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Plctahqub, De Musicaj

dactylique'^. Alexandre Polyhistor leur attribuait l'invention des kroumata'^. Que faut-il entendre par là? Primitivement ce mot désigne les instruments à cordes frappées, de Acowô := frapper, et c'est ainsi que traduit M. Reinach. Mais, dès le v* siècle, on donne aussi ce nom aux instruments à vent". Or il est très peu vraisemblable que les Grecs aient jamais attribué à des Phrygiens la création des instruments à cordes frappées, dont l'origine thrace n'est pas douteuse. D'après le contexte, il parait s'agir des flûtes phrygiennes. M. Hœck a cependant présenté une hypothèse très séduisante : les kroumata seraient les cymbales et les castagnettes dont parlent Isidore de Séville, Cassiodore et Martial'".

Telles étaient les histoires plus ou moins mythiques qui couraient en Grèce sur les origines de l'aulétique phrygienne. Faut-il y voir un produit de la vive imagination des Hellènes"? Nous pensons volontiers qu'ils n'ont connu ces légendes que par l'intermédiaire des aulètes phrygiens qui se répandirent en Grèce dès le viii" siècle et s'y maintinrent jusqu'à la fin de l'hellénisme. Déjà à l'époque d'Alcman et d'Hipponax, les joueurs de flûte que l'on entendait en Grèce portaient des noms phrygiens : Kiùn, Kôdalos, Babys, Sambas, Adôn, Télos, et Athénée constatait le même fait de son temps". Babys avait même donné lieu à un proverbe bien fâcheux pour sa réputation : (( Il joue plus mal que Babys! » disait-on de ceux qui ignoraient leur métier.

Les aulètes phrygiens tenaient dans les théâtres la place de nos orchestres. On les groupait autour de l'autel de Dionysos, sur une estrade d'où le chef des chœurs les dirigeait. 11 y avait de fréquentes disputes entre eux et les choreutes; ceux-ci, invoquant les vieux usages, leur demandaient de régler sur leurs évolutions leur accompagnement; mais ils protestaient vivement au nom de l'Art, affirmant bien haut la supériorité de la musique sur de misérables mouvements rythmés. Le chef des chœurs, perdant la tête, appelait les dieux à son aide : i< 0 Dionysos! — s'écrie l'un deux, — frappe le Phrygien qui préside aux chants variés, brûle le roseau qui détruit la salive, cet objet formé par une tarière, qui bavarde lourdement à tort et à travers sans suivre l'air ni la mesure''! »

En leur double qualité de barbares et d'esclaves, les joueurs de flûte étaient très méprisés, et associés aux faiseurs de tours, aux mimes et aux charlatans'^. Aussi Aristote s'étonnait-il de les voir tenir si vivement à leur profession ; comme pis aller sans doute on par habitude"! C'est là, au contraire, un des rares beaux côtés de leur vie misérable d'avoir conservé, malgré toutes les débauches, toutes les turpitudes où les entraînait le caprice des riches Romains, la passion pour l'art où s'étaient illustrés leurs lointains ancêtres Hyagnis, Marsyas et Olympos.

Parmi eux, d'ailleurs il y eut de grands artistes, prônés et fêtés; tel fut le célèbre Midas d'Agrigente, dont parle le scoliaste de Pindare^".

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