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Combinaison de notes dans la division duodenaria. 4 3
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Les rèi;les que Prosdocimus explique dans son traité et celles que Marclietto puise dans les musiques de son temps se retrouvent, enrichies et élargies par l'exiiérience, dans les chants à deux et trois voix que les manuscrits de l'époque nous ont conservés. Ces manuscrits ne sont pas en j^rand nombre. Les plus célèbres sont ceux de Florence (liibl. Mediceo- Laurenziana, pal. 87, et Bibl. Nationale, fonds Panciatichi, 26), de Paris -liibl. iNationale, fonds italien, 068), de Londres (Kritisli Muséum, add. Manuscr.. 29987)'. Des pièces détachées et des fragments se trouvent, cependant, encore en France et en Italie, notamment à Paris et à Padoue. Dans ces précieux manuscrits, dont les pages contiennent les cantilènes qui furent chantées en Italie avant que la science française vint transformer le goût et la technique de l'art italien, sont réunies les compositions des maîtres les plus renommés de l'époque et, sans aucun doute, celles qui furent les mieux aimées par le public. Les manusciits cités en contiennent en grande quantité, mais le nombre des auteurs n'est pas grand. I.e manuscrit de la Laurentienne de Florence, par exemple, qui contient 349 chansons, ne nomme que 15 auteurs; et celui de Paris, qui en renferme 173, porte seulement 13 auteurs. .Mais cela ne doit pas faire croire que les compositeurs fussent rares au xiv"^ siècle. Si l'on veut se reporter à l'opinion de Franco Sacchetti, on doit croire même qu'il y en eut trop. Aussi cet auteur dit-il dans les vers restés célèbres :
Pien c il mondo di chi vuol far rime ; Tal compitar non sa che fa ballate, Tosto volendo che sieno inlonale Cosi del canto avvien, sanz' alcun' arle Mille Marchetli veggio in ogni parle.
(Le monde est plein de personnes. qui veulent l'aire
1. V. Johanncs Wolf, fiesrinrtiîr thr Mensnnil .Xntalioii von /i I-IijO. — Leipzig, 1001, l. 1, V. Alisclinilt.
nisToini: m: i..\ Misinri;
ilos vers; un loi iic sait ]ias lire, et cpiioiulant il <'omiiiisc (li's liallades; et il veut encore qu'on les «haiilc. I.a uii''ine clioso arrive poui' le ciiant. Je vois liartout lies niilliiTS de Marclidli iiiii ciuiiiioseiit sans aucun ait.)
Les douze ou (luin/.e nnin-- ipie l'on retrouve dans les manuscrits cités [ihis liant comptent, néanmoins, jiarini les plus l'ameux de l'époque et l'ornieiit l'élite de l'école de composition italienne au xiv° siècle, (^e sont : Md'jht'-r Joliduncs de Canciti, Mag. Jacobus de liononia. Maij. Gliininlellus de FloretUin, Dom. At/ha^ Vinccidius île .Irimiiio, Mdg. Latirentiti.'i de Florentin. Maij. Dom. Ihinnlttx de Itorentia, Hom. Ailxis Paulm lie Florenlia I Don l'aoln lenorisla da Firenze), Maij. Ser Nicliolniii l't\Tpn:<ilus de PeriKjia (Sev Nicolo dei Proposlo), Fniler ISaitolhius de Fndiia ( Fritter Bartliolinus Scliappuccia), Frnuriacus Cxnm liovi/ani^ta de Florenlia ( Fntiteescfi deijli liorijani ou Fraiieesco Lan- ■dino), Frater Andréas liorganiftd de Flurentia, Mag. .Zacheria.1 Cunlor doinini iiostri Pap:v, .loliannes Bueus corrcearitis de Uononia. Ilotiaeilus Corsini pitor.
Parmi eux, le plus célèbre et celui dont la renommée est arrivée jusqu'à nous, est le nom de Franeiscus t'a?CKS, l'ori^anisleaveufile de la cathédrale llorentine, qui fut, en même temps, poète et compositeur, Joueur d'instruments divers et érudit. Ses compositions durent être très appréciées par ses contemiiorains; on en trouve, en elTet, une f;rande quaiitilé dans les manuscrils de l'époque, et son nom est maintes fois cité par les écrivains du xiv« siècle. Les nouvellistes contemporains en l'ont presque un demi-dieu; sa manière de Jouer de l'orj^ue ètail, parait-il, tellement saisissante que, lorsqu'il demandait son oriiue [lortalif et commençait à Jouer, » nessuno quivi si •era che per dolcezza délia dolcissinia armonia nolli paresse che '1 cuore per soprabondante letizia del petto uscire f^li volesse » la suavité de ses harmonies •était si grande qu'à tous les auditeurs le cœur semblait se rompre d'émotion dans la poitrine). (V. AVes- •selofski, Il Paradiso degli Alberti, vol. 111, p. 3.) Il n'y a pas à douter que ses harmonies, entendues aujour- .d'hui, n'auraient sur les assistants tout autre effet! Mais on se rappelle qu'aux temiis de Franciscus, la ■composition musicale commençait à se débarrasser des liens de la scolastique et des traditions, et que ttout mouvement nouveau de parties ou toute combinaison d'intervalles dilTérente de celles depuis longtemps en Usage devaient sembler merveilleux; etles chants de Franciscus révélaient Justement la nouvelle science musicale italienne fondée sur la succession rapide des petites notes et sur la théorie des .proportions; cela suffisait pour émouvoir tous les cœurs. D'ailleurs la même émotion gagnait les assisitants lorsque les chants d'autres auteurs de la même école résonnaient doucement au milieu des Joyeuses conversations. Les écrivains contemporains en font foi.
