne m'i fai con traLre Je t'aim'sans fain ti se
Aussi la musique du lai prend-elle bientôt un ca- 1 séquence, ou trois, se chantent-elles sur une même ractère plus libre, et, au lieu de changer à chaque mélodie; petit à petit, le lai se rapproche de la strophe, quelquefois deux strophes, comme dans la I chanson :
msToiriE ni-: la musique
MOYEN AGE .-.75
m'est cl cuer en tre
A tos jors sans re toi
Tant l'ai de si
Ke riens ki soil
ne e
Ne m'a tel sa
vor
Au poinl de vue musical doue, ;i part le lai, dont la forme est caraetéiistique, les autres pièces des auteurs de ce temps se rattaclient toutes à la forme qui a prévalu dans la chanson, quelque nom qu'on leur donne, sirvente, conduit, rondeau, etc., qui désigneul surtout le genre lilliTaire.
Nommer les troubadours du Midi et les trouvères du Nord, c'est en même temps nommer les musiciens que les poètes, — ils étaient l'un et l'autre ; — tantôt ils exécutaient eux-mêmes leurs œuvres, tantôt ils les laissaient aux jongleurs, qu'ils entretenaient s'ils en avaient les moyens, et qui s'en allaient les répétant de droite et de gauche, dans les cliàleau.v ou les fermes.
Ces poètes-musiciens se rencontraient dans tontes les classes de la société; moines et comtes, fermiers et marquis, marchands ou clercs'. Les citer serait trop long et fastidieux.
Parlons seulement des principaux, de la fin du XI' siècle jusque vers le xiV; dans la France méridionale, la liste des troubadours nous offre d'abord (!i il- LAUUË, coiiite de Poitiers et duc d'.\quitaine, qui gouverna de 1080 à 1127; il prit part à la croisade, plutôt par esprit d'aventure, car les chroniqueurs nous parlent de lui comme d'un « ennemi de toute pudeur et de sainteté » et un « des plus grands suborneurs de femmes », quoique bon chevalier d'armes et d'une grande libéralité.
Marcabru, (îascon, dans la première moitié du sn'^ siècle, le plus ancien troubadour dont les manuscrits nous aient conservé des pièces accompagnées de leur musique-.
Bernard de Ventadour, fils d'un domestique; après de nombreuses aventures, se fil moine à l'abbaye de Dalon, où il mourut vers la fin du xm'' siècle.
Pierre d'.^uvergne (1148-1200), Pierre Roger, son contemporain, dont la vie présente beaucoup de rapports avec celle de Bernard de Ventadour, mort moine de Grammont.
Girald de Borneil, Limousin (1174-1220 environi, célébré par Dante, en même temps que Arnaud Da-
niel (1 180-1200 environ), de Bibérac, également vanté par Pétrarque.
Bertrand de Rorn (1 140-1207 environ), Périgourdin ; i< bon chevalier et bon guerrier, bon galant et bon troubadour, instruit et parlant bien ».
Pierre Vidal (U7o-121o environ), qui, avec des œuvres remarquables, a laissé laré|iutation d'un fou ; ses aventures furent extravagantes ; c'est lui qui, en 1202, lorsque Boniface de Montferrat s'apprêta ii passer la mer pour aller en terre sainte, entonna le chant de la croisade.
FoL'LQi'Es de Marseille, fils d'un marchand de Gênes établi en ce pays, après avoir fréquenté les cours des seigneurs du .Midi, devint moine cistercien, puis évoque de Toulouse, en 1205.
Ramiiald de Vaqueiras (1180-1207), sur lequel nous avons déjà raconté une histoire à propos de l'estampie.
Dans la France du .Nord, la liste n'est pas moins intéressante, quoique nous soyons moins bien renseignés sur la biographie denoscomposileursitrouvèresl, qui n'ont pas eu, comme ceux du Midi, une académie de c< gai savoir » pour en conserver le souvenir.
Citons d'abord les plus anciens trouvères du xii' siècle : CoNON de Béthune; Blondel ou Blondeau de .Nesle, illustré au xviii» siècle par un opéra-comique; Raoul Begnault, plus connu sous son titre de Châtelain de Couci, dont les œuvres ont eu plusieurs éditions depuis un siècle et demi; viennent ensuite, vers l'an 1200, Gaitier de Dargies et Colin .Muset, Picards comme les précédents, et dontj'ai cité des fragments.
Puis, au xiu" siècle, d'abord Tiiibait IV, comte de Champagne et de Brie et roi de Navarre, dont le rôle historique fut si important (120l-12o4l, et dont les œuvres eurent aussi plusieurs éditions, depuis le milieu du xviii" siècle.
Gai'tier de Coinci, moine de Saint-Médardde Soissons (ville au grand séminaire de laquelle on conserve un manuscrit de ses œuvres). Les mélodies de ses lais et de ses chansons pieuses sont parmi les plus ravissantes et les plus caractéristiques de cette époque :
Rov-we ce les tre, Biierfusses-lii né e,Quaut porte et fe nes tre
1. Voyez Rcstori, Histoire de la littérature provenraff, édition française, pages 3:i i 40 ; et Aubry. Un Coin pittoresque de la vie artistique an trei::ièine siècle, Paris, ihoi.
2. Publiées par P. Aubry, Jcanroy et Dcjeanne, Quatre Poésies de Marcabru, Paris, 1904.
h-r, ESCYCLOPÈDIE DE LA MUSIQUE ET Drr.TinXXAfRE DU COySERVATOIRE
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lés dou fiel nomme- e Car de ta ma rae le. Qui tant est emmie
J. J. J. J. J. i^Jf^É
.lé e Fu sa bou.che be Ie Pe. lie et a . be vre e
etc.
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En ces te no
te di rai D'une a mo ret
te que jai
i^J^J J. IJ. J
Et por li m'en voy se rai Et bauz
et jo ianz se rai: L'en doit bien par li chan ter