Les romanciers, les nouvellistes, les poètes, sont sous le charme des compositions de leurs collègues chanteurs; ils ne cessent de célébrer, en maintes occasions, la suavité des mélodies et des harmonies des « intonatori », dont les notes ornaient les ballades et les madrigaux les plus connus. Leurs nouvelles ne peuvent se passer de musique. Elles commencent •et se terminent toujours par une des jolies chanson-
nettes qui couraient les rues et réjouissaient tous les cieurs; et les protagonistes de ces nouvelles sont bien souvent, au dire des nouvellistes, excellents joueurs d'instruments divers et chanteurs sans pareils. Le Itreatninni . le Peeurone de Ser (iiovanni Fiolentino, le livre des nouvelles de Franco ."^acchetti, rapportent, en grand nombre, les textes des poésies chantées, et dans leurs pages |iétillantes d'esprit et de malice se glisse toujours la note sentimentale donnée par l'exécution d'une chansonnette amoureuse, d'une ballade plaintive.
Les iioètes, d'ailleurs, semblent c(^nlposc•r leurs j(dies pelites strophes expressément pour le chant. (In dirait qu'ils sont fiers de pouvoir écrire en tête lie leurs compositions : mngi^ler L((Hri!Hliits ou magister Fraiiciseus sonumdeilit , etlerythnuî et la cadence de leurs vers réclament l'accompagnement de la nuisique. Les foimes préférées par eux sont surtout celles qui conviennent le mieux au chant; les canzmi'-llea ballo, les madrigaux, les ballades, les caccie, abondent dans la littérature italienne du xiV siècle, et chacune de ces formes se prête merveilleusement à inspirer au musicien la ligne mélodif[ue molle et élégante que l'art nouveau vient de créer.
Les musiciens, de leur côté, s'efforcent de plier et d'adoucir la rudesse primitive du discours musical et d'ajuster les cantilènes selon la signification des paroles. Ils déroulent leurs phrases mélodiques en de longues vocalises dont quelquefois le sens et la quadrature se perdent; mais ces vocalises dénotent déjà, malgré de fréquentes divagations, une assez claire vision de l'effet musical à obtenir. Sur les notes loni-'ues confiées à la basse s'appuient, avec légèreté, les mélodies des voix supérieures ; puis celles-ci bondissent avec élégance dans les passages en triolets, dans les gammes ascendantes et descendantes. Les figures du contrepoint des parties supérieures ne sont pas toujours riches et variées, mais leur structure est délicate et significative; l'intention d'interpréter par le mouvement des notes brèves le sens des paroles perce à travers le flot des minimx et des semi-minimse et donne à la composition un caractère sérieux sous lequel l'insuffisance de la technique et la faiblesse des harmonies s'amoindrissent et parfois disparaissent tout à fait. Ces compositions peuvent sembler inégales; elles sont pauvres de combinaisons harmoniques, et même l'unité de conception y fait bien souvent défaut. Mais, malgré cela, elles possèdent des qualités d'invention et d'intention ipii dénotent un sentiment artistique très développé. Kn elles mûrit le génie musical populaire italien qui jtrendra son libre essor dans les siècles suivants.
Les exemples à citer parmi les chansons italiennes contenues dans les manuscrits du xiV siècle sont nombreux, et tous révèlent les mêmes qualités et les mêmes défauts, dont la cause doit surtout se retrouver dans les conditions particulières oii était l'harmonie à cette époque. De ces chansons, plusieurs ont été publiées dans l'excellent ouvrage que M. Johannes Wolf a écrit sur la notation musicale au moyen âge '. A cette œuvre importante nous renvovons le lecteur.
i. V. op. cit., dernière partie.
ESCYCLOPÉDIE DE LA Ml'SIQVE ET DICTIOWAIRE DU COSSERVATOIRE